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10.1.13

L'encyclopédie de la fantasy

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Auteur :
Jacques Baudou.
Origine : France.
Nombre de livres : 1.
Date de publication : 17 septembre 2009.
Genre : essai.

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L'auteur.
Jacques Baudou, né en 1946, est éditeur et chargé de mission audiovisuelle à la ville de Reims, mais surtout connu comme critique littéraire et essayiste avec des volumes comme Merveilleux fantastique et SF à la télévision française, La Science-Fiction ou La fantasy, tous deux aux éditions Que sais-je ? Il est connu pour la clarté de son propos et l'étendue de ses connaissances et siège actuellement au jury du Prix Imaginales et du Grand Prix de littérature policière.



Ma fac, parce qu'elle est cool et a un catalogue bibliographique hallucinant, participe à sa manière à Lille3000 Fantastic, de la même façon que la bibliothèque municipale de Lille. En proposant aux étudiants des oeuvres ou des sélections liées au fantastique et à la fantasy. C'est donc assez intrigué et très intéressé que j'ai emprunté à Lille3 cette encyclopédie de la fantasy, peu de temps après être tombé un peu par hasard à la bibliothèque de Lille une encyclopédie du fantastique du même auteur.
Concrètement, il ne s'agit évidemment pas d'un ouvrage de fiction (ça me change de ce que je lis habituellement) qui porte bien son nom et retrace toute l'histoire de la fantasy (j'y ai retrouvé pas mal de mes lectures habituelles) des origines à la publication du présent livre.

Très bien construit, ce traité d'écriture revient ainsi sur la définition essentielle de la fantasy et sur es mythes fondamentaux qui l'ont construite au fil des siècles, avant qu'elle ne s'érige réellement en genre littéraire. Ca c'est les pages 8 à 20. Par la suite, chapitre par chapitre, l'auteur s'attache à décrypter et à analyser l'ensemble du genre via ses différentes facettes, générations ou même origines géographiques, offrant au lecteur un essai particulièrement complet et terriblement riche en références. J'peux vous dire que ma wishlist, là, elle a fait un bond !

Pêle-mêle, Jacques Baudou commence ainsi l'ouvrage, après l'introduction et la mise en bouche, par deux chapitres entiers consacrés à un certain John Ronald Reuel Tolkien, qui aurait été l'un des premiers vrais constructeurs modernes de la fantasy. Ah bon ? Outre la vie mortelle de l'homme et la très lente et très progressive construction de son oeuvre (du milieu des années 30 aux années 60, quand même !), on apprend aussi ce qu'il est devenu après sa divinisation à travers ses deux grandes publications, Le hobbit et Le Seigneur des Anneaux. La structure, la genèse et même les modifications successives apportées au canon tolkiennien par son auteur sont ainsi évoquées, avec ce que ça suppose de références folkloriques anglo-saxonnes, avant d'aborder un second chapitre qui voit l'histoire de la fantasy avant et après le Maître : les pionniers du 19ème, l'émergence de "la seconde génération", les influences et l'héritage de Tolkien depuis cinquante ans.

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Désolé pour les photos, j'ai dû les prendre moi-même parce que y'avait rien sur le net.

Bon, je vais pas évoquer cet ouvrage page après page, d'autant moins que j'ai eu la bonne idée de vous filer la liste complète des chapitres en fin d'article, mais il devient très vite évident quand on le parcourt même en diagonale histoire d'élucider rapidement le contenu qu'une telle somme est incontournable pour tout amateur ou auteur de fantasy, ne serait-ce que pour savoir d'où vient et ce que fait ce genre littéraire majeur et ô combien populaire. Avec une précision chirurgicale, Jacques Baudou poursuit son exposition en évoquant, chapitre après chapitre, les monuments majeurs de la fantasy, que maints écrivains n'ont cessé d'affiner ou de reproduire à travers le temps, en mettant en valeur leur originalité, la continuité ou la valeur qualitative qui est la leur.

Les précurseurs du 19ème, Lewis Carroll, James Barrie, le pays d'Oz, puis les grands cycles de Conan et d'Arthur sont ainsi les pièces maîtresses de sa démonstration, avant le tour du monde qui passe par la France, l'Allemagne (avec Michael Ende en bonne place), la Grande-Bretagne, et même les "exotiques" contrées du Japon, de l'Inde et du Moyen-Orient (mille-et-une histoires de fantasy dont on devrait parler plus souvent !).

Comme il se doit, les autres médias sont évidemment de la partie dans cet essai, le cinéma, la peinture, et également les jeux de plateau, de rôles, de cartes et les jeux vidéo. Là où c'est intéressant, c'est que l'analyse de l'auteur de ce chapitre (Stéphane Beauverger) passe par une étude approfondie du sujet, et qu'il énonce des vérités d'autant plus flagrantes sur la fantasy qu'on a jamais pensé à les confronter soi-même. La naissance de genres aussi variés que le RPG, le hack'n slash, le dungeon-crawler, la stratégie et même les MMO est ainsi révélée comme directement issue du jeu de rôle papier : à l'époque où les anglo-saxons, grands maîtres du monde alors méconnu des geeks, dominaient le genre, l'informatique naissante leur donna l'occasion d'affiner leurs calculs et d'occuper le nouveau territoire offert par cet outil. Quoi de mieux qu'un ordinateur, en effet, pour calculer des probabilités, lancer dix mille dés à l'heure, créer des événements aléatoires, bref, faire tout ce qu'on fait dans un JDR, mais avec un meilleur rendement sur un écran ? Et hop, la fantasy s'exporta au pays des pixels et des développeurs émergents.

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A droite, le Magicien d'Oz de 1939 avec Judy Garland.

Parfaitement ancrée dans l'actualité littéraire et éditoriale qui était la sienne en 2009, l'Encyclopédie de la fantasy de Baudou poursuit durant les 2-3 derniers chapitres (le dernier étant celui des wargames, JDR et autres JV) son évocation de la fantasy en tant que genre par une présentation des nouveaux artisans, des gens bien connus et dont vous avez tous entendu parler, j'ai nommé J.K. Rowling et l'iconoclaste Philip Pullman. Puisqu'il s'agit d'une toute nouvelle vague, entière et hétéroclite, sa présence se justifie parfaitement dans un tel essai, aussi Jacques Baudou nous présente-t-il, pêle-mêle, les années 2000, le cinéma et la nouvelle fantasy française, Serge Brussolo et Pierre Bottero en tête. A un moment, j'ai été absolument ravi, parce que son point de vue, très objectif et doté d'un sens critique certain, est celui d'un auteur qui publie un ouvrage de référence sur un genre perpétuellement enrichi et remanié. Du coup, il sait faire la part des choses entre ce qui nourrit la fantasy et ce qui vient s'y greffer sans apporter sa pierre à l'édifice.


Je vous le donne en mille, c'est écrit noir sur blanc : Eragon est une oeuvre commerciale extrêmement surestimée qui n'invente rien, n'innove pas et s'inscrit dans une continuité répétée encore et encore depuis son fondateur, un certain John Tolkien, qui fut le premier à inventer des races distinctes et des langues fictives pour son oeuvre... PAN dans la gueule de Paolini. Moi j'ai aimé ! Un peu plus tôt, Baudou apporte son eau au moulin des détracteurs de Rowling, avec un paragraphe assez éloquent : "Rarement une oeuvre romanesque aura suscité un tel engouement. Et peu d'ouvrages pour la jeunesse auront vu leur statut changer ainsi sous la pression des lecteurs. Leur succès a attiré sur J.K. Rowling et Harry Potter un déchaînement de critiques, souvent injustes ou ineptes." (traduction : admirer une oeuvre ne signifie pas perdre tout sens critique ^^)

Et puis juste après, l'air de rien, il savate Eragon *__* Je contextualise : Jacques Baudou parle du mélange de genres dans la fantasy récente, citant Neil Gaiman (qui pioche un peu dans le cauchemar et intègre un chat digne de Lewis Carroll dans Coraline), Michelle Paver (et sa "fantasy préhistorique") et Jonathan Stroud, qui dépeint dans la trilogie de Bartiméus un Londres déjanté à travers le regard d'un djinn sarcastique. Et puis, juste après : "La caractéristique de cette fantasy jeunesse est sa grande liberté d'invention, d'imagination. Elle est dans la plupart des cas bien plus innovante, bien plus audacieuse que la fantasy adulte. Sans doute, parce qu'elle possède une bien plus longue histoire et une plus grande diversité de modèles. Mais il existe bien sûr des exceptions.
La plus notable est celle du cycle de l'Américain Christopher Paolini, débuté avec Eragon. L'auteur qui a commencé la rédaction de ce roman à l'âge de 15 ans a abondamment puisé chez Tolkien, Ann McCaffrey ou Barbara Hambly, a recyclé ses lectures dans un texte de fantasy épique d'une totale absence d'originalité qui a obtenu un gros succès et a été adapté au cinéma."
.... HAHAHAHHAHAHAHA ^^

http://darkriketz.cowblog.fr/images/Livres/Encyclopediefantasy2.jpgInutile de présenter l'image de gauche ^^ Celle de droite est extraites des Contes de Terremer de Ghibli (de Goro Miyazaki, si j'me trompe pas) et adapté d'Ursula le Guin.

Bref, vous l'aurez compris, plus qu'un simple catalogue de la fantasy sur deux siècles, cette Encyclopédie raisonne avec un certain sens critique, réfléchit à la construction d'un genre et à l'explication ou la motivation des différents contenus qu'il offre, au travers de ses innombrables auteurs. Les exemples, comme dans toute démonstration, servent ici seulement à illustrer le propos et à appuyer les arguments, même s'ils aussi célèbres que Harry Potter, Willow, Terry Pratchett et même Kaamelott, saluée pour son originalité et sa qualité. Bien sûr, la plupart des auteurs et oeuvres cités sont inconnus du grand public mais depuis longtemps fréquentés par les adeptes du genre, et c'est là aussi une des grandes forces de cet ouvrage que de fournir une liste non-exhaustive de livres, de films et d'illustrations d'une qualité à peu près incontestable.



En bref : cette Encyclopédie de la fantasy admet certaines prétentions auxquelles elle se hisse sans problème. C'est, à mon sens, un ouvrage incontournable pour tous les amateurs de fantasy, dans la mesure où les sous-genres et le déploiement de la fantasy dans de nombreux espaces littéraires, culturels ou géographiques sont expliqués et rationalisés. En plus, c'est également, en second plan, un catalogue riche et intéressant, et il est formidablement bien illustré.



Annexe : le sommaire complet, histoire de se faire une idée.

Introduction. Il était une fois...
1. Qu'est-ce que la fantasy ?
2. Les sources de la fantasy. A l'origine, les mythologies. Les contes de fées. Les autres sources de merveilleux littéraires.
3. J.R.R. Tolkien. Avant Bilbo. Le Seigneur des Anneaux. Les prolongements de l'oeuvre elle-même.
4. Avant et après le Seigneur des Anneaux. Les « prétolkienniens ». La seconde génération. Le démarrage.
5. Les précurseurs. Lewis Carroll, Alice et le Wonderland. James Barrie, Peter Pan et le Neverland. Frank L. Baum et le pays d'Oz. Oz au cinéma. Kenneth Grahame, le père de la fantasy animalière.
6. Le cas Mervyn Peake.
7. Rovert E. Howard, Conan le Barbare et l'heroic fantasy. Conan dans les comic-books et au cinéma. Kothar, Brak, Thongor et les autres. Péplums mythologiques et heroic nanards. Heroic BD. Fritz Leiber et le Cycle des épées. Michael Moorcock et la saga d'Elric.
8. La fantasy épique. Une société de type médiéval. La lutte manichéenne entre le Bien et le Mal. Une quête. L'utilisation de personnages ou d'animaux issus du folklore, des contes de fées ou de la mythologie. Les oeuvres marquantes. Les reines de la fantasy épique. Ladyhawke, Willow : la fantasy épique au cinéma. A la télévision. L'épique non médiéval.
9. La fantasy urbaine. Les villes au coeur de la fantasy.
10. La fantasy humoristique. Piers Anthony. Terry Pratchett. Les auteurs marquants de light fantasy. Les parodies.
11. Le roi Arthur et la fantasy arthurienne. Geoffrey de Monmouth et Robert de Boron, les fondateurs. T.H. White, L'épée dans le roc. Arthur, Merlin et les fées. Arthur et la fantasy moderne. Arthur au cinéma.
12. La fantasy animalière. BD et dessins animés.
13. La fantasy exotique. Mille et une pages. Samouraïs et dragons. Mystères de l'Inde.
14. Les mavericks. Au cinéma.
15. La fantasy française. Le cinéma français et le merveilleux.
16. Michael Ende et la fantasy allemande. L'Histoire sans fin. Hans Bemmann, La Pierre et la Flûte. La fantasy pour la jeunesse.
17. L'art de la fantasy. En Angleterre. Aux Etats-Unis. En France.
18. La tradition britannique. Mary Poppins. C.S. Lewis et le cycle de Narnia. The borrowers. Les années 1960-1970.
19. La fantasy jeunesse aux Etats-Unis.
20. La révolution J.K. Rowling – Philip Pullman. La nouvelle vague des années 2000. En France. Au cinéma.
21. Du wargame au jeu de rôle. Les jeux de rôle : grandeur et disgrâce. La fantasy sur un plateau. Les jeux de cartes à collectionner. Le phénomène des livres dont on est le héros. Les jeux de figurines, un cousin qui se porte bien.
Les jeux vidéo. Les autres formes majeures du jeu vidéo d'heroic fantasy. Le MMORPG : le grand frisson communautaire.

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