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4.7.13

Tout ce que tu as toujours pensé savoir sur les Romains...

Que ce soit au travers de la littérature, des jeux vidéos et beaucoup plus souvent du cinéma, on croit bien connaître les Romains, ces types en toge blanche qui passaient leur temps à discuter politique ou à enlever leur toge pour aller s'entre-tuer dans l'arène ou pour aller conquérir le monde en jupette.
Comme bien souvent, les média les plus démocratisés usent énormément de raccourcis et de simplifications, quand ils ne sont pas juste en train de mentir, qui ne font souvent qu'effleurer la grande complexité d'une culture, d'abord à laquelle ici en Europe du sud et de l'ouest on doit tout, ensuite qui s'est maintenue pendant plus de mille ans sans vraiment se transformer ou se révolutionner profondément.

Je dis pas que les Romains qui ont affronté les Étrusques au milieu du Ier millénaire avant Jésus-Christ  étaient pareils que ceux qui ont affronté les Huns au Vème siècle de notre ère, mais politiquement et culturellement, y'avait peu de différences. Et là, moi je décide de rappeler certains faits simples et clairs que le temps et la méconnaissance ont largement déformés ou oubliés sur les Romains. Merci aux Arabes d'avoir préservé la culture antique (c'est pas raciste, ce sont vraiment les musulmans originaires d'Arabie (bon et aussi d'Egypte et du Proche-Orient) qui ont recopié, conservé et traduit les textes grecs et latins durant le Moyen-Age).

http://darkriketz.cowblog.fr/images/Histoire/9782757827819.jpg
Je possède ce livre. Il est hyper chiant et très complexe. Mais bon, comme tout livre universitaire, on le lit pas en entier, on le consulte.

L'empire romain n'était pas entièrement romain. Il était, pour la moitié de son territoire, grec, ce qui a donné l'appellation d'empire gréco-romain.
En Occident, son milieu d'origine, à l'exception du royaume Numide (Afrique) et de la république de Carthage, Rome n'a guère rencontré que des cités et des tribus, que ce soit en Italie, en Espagne ou dans les Gaules. Un espace culturellement assez "vide" qu'elle peut parfaitement occuper en y installant la civilisation romaine, sa religion, sa société, ses infrastructures.
En Orient, c'est tout autre chose. La Méditerranée orientale est un vaste espace de diffusion hellénistique, notamment grâce à l'empire d'Alexandre et aux royaumes qui lui ont succédé (Pont, Macédoine, Égypte Ptolémaïque, Empire Séleucide, et j'en passe). L'Orient est un monde de cités très nombreuses, déjà fort d'une culture qu'on peut difficilement faire disparaître.

En conquérant, lentement et progressivement, cet espace, Rome fait alors ce qu'elle fait de mieux : elle assimile la culture locale et l'adopte pour elle. Des Grecs, la cité italienne apprend les sciences naturelles et abstraites (biologie, astronomie, mathématiques, géométrie), la philosophie, la didactique et la rhétorique (l'art d'enseigner et l'art du discours). De leur côté, les Romains, plus matérialistes, développent leurs propres spécialités : l'agronomie (l'art de bien cultiver la terre), l'ingénierie civile et militaire (les ponts, aqueducs, égouts, routes, mais aussi machines de guerre), l'art de la guerre (déjà pas mal théorisé et amélioré par les Grecs) et la politique (Rome est l'exemple parfait du mélange équilibré entre monarchie, aristocratie et démocratie, du moins sous la République).
Accessoirement, l'empire romain est bilingue. De nos jours, on s'arrache les cheveux en contemplant ces tarés de Français, infoutus de saisir un mot d'anglais, mais aussi ces trous du cul d'Américains, trop arrogants pour apprendre autre chose que leur propre langue, mais à l'époque, l'élite républicaine parle deux langues : le latin et le grec. Si tu es un Romain important et que tu sers la République, c'est un passage obligé : dans toute la moitié orientale de l'empire (mettons, à partir des Balkans, jusqu'à l'actuel Moyen-Orient), le grec est la langue dominante, sans parler des dialectes locaux (araméen, hébreu, copte, palmyrénien...).

Comme je disais, un monde de cités. Elle est bien cette carte, y'a les régions indiquées, j'vais la réutiliser :)


Les Romains n'étaient ni des conquérants, ni des impérialistes, ni des colonialistes. Ces deux derniers termes, déjà, renvoient à une connotation née de l'époque contemporaine et sont donc inapplicables aux Romains. La conquête de nouvelles terres est, jusqu'à un certain point de l'histoire romaine, un "accident" des circonstances. Leur objectif suprême n'est autre que le développement de leur culture et la sécurité de leur empire. Si leurs voisins ont des motifs plus belliqueux, ils se défendent en occupant et romanisant leur territoire afin de créer un glacis protecteur : plus la frontière est loin de Rome, plus les provinces sont en sécurité et plus l'ennemi est loin.
En plus, Rome ne donne pas dans l'extermination : la plupart du temps, elle assimile les élites politiques pour les romaniser sur son propre modèle (l'Orient romain est très éloquent de ce point de vue).

A l'occasion, quelques princes ont effectivement mené des campagnes de conquête pour légitimer leur pouvoir, mais il y avait toujours des motifs plus permanents : protéger les intérêts de Rome dans une nation voisine menaçante (Claude et la Bretagne), vaincre un ennemi déclaré qui a insulté Rome (Trajan et les Daces) ou neutraliser l'ennemi suprême qui n'a jamais cessé de menacer la frontière orientale (Trajan, Hadrien, Septime Sévère et quelques autres, face aux Parthes).


La Dictature n'a à l'origine rien de tyrannique ou de négatif.
A l'époque romaine, c'est une magistrature parfaitement intégrée aux institutions romaines, et observée à plusieurs reprises sous la république. Concrètement, le Dictateur est un sénateur de rang élevé, ancien consul, à qui le Sénat vote en période de grande crise (menace militaire notamment) des pouvoirs illimités pendant six mois. Le dictateur est l'égal d'un roi, mais au service de la république. Cette magistrature a complètement disparu sous le Principat, puisqu'elle était devenue obsolète : le Prince possède tous les pouvoirs des magistrats, y compris ceux qui ne sont pas sous le contrôle du Sénat (le tribunat de la plèbe).

La dictature est cependant une mesure d'exception qu'on n'a observée que rarement : pendant les guerres puniques, contre Carthage, mais aussi durant la guerre civile (Jules César s'est fait octroyer plusieurs fois la dictature pour demeurer à la tête de Rome, ce qui a fait penser à ses ennemis, à tort, qu'il avait des ambitions royales (César est un pur produit de la république) et a mené à son assassinat).

L'empire Romain d'Orient au début du XIème siècle, environ 350 ans après la naissance et la diffusion de l'Islam. Il a perdu l'Egypte, la Cyrénaïque et les Maurétanie (toute l'Afrique du Nord) ainsi que la Judée et la Syrie, mais ça reste un beau bétail. Avec plein de cités.
'pouvez cliquer pour voir l'image en grand format.

L'empire byzantin ne s'appelait pas Byzantin. Comme il était l'Empire Romain d'Orient qui a perduré au fil des siècles, il s'appelait lui-même "empire romain", et les Byzantins s'appelaient entre eux "Romains". Ce sont les autres, et notamment les historiens plus tardifs, qui les appelaient comme ça. Ce qui en soi est une erreur : le nom vient de leur capitale, Byzance, mais Byzance, c'est son nom grec, abandonné depuis des siècles au profit de son nom latin, Constantinopolis ou Constantinople (la ville de Constantin, de l'empereur du même nom). Du coup, jamais quand elle fut cité romaine elle ne s'appela Byzance, rendant l'appellation d'empire byzantin absurde.
Aujourd'hui, la ville existe encore : conquise par les Turcs en 1453, elle est Istanbul, capitale de la Turquie.


Et histoire de finir en beauté : nos ancêtres les Gaulois, c'est du pipeau. Les Gallo-romains étaient déjà depuis très longtemps romanisés à la fin de la période impériale, quand ils se sont fait poutrer par les peuples germaniques, à commencer par les Francs. Donc bon... on est des descendants de peuples germains, eh ouais. Et on n'a hérité de Rome et de la Gaule que ce que les barbares ont bien voulu préserver...

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