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31.8.13

La plus belle histoire jamais contée avant Tolkien

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Le vent dans les saules.


Auteur : Kenneth Grahame.
Origine : Angleterre.
Nombre de livres : 1.
Date de publication : 1908.
Genre : littérature jeunesse.

Auteur : Michel Plessix.
Origine : France.
Nombre de livres : 4.
Date de publication : 1996, 1998, 1999 et 2001.
Genre : bande dessinée, jeunesse.


http://darkriketz.cowblog.fr/images/Livres/KennethGrahame.jpgLes auteurs.
Kenneth Grahame, né en 1859 à Edimbourg, est devenu orphelin très jeune et a été élevé par sa grand-mère dans le Berkshire, à l'ouest de Londres. Il entre très tôt dans la Banque d'Angleterre et y mène une carrière rapide qui y fait de lui un secrétaire en 1898. Il se marie l'année suivante et a un fils, Alastair, pour qui il écrit Le vent dans les saules en 1908. Sa carrière dans la banque est ponctuée de contributions journalistiques et littéraires, notamment dans le Yellow Book, une anthologie de la littérature anglaise de la fin du XIXème siècle. Après avoir quitté Londres pour des raisons de santé en 1909, il retourne dans le Berkshire, mais perd son fils en 1920. Kenneth Grahame ne quitta plus la région de son enfance durant la fin de sa vie, et y mourut en 1932.


http://darkriketz.cowblog.fr/images/Livres/220pxSolliesVilleMichelPlessixP1200024.jpgNé en 1959, Michel Plessix est un dessinateur et auteur français de bande dessinée qui débute son oeuvre comme co-scénariste avec Jean-Luc Hiettre et contribue à la revue de bande dessinée Frilouz entre mai 1982 et novembre 1983. Il publie La déesse aux yeux de Jade, puis la série Julien Boisvert, avant d'adapter Le vent dans les saules de Kenneth Grahame en quatre volumes dessinés. Il prolonge ensuite cette oeuvre tombée dans le domaine public par une suite de son cru, Le vent dans les sables, à partir de 2005.



L'Angleterre au début du XXème siècle. Le long d'une rivière paisible qui borde le Bois Sauvage vivent les jeunes amis Taupe et Rat, deux animaux pour qui s'écoule tranquillement la vie à la campagne et au grand air. C'est sans compter sur l'impétueux Crapaud, du Manoir Crapaud, un de leurs riches et excentriques voisins que son oisiveté pousse à se lancer sans cesse dans de nouvelles découvertes éphémères et fracassantes, dont on parle dans toute la forêt qui borde la rivière. La dernière en date est l'achat d'une automobile, et les deux amis auront bien besoin de la sagesse de l'austère Blaireau pour remettre Crapaud sur le droit chemin.



Bon, ça va sûrement être un article bizarre, complexe et pas très clair, alors si pour une fois vous comprenez pas mon bordel ou le propos général, hésitez pas à le dire. Le fait est qu'avant de rééditer l'article sur Kick-Ass à l'occasion de la sortie du second volet, j'ai envisagé d'en faire un commentaire comparé à l'aide du film et du comic original, mais celui-ci couvre deux volets et j'en ai qu'un pour l'instant :(

Bref, en découvrant d'une part que ce magnifique roman, que j'ai eu envie de lire après en avoir découvert une courte citation dans Cœur d'encre (une vraie mine à littérature classique magnifique !), était dispo à la bili de Lille, et qu'il existait une adaptation en BD au même endroit, j'ai sauté sur l'occasion. Cela étant, j'irai pas au-delà des quatre volets de l'adaptation originale par Michel Plessix, et si vous avez l'occasion de découvrir cette œuvre romanesque ou son adaptation, je vous enjoins à faire de même parce que le peu que j'ai lu sur le sujet me pousse à croire que c'est juste une poursuite pour le lol et pas une vraie continuation de l'oeuvre de Kenneth Grahame, dont l'essence même ne pourrait probablement pas être reprise fidèlement par un auteur contemporain.

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Pour ce qui est de la présente œuvre, qu'est-ce qui me pousse à considérer qu'avec tout le respect qu'il a montré dans son adaptation, Michel Plessix ne pourrait pas ne serait-ce qu'approcher la teneur d'un Kenneth Grahame ? Tout simplement parce que, d'une part, il n'a pas le contexte - l'auteur anglais a grandi et vécu une bonne partie de sa vie dans une région campagnarde et paisible d'Angleterre, riveraine de la Tamise, qui a clairement nourri son œuvre, cependant qu'il donnait à celle-ci un côté didactique et burlesque dédié à son jeune fils - et d'autre part, parce qu'à mon sens, Grahame est un pré-Tolkienien classique, à la sauce Lewis Caroll et J.M. Barrie. Ayant lu Le vent dans les saules en deux versions, je dirais même que cet auteur, dont The wind in the willows est l’œuvre principale, est peut-être LE pré-Tolkienien. Il transpire de tout le roman un amour de la nature, de la campagne et de la paix qu'on retrouve à la virgule près chez les Hobbits de la Comté, ainsi que dans l'existence de l'érudit d'Oxford, marqué à vie par l'absurdité de la Grande Guerre.

Une génération plus tôt, au beau milieu d'une ère de paix entre la guerre d'Afghanistan déjà terminée depuis un moment (mais qui exerce une certaine emprise sur l’œuvre, du moins sur sa genèse, de son contemporain Arthur Conan Doyle, un peu plus âgé que lui) et une Grande Guerre qui n'a lieu que des années après la publication du roman, Kenneth Grahame nous raconte l'histoire paisible et insouciante de quelques animaux guère troublés par le devenir du monde. Tout dans ce roman est marqué par le présent, l'instant, la permanence. La rivière est l'élément central de cet univers proche des hommes - ils sont cités à plusieurs reprises et chaque animal est anthropomorphisé (← je te jure que ce mot existe ^^), jusque dans ses vêtements, son habitat et son régime alimentaire - mais en même temps clairement isolé, naturel, comme un microcosme dans lequel la comparaison permet la critique.

C'est le principe même de la science-fiction : raconter l'avenir, c'est dénoncer les travers du présent. Dans ce roman qui tient plutôt d'une forme de pré-fantasy bucolique, le lecteur découvre au fil des pages des petits animaux qui adorent ne rien faire si ce n'est se promener au fil de l'eau, en canot, ou sur les berges de la rivière, faire des pique-niques, jouer, prendre le soleil et de solides repas à base de saucissons, de pâtés, de fromages, de confits, de gâteaux ou encore de vin fin. Je te jure, Le vent dans les saules donne faim rien qu'à le lire ! De la nourriture simple, bonne, le genre qu'on adore savourer entre amis. Du coup, ce cadre presque totalement coupé du « monde réel » est l'occasion idéale de critiquer celui-ci (souvenons-nous que Grahame venait de la campagne, y a fini sa vie, et qu'il a pas forcément adoré vivre à Londres).

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Dans l'autre genre de l'oeuvre, la bande dessinée, Michel Plessix met un soin particulier à replacer le lecteur dans le cadre du roman. Les maisons de Rat, Taupe, Blaireau et Crapaud sont toutes différentes, avec des petites particularités qui les rendent conviviales et douillettes, des pots de terre par-ci, des petits placards et des fauteuils à bascule par là. Personnellement j'adorerais être à leur place et habiter une petite maison confortable près d'une rivière tranquille... oh wait, je peux, je suis auvergnat. Un jour je reviens au pays, promis ! Blague à part, Michel Plessix a parfaitement compris ce qui fait la teneur du roman de Grahame puisque s'étalent régulièrement sur ses pages de belles et grandes vignettes, des plans d'ensemble colorés qui font la part belle aux paysages de la rivière, de la forêt et des champs qui les entourent. Taupe le reconnaît lui-même d'emblée dans le roman, peu après après avoir rencontré Rat et quelques animaux "sauvages" comme les Lapins : contrairement à eux, il n'est pas fait pour vivre trop loin des hommes et aime les champs de blé et les ballots de paille que leur travail déploie dans le paysage.

D'ailleurs, si tous les animaux sont vêtus à l'humaine, avec chemises, vestons, bretelles, guêtres ou casquettes, dans un style typique fin-XIXème tantôt élégant tantôt pratique (je pense par exemple à Taupe et Raton, qui se déplacent rarement par voie de terre, préférant remonter ou descendre le courant en canot), la distinction est clairement faite entre ces animaux sensés représenter des humains, les "bons" qui vivent paisiblement, en communion avec leur milieu et les "mauvais" qui s'agitent, font des problèmes et en attirent aux autres (comme Crapaud et les lapins ou plus tard, les fouines, les belettes et les furets) et les humains eux-mêmes, toujours traités avec distance.

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Puisque le roman comme la bande dessinée sont destinés à un jeune public (le fils de l'auteur d'une part et la jeunesse contemporaine d'autre part), l'humour est bien sûr présent, et tend à se moquer ou à signaler les errements des humains. L'automobile, le principal "adversaire" dans ce contexte temporel, est un instrument diabolique qui fait beaucoup de bruit, sent mauvais et menace la vie des honnêtes gens, presque autant que les illuminés qui la conduisent - ce qui permet de souligner le ridicule burlesque du personnage de Crapaud, archétype du riche oisif qui pour occuper ses journées s'adonne à mille et une passions qui ne le retiennent jamais longtemps. Vous connaissez forcément un exemple connu de ce genre de personnage, du moins si vous avez lu Le portrait de Dorian Gray, où l'anti-héros éponyme possède, entre autres, toute une salle de musique pleine d'instruments exotiques sans savoir jouer de la moitié d'entre eux...
Cela étant, cette histoire superbe est riche de nombreux personnages, parfois secondaires, souvent importants et toujours significatifs. 

Deux petits hérissons, mignons parce que perdus dans le Bois Sauvage en pleine hiver, qu'on invite à se réchauffer au coin du feu avec du vin aux épices, sont un prétexte à rendre les héros encore plus gentils, un mystérieux joueur de flûte croisé par hasard, entre la nuit et l'aube, permet d'introduire un côté féérique bienvenue dans l'histoire (dans la BD, il est représenté comme un géant doux et paisible, mais prend la forme d'un faune dans le livre), et même les différences entre l'original et son adaptation souligne tel caractère ou tel trait des personnages. Chez Michel Plessix, Taupe passe son temps à dessiner, ajoutant un côté "esquisses enfantines" aux planches de l'auteur et permet, dans le 4ème tome, de raconter rapidement une séquence antérieure à l'action, ratée par le spectateur, mais chez Kenneth Grahame, c'est un trio d'hirondelles et un rat marin qui servent à la fois d'attraction vers le monde extérieur et de repoussoir, les premières juste avant la migration et le second alors qu'il propose d'emmener Rat en voyage jusqu'à Constantinople.

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Après la nuit et avant l'aube, le moment idéal pour faire une rencontre merveilleuse et féérique...

Les trois personnages principaux sont en permanence présentés sous leur meilleur jour, attachés à la terre et à la rivière qu'ils connaissent, sans nul besoin d'aller se risquer "à avoir des aventures". Ouais, ça vous rappelle un certain Bilbon.
Dans le roman, cet amour de l'environnement familier est tel qu'il pousse Kenneth Grahame à personnifier absolument tout : la rivière, d'abord, façon Notre-Dame dans le film de Disney, mais aussi les arbres, qui se préparent, au fil des saisons, à accueillir leurs amis animaux dans des vêtements neufs, qu'ils retirent à la fin de l'automne ou encore le ciel, qui se réjouit du retour des habitants et les salue à grands coups de rayons de soleil.

L'affection des personnages pour leur milieu prend une autre forme dans la bande-dessinée, de façon fort logique, et c'est au travers de quelque chose comme deux ou trois pages entières qu'est présentée la tanière de Blaireau à Taupe, qui partage ce goût de la demeure souterraine, et du coup au lecteur. Bâtie au-dessus d'une ville abandonnée des hommes et recouverte par plusieurs strates de terre et des arbres, la maison dissimule une vieille place pavée, une fontaine asséchée, des façades à colombage, bref, un endroit silencieux et paisible où on imagine que Blaireau, personnage asocial et discret, aime à se promener. D'autre part, la nostalgie de Taupe pour sa vieille demeure, alors qu'il partage la maison de Rat dès lors qu'il l'a rencontré, s'exprime très clairement lorsqu'il retrouve celle-ci et en prend soin comme d'une vieille amie "toujours là pour le réconforter".

Pour ce qui est de la narration, enfin, elle se prête évidemment davantage à l'humour que le seul caractère des personnages, et oppose Rat, Taupe et Blaireau, à l'occasion aidés de l'impétueux Loutre, qui partage avec Blaireau la particularité d'être un des plus gros animaux de la forêt, et donc une force à respecter, aux péripéties surréalistes qui ne cessent d'arriver à Crapaud. Celles-ci impliquent les humains en grande part et délivrent finalement au lecteur quelques leçons morales utiles, rappelant que l'oeuvre est destinée avant tout aux enfants, et intéressantes dans le cadre des relations humains-animaux, prouvant que les plus grands peuvent aussi découvrir cette histoire. En plus, le dénouement est amené après davantage de rebondissements dans la bande dessinée que le livre à cause d'un personnage supplémentaire, ce qui fait d'autant plus apprécier la qualité du dessin de Michel Plessix et le talent qu'il met à développer un milieu qu'on a du mal à se représenter visuellement sous la plume de Kenneth Grahame.



En bref :
cette histoire est adorable, parce qu'elle traduit un amour de la vie paisible et de la campagne qu'on retrouve peu dans les récits aventureux de la même époque, de Peter Pan à Alice au pays des merveilles en passant par Le magicien d'Oz. Ici, tout est question de calme, de plaisirs simples et d'ordre des choses qui ne doit changer. Les personnages sont attachants d'une part et bien dessinés, expressifs d'autre part, d'autant que leur parler souvent poétique est charmant à lire. Non seulement Kenneth Grahame a produit une histoire superbe, à la fois didactique et touchante, mais en plus, Michel Plessix a parfaitement saisi son essence pour en offrir une représentation visuelle parfaite.

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2 commentaires:

  1. Tu m'as convaincue ! Et pré-Tolkienien, faut que j'en parles à mon père, soit il connait déjà et aurait déjà le bouquin, soit il ne connait pas mais se devrait le brancher autant que moi !!
    En se moment je lis plus du tout (ça fait quoi, 2 ans que j'ai pas lu un roman -_-). Donc je vais me réinscrire à la médiathèque et voir si ils ont pas la BD ! Je pense commencer par ça, et si la motivation me reviens, je lirais le roman qui à l'air vraiment top. (Mais j'ai une bonne liste de bouquins à lire, faut vraiment que je m'y remette !! Si un jour l'ordi tombe en panne.. krrrr).

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    1. Niveau bande dessinée, Le vent dans les saules ça représente 4 volumes séparés, regroupés plus tard en une intégrale unique (que j'ai offerte à son dernier anniv à Plume). Si tu veux tu peux lire sur pc, c'est bien pour se faire plein de bouquins sans avoir à les chercher partout, j'ai un programme assez sympa pour ça :)

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