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2.10.13

JC le politique. JC le religieux. JC le bionique.

http://darkriketz.cowblog.fr/images/Jeuxvideos/28693deusex.jpg
Deus Ex.


Développé par : Ion Storm Inc.
Genre : action-aventure, RPG, FPS.
Date de sortie : 2000.
Support : PC.

2052, à New York. Fraîchement recruté par l'UNATCO, l'organisation anti-terroriste des Nations Unies basée à Liberty Island, l'agent JC Denton retrouve son frère Paul, qui l'a précédé dans le groupe armé et revient d'une mission dans la cité libre de Hong Kong. Le plus grand groupe terroriste des Etats-Unis, les NSF, a pris d'assaut la Statue de la Liberté et JC est envoyé pour les repousser, ce qu'il fait avec succès. Cependant, sa progression au sein de l'UNATCO et l'évolution du conflit contre les NSF semble révéler un complot de grande ampleur centré sur la Peste Grise, une maladie de plus en plus diffuse contre laquelle il n'existe qu'un seul remède, contrôlé par l'ONU, l'Ambroisie.




J'aurais pu appeler cet article "En français dans le texte", ce qui aurait été une bonne idée, mais tant pis. Quoi qu'il en soit, des années après l'avoir découvert, me voilà confronté à nouveau à LA révolution des jeux de PC, le fameux Deus Ex (c'est du latin, ça se prononce déousse ex, je veux pas entendre "deux sexes", c'est clair ?!?), d'excellente réputation. Le truc, c'est qu'il est sorti en 2000, et qu'à l'époque sur PC, je crois pas que les grosses licences se bousculaient. L'an 2000 sur micro-ordinateur c'est pratiquement l'âge de pierre des jeux vidéo, avec des graphismes laids et de la jouabilité hyper variée : Doom ou Quake, FPS powa. Ah, et puis aussi les ancêtres du RPG contemporain. La série Elder Scrolls existait déjà, mais bon, Arena et Daggerfall ont pas exactement l'ampleur et le panache d'un Morrowind, d'un Oblivion, ou le statut iconique d'un Skyrim.
Bref, Deus Ex semble avoir fait sensation à sa sortie principalement pour deux raisons : son univers, et ses mécanismes de jeu. Chez darkriketz.cowblog.fr on est logiques et rationnels, on étudie les sujets correctement, et on va donc évoquer les deux tour à tour. Mais d'abord, on va arrêter de parler de nous à la première personne du pluriel.

http://darkriketz.cowblog.fr/images/Jeuxvideos/deusex02.jpgAnna Navarre et Gunther Hermann, deux agents de l'UNATCO qui ont la particularité d'être d'ancienne génération : leurs modifications sont organiques, et non nanobiologiques. Elles sont visibles et c'est pas beau à voir.  On les bute tous les deux, ça leur apprendra.

L'univers est simple, il est génial, c'est un futur uchronique. Autrement dit, de la science-fiction. Et je l'ai dit récemment dans l'article sur Le vent dans les saules (qui je le rappelle n'est pas de la SF, mais juste la plus belle histoire jamais contée), la SF se passe toujours dans le futur parce que c'est le meilleur moyen de dénoncer le présent. J'le sais, eh, t'as pas encore lu L'elfe d'acier !.. oh wait, faut que j'l'écrive d'abord. My bad.
Bref, en 2052, on pourrait croire que le monde est en ruine, qu'une troisième guerre mondiale a fait péter quelques métropoles, mais en fait, rien du tout. Le monde est tragiquement semblable à celui qu'on connaît : des riches très riches, des pauvres très pauvres. Et une pandémie contre laquelle "le monde est impuissant". Evidemment, il va de soi que le remède au virus est un outil de pouvoir pour les dirigeants d'un monde dont on ne découvre que très progressivement le fonctionnement.

Et c'est là, à mon sens, que reposait la classe internationale de Deus Ex à sa sortie, avant d'initier un mouvement repris par un paquet de jeux vidéo ensuite (c'est la grande arrogance des tarés de Blizzard Entertainement, les développeurs de Diablo : considérer non pas qu'ils ont ouvert une porte pour leurs successeurs, mais plutôt qu'ils se sont hissés sur un piédestal dont tout le monde essaie de les virer. Tas d'abrutis).
Le truc, c'est qu'on retrouve certains des thèmes du jeu dans la culture populaire, avant et après Deus Ex. Tu as vu V pour Vendetta, ce film brillant avec Hugo Weaving et Natalie Portman ? Tu te souviens du moment où V dit qu'il est horriblement efficace, quand on contrôle une arme de mort, de l'utiliser contre son propre peuple plutôt que contre un ennemi ? Bah là c'est pareil, le complot mis au jour par JC Denton met en évidence le fait que, loin d'être impuissante devant la Peste Grise, l'UNATCO, qui n'est que la partie émergée d'un groupe secret aux objectifs autrement moins louables, encourage et renforce la mainmise d'une élite économique qui a non seulement créé la Peste Grise, mais qui la diffuse également au sein du peuple pour le contrôler par la terreur et la mort.
.... gigateuf.

http://darkriketz.cowblog.fr/images/Jeuxvideos/deusex2.jpgLe menu de Deus Ex, qui est limité, ne l'est pas par le poids comme il pourrait l'être dans un Loki ou un Champions of Norrath, mais par l'encombrement comme dans Diablo. Ce qui rend l'équipement très limité et donc le jeu plus difficile et intéressant. Impossible d'être un arsenal militaire ambulant.

Ajoute à ça des groupes terroristes qui n'en sont pas vraiment (dans un monde dictatorial, qu'est-ce que les activistes, sinon les Gentils qu'on doit soutenir autant que possible ?), les aspirations politiques de certains personnages influents et les convictions égalitaires et libertaires des autres, et tu obtiens un univers d'une remarquable cohérence. Moi qui ne connais rien aux Illuminatis, aux Triades chinoises ou encore aux Templiers (enfin, sur les derniers, j'en sais quand même un peu, chuis comme vous, j'ai vu le Da Vinci Code XD), j'ai trouvé l'ensemble de ces éléments, mis en confrontation, extrêmement intéressants et jouissifs. Deus Ex est d'ailleurs d'autant mieux inscrit dans le paysage culturel de son époque que les principes qui illustrent ou soutiennent sa narration sont des plus éloquents.
Genre, quand JC va à Paris pour rencontrer les "terroristes" de Silhouette, il discute notamment avec une restauratrice qui fustige les aspirations unificatrices et inégalitaires de l'Union Européenne (pour rappel : le jeu est sorti en 2000. Dans ta gueule, Bruxelles !), quand il est, plus tôt dans le jeu, présent à Hong Kong pour unir les Triades contre leur ennemi commun, il disserte sur l'intérêt ou la menace d'une liberté politique plus ou moins grande pour le peuple - à ce titre, moi je vous l'avoue sincèrement, je suis de l'école chinoise. La démocratie, c'est de la connerie, l'Union Européenne, c'est une arnaque. En Chine, y'a peut-être pas de liberté politique, mais au moins le gouvernement est son propre maître - pour rappel encore une fois, le jeu est sorti en 2000, soit à peu près au moment où la Chine commençait à faire baliser les Occidentaux, et puis histoire d'en remettre une couche, grosse référence au diptyque New York 1997 / Los Angeles 2013 avec le dénouement.
Trois fins existent en effet dans Deux Ex : tuer le méchant et laisser les Illuminatis prendre le pouvoir (remplacer une élite par une autre), étendre une intelligence artificielle aux réseaux mondiaux et fusionner avec pour devenir "maître du monde omniscient et bienveillant", ou détruire la Zone 51 (qui abrite tous les réseaux de communications mondiaux) et revenir à l'autarcie généralisée façon Nausicaä de la vallée du vent. Pour ma part, j'ai écouté mes convictions et j'ai opté pour le retour à la préhistoire, comme l'a fait Snake Plissken dans Los Angeles 2013.

Mais outre son fond extrêmement riche et développé, soutenu façon Elder Scrolls par d'innombrables livres, déposés un peu partout, qui servent à rien d'autre que montrer à quel point les développeurs ont soigné les détails, Deus Ex reste un jeu vidéo, et même en tant que tel, il offre de larges possibilités au joueur, ce qui a été signalé à sa sortie. Au premier abord, c'est un jeu de tir à la première personne, mais les éléments de RPG sont tellement marqués qu'il est impossible de les louper. Outre son monde ouvert, DX laisse le choix au joueur pour tout et n'importe quoi : ça va du personnage qu'on peut essayer de sauver ou qu'on laisse mourir à la manière d'infiltrer telle base ou de remplir tel objectif. Comme un jeu de rôles, Deus Ex donne des objectifs principaux et secondaires dont l'accomplissement est sanctionné par des points, et le reste et à l'appréciation du joueur : quelles compétences développer, quelles modifications apporter au cyber-agent JC Denton.
Le jeu se prétend alors d'infiltration, mais à mon sens, c'est un faux jeu d'infiltration comme Metal Gear Solid ou Assassin's Creed : y'a bien des éléments de discrétion, mais les deux premiers et le peu que je sais sur le troisième me donnent à penser qu'on peut à chaque fois foncer dans le tas ou la jouer soft. Et dans Deus Ex, les profils possibles sont d'une variété assez dingue, entre le spécialiste des explosifs, l'artilleur, le pur ninja qui manie l'arbalète et les armes blanches et le profil équilibré que j'ai choisi (discrétion, flingues et fusils, blindage épidermique, auto-guérison, un tank quoi... on se refait pas ^^).

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En plus d'être intuitif et facile à prendre en main - parce que faut pas déconner, une fois qu'on a fait un stock de cellules bioélectriques, qu'on a les upgrades auto-guérison, blindage et économie d'énergie, on est quasiment indépendant des robots de soin et de recharge et y'a guère que les munitions qui se font un peu rare, vers la fin, Deus Ex est une promenade XD - ce jeu est assez justement composé. Bon, vu la date de sortie, faut pas se leurrer, il est pas très beau. En plus j'ai été déçu parce que j'ai mis un certain temps à me rendre compte que les lunettes de soleil que porte JC pour atténuer sa super-vision ne sont pas opaques, donc on voit ses yeux bleus brillants : ça aurait été plus classes avec de vraies lunettes bien noires. Les visages ne sont pas géniaux non plus, mais ça va, ça reste appréciable.
Un détail qui m'a vraiment plu, et qui rappelle ce que j'ai entendu récemment dans un autre registre (les dix pires clichés du cinéma par le Fossoyeur de Films) est le plan-monument. Comme son nom l'indique, il fait apparaître un monument bien connu pour indiquer au spectateur (et ici, au joueur) où se déroule l'action. Au cinéma, c'est une marque de facilité et de faiblesse d'écriture. "Tiens, j'ai une idée, on va décider que l'action se passe là, comme ça on pourra caser tel monument !" Dans le jeu vidéo, c'est insultant pour le lieu concerné et réducteur pour le joueur : on considère que le lieu en question, ou du moins sa connaissance qu'en a le joueur, se limite à ce monument.
Et ben dans Deus Ex, que dalle ! Et moi j'étais bien content ! NY est évidemment identififée par la Statue de la Liberté (vu que l'UNATCO se situe sur Liberty Island), mais à aucun moment on ne voit l'Empire State Building, le Chrysler ou même les Twin Towers. Dans Paris on ne voit jamais l'Arc de Triomphe ou la Tour Eiffel. A part le métro et une pauv' cathédrale qui n'est PAS Notre-Dame, le seul lieu clairement identifié, c'est la place Denfer-Rochereau :D Alors ça c'est malin, j'aime !

Et en plus, les aspects sonores non plus ne prennent pas le joueur pour un navet. D'abord, le doublage anglais est vraiment pas mal du tout, y'a aucune voix française dans le jeu, et en plus, durant les longues séquences à Paris, tous les intervenants ont un accent horriblement prononcé XD J'vous jure, j'ai adoré ça, cette espèce de franglais très affirmé, avec de temps à autre des mots français en plein milieu de phrase, c'est tellement inattendu, comment on peut ne pas aimer ? ^^
Concernant la bande originale, certains professionnels français, au moment d'entendre les musiques, les ont qualifiées de ringardes ou de faiblardes, mais moi je suis pas d'accord : elles sont très typées.
La musique du château des DuClare, en France, est empreinte de mélancolie, ce qui colle au lieu et à l'ambiance (la fille qui revient dans sa maison d'enfance après la mort de sa mère), tandis que le thème de l'UNATCO me semble bien être le genre de mélodie qui accompagnerait une agence gouvernementale futuriste au cinéma, par exemple. Bon, j'avoue que j'ai mes préférences, le thème principal est parfait et celui du marché de Hong Kong, avec ses sonorités un peu orientales, est sympa aussi, mais là encore, on sent que les mecs ont passé du temps à revoir leur copie !



En bref : j'ignore si ce jeu est une révolution, mais c'est clairement une chose qu'on trouve très rarement, autant sur consoles que sur PC. Typiquement le genre de production générationnelle qui fait avancer le monde vidéoludique en débroussaillant et en explorant de nouvelles pistes. Le mélange du FPS, de l'action et du RPG, mêlé à une narration intelligente et très travaillée, est l'exemple typique de ce qui se passe quand les développeurs font bien leur boulot. On en a pour son argent, la rejouabilité est indéniable, et Deus Ex est truffé de petits détails quasi-impossibles à remarquer au premier passage, qui témoignent à la fois d'un souci de perfection et de messages forts portés via le monde un peu précurseur du jeu vidéo.

http://darkriketz.cowblog.fr/images/Jeuxvideos/14.jpgAh bah oui, c'est possible d'être un monstre de puissance qui ne joue jamais la discrétion et fonce dans le tas, dans Deus Ex. Mais vu le potentiel de destruction des robots du jeu, c'est mi-prévisible mi-suicidaire.

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