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5.2.14

C'est l'histoire de Joss Whedon qui réunit ses potes pour jouer du Shakespeare et voilà.


Film américain de Joss Whedon (2014) avec Alexis Denisof, Amy Acker, Clark Gregg, Reed Diamond, Fran Kranz, Sean Maher, Nathan Fillion, Rikki Lindhome.
Genre : comédie dramatique.
Vu en VOST.

Don Pedro, prince d'Aragon, revient de la guerre avec ses compagnons d'armes Benedict et Don Claudio. Il rend visite à son ami le seigneur Léonato, gouverneur de Messine, auprès duquel est rapidement conclu un mariage entre sa fille Héro et Don Claudio. Benedict en profite pour échanger des piques avec la nièce de Léonato, Béatrice, une jeune femme incisive et intelligente qui dédaigne la compagnie des hommes. Mais Don Juan, frère du prince, déteste celui-ci et décide de profiter du pardon récent de son aîné pour lui causer de grands torts.

A l'origine comédie de Shakespeare que je n'ai pas lue (parce que oui, William est aussi voire surtout d'après Syrya connu pour des comédies), Beaucoup de bruit pour rien est un genre de bordel burlesque, comique et un peu dramatique se déroulant dans la Sicile du XVIIème siècle, à l'époque où les états et villes italiennes sont pour la plupart sur l'influence voire le contrôle de l'Espagne. Il ne paraît donc pas surprenant que les noblesses locales soient proches des aristocrates militaires espagnols, ce qui a sûrement donné au dramaturge anglais pas mal de grain à moudre.
Sauf que ce film n'est pas une adaptation en costume. Enfin si, mais en costume façon smoking alors. Filmé en noir et blanc, il transpose à notre époque l’œuvre originale à la manière d'un Roméo+Juliette de Baz Luhrmann, mais en beaucoup plus drôle pour plusieurs raisons sur lesquelles je vais m'attarder - le respect des règles du théâtre, le genre de la pièce, sa narration, et surtout le casting.

Un photographe présent durant tout le film rappelle la dimension publique de la vie des familles
Tu as lu le titre, internaute, tu as donc peut-être eu un aperçu de ce film, du moins si tu connais ou as vu des séries aussi géniales que Buffy contre les vampires, Angel et Firefly. Joss Whedon, après son dernier film de commande, un certain Avengers (tu connais ? oui, j'me disais aussi), décide de faire appel à ses potes pour un projet plus personnel : on retrouve ici Alexis Denisof, alias Wesley Wyndam-Pryce de Buffy et Angel, Amy Acker aka Winnifred Burkle de la seconde série, Sean Maher et Nathan Fillion de Firefly, deux acteurs que je connais moins mais qui ont tous deux joué dans la série Dollhouse de Joss Whedon (bah tiens !) et pour la beauté du lol, Clark Gregg, Phil Coulson dans tous les films du projet Avengers, dans le rôle du seigneur Léonato.
Ajoute également Rikki Lindhome, la moitié de l'extraordinaire duo d'humoristes musicales Garfunkel & Oates (dont on va bientôt te parler ici même, internaute ! (Dark, spoile pas mes articles !)), remarquée notamment dans Pushing Daisies, Ashley Johnson, qu'on a aperçue dans Avengers (elle était la serveuse la plus canon du monde sauvée dans une banque par Captain America, et rien que ça devrait te suffire largement, ne serait-ce que parce que Captain America a un cul d'enfer (c'est pas moi qui le dis, c'est Walou !)) et voilà, paie ton casting de taré.

Trois fouines qui sortent de l'eau comme des sous-marins, balancent leur venin et disparaissent en feuj. Complètement timbré le Joss Whedon XD
Ce que j'ai aimé dans ce film, même si j'ai moins apprécié Fran Kranz que les autres, surtout lors d'une séquence, c'est que la plupart des interprètes fonctionnent très bien ensemble : Alexis Denisof et Amy Acker, par exemple, sont habitués à tourner à deux depuis Angel (et pour cause, mais je vais pas spoiler ^^), de même que Sean Maher et Nathan Fillion (encore qu'ils n'aient aucune scène en commun dans Beaucoup de bruit pour rien), ce qui fait que leur jeu paraît plus naturel et aisé qu'à l'accoutumée.
Après, l'intrigue s'y prête formidablement aussi : le ridicule consommé du personnage de Clark Gregg, père de famille aimant et niais, le rôle de show-man sarcastique et séducteur d'Alexis Denisof, souvent hilarant (j'ai en tête une séquence et une scène dans lesquelles il est à hurler de rire), le feu nourri des insultes d'Amy Acker, tout concourt à rendre ce film drôle alors qu'il s'agit quand même de l'histoire classique du paria de la famille qui va pourrir la grande réunion.
Et puis, comme dans toute pièce de Shakespeare, les personnages secondaires sont souvent burlesques et Nathan Fillion, qui m'a habitué à des rôles autrement plus sérieux (le prêtre Caleb dans Buffy et le capitaine Reynolds dans Firefly) est ici un crétin congénital, chef du Guet nocturne de Messine avec tous les traits habituels shakespeariens. Par exemple, sa fierté d'être un bon père et un officier respecté est aussitôt neutralisée par sa revendication d'homme riche doté de "deux beaux habits !" Pire encore, un peu après, quand un suspect le traite d'âne et que, assimilant le qualificatif, il indique au seigneur Léonato "qu'il soit dûment consigné dans votre rapport que je suis un âne." Consternant XD

Sean Maher n'est pas très présent dans le film, mais qu'est-ce qu'il est bon *__*
La trame, fort logiquement, est la même que dans la pièce originale, et comme ce n'est pas une tragédie, elle a tendance à être un tant soit peu prévisible (encore que je me suis demandé pourquoi à un moment les personnages utilisaient certaines astuces au lieu de se simplifier la vie : bikoze c'est du théâtre), et comme je le dis de temps à autre, c'est moins le fait de connaître la fin que de savoir de quelle manière on en arrive là qui importe dans la narration (non non, ce n'est pas du tout une bonne explication pour m'excuser d'avoir spoilé Syrya A MORT sur la fin de la série Angel (bon en fait si mais ça marche aussi pour le film (et puis je l'ai pas spoilé, je l'ai mystifié, maintenant il va stresser tout du long pour rien ^^))). Bref, parce qu'Amy Acker et Alexis Denisof fonctionnent bien ensemble et parce que leurs personnages sont au cœur de l'intrigue sans vraiment en être l'enjeu, j'ai adoré les suivre tout au long du film. En plus, la dernière fois que je l'avais vu, c'était Fred Burkle qui, quoi qu'elle puisse faire, même dans les deux dernières saisons d'Angel, demeurait la jeune femme un peu barge (à cause du personnage de Charisma Carpenter qui est le féminin sérieux de la série, mais je vais pas refaire mon article sur Angel), alors qu'ici, elle a vieilli, mûri, et c'est La femme, la seule et l'unique, l'Irène Adler de Joss Whedon, maîtresse d'elle-même et des autres *__* (oui bon, Jiminy a un peu un crush pour Amy Acker (toi aussi Dark (ouais, j'admets)))
Les autres, à l'exception peut-être d'Héro, fille insipide et transparente (en même temps comment exister à côté d'Amy Acker ?), sont très justes et appréciables.

Phil Coulson en papa-poule. Phil Coulson dans un bal costumé. Ambiance.
Plus intéressant, les codes du théâtre sont repris à la fois dans l'intrigue et la mise en scène, et vont même jusqu'à réunir les deux. Par exemple, au théâtre, deux personnages peuvent très bien discuter d'un troisième qui se trouve à deux mètres de là sans que celui-ci n'entende (il suffit qu'ils se parlent directement entre eux et pas à la cantonade). Un personnage peut être dissimulé tout en étant parfaitement visible du spectateur voire des autres protagonistes (qui font semblant d'ignorer sa présence) afin de parler de lui. Ces deux exemples sont présents dans le film : à un moment, Claudio et Pedro discutent de Benedict alors qu'il est à deux mètres de lui et ne les "voit" même pas ^^ Plus tard, deux personnages se retirent pour aller discuter en privé et un troisième passe dans la salle d'à côté d'où on les voit s'éloigner, mais ils ne réagissent pas. Typiquement théâtral. Béatrice, qui écoute une conversation à son propos en se cachant de Margaret et Héro qui savent parfaitement qu'elle est là, c'était presque aussi drôle que Bénédict qui espionne une conversation sur lui entre Pedro, Claudio et Léonato. Et cette séquence-là est proprement désopilante XD

Cette séquence est l'une des plus théâtrales du film : on parle d'un type en aparté, il est à deux pas et il n'entend rien ^^
En ce qui concerne Syrya je sais pas mais personnellement, j'ai dans un premier temps été perturbé par le noir et blanc, bien qu'il donne un côté désuet et intemporel fort bienvenu dans l’œuvre, à peu près aussi efficace dans la mise en scène que le contraste entre les dialogues, les fringues et la Californie dans Roméo+Juliette. Le film se déroule à notre époque, comme le prouve l'utilisation d'un smartphone à la toute fin (je dirai pas pourquoi pour raisons de spoiler), mais cette absence de couleur, ainsi que les décors (le film est pratiquement un huis-clos centré sur la demeure du seigneur Léonato) tendent à rendre beaucoup plus flou le cadre spatio-temporel (même pas sûr que ce soit tourné en Sicile en plus ^^). Ah mais en plus Syrya vient de m'apprendre que la maison, c'est celle de la femme de Joss Whedon à Santa Monica, Californie. Genre le mec il réunit VRAIMENT ses potes pour un film de vacances XD
Y'a pas énormément de musiques mais au moins une chanson, peut-être deux, sont reprises de Shakespeare. De manière générale, la bande-son m'a pas semblé marquante, mais les dialogues étant repris de la pièce originale, ils intègrent du vieil anglais avec lequel on n'est pas habitué et surtout qui contraste fortement avec notre époque, ce qui rend d'autant plus intéressante la perspective de voir ce film en VOST. Par contre, vous aurez du mal à mettre la main sur ce film, c'est pas du ciné commercial, et donc Syrya et moi nous sommes tournés vers un cinéma indépendant pour le voir.

En bref : c'est du théâtre transposé en film et à notre époque. C'est du Joss Whedon et du Shakespeare en étant à la fois plus que les deux réunis. C'est Alexis Denisof, Amy Acker, Clark Gregg et Reed Diamond en étant l'histoire de toute une maisonnée. Ce film est absolument génial à tous points de vue, et équilibré entre la romance, le burlesque, l'intrigue et le drame. Vous DEVEZ le voir, pour votre culture, votre plaisir, et parce qu'on n'a jamais mieux transposé de théâtre dans un cadre contemporain.


Le personnage de Nathan Fillion est stupide, doté d'un orgueil mal placé, donne des ordres aberrants, se repose sur son adjoint, rate ses sorties théâtrales et ne sait pas parler. Gé-nial x)
Ouais c'est bon, Béatrice est partie, on peut parler d'elle ! et mdr la séquence ^^
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