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6.2.14

Sans déconner, c'est pas un reboot, c'est une autre version !


RoboCop.

Film américain de José Padilha (2014) avec Joel Kinnaman, Gary Oldman, Samuel L. Jackson, Abbie Cornish, Jackie Earle Haley.
Genre : science-fiction.
Vu en VOST.

L'Iran, dans un futur proche. Les Etats-Unis utilisent abondamment les robots de la firme militaire Omnicorp pour maintenir l'ordre dans les zones de guerre, réduisant drastiquement la présence et donc les pertes humaines américaines. L'idée de remplacer la police par ces robots divise le Sénat autour du sénateur Dreyfuss, qui refuse que la sécurité sur le sol national soit confiée à des objets sans morale ni conscience.

Alors que l'inspecteur Alex Murphy de la police de Detroit est grièvement blessé dans un attentat, les services scientifiques d'OmniCorp proposent à son épouse de le soigner. Elle accepte et, à son insu, son mari devient le premier drone de combat à conscience humaine.


Contrairement à ce que vous pourriez en penser - surtout après le Total Recall pas mauvais mais pas génial non plus qu'a connu l'année dernière - et ce que vous en diront les médias, ce RoboCop est infiniment moins contestable qu'on pourrait le croire. Sa portée politique et sociale est juste hallucinante et son engagement à des années-lumières de celui de TR Mémoires Programmées. Comme je peux pas du tout, même pas un chouïa, spoiler sur ce film, bikoze j'ai conseillé à mes copains de le voir, que je le fais à nouveau à votre encontre, et que j'espère qu'ils me liront, je vais axer mon article là-dessus.
D'abord, je n'ai pas vu le RoboCop de 1987, parce que je suis né la même année et que j'avais pas l'âge d'être un cinéphile, et que j'ai jamais eu l'idée de le voir plus tard. J'ai regardé la rétrospective de Durendal sur le sujet, et j'ai donc appris, je pense, l'essentiel de ce qu'il faut savoir sur l’œuvre originale. L'une des critiques fondamentales de ce reboot était que, comme l'Alex Murphy version 2014 avait déjà une famille avant d'être robotisé, sa quête d'identité risquait d'être gravement compromise ("suis-je encore vraiment humain, sous les boulons et l'acier ? Qu'est-ce qui me rattache à l'humanité ?"), sauf que, bonne nouvelle, la quête d'identité n'est pas un enjeu du film. Ca, c'est fait !

Des machines de guerre américaines en Iran. Le public a dû se pisser dessus de plaisir. Canaliser la violence américaine vers les "ennemis de la paix" alors que les USA sont la principale menace à la paix mondiale.
Non, concrètement, ce nouveau RoboCop est centré sur plusieurs pôles : la contestation des dérives sécuritaires américaines, le rapport de l'homme à la machine dans notre société hyper-technologique (le film étant futuriste, autant vous dire que ça s'arrange pas avec les années), et le rôle grandissant des entreprises privées, avec le sacro-saint lobby de l'armement, si cher aux cœurs de ces trous du cul d'enfoirés de conservateurs tarés qui votent pour le Parti Républicain. Les trois personnages principaux, qu'il s'agisse de Dennett Norton joué par Gary Oldman, d'Alex Murphy incarné par Joel Kinnaman, et de Raymond Sellars, campé ici par un Michael Keaton absolument brillant, évoluent tous les trois entre ces sphères. Les autres, soit ils ont leurs intrigues personnelles, ce qui est logique étant donné qu'on est quand même au cinéma, soit ils sont joués par Samuel L. Jackson.

Parce que, c'est ça que j'ai trouvé très intéressant, Pat Novak joué par Samuel L. Jackson n'est pas juste le plus épouvantable connard de la terre, un journaliste vendu au service du grand intérêt financier et sécuritaire conservateur, c'est aussi et surtout le fil rouge et le narrateur implicite de l'histoire.  

RoboCop commence avec lui et se termine avec lui. Parce que les événements racontés sont publics, notamment la présentation d'Alex Murphy après son accident et sa "convalescence", il est la voix des médias. Lors des débats entre Sellars (dont le nom rappelle seller, le vendeur, tout de suite ça annonce la couleur : pour lui Alex Murphy n'est qu'un produit destiné à conquérir le public et à avoir l'aval du Sénat pour robotiser la police américaine) et Dreyfuss (un nom juif, bwaaah ! Les juifs, c'est le mal !!... joli sous-entendu sachant que ce sénateur est l'un des personnages les plus positifs du film), c'est lui qui est médiateur sur The Novak Element (et qui coupe la parole à Dreyfuss pour manipuler l'opinion), son émission dont il ne cache pas qu'elle est farouchement en faveur des robots, qui dénonce "les médias partisans" qui permettent de rétablir la loi Dreyfuss interdisant les robots (ouais, toi t'es pas partisan peut-être, connard ?!?), bref, ce personnage est le plus édifiant et le plus condamnable du film.
Il encourage l'usage de robots en zone de guerre (en Iran ! en IRAN !! Encore un film qui galvanise malgré son réalisateur la nation contre l'Ennemi du moment !) et termine RoboCop sur une déclaration qui dit en gros : "si vous pensez que cette politique fait de nous de dangereux impérialistes tels que ceux que fuirent les Pères Fondateurs, ARRETEZ DE PLEURNICHER, l'Amérique est et sera toujours la plus grande nation qui soit !" Le mec, à aucun moment il remet en question son propre jugement bien que le film, en le montrant de mauvaise foi, hypocrite, manipulateur et surtout, défenseur de la thèse qui perd, se prononce clairement pour l'anti-impérialisme américain.

Ce type est détestable au possible, il aboie sans cesse, vocifère, on dirait l'autre taré de V pour Vendetta. Le mec le plus édifiant du film.

Après, RoboCop est aussi très classiquement l'histoire d'un cyborg en lutte contre le crime dans la ville la plus criminelle et la plus ruinée des USA. C'est véridique : depuis un peu moins de 10 ans, Detroit est devenue une ruine (la grosse industrie locale, c'était l'automobile, et ça marche plus des masses) aux mains des trafiquants de drogues et probablement d'armes. Et donc, dans ce cas logique, un trafiquant d'armes à la tête d'un vaste réseau échappe sans cesse aux mains de la police, ce qui a tendance à énerver Murphy, jusqu'à ce que les méchants fassent péter sa bagnole sous son nez. Le fait que cette fois ils lui aient donné une femme et un fils est très intéressant, à mon sens, parce que la question n'est pas de savoir s'il est humain (en dépit des deux scènes où on voit clairement, sans coupe ni ellipse, à quoi il ressemble sous l'acier, le film est en faveur du oui) mais de savoir qui a le contrôle entre le cerveau et la machine. Ce qui rend d'autant plus intéressants sa lutte contre sa programmation, la partie du film où il devient une machine à capturer des criminels non condamnés et la déclaration de Gary Oldman/Dennet Norton : si, au début, il est largué par les drones de combat à cause de son habitude de réfléchir avant d'agir, de peser le pour et le contre, il devient au fil du temps plus rapide, plus mécanique ("moins moral") et, dans le feu de l'action, ne réfléchit même plus avant d'agir. Et là, le trait brillant : la machine envoie un signal à Murphy qui lui donne à penser qu'il a le contrôle alors qu'il n'est que passager de son propre corps. C'est, dixit Dennett Norton, "l'illusion du libre-arbitre".
 

Son bureau est monumental et ça m'étonnerait pas que son ego aussi. Michael Keaton est génial *__*
Assez éloquent quand on place ça face au contrôle absolu des données qui est autorisé à Murphy (il a accès à toutes les enquêtes de la police de Detroit, ce qui le rend dangereux : les politiciens sont d'accord pour qu'il arrête froidement des criminels, mais pas pour qu'il fasse le lien entre ceux-ci et les hommes d'affaires "honnêtes" (et puis, a-t-on vraiment envie de donner un contrôle total de l'information à une machine ?)) et surtout face à la position ambigüe du policier : bien malgré lui, il est fort bien utilisé par les pro-robots. Les policiers humains sont soit corrompus, soit incapables de trouver un criminel dans la foule -> mettons des robots.

Gary Oldman, le fameux scientifique humaniste (la séquence où on voit un mec jouer de la guitare avec ses prothèses mécaniques est absolument sublime en émotion) qui travaille pour le Plus Grand Bien avant de tester son regard critique sur ses patrons, est vraiment très bon dans son rôle, de même que Jackie Earle Haley (Watchmen, Freddie Kruger, Dark Shadows), le type sarcastique entraîné à gérer des robots et à qui on file un cyborg. Détail amusant : l'armure argentée de Murphy l'incite à appeler celui-ci Tin Man (L'homme en fer blanc, référence au Magicien d'Oz) et à écouter la chanson If I had a heart pendant le boulot pour déconcentrer ce dernier (cette fameuse chanson où l'homme en fer blanc annonce ce qu'il ferait avec un cœur... alors que Murphy n'en a plus). Michael Keaton, je l'avais encore jamais vu jouer un méchant et pourtant, dans le genre manipulateur avec son air de pas y toucher, tout-puissant sans vraiment le montrer, rah putain, qu'est-ce qu'il est bon ! :D
Abbie Cornish (dont la meilleure interprétation reste encore celle de Bright Star) joue ici Clara Murphy, un rouage de l'opposition, de même que Kim, l'assistance de Norton (Oldman), ce qui fait que le casting est fort bien exploité.


Les musiques, pour leur part, sont conformes au standard blockbuster (dès que j'aurai publié cet article, je vais chercher le nouveau thème de RoboCop parce qu'il est extra !), donc pas grand-chose à en attendre, mais la mise en scène est formidable, tant concernant le design des robots et d'Alex Murphy que les décors (encore une critique du film : les grandes industries américaines délocalisent en Chine, ce qui fait qu'une partie du film s'y déroule), notamment cet immense entrepôt, niahaha, et le labo de Norton. Visuellement, ça envoie du pâté, autant le dire.

En bref : ce film a une portée et un message bien plus percutants et pertinents à notre époque que ne l'étaient ceux du dernier grand reboot en date. La mise en scène et la narration, que j'ai presque pas évoquée ici, sont classiques et correctes, mais servent particulièrement bien les personnages et leur rôle dans le contexte de l'Amérique et du monde contemporain. Anti-impérialisme, anti-lobbyisme et contrôle étroit de la machine par l'homme, tout concourt à rendre le propos clair et intéressant, mais dans un blockbuster classe. Exit le vieux 1987 dépassé, VOYEZ ce film.

Voir aussi :
 - cet article (en anglais) qui fait une juste critique du film en disant notamment qu'il ne cherche pas à remplacer l'original, quoi qu'on en dise.

J'avoue avoir rarement vu Jackie Earle Haley aussi bien utilisé que dans ce film. Mouahaha, il est aussi brillant que les autres :D
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