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23.10.14

La famille c'est sacré. Il paraît.

 En complément à l'article précédent et de manière vachement moins offensive pour mes chers lecteurs d'amour (ce ton-là non plus nous va pas Jiminy (ouais je sais, c'était un test)), j'ai retrouvé ça sur l'ancien blog, ça date de 2012 et ça explicite les joies de la vie de famille de mon point de vue. Certains détails ayant depuis été explicités dans l'article précédent, du coup.

Contrairement à mes prétentions auvergnates, je suis né et j'ai grandi à Dunkerque, province du Nord-Pas-de-Calais, dans le royaume de France. Une ville à chier, en fait. Les Dunkerquois en sont fiers (surtout après le coup de pute qui répond au nom de Bienvenue chez les Chtis), mais y'a rien de bien, vraiment. Le trou du cul du monde sur les rives d'une mer froide et moche, où viennent s'échouer chaque année les Néerlandais et les Belges en mal de températures douces (mdr -_-), un ancien port industriel qui se reconvertit plus ou moins dans le secteur tertiaire, avec plus ou moins de réussite. Et un bastion du socialisme, aussi, dont le maire est un ancien ministre d'état (Michel Delebarre pour les ptits curieux). Mais on s'en fout de Dunkerque. Ça n'est intéressant que parce que l'hostilité de cette ville a contribué à faire de moi ce que je suis (un connard cynique et désabusé) et parce que toute ma famille en est originaire.
Ouais, "ma famille". Passons aux réjouissances. Dans la famille hyène, la matriarche a eu 8 enfants. Garçon-fille-garçon-fille-fille-garçon-fille-garçon. Je les connais tous, je les ai tous vus au moins une fois dans ma vie, et j'ai même appelé le quatrième Maman pendant des années. Après, je l'ai plus appelé du tout pour des raisons qu'il n'est pas utile d'évoquer ici, sauf pour dire que si, dans un monde parfait, j'avais l'occasion de descendre mon paternel sans en subir les conséquences morales ou juridiques, ce serait déjà fait. Même que pour déconner, plusieurs fois, Fils numéro 4 alias Laurent alias Parrain avait suggéré des modes opératoires à mon frère aîné, en ma présence, durant la brève période où j'étais à la fois majeur, mature, et en bons termes avec ma famille. Ceux-ci prenant systématiquement pour base les penchants alcooliques de la victime potentielle. Mais non, je l'ai pas fait. Il faut énormément de volonté et ô combien peu de conscience pour tuer, même un être abject. Je réponds pas aux exigences.


En tout cas, 8 enfants, c'est beaucoup. Ils n'ont jamais été réunis tous les 8 de mon vivant. J'ai déjà bien assez entendu parler de la période dorée de leur jeunesse où ils vivaient encore tous dans le giron maternel, et des situations passablement ardues qui en découlaient à l'occasion. En gros, ça devait ressembler à la vie sur un volcan en activité avec huit bombes vivantes qui se régénèrent à chaque fois façon Peter Petrelli. Très peu pour moi. Par contre, évidemment, y'a eu du passage, attention. On a l'esprit de famille où on l'a pas dans cette meute de hyènes. Ça aurait été marrant tiens, de voir les clans s'unir malgré l'animosité latente face à un ennemi commun, juste pour étudier les réactions de chacun.
Ah merde, c'est vrai, c'est arrivé en fait. Pendant mon adolescence, au moment où Maman s'est fait la malle, où tout le monde a crié "Pas trop tôt !" et où paternel est devenu l'ennemi public numéro 1 de la famille L. (oui parce qu'en plus mon nom de famille et le nom de ma famille maternelle commencent par la même lettre). Bon sauf qu'en cette seule occasion, j'étais du mauvais côté de la haine. 'chiotte. Qu'est-ce que j'y pouvais moi, j'avais rien fait, je savais rien (encore (j'aurais aimé ne jamais savoir (en fait non, la vérité est encore préférable))) et je comprenais pas pourquoi tous ces cons que j'avais vus pour la plupart une ou deux fois en quinze ans me méprisaient tous.


D'ailleurs, c'est à ce moment, à peu près, que j'ai vraiment réalisé à quel point Grand Frère - qui est en vérité Demi-Grand-Frère - était différent de moi et l'assumait. Indépendant de l'engeance L² et lui préférant celle des L., alors que j'y étais condamné à vie. 'possible que ça ait joué dans ma volonté de dire "bon, les L. vous m'emmerdez, si on se revoyait... tiens, jamais ?", allez savoir. Le plus ironique dans l'histoire c'est que Demi-Grand-Frère n'est pas le fils du malfrat, mais qu'il en porte le nom, lequel est allé à Neveu et à Nièce, et se poursuivra au-delà. C'est con hein, tout ça pour ça. Vous m'direz, moi aussi j'ai le nom, mais je refuse de renoncer à L² pour L. Tout plutôt que ça.
Bref, tous mes oncles et tantes se trouvent du côté maternel (et c'est pas dommage), ils n'ont fait que se suivre auprès de Matriarche (qui vu sa date de naissance est, à l'heure actuelle et à ma connaissance, soit très âgée soit disparue... l'autre jour j'ai eu comme un élan de mélancolie à l'idée qu'elle pourrait l'être sans que je le sache), l'un arrivait avec sa petite tribu (ou seul, y'en a quand même presque la moitié dans le lot qui se sont pas reproduits (Dieu soit loué !)), passait quelques jours, repartait, suivi de près par un autre. C'est super marrant, je trouve, ce talent qu'ont eu les L. pour s'éviter soigneusement - inconsciemment - sans jamais le dire ou l'assumer. Cette tendance "involontaire" à toujours se rater de peu.


Tout est parti de Dunkerque, puis comme un virus, ils ont essaimé. La plupart ont pas dépassé les frontières de la province, certains sont allés se planquer dans le Doubs, en Saône-et-Loire, voire en Ardèche, pendant que Matriarche partait en Auvergne. Pourquoi, comment, j'ai jamais su. Seulement que Marraine - la plus jeune des huit - l'a suivie et y a installé sa propre tribu. Encourageant un mouvement qui s'est accentué depuis, jusqu'à la rupture : on se tape la route jusqu'à Matriarche deux fois l'an, pour les vacances et Noël - et encore, pour Noël c'est pas sûr, faudrait pas s'aviser de les réunir, les bougres - puis on repart, on se parle plus, on n'a plus de nouvelles, on s'écrit pas, on se téléphone pas, et on finit par oublier les tensions. C'était toujours sympa, durant ma brève période auvergnate, de constater à quel point, de manière assez ambigüe d'ailleurs, les L. pouvaient tout à la fois cohabiter et ne jamais s'exprimer leur affection. Comme des étrangers qui se connaissent très bien.
Et comme condamnés par la fatalité, le destin, ou une génétique impitoyable, voilà que les membres de la troisième génération, qui se comptent par dizaines, ont fait pareil. S'éparpiller, s'ignorer mutuellement, voire ne pas connaître leur existence. J'ai des cousins que j'ai jamais vus, deux cousines, leurs sœurs, que j'ai rencontrées pour le mariage de la seconde, d'autres que j'ai croisés tout petit et ai oubliés depuis. Et je suis sûr que la plupart ignorent jusqu'à mon nom. Un demi-frère qui a pris soin de ne tisser aucun lien - pas même avec moi - et de ne demeurer que le jeune neveu, ami et presque imitateur de mon oncle, mon parrain, et moi, le paria, né du mauvais père.


Alors ouais, j'ai pas le sens de la famille. Et ouais, voir régulièrement les autres familles, complètes, et leurs histoires, m'emplit d'une certaine nostalgie parce que j'me souviens très bien, curieusement, de la grande maison du Pas-de-Calais, des étés en famille et des repas sur la grande terrasse. Des réveils assez tôt et des ptits déj' pris au soleil dans la véranda. De l'entente cordiale d'alors. Je sais pas ce qui a merdé depuis, ce qui s'est brisé. Ont-ils vieilli, se sont-ils aigris ? Une chose est sûre, tout ça et loin derrière moi et même la tentation de renouer, d'écrire à mon frère - qui à en croire internet vit toujours au même endroit - ne suffit pas à me faire sauter le pas. Peut-être Neveu et Nièce se demandent-ils où est le jeune oncle qu'ils ont adoré, peut-être se poseront-ils la question en grandissant, vu que Neveu a déjà dix ans cette année. Peut-être que leurs parents, dont je n'ai reçu que jugements, mises à l'épreuve et regards condescendants (t'es jeune, immature, tu vis dans tes rêves - oui parce qu'être cultivé, aimer les jeux vidéo et pire encore, la littérature, c'est vivre dans un autre monde !), ne sauront-ils pas quoi dire et seront désemparés.
Mais, au fond de moi, cette bonne vieille conscience corrompue et dévoyée semble avoir un talent particulier pour étouffer le remords. Je m'en fous, ils ont Beau-Frère, l'oncle que Demi-Frère adore. Le jeune frère de Putasse-la-belle-soeur, qui est toujours là, présent, rieur, et surtout, digne d'eux, dans sa grande réussite. Je ne suis même pas parrain de Neveu ou de Nièce, je compte clairement pas. Je vous emmerde, les trouducs. Aller à l'université, être cultivé, et rechercher toujours plus de savoir, de connaissance, je trouve ça infiniment mieux que vivre sans fantaisie ni douce folie.


Ouais, j'ai pas le sens de la famille. Ou plutôt, de ma famille, la biologique, la grande, la meute, celle dont j'ai été rejeté pour la seule raison que paternel est un connard de première, doté de tous les défauts qui se puissent imaginer. Je m'en fous royalement. J'ai trois petites sœurs, des amis, des tas d'internautes que je n'ai pas vus, mais ai-je seulement vu ma famille biologique ? La connais-je seulement ? A un Frère froid et austère, à une Cousine drôle et sympa, à un Parrain flegmatique et distant, à une Tante condescendante et antipathique (dans cette famille faite de conservatisme, ça choque personne qu'elle ait jamais épousé mon oncle), je préfère mille fois une Darkly drôle et cinglée, une Walou barge et cultivée, une Yume qui m'engueule parfois, mais toujours avec bon sens, une Plume douce et réfléchie, une Elika en qui je me reconnais davantage qu'en n'importe quel L. dont je serais porteur d'un peu de sang.

Et qui sait, on est jeunes. On a tout le temps d'élaborer les vacances et les repas de famille. Avec M. Plume, l'actuel ou un autre, je sais qu'il sera très bien, avec M. 'lika, qui est parfait et a intérêt à le rester, avec Luciole et peut-être plein d'autres. MA famille, elle m'est sacrée.

(les images viennent toujours de là et comme je les ai presque toutes utilisées, je vais laisser tomber cette page)
(finalement presque rien n'a changé en deux ans, faudrait juste ajouter quelques noms et détails pour actualiser)

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