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25.10.14

Last Action Hero


Film américain de John McTiernan (1993) avec Arnold Schwarzenegger, Austin O'Brien, Charles Dance, F. Murray Abraham, Frank McRae, Anthony Quinn.
Genre : action, humour.

New York, au début des années 90. Danny Madigan est un enfant peu sociable qui passe son temps dans le cinéma où travaille son ami Nick comme projectionniste pour y revoir sans cesse son héros, le policier Jack Slater de la série de films d'action éponyme. Un jour, Nick confie à Danny un ticket qu'il dit tenir du magicien Houdini et qui serait magique. Lors d'une projection avant sa sortie du film Jack Slater IV, Danny l'utilise malgré lui et atterrit dans le film, aux côtés de Slater, qu'il doit aider à stopper un dangereux mafieux de Los Angeles.

Last Action Hero est un des nombreux films qui ont bercé mon enfance presque dès sa sortie (avec Allô Maman c'est Noël, Hook, L'histoire sans fin, Les Goonies, Qui veut la peau de Roger Rabbit ? et My girl, comme ça vous savez tout) et il a malheureusement raté son passage à la postérité à cause d'une actualité hyper chargée et pas à son avantage : la même année (en gros) est sorti Jurassic Park, qui a éclipsé toute concurrence en matière de films d'action, ce qui est aberrant parce que la majorité des gens (moi excepté) ignore qu'en fait Jurassic Park est un film politique et intellectuel avec des effets spéciaux maouss et pas vraiment un film d'action. Last Action Hero, en revanche, est un film de flingues, de criminels et d'humour cliché totalement assumé réalisé par le maître du genre de l'époque, un certain John McTiernan, qui avait alors commis des crimes aussi géniaux que réguliers et pour lequel le cinéma lui doit énormément. Die Hard : Piège de cristal, Predator et A la poursuite d'Octobre Rouge, si ça vous parle pas, je peux rien pour vous.

"Être ou ne pas être, telle est la question... ne pas être." *BOUM*

Ce qui est intéressant avec ce film, c'est les différents niveaux de lecture qu'il offre. Basiquement, c'est un film d'action bourrin et un peu con-con avec Arnold Governator et ses répliques niaiseuses (il devait être en train de s'échauffer pour son one-man-show en 1997. Mais si, tu sais, Batman, Robin, Mister Freeze et ses deux milliards et demi de jeux de mots sur le froid et la glace), mais c'est aussi une réflexion plus qu'intéressante sur le cinéma d'action des années 80/90, sur la relation entre fiction et réalité, sur la conception de la première au cinéma et enfin une œuvre bourrée de clins d’œil au cinéma. Donc forcément, dans un ensemble pareil, on trouve énormément de second degré. Danny Madigan est un gamin nourri au ciné d'action, ce qui permet également un peu d'autocritique de la part d'un réalisateur qui s'est pratiquement spécialisé dans ce domaine.
Pêle-mêle, le générique horriblement mauvais de Jack Slater IV, le nombre hallucinant d'explosions et les facilités de scénario trop nombreuses pour être citées contribuent à l'humour presque omniprésent, mais le regard du spectateur adoptant celui de l'enfant, McTiernan nous montre à travers lui qu'il est conscient des manquements du genre. Pardon : des clichés. Du genre une explosion impliquant le héros et deux policiers anonymes, et Danny sait à l'avance que Slater s'en sort indemne alors que les deux autres y passent. Dans la fiction, les personnages sans nom sont condamnés. Toujours. Un type qui meurt un cône planté dans la tête après avoir embouti un camion de glaces (véridique !) et une pique peu spirituelle, "pour qui sonne le glas la glace". Le méchant a carrément l'air d'un méchant, le héros peut pas jurer parce que c'est un film tout public, les méchants peuvent pas s'empêcher de sortir de longues tirades, les nanas sont toutes canons, y'a pas de "normale" et il fait toujours spectaculairement beau à Los Angeles.

Roooh, il a pas l'air si méchant, il est classe, il est cool, c'est Charles Dance quoi.

Mais, plus intéressant que ce vernis vu et revu, tous ces aspects de Last Action Hero servent justement à ajouter de la cinéphilie et, plus tard, de la réflexion proprement dite. Dès que Danny rencontre John Persévère (sérieux !), il met en garde Slater contre ce type qui "a tué Mozart", parce qu'il est joué par F. Murray Abraham aka Antonio Salieri dans l'Amadeus de Milos Forman (un vrai film hein. De 1984). Faut aussi voir sa version stéroïdes de l'Hamlet de Shakespeare (si seulement les cours de littérature étaient aussi intéressants ^^), les nombreux moments où il essaie de prouver à Slater qu'on est bel et bien dans un film (du genre le débat entre enquête policière méthodique et pointage de villa des mafieux façon "les méchants sont là !"), avant la concrétisation finale, la confrontation entre "leur monde" et le nôtre. Outre le choc existentiel quand tu te rends compte que t'es un personnage de fiction incarné par un vrai mec, l'humour du personnage de Benedict qui découvre la criminalité insouciante de la réalité ("eh oh, je viens de tuer un homme et c'était totalement prémédité ! - Tu vas la fermer ta gueule ?!?"), cette partie offre un constat intéressant sur la désinvolture avec laquelle les auteurs et les acteurs de la création artistique font n'importe quoi avec les personnages. C'est vrai, je suis écrivain, alors je sais parfaitement qu'on peut leur en mettre plein la gueule, rien à battre, toute façon ils existent pas vraiment. Last Action Hero tout entier répond à la question "et si, au contraire... ?"
Bon après, je pourrais vous parler de la grande première de Jack Slater IV, avec Jack Slater versus Scharzenegger, des caméos de Van Damme, Timothy Dalton, Damon Wayans et MC Hammer, mais j'ai très envie que vous regardiez cette merveille de Last Action Hero, alors je vais pas vous citer tous les éléments cools, y'en a trop (ok, y'a aussi une référence hilarante à ET l'extraterrestre, la lune, un vélo, tout ça ^^). Et puis faut que je vous parle des interprètes.

Ah putain ouais, quand même.

Je tiens à vous avouer, parce que je suis cinéphile, un des trucs que j'adore le plus en matière de ciné. Dans le top des détails chouettes qui font frétiller ma soif de culture et de connaissance, il y a le fait de découvrir un-e grand-e interprète dans un truc connu puis de le-a retrouver dans des œuvres plus anciennes et déjà aussi talentueux-se. En l'occurrence, vous avez probablement (y'a intérêt !) déjà tous vu la série Game of Thrones et donc découvert cette merveille froide, anglaise et cynique appelée Charles Dance aka Tywin Lannister. Dans Last Action Hero, il est plus jeune, il est roux, et il fait déjà preuve d'un humour pince-sans-rire que j'adore, sans parler de son côté faussement maniéré de méchant qui sait qu'il est méchant. Benedict, c'est le nom de son perso, est un connard de première qui ne cesse de reprendre les erreurs idiomatiques de son taré de patron mafieux ("on t'a offert Slater sur un gâteau d'argent !" et autres aberrations dignes de Provençal et Karadoc) et qui découvre avec un plaisir consommé que dans le monde réel, les méchants s'en sortent les doigts dans l'pif.
Arnold Governator, pour sa part, se présente ici d'abord comme un gros bras cynique avec un humour douteux (un John McClane quoi), mais se révèle intéressant dans ses interactions avec le gamin, avant de devenir plus profond et de porter la critique de McTiernan sur le cinéma d'action hollywoodien dès lors qu'il a un point de vue externe (enfin, très très interne plutôt ^^) sur celui-ci. Danny Madigan est juste un gamin chiant qui veut jouer les héros, mais j'adore la manière dont il souligne les clichés de Jack Slater IV ou fait référence aux trois premiers films, et aussi sa réalisation du fait que, lui, au fond, il est le sidekick un peu débile et amusant. Les autres, qu'il s'agisse du mafieux, du chef de la police qui gueule tellement qu'il en devient ridicule et incompréhensible, du flic un peu douteux (en même temps il a tué Mozart ! ^^) et de la fille du héros, sont assez classiques mais quand même divertissants parce qu'ils interagissent bien avec les trois rôles principaux.

Sérieusement, cette image a pas besoin d'être commentée, pas vrai ? ^^

Pour ce qui est de l'esthétique, on est je l'ai dit dans un film d'action un peu bourrin parfaitement assumé, avec plein d'explosions, des courses-poursuites en bagnoles et un soleil californien à la brillance insolente, mais ces aspects lisses et policés sont agréablement contrebalancés par l'aspect plus sombre, dans tous les sens du terme, de la New York réelle qui fait quasiment film noir, avec sa nuit pluvieuse et ses contrastes lumineux évidents. Les costumes sont hyper classes, depuis les complets blancs impeccables de Benedict jusqu'à l'uniforme tee-shirt rouge-jean et cuir marron d'Arnold, et les décors sont vraiment sympa, pas trop mal composés. Des tas de petits hommages au cinéma par-ci par là, de Basic Instinct à Terminator en passant par Dracula, Hannibal Lecter et Le Septième Sceau (Ian McKellen aka la Mort), de la musique rock et hard-rock bref, tout concourt à rendre ce film très composite mais tout de même agréable, et je vous conseille vraiment la VF parce que comme elle date de l'époque où la VF avait le temps d'être travaillée, elle est de fort bonne qualité :)

En bref : Last Action Hero, film peu connu et mésestimé des années 90, est un petit bijou sympa et agréable dont la variété du contenu n'a d'égale que sa pertinence et sa qualité. Les réflexions et les différents niveaux de lecture qu'il engage sont tout à fait intéressants et dépaysent vraiment par rapport au standard du film d'action bourrin de l'époque, à l'image des Expendables actuels. Et en plus, il est vraiment drôle et bien interprété. A consommer sans modération.


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