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5.11.14

Le temps dans l'Histoire (2)

Sans transition, seconde partie sur Le temps dans l'Histoire. Après avoir vu le découpage schématique et un peu figé de l'Histoire en 4 grandes périodes historiques autour de dates-clés parfois contestées et souvent trop spécifiques, on va parler de l'écoulement et du comptage du temps proprement dit.
A l'origine le propos était appelé à répondre à la question du comptage du temps avant l'ère chrétienne et par extension dans l'Antiquité, puisque d'une part c'est à cette époque qu'est né le premier calendrier unificateur, d'autre part parce qu'on n'a pas cessé de compter le temps après Jésus-Christ comme on le faisait avant lui.


De l'Antiquité, on connaît évidemment de nombreux calendriers, depuis le Proche-Orient jusqu'à la Grèce en passant par l'Egypte et la Phénicie (les Phéniciens étant historiquement le premier peuple navigateur-colonisateur, au sens classique du terme, le passage et le marquage du temps étaient évidemment des valeurs importantes pour eux).
Comme je l'ai dit, je compte pas évoquer des sujets que je maîtrise pas pour raconter nawak, alors on va se contenter de deux exemples, celui des Germains et le principal, celui des Romains.

Carte des peuples de la Germanie d'après Tacite. Là comme ça c'est le bordel mais j't'en reparlerai t'inquiète.

Dans sa Germanie, qui est par ailleurs l'une des trois plus grandes sources non-germaines (et par conséquent, l'une des rares sources écrites, les Germains étant un peuple de culture orale) sur le peuple d'outre-Rhin et Danube, le romain Tacite décrit les Germains comme calculant le temps en nuits, et non en jours. La journée commence avec la tombée de la nuit et se déroule jusqu'au coucher du soleil suivant : les chefs de tribus se réunissent pour les grandes discussions à l'occasion du banquet, quotidien et nocturne.
Tacite n'en dit pas davantage sur le système germain, qu'il ne devait pas connaître plus avant, mais je suppose que, étant basé sur la lune, il devait être organisé autour des différentes phases lunaires (première, pleine, dernière et nouvelle lune) telles qu'on les connaît actuellement. Pour rappel, notre propre calendrier est basé sur le cycle solaire (ou plus exactement sur les interactions entre la Terre et le Soleil. (comme le dit fort justement et avec une grande concision le docteur Daniel Jackson dans la série Stargate SG1, une journée de notre monde correspond à une révolution de notre planète sur elle-même, une année à une révolution de la Terre autour du Soleil, il y a 30 jours dans un mois et 12 mois dans l'année (en gros))).

Mais, notre calendrier, du coup, aussi précis et complet soit-il, il ne nous a pas été envoyé par fax divin et il a fallu un paquet de mises au point avant d'arriver à la version définitive.
Le premier grand calendrier unificateur est donc celui des Romains, légitimé en ceci après coup par le fait que la cité italienne ait conquis la majeure partie du monde connu à l'époque.

Il a existé au moins deux manières de dénombrer et d'identifier les années qui passent, ou en tout cas, deux méthodes sont plus connues et plus simples que les autres. La première est évidemment la datation AUC, c'est-à-dire ad urbe condita, ou « depuis la fondation de la cité » de Rome, en 753 avant notre ère. La mort de César (-44) correspond donc à 709 AUC, celle d'Auguste (14) à 767 AUC, celle de Commode (192) à 945 AUC et le millénaire de la cité a été préparé puis célébré au début et au milieu du IVème siècle. De fait, des monnaies ont été frappées sous Philippe l'Arabe (244-249) pour commémorer les Jeux Séculaires des mille ans de Rome.
La seconde manière d'identifier les années est moins numérique et donc plus difficile à situer dans le temps. Il s'agit de l'identification de l'année par les deux consuls élus conjointement par le Sénat. Parce qu'à Rome, les magistrats supérieurs de la cité étant élus une fois par an, pour une durée d'un an, et non-renouvelables dans une période de dix ans, quand on parle de « l'année d'Untel et Untel », on sait très bien de laquelle il s'agit. En revanche, cette méthode est compréhensible surtout si on connaît bien l'histoire romaine et ses grands personnages ou pour compléter la première et identifier qui dirigeait au moment concerné. Les Romains eux-mêmes l'utilisaient sûrement autant que la première et davantage que nous.

Les Fasti Antiates Maiores sont les fragments d'un calendrier romain qui, comme son nom l'indique, fut retrouvé à Antium.
Sur ce calendrier, on distingue les 13 colonnes des mois principaux et intermédiaire - Februarius et Ianuarius devant logiquement être à la fin, juste avant lui, mais l'ordre des mois est le nôtre - avec en bas le nombre de jours par mois et pour chaque mois la mention des jours fastes (F), des jours néfastes (N - y'en a un paquet début février), des comitiaux (C - voir fin janvier et novembre (ce sont les jours de réunion des comices, les assemblées populaires)), et bien sûr des Nones (NON), des Ides (Eidus) et des Calendes (K, le premier jour de chaque mois). Certaines fêtes sont mêmes mentionnées, comme les Lupercales, le 15ème jour avant les Calendes de Mars (milieu de la 2ème colonne, LVPER).

L'année romaine, comptée depuis la Fondation et nommée d'après les deux consuls en exercice, est donc bien ciblée. Mais comment s'écoule-t-elle ? Le calendrier établi par les premiers Romains, plusieurs fois remanié avant d'aboutir à la version julienne de César, était en fait très proche du nôtre, puisqu'il en est l'origine directe.
A l'origine, le calendrier romain compte 10 mois dont les 4 premiers sont nommés d'après des divinités et les autres d'après leur nombre. Dans l'ordre, ce sont Martius (de Mars, dieu romain de la guerre), Aprilis (pour Aphrodite), Maius (pour la déesse romaine Maia), Iunius (de Junon, alter-ego romain d'Héra), Quintilis, Sextilis, September, October, November et December. On retrouve les racines latines de 5, 6, 7, 8, 9 et 10. Avec les cycles lunaires comme base théorique, chaque mois compte 30 ou 31 jours, mais il en reste 61 qui sont hors-calendrier et qui sont ajoutés graduellement pour s'aligner sur les lunaisons.

Plus tard, les mois sont réduits à 29 ou 31 jours et deux autres, Februarius et Januarius, sont ajoutés après December : le second compte 29 jours, le premier 28 et tous les 4 ans est suivi d'un mois intercalaire sans nom de 28 jours, portant Februarius à 28 jours, pour corriger le dérèglement du calendrier par rapport aux cycles astraux.
Au bout d'un certain temps, Januarius est envoyé avant Februarius (peut-être pour plaire au dieu Janus, très important pour les Romains), qui clôt donc l'année et, une fois tous les 2 ans, est suivi de ce fameux mois intercalaire nommé Mercedonius (parce que c'est à la fin de l'année que les mercenaires sont payés). Les années « courtes » comptent alors 355 jours et les longues s'alternent entre 377 et 378 selon un cycle de 4 ans (377, 355, 378, 355 puis à nouveau 377...).

Parce que c'est le bordel, que c'est jamais respecté par les prêtres et les politiciens (pour raisons électorales pour ces derniers) et que le décalage avec le temps solaire n'est que mal corrigé, ce calendrier finit par être remplacé par Jules César au dernier siècle de la République, par un calendrier qui porte son nom et qui sera la base du calendrier suivant et de la version actuelle, même s'il est pensé par l'astronome Sosigène d'Alexandrie.
En fait, le nombre de jours (365 et 366 en cas d'année longue) et la répartition des jours par mois est identique à ceux de notre calendrier (il a fallu en chier pour arriver là). Le début d'année est décalé à Ianuarius et Februarius, le second mois, passe tous les 4 ans de 28 à 29 jours.

L'organisation interne des mois romains c'est trop la merde. Un jour j'te l'expliquerai peut-être, mais c'est vraiment chiant.

En outre, à la mort de César, le 7ème mois, qui est celui de naissance du politicien, est renommé Julius en son honneur et, en 8 avant notre ère (ou 745 AUC pour ceux qui ont suivi), le 8ème mois prend le nom d'Augustus pour honorer le Prince, fils et successeur de César. C'est à dire que les anglophones sont de ce point de vue plus fidèles que nous aux Romains, sinon le 7ème et le 8ème mois s'appelleraient Jules et Auguste. M'enfin.
Voilà pour les calendriers et la datation romaine et je vous épargne le comptage des jours, c'est encore plus compliqué et c'est même pas pareil selon que le mois a 30 ou 31 jours...

Après la République romaine, le comptage des années depuis la fondation sera maintenu, au moins pour les Byzantins, jusqu'à la chute de Rome et même au-delà. C'est en 532 qu'un moine scythe, Denis le Petit (Dionysius Exiguus), étudie les sources antiques et conclut que la naissance du Christ aurait eu lieu en l'an 753 de la datation romaine : le début de l'ère chrétienne est établi et, durant les deux siècles suivants, diffusé dans l'Europe, notamment dans les îles anglo-saxonnes par le moine anglais Bède le Vénérable.
Bon, on a découvert après coup que Jésus serait né entre l'an 6 et l'an 3 avant lui-même, avant la mort du roi Hérode de Judée, mais c'est pas grave, on est plus à ça près venant des chrétiens (un jour je vous parlerai de l'étrange correspondance entre les dates des fêtes romaines et celles des fêtes chrétiennes, hinhin).

Bède le Vénérable d'après les Chroniques de Nuremberg, une Histoire illustrée du monde des origines à 1490 et publiées dans le Saint-Empire en 1493 par Hartmann Schedel.

C'est donc à partir de 532 après Jésus-Christ ou à partir de 1285 AUC qu'on a commencé à compter les années à partir de Jésus-Christ. Après cette révolution n'a eu lieu qu'une seule modification, au XVIème siècle, la Réforme Grégorienne (du nom du pape Grégoire XIII), qui touchait surtout aux années bissextiles : certaines avaient été mal choisies, si bien que la date de l'équinoxe du printemps remontait lentement l'année : à l'époque du Concile de Nicée (325), elle avait 4 jours d'avance et sous Grégoire, elle atteignait le 10 mars. Ce glissement entraînait un décalage de Pâques vers l'été, un dérèglement du calendrier liturgique, des conneries de pratiquants, et la réforme a défini après de savants calculs quelles années seraient bissextiles, et ce jusqu'à nos jours. Mais la base de Jules César et son pote Sosigène était demeurée intacte.

Pour ce qui est de jours de la semaine, ils portaient dès l'Antiquité leurs noms actuels, en référence aux astres qui étaient associés à des divinités (c'est pour ça que les planètes du système solaire portent les noms latins de dieux grecs), mais le calendrier mensuel romain était pas basé sur les semaines et non, j'expliquerai pas le délire des nones, des calendes et des ides, c'est vraiment trop chiant.
BREF, pour répondre à la question « mais comment comptait-on le temps qui passait, avant Jésus-Christ ? », la réponse brève est claire : à partir de la fondation de Rome et en fonction des consuls annuels. On peut pas attendre de control freaks complètement maniaques et obsédés de l'ordre tels que les Romains qu'ils n'aient pas su gérer leur datation à la perfection, à partir d'un certain point ^^
.... si y'a quoi que ce soit de pas clair dans l'article, DEMANDEZ !

Allez, de manière plus légère et plus simple, je vais quand même préparer une troisième partie à cet article sur Le temps dans l'histoire, pour revenir sur la division de l'Histoire trop schématique à mon goût et pour proposer d'autres dates, tout aussi pertinentes et intéressantes que 476, 1492 et 1789 ;) A la prochaine !

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