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30.1.15

La Tétralogie du Monstre


Auteur : Enki Bilal.
Origine : France
Nombre de livres : 4.
Date de publication : 1998, 2003, 2006 et 2007.
Genre : bande dessinée, science-fiction.

L'auteur.
Né en 1951 dans la Yougoslavie de Tito dont son père était le tailleur, Enki Bilal a émigré vers la France à l'âge de 9 ans. Introduit dans le monde de la bande dessinée dès 1971 par un concours du magazine Pilote, il commence à publier comme dessinateur puis comme auteur à partir de 1975.
Il connaît la consécration avec sa Trilogie Nikopol, éditée entre 1980 et 1992.
Auteur prolifique, Bilal a également publié la Tétralogie du Monstre de 1998 à 2007 et la trilogie du Coup de sang entre 2009 et 2014.

New York, 2026. Nike Hatzfeld, spécialiste mondial de la mémoire, tente de retrouver la seule famille qu'il se connaît, Amir et Leyla, respectivement plus jeunes que lui d'un et de huit jours. Tous trois se sont retrouvés dans le même hôpital de Sarajevo, Yougoslavie, à leur naissance en 1993, et dès ce moment le bébé a juré de les protéger en permanence.
Lors d'un rendez-vous avec son ex-petite amie Pamela, Nike est alors la cible d'un attentat : on lui apprend qu'il est la cible du double O, l'Obscurantis Order, une organisation fondamentaliste qui pratique le terrorisme pour détruire les sociétés mondiales. Leyla et Amir, de leur côté, sont aussi impliqués dans les intrigues du double O.

Le début du tome 1 commence direct dans un taxi volant avec un personnage ressemblant à la Lily Liang de la Trilogie Nikopol. Et comme bien souvent avec un natif de Yougoslavie, on lui demande s'il est serbe, croate, bosniaque ou musulman >_>

Autant vous le dire d'emblée, je suis extrêmement bon client en ce qui concerne cette tétralogie pour une raison simple. Si ma série de bande dessinée préférée est indéniablement De capes et de crocs, mon auteur-dessinateur de BD préféré, c'est Enki Bilal, depuis que j'ai adoré sa Trilogie Nikopol et la fort bonne adaptation qu'il a lui-même réalisée avec Immortel, ad vitam.
Cela dit, la Tétralogie du monstre, qui a logiquement le même style de dessin et une narration tout aussi riche, est pourtant une œuvre bien plus personnelle à de nombreux égards.

D'abord, le personnage principal s'appelle Nike à cause de la marque des chaussures du combattant mort auprès duquel on l'a trouvé lorsqu'il était bébé, mais il est impossible de ne pas voir l'anagramme avec le prénom de l'auteur. Ensuite, Enki Bilal est français d'origine yougoslave et connaît donc bien Sarajevo. Il faut quand même essayer, tout au long de la lecture de la tétralogie, d'imaginer comment on peut se sentir en étant né dans un pays qui n'existe plus, dans une ville ravagée par la guerre et les combats, où se trouve même une « Sniper Alley » où, entre autres, le père d'Amir a tué celui de Nike avant de se donner la mort avec sa propre arme (et à distance, mais le fait n'est jamais expliqué >_>).

Nike Hatzfeld, lors de son premier retour à Sarajevo depuis sa naissance.

Bref, la Tétralogie du Monstre est d'autant plus une série sur la mémoire individuelle et collective, sur la permanence et la fragilité des souvenirs, de la vie, de notre cadre de vie, que les trois personnages ne cessent d'être confrontés à ces enjeux dans leur progression. Nike voyage beaucoup, le temps des quatre volumes, de New York à Paris en passant par Sarajevo et le désert du Néfoud, en Arabie. Amir se retrouve mêlé à l'Obscurantis Order et à ses convictions en Asie centrale, avant de s'interroger sur ses propres principes et sur l'existence qui l'a mené là.
Leyla commence par travailler dans Hubble 4, une station orbitale scientifique, et on apprend peu à peu pourquoi l'O-O essaie de mettre la main sur elle alors que l'intrigue se projette dans la science-fiction avec laquelle Bilal est si familier.

Concrètement, il s'agit de représenter le pouvoir, l'art et la violence, étroitement mêlés entre eux, avec en toile de fond la lutte entre le progressisme et le fondamentalisme, l'énigme posée par des fouilles archéologiques mystérieuses, et les projets de Nike contrecarrés par le sombre docteur Warhole – visez la référence à un peintre américain bien connu. Ce dernier représente d'ailleurs un antagoniste particulièrement intéressant et imprévisible, Enki Bilal ayant visiblement décidé de renoncer au manichéisme (c'est normal) puis carrément à la présence de personnages opposants, tant le dernier volume, Quatre ?, semble faire office d'épilogue aussi surprenant qu'optimiste. Jouant avec les mots et les lettres, il ne cesse de transformer son personnage, et j'ai adoré ce qu'il en a fait ^^

De temps en temps, les planches de BD laissent place à des extraits de journaux numériques, avec articles et "photos", ce que j'ai adoré et qui ne fait que renforcer l'immersion dans l'histoire.

Evidemment, parce que c'est du Enki Bilal, le style graphique est similaire à ce qu'il fait habituellement. Les couleurs sont discrètes, presque jamais vives, beaucoup de bleu, de gris, de noir, de temps en temps des couleurs chaudes, notamment dans le Néfoud et sur Mars (la planète Mars, je te jure !). Egalement du blanc, assez régulièrement et surtout en Sibérie (logique), les plans d'ensemble sont nombreux et s'offrent à l'observation et la contemplation tellement c'est plein de petits détails, ça fourmille de figurants, de passants et de ces bagnoles volantes qui ont inspiré Le 5ème élément. Les intérieurs sont dans le même genre, mais heureusement on n'est pas au niveau du crade-ruiné de la Trilogie Nikopol, c'est moins un monde ravagé qu'un monde effrayé que Bilal représente ici.
Les personnages sont vraiment intéressants, les quatre principaux bien sûr, Nike, Leyla, Amir et Warhole, mais également Pamela et Sacha, la copine d'Amir, à la fois dans leur écriture et dans leur design visuel. Bref, l'ensemble du style est très sérieux, très mature, mais je crois pas que ça puisse décourager les lecteurs potentiels, bien au contraire ;)

En bref : bien que d'un abord assez complexe, la Tétralogie du Monstre se révèle être une histoire de SF futuriste tout à fait agréable et accessible, centrée sur un petit nombre de personnages qu'on prend le temps de connaître et de suivre peu à peu. La narration divisée en trois, les points de vue intercalés de Nike, Leyla et Amir rend la lecture plus fluide et plus appréciable, et l'intrigue réserve de bonnes surprises jusqu'aux dernières pages. Enki Bilal est vraiment un auteur que je recommanderai toujours ♥

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