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10.2.15

Marathon Saoirse Ronan - 3. Hanna


Film américano-germano-britannique de Joe Wright (2011) avec Saoirse Ronan, Eric Bana, Cate Blanchett, Tom Hollander, Jason Flemyng.
Genre : thriller, drame.

Hanna, une adolescente, vit depuis toujours avec son père Eric Heller dans un coin reculé de la Finlande. Sa vie difficile et les entraînements réguliers ont fait d'elle une combattante redoutable et impitoyable. Un jour, elle est déclarée « prête » et son père lui confie un boîtier sensé attirer une certaine Marissa Wiegler, qui a assassiné la mère d'Hanna.
La jeune fille décide de l'activer : les deux se séparent et se donnent rendez-vous dans la maison de Wilhelm Grimm à Berlin. Peu après, elle est capturée par une équipe d'assaut aux ordres de la CIA.

A mon sens, il n'y a pas trente-six manières de glisser un message politique dans un film. J'en connais au moins deux. Le premier, façon Andrew Niccol dont je parlais récemment à propos des Âmes Vagabondes, c'est à la mode Lord of War : on écrit un film intraitable et corrosif, bourré de cynisme et d'humour noir, et à la fin on annonce que les pires vendeurs de mort de la planète sont les gouvernements des membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU, et on les nomme (France, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Russie et Chine).
La seconde méthode c'est d'écrire une œuvre de fiction dans laquelle on met en scène des éléments parfaitement réels, on va dire au hasard une agence de renseignement d'un pays quelconque, et de montrer avec quel impérialisme désinvolte ses employés ou affiliés voyagent d'un pays à l'autre, passent par-dessus les organisations légitimes comme Interpol ou les forces de police et font ce qu'ils veulent au mépris des lois et des souverainetés nationales.
Ça marche bien quand on fait ça, sans faire exprès, quelques années avant la révélation des surveillances internationales, illégales, paranoïaques et orwelliennes effectuées par l'agence en question.
(comme d'habitude, les spoilers sont en blanc sur fond blanc, sélectionner à vos risques et périls)


Vous l'aurez compris, Hanna est un film à plusieurs niveaux de lecture et s'il demeure un divertissement très intéressant en premier lieu, avec l'histoire de cette vendetta personnelle, de cette gamine envoyée venger sa mère par son père (on sait jamais vraiment pourquoi il le fait pas lui-même d'ailleurs, vive le père aussi responsable que la mère du héros dans Pokémon) et qui se rend compte qu'en fait, la vie normale, c'est bien aussi, Hanna (le film) est également émaillé de petits détails qui soulignent une critique de la nébuleuse CIA (ouais je sais, jusqu'à récemment on disait « la nébuleuse Al-Qaïda », j'ai utilisé cette formule à dessein) qui dans sa version fictive possède une base au Maroc, tue d'innocents marocains, séquestre et interroge une pauvre famille anglaise en vacances, fait appel à des mercenaires allemands et se projette jusqu'en Finlande et à Berlin où elle assassine en plein jour et à découvert (avec tout ça j'me demande pourquoi les persos du film ne font pas voir la police, ils ont rien à se reprocher et si ça n'arrêterait pas la CIA, disons que ça l'embêterait le temps de détaler).
(putain j'crois que c'est la phrase la plus longue que j'aie jamais écrite et elle est syntaxiquement impeccable. Un paragraphe = une phrase. Rep à ça, Jiminy !!)


Si l'on considère le film dans son ensemble, sans s'arrêter sur les détails politiques qui participent à sa qualité, il faut reconnaître que c'est pas inintéressant et qu'en plus, c'est bien interprété. Eric Bana en sauvage hirsute, c'est un peu bizarre au début, mais ça passe, et puis c'est mieux quand il se rase et que sa mignonne petite fille lui coupe les cheveux. En plus cet acteur à part dans Troie, Star Trek XI et Hulk, je l'ai presque jamais vu jouer, alors ça fait toujours plaisir.
Après, l'un des soucis qui m'a été posé par ce film (parce que je l'ai téléchargé et que j'ai pas trouvé de VOST) c'est qu'il faut, justement, le voir en VOST pour bien profiter de ses au moins 3 langues différentes (l'arabe, l'anglais et l'allemand (et éventuellement le français)). Les doubleurs d'Eric Bana et Saoirse Ronan ont un accent allemand, mais ça reste insuffisant, je trouve.
D'ailleurs, parlons-en ! Au-delà de l'improbable carré roux de Cate Blanchett (assez joliment imité par Michelle Dockery, qui allait devenir la jolie Mary Crawley de Downton Abbey et pour l'instant était très occupée à se faire défoncer par une gosse dans une base de la CIA), c'est Saoirse Ronan qui m'a surpris, méconnaissable par ses longs cheveux blonds et bouclés de sauvageonne germanordique (à priori allemande par son ascendance maternelle) et plus que surprenante par son rôle de combattante qui cogne furieusement des allemands aux allures de néonazis et inverse régulièrement les rôles des chasseurs et de la proie.


Je l'ai dit à propos de La cité de l'ombre (un film que, une nouvelle fois, je vous recommande), j'aime beaucoup qu'un film se justifie et celui-ci le fait également. Le fait qu'Hanna ne connaisse pas l'électricité et soit agressée par toutes ses possibilités est intéressant, logique (elle a passé toute sa vie dans une cabane finlandaise chauffée au feu de bois) et bien mis en scène, de même que sa capacité à parler de multiples langues et à emmagasiner de l'information, ce qu'elle tient sans nul doute de son père, ancien agent de la CIA lui-même. Cette dernière faculté est d'ailleurs réutilisée de manière plutôt comique quand Hanna rencontre les personnages de Sophie et Miles ^^


Question esthétique, les décors sont plus qu'intéressants puisque durant la majeure partie du film, Hanna ne fait que voyager entre le désert, un voire deux campings puis l'Allemagne et Berlin, au milieu des ruines du Spreepark et dans « la maison de Grimm », probablement un genre d'attraction qui dans le film ressemble à une maison des horreurs hantée par les cauchemars des bonbons moisis que vous n'avez jamais mangés et par les tours de magie foireux face auquel aucun enfant n'a jamais ri. Les costumes et les décors sont tout à faits cohérents et acceptables, en somme.
Pour ce qui est de la bande-son, il paraît que c'est le groupe anglais The Chemical Brothers qui s'y colle, pour ma part j'ai bien aimé. Bon, il faudrait que je revoie le film pour avoir un vrai avis sur la question mais il me semble que l'ambiance de secret et de tension conférée au film était plutôt logique et en adéquation avec l'intrigue.

En bref : Hanna est un film qui semble-t-il est assez méconnu, et qui a pourtant le mérite de fort bien mettre en scène ses trois interprètes principaux, avec en rôle secondaire l'excellent et pas assez valorisé Tom Hollander, le type qu'on aime voir jouer les méchants. La mise en scène, la sobriété des effets spéciaux et sonores, l'intrigue et les décors contribuent à en faire un bon thriller, que je conseille vraiment aux fans du genre comme aux autres ;)

Alors je sais pas toi, mais moi j'entre pas là-dedans. Surtout sachant qu'on est au milieu d'un parc d'attraction en ruines empli des fantômes des rires et des joies de millions d'enfants. 
Paie ton atmosphère glauque.

*insérer ici le fichier "Ronronnement.midi"*

Tom Hollander : un esthète ? Un connard ? Un tueur ? Pourquoi choisir ? ^^

Les aventures de Saoirse Ronan en djellaba au Maroc.

Ce plan serait-il une brillante métaphore ? Non, il est pas comme ça, Joe Wright... (ce film est du pur génie de bout en bout, essentiellement dans sa construction et sa mise en scène.)

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