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15.3.15

Cœur de Loki


Auteur : Michel Robert.
Origine : France.
Nombre de livres : 8 .
Date de publication : 2005.
Genre : dark fantasy.
Ce livre est le tome 2 de la série de L'agent des ombres et donc la suite de L'ange du chaos.

L'auteur.
Né en 1964, Michel Robert est handballeur de haut niveau avant de se reconvertir dans l'écriture et de se spécialiser dans la fantasy. Il collabore notamment au cycle de La Malerune avec Pierre Grimbert, puis initie en 2004 sa principale oeuvre personnelle, L'agent du chaos, à laquelle il donne huit livres. Michel Robert écrit également en parallèle pour une autre série, La Fille des clans.

Cellendhyll de Corvatar, le chef des Ombres du Chaos, n'est plus le même depuis que son maître, Morion fils du duc Elvanthyell, lui a implanté un cœur de Loki pour le « remercier » d'avoir rempli avec succès sa mission dans les Territoires-Francs et empêché une invasion de la Lumière. Les séquelles de l'opération sont visibles, Cellendhyll est maintenant gras, lent et faible, privé de sa grandeur passée.

Pire, Morion l'envoie à nouveau en mission, loin du danger qu'il affectionne : il a pour tâche de veiller à la réussite d'une transaction immobilière au profit du chef des Ombres. Mais le Père de la Douleur, seigneur du plan des Ténèbres, est plus prêt que jamais à s'étendre aux dépens de la Lumière, directement au cœur des Territoires-Francs.

Cœur de Loki, la suite des aventures de Cellendhyl, ça fait que trois fois que je l'ai écrit pour l'instant et je sens que ça va me faire chier pendant un moment, est un livre que j'ai trouvé par hasard à la Vieille-Bourse de Lille, l'endroit idéal pour trouver des livres d'occasions et notamment de la fantasy et science-fiction. Du coup tout de suite je l'ai acheté sans hésiter parce que j'avais déjà adoré le premier, que c'est de la dark-fantasy française et ça c'est la classe.

Alors, comme c'est un peu compliqué, je vais reprendre les choses simplement. Ça se passe 6 mois après la fin du premier volet lors duquel le héros, me forcez pas à réécrire son nom, faisait l'objet d'une transaction secrète entre les Ténèbres et le Chaos. Plus exactement, le légat des premières voulait que le plus puissant des seigneurs (désunis) du second empêche une incursion de la Lumière, du coup on a envoyé la crème de la crème, à savoir un ancien agent de la Lumière avec des comptes à régler. Le premier volet était assez sanglant et super bien mis en scène.
De manière fort intéressante, en outre, il ne se centrait pas sur Cellendhyll, finalement c'est pas si compliqué à écrire, mais évoquait aussi l'intrigue secondaire d'Estrée et Leprín, et c'est à nouveau le cas ici puisque cette trame prend davantage d'importance.

Donc, on a à nouveau affaire à l'Ange du Chaos, le type laconique et discret qui n'avait aucun rival en combat et qui désespère donc de constater que la convalescence due à l'implantation d'un second cœur l'a laissé faible et empâté, ainsi qu'à son meilleur ami le Loki Gheritarish, qui physiquement ressemble en gros au Fauve de Marvel si celui-ci était un culturiste. Il y a aussi Morion, le Puissant du Chaos, fils du duc, que l'on voit rarement et qui passe ses brefs passages au premier plan à se faire engueuler par son serviteur pour les tourments qu'il lui a infligés en voulant le récompenser.
Également au casting, Estrée, la sœur de Morion, Leprín, l'ambassadeur des Ténèbres, Empaleur des Âmes, l'un des 4 généraux des Ténèbres (qui s'avère être un démon d'une puissance hors normes) et du coup le Père de la Douleur, le maître absolu du Plan des Ténèbres, qui chapeaute tout ça, ainsi qu'une guerrière humaine du nom de Devora, un noble humain au nom italien que j'ai oublié et en fin de volume le retour des potes que Cellendhyl s'est fait durant la mission précédente : le mage vert, le maître-voleur, le nain aux allures de berserker et la paladine amoureuse d'une Sylve (pas une forêt hein, juste un genre de mage-elfe).
Et pour ce qui est des décors, on est à nouveau, évidemment, dans cet univers faits de plans d'existence entre lesquels on passe uniquement par la magie, l'essentiel de l'histoire se déroulant quoi qu'il en soit dans la zone disputée par les grandes puissances, à savoir les Territoires-Francs.

L'autre version de la couverture du livre, que j'ai en édition Pocket, représente le Père de la Douleur, maître du Plan des Ténèbres.

Malgré les apparences, les personnages, pas si nombreux que ça, interagissent de manière à la fois équilibrée et cohérente dans un univers que Michel Robert met un soin particulier à développer. Durant le premier volet, on arpentait surtout l'une des plus puissantes cités du Plan de la Lumière du point de vue de Cellendhyl, qui était là pour assassiner de manière invisible. Cœur de Loki, au contraire, met en scène une longue enquête émaillée de combats et de découvertes troublantes, parallèlement aux rivalités entre Puissants des Ténèbres pour une relation privilégiée avec Estrée, éminente noble du Chaos.
Ce qu'il faut savoir c'est que ce dernier n'est pas unifié, bien que ses membres ne luttent pas entre eux, et que dans la grande guerre entre la Lumière et les Ténèbres, il s'aligne en fonction des circonstances du moment sans oublier que si l'un des deux venait à détruire l'autre, il serait sûrement le prochain sur la liste.

Du coup, l'intrigue offre un regard nouveau sur ces perspectives et il n'apparaît curieusement pas dérangeant du tout qu'on n'évoque à aucun instant certaines entités de cet univers. Au contraire, puisque les Territoires-Francs sont le point d'intérêt de l'ensemble, la ville de Véronèse est le principal cadre de la narration. Comme son nom l'indique, elle est de style italien, depuis son architecture jusqu'à ses habitants et à leur style vestimentaire, les portraits et descriptions (parce qu'il faut savoir que ce n'est pas la même chose) sont absolument délicieux à parcourir.
Concrètement, en parallèle de sa transaction immobilière rapidement expédiée, Cellendhyll tente de retrouver un type qui avait des infos utiles pour le Chaos (la combine habituelle, on essaie d'étendre son réseau là où on peut en nouant des contacts sur place) mais qui a disparu, et compte pour le retrouver sur l'aide d'une farouche guerrière de passage, Devora Al'Chyaris, ainsi que sur l'influence du jeune noble qui l'a embauchée comme garde du corps, Renzo Da Vinci-Contini.

Une partie du livre traite des rapports politiques entre les cités libres et entre les magistrats de Véronèse, élections à la clé, et pour ma part j'ai trouvé ce souci de l'élaboration et du détail vraiment intéressant de la part de Michel Robert. En plus, le style est juste assez suggestif et empreint de mystère pour que le lecteur, même en ayant toutes les clés en main, se retrouve complètement surpris au moment des révélations.
J'veux dire, on sait depuis le premier livre que Leprín a fourni des doses de drogue soigneusement composée à Estrée d'Eodh pour la rendre dépendante, avoir un moyen de pression sur elle et donc la forcer à trahir les siens — ce qui permet une mise en scène assez frappante des dépendances physiques — on apprend peu à peu qu'en tant qu'ambassadeur des ténèbres, c'est son boulot de monter des plans de ouf pour donner à son Plan un avantage militaire sur tous les ennemis déclarés ou potentiels, mais c'est un plaisir indescriptible quand on se rend compte que Cellendhyll s'apprête à mettre les pieds dans le plat sans même s'en rendre compte ^^

A titre de rappel, Cellendhyll de Corvatar, l'Ange du Chaos, maître des Ombres de Morion.

Parce que c'est de la dark-fantasy et que c'est très bien écrit, le livre est, par essence, totalement dénué de tout manichéisme. Les rares agents de la Lumière qui apparaissent sont de véritables connards aux méthodes plus que douteuses, alors que l'un des personnages que j'ai le plus aimés est un démon brutal et sauvage qui dissimule sa nature sous l'apparence d'un général conquérant, sorte de philosophe-guerrier raffiné et appréciable, et ce côté moralement imprécis des différentes factions permet donc de mettre en scène les conflits internes, qui peuvent de leur côté être aussi sanglants qu'un héros qui se prend à aimer tuer alors que jusque là il s'était jamais interrogé sur l'acte de donner la mort en lui-même.
Bref, c'est riche en surprises, aussi drôle que passionnant et perturbant, et pour ma part j'ai adoré ça !

En bref : suite réussie d'un premier tome assez prometteur, Cœur de Loki met en lumière le talent de son auteur pour la description, le portrait et la dark-fantasy en général. Les intrigues multiples et l'univers richement élaboré s'entremêlent dans un ensemble facilement compréhensible pour le lecteur, d'autant que les personnages sont réalistes, attachants, et les rebondissements toujours surprenants. Ça manque toujours de repères géographiques mais dans un univers multiplanaire, c'est pas très surprenant et ça ne gêne pas vraiment la lecture. Je suis toujours aussi fan de la fantasy française !

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