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15.3.15

L'amulette de Samarcande


Auteur : Jonathan Stroud.
Origine : Angleterre.
Nombre de livres : 3.
Date de publication : 2003.
Genre : fantasy.

L'auteur.
Né en 1970 à Bedford, Angleterre, Jonathan Stroud a commencé à écrire très jeune. Grand amoureux de livres, il est diplômé de littérature de l'université d'York et a travaillé comme éditeur à Londres avant de connaître le succès comme auteur dans les années 90. Il vit à l'heure actuelle à St Albans avec son épouse, illustratrice de romans pour la jeunesse, et ses deux enfants, où il se consacre à l'écriture.

Londres, à notre époque. La capitale de l'empire qui domine le monde baigne dans une atmosphère de complots et d'intrigues de palais. Sous l'autorité du puissant Rupert Devereaux, Premier Ministre, des centaines de ministres et de secrétaires d'état permettent à la caste des magiciens de gouverner le pays depuis des siècles.

Nathaniel, un jeune apprenti précocement talentueux, à la charge du piètre Arthur Underwood, mage de second rang, décide un jour de se venger d'avoir été brutalisé par le puissant Simon Lovelace : il invoque un djinn astucieux et sarcastique, Bartiméus, pour aller lui voler un artefact unique et précieux, l'Amulette de Samarcande.

Avant toute chose je veux et je dois remercier ma petite sœur Lowra et mon amie Julie aka Lanuitremue grâce auxquelles j'ai lu le présent livre. J'avais prévu de découvrir la trilogie de Bartiméus tôt ou tard, mais c'est quand la première s'est interrogé sur le niveau de qualité de celle-ci et que la seconde nous a dit que c'était très bien qu'en bon grand frère, j'ai sorti à Lowra « attends, je vais lire ça et te dire quoi ».
Donc, Julie, Lowra, merci de m'avoir poussé à faire cette découverte aussi tôt, elle est géniale et je la regrette pas, d'autant qu'actuellement je lis le second volet ^^

Cette histoire se déroule donc dans un monde alternatif dans lequel les magiciens ont toujours existé et ont eu sur le monde une influence constante, quoique variable. Ptolémée était un magicien, de même que le Premier Ministre anglais William Gladstone (l'un des deux grands victoriens avec son rival Disraeli, présenté ici comme un sorcier malveillant vaincu par le précédent), et le gouvernement de Sa Majesté (laquelle n'est d'ailleurs jamais évoquée) comprend des centaines de ministres tous issus de la classe dominante magique.

Dans ce monde parallèle, les magiciens tirent leur pouvoir depuis la nuit des temps du contrôle qu'ils exercent sur les démons, des créatures magiques venues de « l'Autre Monde », et dont la puissance varie grandement du gnome à l'afrit au gnome en passant par le marid, le djinn ou le foliot. La puissance d'un mage se définit donc à l'importance des démons qu'il peut invoquer et soumettre à sa volonté, le souci de recherche de Jonathan Stroud voulant que les plus forts soient logiquement les plus anciens chronologiquement.
Bartiméus étant un djinn, il est plutôt puissant et intelligent, mais il bénéficie aussi d'une grande expérience de l'espèce humaine et, de son point de vue, de ses incorrigibles travers, ce qui lui donne un point de vue extrêmement cynique et haineux à l'égard des magiciens qui, disons-le clairement, ne sont vraiment pas des modèles de vertu dans la trilogie de Bartiméus.

Donc en gros, un djinn, c'est ça. Un esprit de l'air et/ou du feu du Proche-Orient pré-islamique. (Magic the Gathering, wouhou !!)

Les deux personnages principaux, radicalement différents, ont donc absolument toutes les raisons de se détester et de se défier l'un de l'autre : l'un est un vieil être doté d'une infinité de connaissances et l'autre un gamin prodigieux mais désespérément naïf dont les erreurs peuvent coûter la vie aux deux. Ce qu'il faut savoir c'est que passé un certain âge (12 ans), les magiciens se voient doter d'un nom d'adulte, que tout le monde connaît, et sont invités à oublier leur nom de naissance, que personne ne doit jamais connaître, pour la raison habituelle en fantasy selon laquelle quand on connaît le vrai nom d'un être, on a prise sur lui ou elle. Évidemment, comme il se doit, à un moment Bartiméus apprend le nom de Nathaniel, sinon c'est pas drôle, hinhin ^^
Bon, du coup, la narration met aux prises Nathaniel et un complot de magiciens très dangereux car, comme le dit Bartiméus, les magiciens ne sont guidés que par trois moteurs, l'ambition, la cupidité et la paranoïa, et L'amulette de Samarcande nous offre un exemple criant de chaque catégorie. Le talent de Jonathan Stroud est à mon sens de parvenir à dépeindre un univers riche et élaboré, bâti sur une société foncièrement inégalitaire, dominée par une classe dirigeante égoïste et désinvolte, tout en ne quittant jamais le point de vue des deux héros.

Bien que le livre laisse apparaître des mécanismes et des éléments narratifs plus larges que la seule intrigue – et notamment la lutte entre les plébéiens, qui ne maîtrisent pas la magie, et les magiciens – c'est bien de Nathaniel et Bartiméus qu'il s'agit, d'autant que ce premier volet est très ambigu : ne semble caractériser les magiciens que la grande connaissance des langues anciennes qu'ils ont, leurs pratiques étant apparemment accessibles même aux plébéiens, tout comme le matériel d'invocation nécessaire au contrôle des démons.
Par essence, les magiciens et les plébéiens semblent donc identiques, si ce n'est que les deux groupes partagent leur opinion sur la prééminence injuste des premiers. Est-ce une erreur énorme ou une imprécision volontaire pour dénoncer l'inégalité dans l'éducation, je ne saurais dire, en tout cas la lutte sociale en question commence à être vraiment traitée dans le deuxième livre.

Vue de Samarcande (Ouzbékistan), à la limite des espaces culturels turc et persan. On sent peut-être une pointe d'orientalisme dans l'architecture. Non mais le roman se passe à Londres hein, c'est juste pour illustrer le titre ^^

Pour ce qui est de l'écriture proprement dite, je dois dire que L'amulette de Samarcande est remarquablement accessible pour un ouvrage qui met en scène des mécanismes assez complexes et un univers particulier. Principalement, on a affaire à l'existence simultanée de 7 niveaux d'existence parallèles, le premier étant celui de l'apparence extérieure des choses et les suivants ceux de la substance. Évidemment, les humains ne peuvent voir que le premier à l’œil nu, les démons ayant accès aux suivants en fonction de leur puissance et les plus forts d'entre eux capables de dissimuler leur vraie nature à des niveaux de plus en plus élevés. Une fois qu'on a assimilé ça, on n'a plus aucun mal à imaginer Bartiméus utiliser ses « super-perceptions » pour scanner les différents niveaux chaque fois qu'il est confronté à quelque chose d'étrange et déterminer si un animal donné est bien ce qu'il semble être ou plutôt un démon déguisé.

En dehors de cet élément précis, la plume de Jonathan Stroud brille surtout par sa capacité à faire adopter à Bartiméus des apparences variables – pigeon, corbeau, campagnol, puce – tout en offrant à chaque fois des descriptions et sensations détaillées, ainsi que par le mordant dont fait preuve ce personnage. L'amulette de Samarcande est la toute première occasion pour moi de lire un livre à plusieurs narrateurs : les chapitres de Nathaniel sont en focalisation externe et ceux de Bartiméus narrés par le djinn lui-même, qui ajoute des notes de bas de page pour mettre en contexte, faire une digression historique, détailler ce qu'il voit ou plus généralement insulter les humains et le lecteur par des remarques bien senties. Personnellement j'ai adoré ce style, ça enrichit vite et bien la narration tout en demeurant absolument hilarant ^^

Après, les personnages ne sont pas très nombreux en dehors du duo de tête, et n'ont pas besoin de l'être. Le Premier Ministre est à peine évoqué, trois personnages au moins dont deux majeurs n'iront pas au-delà du premier volume et les rapports entre protagonistes sont assez rapidement et clairement évoqués pour qu'on n'ait pas besoin de s'attarder, puisque de toute façon la narration ne repose pas, du moins pas encore, là-dessus.

En bref : premier tome absolument génial d'une trilogie qui vend du rêve, L'amulette de Samarcande met en scène avec beaucoup de justesse un univers alternatif qui s'explique par lui-même, ne manque ni de cohérence ni de profondeur historique ou sociale. C'est un livre drôle, bien écrit et très intéressant, qui donne furieusement envie de lire la suite.

1 commentaire:

  1. Ca me fait vraiment plaisir qu'il t'ait plu, j'ai un super souvenir de ce livre, à la fois drôle et complexe (dans le bon sens du terme)!

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