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22.3.15

Nathaniel et Bartiméus, round 2


L'œil du Golem.

Auteur : Jonathan Stroud.
Origine : Angleterre.
Nombre de livres : 3.
Date de publication : 2004.
Genre : fantasy.
Ce livre est la suite de L'amulette de Samarcande, premier tome de la Trilogie de Bartiméus.

L'auteur.
Né en 1970 à Bedford, Angleterre, Jonathan Stroud a commencé à écrire très jeune. Grand amoureux de livres, il est diplômé de littérature de l'université d'York et a travaillé comme éditeur à Londres avant de connaître le succès comme auteur dans les années 90. Il vit à l'heure actuelle à St Albans avec son épouse, illustratrice de romans pour la jeunesse, et ses deux enfants, où il se consacre à l'écriture.

Londres, de nos jours. Nathaniel, le magicien connu sous le nom de John Mandrake, est devenu sous l'autorité de l'efficace Jessica Whitwell un agent efficace du ministère des affaires intérieures au sein de la caste magique qui gouverne l'empire britannique. Mais il est chargé de lutter contre la Résistance des plébéiens, chaque jour plus audacieuse et imprévisible.

Aussi, lorsqu'une série d'attaques plus dévastatrices qu'invraisemblables est constatée dans les quartiers les plus aisés de la capitale, on soupçonne d'emblée le petit peuple. Nathaniel envoie alors Bartiméus, enquêter sur le responsable, mais la longue expérience du djinn lui fait redouter une menace bien plus grande.

Second volet de la trilogie de Bartiméus, L'œil du golem inaugure une tendance fort logique que l'on verra s'accentuer encore dans le troisième, à savoir les différentes temporalités de la narration. Puisque, comme le premier tome l'expliquait clairement, Bartiméus est un djinn vieux d'au moins 5000 ans, son service auprès de magiciens du passé est en partie raconté dans ce livre pour offrir des informations sur les événements racontés au présent qu'il est le seul à détenir.

L'objectif est toujours de narrer l'évolution de Nathaniel/John Mandrake qui a maintenant la stature d'un magicien de la classe dominante, et de confronter la société des mages et son autorité inflexible sur la masse populaire, mais Jonathan Stroud se sert également de ce livre pour commencer à dessiner les grandes tendances qui articulent son univers depuis L'amulette de Samarcande. En l'occurrence, les rapports entre les grands états magiques et plus particulièrement ici la rivalité historique entre l'empire britannique et l'empire tchèque, lequel a été écrasé par William Gladstone à la fin du XIXème siècle afin de confirmer la suprématie du premier.
Les deux points d'intérêt ici étant d'abord qu'à l'époque, Bartiméus était au service de l'empereur de Prague, ensuite que la magique golémique est une spécialité des tchèques.

Du coup, un siècle plus tard, quand on voit Londres pulvérisée par quelque chose de très gros, d'invincible, d'immunisé à la magie et de totalement impossible à identifier, on a du mal à croire à une initiative tchèque et encore moins à un golem, thèses qui sont pourtant défendues avec véhémence par Bartiméus et donc logiquement endossées par Nathaniel malgré lui.
A travers cette intrigue forcément empreinte de mystère — on est encore en plein dans la période d'intrigues de palais et de complots de couloir malgré la disparition de Simon Lovelace — Jonathan Stroud crée et développe plusieurs nouveaux personnages secondaires qui ne manquent vraiment pas d'intérêt malgré le duo dominant de Nathaniel et Bartiméus.

Donc une nouvelle fois, petite remise en contexte : un golem, traditionnellement, c'est un être fait à partir de matériau inerte - terre, bois, pierre - animé par la magie et pratiquement invincible mais généralement soumis à des règles précises qu'on peut utiliser pour le neutraliser.

Et pour cause, si certains sont de vraies créations, comme les membres de la Résistance ou la jeune et jolie Jane Farrar de la Sécurité intérieure — dont je pensais qu'elle deviendrait un love interest pour Nathaniel mais en fait ça risque pas vu que c'est qu'une connasse — la plupart sont en fait des données évoquées dans le premier livre et maintenant bien plus élaborées, comme Jessica Whitwell, Quentin Makepeace et surtout Kitty Jones, promue au rang de 3ème personnage principal de la série.
Je dois avouer que j'ai adoré les deux derniers cités, bien que mon opinion est probablement influencée par la lecture du 3ème livre que j'ai terminé hier soir, mais l'écriture de Kitty en particulier est à la fois sympa et cohérente, pour deux raisons principales.

La première c'est que, Bartiméus l'a déjà bien assez dit et c'est toujours le cas, y compris maintenant à propos de Nathaniel, les magiciens sont des connards arrogants et condescendants qui regardent les plébéiens comme des sous-merdes. Par opposition, ces derniers étant aux abois, menacés par le pouvoir autoritaire et la Police de la Nuit, le fer de lance de la répression, ils pèsent mûrement leurs choix, leurs actes et leurs propos. La deuxième raison est un mécanisme narratif que, je l'ai rappelé en parlant de l'excellent film La cité de l'ombre, j'adore tout particulièrement : le récit se justifie par lui-même.

Combinée à l'intelligence pratique des plébéiens, c'est absolument délicieux à lire, presque autant que les sarcasmes incessants de Bartiméus. Je m'explique : les tâches manuelles, considérées dégradantes, sont confiées par les magiciens à des plébéiens, y compris l'impression de leurs ouvrages de magie.
Du coup, la mise en scène devient hilarante quand on apprend que si un personnage secondaire a la peau jaune citron, c'est parce qu'il a lu une formule volontairement mal imprimée par une famille de plébéiens amis de Kitty Jones, et c'est encore plus génial non seulement quand le magicien en question lit une invocation d'afrit (la seconde plus puissante classe de démon) là encore mal écrite, se fait bouffer par sa créature (parce que les démons ne rêvent que d'une chose, se libérer des chaînes de l'esclavage et défoncer leurs maîtres) et que Bartiméus, qui était dans la pièce et contemplait la scène avec d'autres djinns et des commentaires appréciateurs, en fait le récit plus tard à Kitty, qui comprend aussitôt ce qui a merdé dans l'invocation ^^

Pour ce qui est de la narration elle-même, les découvertes et les rebondissements sont au rendez-vous, utilisant efficacement à la fois des éléments nouveaux et des détails déjà évoqués dans le premier livre, exploitant bien le prologue de 1880 à Prague et les nouveaux personnages principaux et secondaires. Le suspense est d'ailleurs maintenant alors qu'une ligne directrice sous-tendant toute la trilogie se laisse deviner ^^

En bref : sur fond de mystères, d'enquêtes et à l'occasion de combats spectaculaires, L'œil du golem est un excellent second volet, bien mis en scène et narrant des événements très intéressants, ne serait-ce que du point de vue de l'évolution socio-politique de l'ambitieux Nathaniel et de son rapport aux autres magiciens. Toujours aussi bien écrit et facile à lire, ça se dévore sans compter et ça donne envie de voir la suite ^^

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