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28.5.15

Les jardins du roi


Film britannique de et avec Alan Rickman (2014), ainsi que Kate Winslet, Matthias Schoenaerts, Stanley Tucci, Helen McCrory.
Genre : drame, histoire.
Vu en VOST.

Paris, 1682. André Le Nôtre, jardinier royal, décide de construire une nouvelle attraction, le Bosquet des Rocailles, dans le parc du palais de Versailles pour Louis XIV, le Roi-Soleil. Après avoir vu quelques candidats, il fait appel à Sabine de Barra, une roturière préférant pourtant laisser le chaos s'étendre librement dans ses créations.

Leur amitié naissante est cependant mise à mal par la jalousie de Françoise Le Nôtre, épouse aigrie et membre calculatrice de la cour royale.

Film que j'ai découvert en fin d'année dernière ou au début de cette année, je sais plus, lorsqu'un de mes amis, passionné de culture anglo-saxonne et indépendante (Florent, si tu passes par là...), Les jardins du roi m'a paru être une nouvelle histoire très romancée et pas forcément géniale fondée sur le mythe louis-quartorzien qui a permis à tant d'auteurs dénués de beaucoup d'imagination d'écrire n'importe quoi (si vous avez vu un film qui s'appelle L'homme au masque de fer, pleurez avec moi sur les aberrations historiques qu'il propose. Tiens, si j'en parlais à l'occasion... oh putain j'ai une bonne idée d'article d'histoire !).
Eh bien non, au contraire, puisque dirigé et offert par Alan Rickman, dont le talent n'est plus à démontrer, il se dote également d'un casting fort intéressant et d'une narration plus qu'originale.

Concrètement, il s'agit de représenter Louis XIV sous un jour beaucoup plus rationnel et humain qu'à l'accoutumée, loin de l'image du Roi-Soleil écrasant et intransigeant, dans une version bien connue sinon du grand public, du moins des historiens pour sa première partie.
Et pour cause, le film s'ouvre sur la cérémonie de réveil du roi, lors de laquelle l'épouse de Louis vient le trouver au lit – elle ne dort pas à ses côtés – en compagnie de ses enfants – qui ne sont pas ceux de la femme en question – avant que le monarque ne révise une dernière fois les détails de sa prochaine déclaration publique, jusqu'au discours prévu. Moment lors duquel, et c'est là que ça devient magnifique et pertinent, il explique à ses enfants quelles réactions la figure royale doit susciter chez les sujets et les courtisans, comment elle doit s'exprimer, se tenir, afin de glisser avec précision sur le fil étroit qui sépare l'autorité écrasante de la magnificence paternelle. Une séquence qui m'a furieusement rappelé un exemple historique parfaitement avéré, celui où le vieux Louis XIV, après avoir placé un de ses descendants sur le trône d'Espagne à la toute fin de son règne (guerre de succession d'Espagne : 1701-1714), lui expliquait régulièrement dans sa correspondance comment se comporter en roi absolu.


Bref, mis à part cette séquence, Les jardins du roi se veut une représentation certes fictive mais tout de même plus humaine et intimiste du roi que ce qu'on voit habituellement de lui au cinéma. Et pour cause, il n'est pas davantage question de politique que de guerre, mais uniquement de la conception d'un monument de Versailles par André Le Nôtre, incarné par le beau et talentueux Matthias Schoenaerts, qui a cette particularité d'être à la fois un Grand admis à la cour mais également un travailleur proche du peuple et de cette aberration qui ôte à l'homme de bien sa dignité, le travail. Du coup, il se fait régulièrement cracher dessus par sa bonne femme, une courtisane aux dents longues, cependant qu'il œuvre avec passion à l'achèvement de sa tâche avec Sabine de Barra, incarnée par Kate Winslet.
Et là je vais une parenthèse, parce que c'est absolument intolérable et pratiquement surnaturel, ce que vit cette femme. Elle commence à faire son âge et pourtant elle demeure pleine de beauté et de grâce quoi qu'elle fasse, y compris patauger dans la gadoue sous la pluie. Kate Winslet, une déesse en forme de femme, magnifique en toute circonstance. WHAT THE HECK ?!?

La présentation comme débutante de Sabine de Barra se fait grâce notamment à la maîtresse du roi, incarnée par Jennifer Ehle, révélée par Pride and Prejudice et vue dans The king's speech.

Confrontée aux paons et aux pimbêches de la cour royale récemment installée au palais mais encore épisodiquement itinérante (sa présentation en tant que débutante se fait par exemple au palais de Fontainebleau), Sabine de Barra demeure donc parfaitement naturelle et pragmatique, pleine de personnalité et de conversation, ce qui ne fait qu'enchanter Le Nôtre, habitué à des gonzesses aussi superficielles qu'insipides.
Avec eux se présente également le meilleur choix de casting de tout l'univers depuis Kristofer Hivju pour Tormund Giantsbane dans Game of Thrones (mais si, c'est le grand roux beau et puissant qui dirige le Free Folk aux côtés de Jon Tar... pardon.), en l'occurrence Stanley Tucci dans le rôle de Philippe d'Orléans.

Permettez-moi, madame, de vous offrir une conversation drôle et pertinente avec une punchline à la minute PARCE QUE YOLO JE SUIS LE FRÈRE DU ROI ET JE SUIS COOL !

Je te jure, la classe internationale. Non parce que sous l'Ancien Régime, le frère du roi est à la fois son meilleur ami, son bras droit intersidéral, à l'occasion un de ses plus grands généraux, mais en même temps un type qui passe son temps en mode YOLO YOLO YOLO HASHTAG YOLO parce qu'il est noble MAIS indépendant de la cour et donc de la soumission royale. Le type il fait ce qu'il veut tant qu'il obéit à son frère.
Et Alan Rickman se prive pas à la fois de donner à Stanley Tucci le rôle d'un type adorable, bon vivant joyeux et plein de répartie qui assume totalement l'indépendance et la dignité de sa position, mais aussi de construire une relation fraternelle des plus intéressante entre les deux hommes, dépeinte rarement mais avec une grande force (d'amour. Les mecs, je vous aime ♥). Et comme si ça suffisait pas, il a aussi casté une jolie allemande, Paula Paul, pour incarner Charlotte-Elisabeth de Bavière, princesse Palatine et épouse de Philippe d'Orléans. Elle est belle, elle est intègre (parce que non-intégrée à la cour, comme son mari), éperdument amoureuse de son époux qu'elle sait pourtant volage (bisexuel, en fait). Clairement l'un de mes personnages préférés dans le film.

Paula Paul, interprète de Charlotte-Elisabeth de Bavière, princesse Palatine.
*ronronne*
Bougez pas, je vais en Germanie, je reviens *o*

Après, les acteurs principaux, d'Alan Rickman à Kate Winslet en passant par Mattias Schoenaerts, que je découvrais ici, et Helen McCrory, sont vraiment très bons dans leur prestation. Genre à un moment, Sabine de Barra et Louis XIV sont pris dans quiproquo qui met en lumière la pression du protocole subie par le roi de même que la fluidité du jeu des deux interprètes, qui tapent dans plein de registres différents. De son côté, l'actrice qui interprète Madame Le Nôtre concrétise à merveille la tension entre son aura déclinante, dépendante de la lumière de son mari, et son incapacité à retenir celui-ci, dans des séquences partagées avec le sublime belge.
…. sérieux, ce mec est séduisant au possible, on dirait un Ryan Gosling made in Flandre ! ♥

Oh mon dieu, il est tellement beau, regarde au loin, imagine le futur monument, oublie les plans, aie l'air distraite.

Du coup, si l'intrigue navigue entre la cour royale et les jardins de Versailles, le chantier et les méthodes à la fois rustiques et savantes de la construction et de l'ingénierie au XVIIème siècle, elle fait surtout la part belle aux décors et aux paysages. Bien que tourné intégralement en Angleterre (dafuck ?!?), le film reproduit bien les restes de terres incultes (des marais, plus exactement) transformés pour laisser place au château, sans parler des bois et des parcs environnants. Sabine de Barra, contrairement à ses contemporains, s'intéresse beaucoup à la décoration des palais qu'elle visite, ce qui permet de la dépeindre avec force détails et foisonnement de couleurs, de même que les costumes et le somptueux Bosquet des Rocailles qui est au cœur de l'intrigue.
A la toute fin du film, lorsque l'œuvre est achevée et étrennée par un bal (oui parce qu'en fait il s'agit d'une salle de bal en forme d'arène extérieure, dans les jardins), on a beau savoir qu'on a sous les yeux une reproduction numérique (certes très réaliste, mais quand même), on est bluffé par les efforts consentis pour magnifier le cadre spatial.
D'ailleurs, en parlant de numérique, Alan Rickman est rajeuni de 10 ou 15 ans dans ce film, heureusement que ça se voit pas trop et que ça fait pas tache, mais quand on sait à quoi il ressemble à l'heure actuelle, rohlala XD

Ouais donc en fait là elle sait pas à qui elle a affaire. Lol.

Enfin, un mot sur la bande-son, rare mais précieuse, toujours judicieusement utilisée. Une séquence au moins, dans un « sanctuaire » – le goût de la société moderne pour les étrangetés païennes, tout ça – est tournée sans dialogue ou presque, laissant la musique porter le spectateur dans l'action, et de manière générale les compositions, sur les transitions, les plans larges ou une scène de contre-jour qui m'a bien marqué, sont aussi justes qu'agréables à écouter. Là encore, du très beau travail !


En bref : Les Jardins du roi est un film peu médiatisé qui mérite hautement votre attention. Bien sûr, il invente un personnage totalement fictif, Sabine de Barra, autour duquel est centré l'histoire, mais il dépeint un Versailles inhabituel et surtout révèle des facettes très peu connues de Louis XIV. Ajoutez à cela les excellentes performances des cinq acteurs principaux (le roi, son frère, Sabine, les Le Nôtre) et l'esthétique audio-visuelle irréprochable, et vous avez là un film indépendant des plus appréciables pour tous les amoureux de cinéma.

 Le bal inaugural, à la fin du film, dans le Bosquet des Rocailles. On aperçoit la princesse Palatine derrière Louis et Sabine de Barra.

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