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23.6.15

Inside Out


Film d'animation de Pixar (2015).

Le Minnesota, de nos jours. Riley est une jeune fille de 10 ans, adorée de ses parents et son entourage, perpétuellement guidée par la joie de vivre et son amour pour le hockey sur glace. Tout va d'autant mieux pour elle que dans sa tête, Joie, Dégoût, Peur et Colère, ses émotions principales, s'assurent du bon fonctionnement de la personnalité de Riley et de la sauvegarde de ses souvenirs en s'efforçant de tenir à distance Tristesse, qui dramatise tout ce qu'elle touche.

Un jour, pourtant, les parents de Riley décident de déménager à San Fancisco. La fillette est alors dévastée par la perte de ses amis et de tout ce qu'elle aime.


J'ai lu quelques jours avant de voir ce film, dans cet ersatz d'essuie-tout en papier glacé qui ose se faire passer pour un magazine intéressant, Illimité le machin des cinémas UGC, que Vice-Versa, Inside Out en anglais, était le meilleur film depuis très longtemps chez Pixar et qu'il mettait clairement en lumière les errements navrants qui avaient été causés par la volonté de capitaliser sur des suites plutôt que de prendre des risques artistiques.
D'abord, c'est tout à fait vrai.
Ensuite, c'est complètement con. Moi ça fait des années que j'le savais, j'ai pas attendu de le lire pour m'apercevoir que Cars 2, Planes (qui est une fausse œuvre originale et un vrai spin-off de Cars) et Monsters Academy étaient des merdes intersidérales.

A l'exception d'une part de Rebelle, qui est une œuvre originale à chier et sexiste, et de Toy Story dont les suites sont aussi justifiées que superbes, les suites en animation ça a rarement donné de bons résultats, chez Disney, chez Pixar ou ailleurs (Shrek 2 est bien. Shrek 3 est navrant et le 4 n'est là que pour réparer les erreurs du 3, donc il ne sert à rien).
Je blablate là-dessus parce qu'on doit le film Inside Out à Pete Docter, un des membres historiques de Pixar, tour à tour réalisateur et scénariste sur des longs métrages aussi réussis et acclamés que Toy Story 1 et 2, Monstres et compagnie, WALL-E et Là-haut. Les deux derniers valent leur poids en larmes d'émotion versées.

J'avoue que les brocolis c'est une bonne raison de faire naître Dégoût... non mais ça dépend comment ils sont présentés aussi, c'est trop bon les brocolis ! Tu présentes pas des gros légumes pas coupés à un bébé comme ça, sans déconner ! Vise le talent des parents quoi !

Du coup, ce Vice-Versa est une bonne nouvelle et se révèle à l'écran une très agréable surprise, bien que doté de quelques simplicités narratives que nie la qualité générale du film.
Alors, c'est donc l'histoire de Joie, qui était à l'origine seule aux commandes de... rien du tout en fait, mais au début elle était seule. Parce que les bébés sont de petits muta... trésors de joie et de bonheur qui vivent dans l'insouciance, les dodos, le lait chaud et les couches pleines. Puis sont venus la marche, le langage, la nourriture, et donc forcément, respectivement, Peur, Colère et Dégoût.
Le film part du principe que les émotions primaires sont au nombre de 5 et que, si elles n'ont aucun contrôle sur les actes de leur humain, elles influent sur l'humeur et l'état d'esprit avec lesquels sont appréhendées toutes les interactions du quotidien.

J'adore la manière dont est présentée la réminiscence des vieux souvenirs aussi, super bien conçue !

Le problème c'est que 4 de ces émotions ont un objectif clairement défini – préserver Riley de l'intoxication sociale ou matérielle, lui rendre la vie juste (c'est bien connu, pète un câble et t'obtiens ce que tu veux, belle leçon de vie Pixar), la protéger et maintenir son humeur au beau fixe – alors que la dernière est un peu paumée, comme un paria inutile. Là où ça devient ambigu c'est que Joie en personne est celle qui dirige le cerveau et qui rejette Tristesse, sans laisser la moindre marge de manœuvre à Dégoût, Colère et Peur. Je veux bien admettre que les possibilités émotionnelles des enfants sont limitées mais quand même. Et évidemment, ce qui doit arriver arrive, lors d'un bouleversement de la vie ou, plus tard, de la puberté.
Et ouais ma cocotte, on peut pas faire abstraction d'une émotion juste parce qu'elle est chiante à gérer ou qu'elle a des conséquences déplaisantes. Enfin sauf si on s'appelle Jiminy DarkRiketz (ouais parce qu'en fait nous on ressent jamais la tristesse. Mais on l'a pas balancée dans les tréfonds de l'oubli de la mémoire hein, on est pas des chiens. Elle est ligotée dans le noyau cérébral, obligée de regarder comment on gère sans elle, ça la fait bien rager, la conne).

Graphiquement, les "îles" qui représentent les grands pôles de la personnalité sont bien pensées, identifiables au premier coup d'œil.

L'ensemble de l'enjeu du film est moins de redéfinir les rapports de hiérarchie dans le cerveau, même si c'est au fond ce qui se passe, que d'illustrer l'évolution du quotient émotionnel de Riley, et j'ai trouvé ça extrêmement pertinent. Elle grandit, elle se heurte à la vie, à l'inconnu ou l'inconfortable d'un quotidien qui n'est plus totalement conforme aux attentes, ressent de plus en plus la colère, la peur ou le dégoût par rapport à la joie, et il faut des heures d'errance (littéralement) à certains pour se rendre compte qu'en fait la peine peut elle aussi être utile et constructive, même si là encore j'ai pas spécialement aimé le traitement qui en est fait par le scénario. En raccourci, pleure un coup et les gens viendront t'apporter ce que tu veux. Le bonheur on est sensés se battre pour le trouver, pas l'acheter à coups de larmes hein.
En tout cas le fait que les souvenirs collectés tout au long de la vie ne soient pas dominés par une émotion unique mais le fruit d'états d'esprit contradictoires, énoncé à la fin du film, est une excellente conclusion, je trouve.

C'est vrai qu'il y a une certaine ressemblance entre Tristesse et mon amie Unikitty, le chaton-licorne... mais c'est parce qu'en fait Unikitty c'est une petite chose douce et mignonne qu'il faut câliner et rassurer en permanence ♥

La multiplicité des éléments qui construisent l'esprit d'un enfant, depuis ses passions (ce qui heureusement n'est pas trop schématique, en tout cas vachement moins à la fin qu'au début) jusqu'à ses souvenirs – divisés en mémoire à long terme et mémoire centrale – en passant par son imaginaire et sa culture est très intéressante, dans sa construction par Pete Docter, Ronnie del Carmen et Michael Arndt (les deux réalisateurs et le second scénariste). J'ai trouvé particulièrement pertinents l'ami imaginaire oublié avec le temps, même s'il a un potentiel comic relief aussi évident qu'agaçant, le fantasme amoureux du correspondant canadien (ahlala, c'est beau d'rêver ^^) et le petit clin d'œil effectué par le mélange entre les faits objectifs et les opinions subjectives (lequel mélange est fait par à peu près tout le monde je pense (sauf nous (ouais, sauf nous. D'ailleurs y'a certains de nos potes, c'est grave je trouve (ok donc on est d'accord, c'est pas juste moi qui ai des visions !)))).
Bref, ce film est très savoureux à la fois dans sa narration et dans la mise en scène, les éléments visuels qu'il place pour dérouler cette intrigue.

J'ai pas non plus aimé la manière dont Joie prend carrément Tristesse pour une conne genre "nous on travaille et toi tu fais ce que tu veux dans ton coin, t'en as d'la chance !". La joie est condescendante en fait.... oh, le raccourci est rapide à faire, j'vais m'arrêter là.

En plus, comme on est dans un Pixar, c'est super beau. Au cas où on l'aurait oublié, les petites mains du studio tiennent à nous rappeler qu'ils ont gouverné le monde de l'animation pendant des années et que c'est bien souvent toujours le cas (sauf en 2012 parce que Les mondes de Ralph de Disney et Les 5 légendes de Dreamworks bottent le cul de tous les Rebelle du monde, et en 2013 parce qu'Epic, la bataille du royaume secret contre Monstres Academy, faut pas déconner non plus).
Bref, l'image est très travaillée avec une grande variété de couleurs, de textures et d'éléments visuels. Au début j'ai cru que les émotions étaient réalisées dans un matériau un peu pelucheux mais en fait non, ça tient plus de la particule éthérée qu'on trouverait pas surprenante si on parlait de magie ou de fantasy, j'ai bien aimé l'idée.

Ouais, dans la vie on accumule beaucoup, beaucoup, BEAUCOUP de souvenirs. Notez que la majorité sont joyeux (jaunes). Dommage que le monde est pas aussi beau et niais que dans un film d'animation pas vrai ?

Comme il se doit, chacune des émotions bénéficie d'un traitement particulier et d'un style graphique propre, des yeux globuleux de Peur au côté un peu BCBG de Dégoût en passant par le physique de petit teigneux trapu de Colère (de loin celui que je préfère ^^), mais ils demeurent quand même anthropomorphisés pour pas dérouter le jeune public. Le générique de fin se paie même le luxe d'une introspection dans plusieurs esprits, y compris celui d'un chien ou d'un chat ^^ Du coup, l'ensemble du film est très propre, très agréable à regarder, le labyrinthe des souvenirs et les tréfonds de l'oubli, par exemple, m'ayant surpris par la cohérence de leur conception.
Cela dit, le film se limite pas à la tête de Riley et il réussit l'exploit de se dérouler à San Francisco sans pratiquement représenter la ville elle-même, bien que les paysages extérieurs, quoique manichéens (le Minnesota c'est beau et paisible, SF c'est grand et étourdissant, la maison est petite et minable), sont également sympa à apprécier.

Hahaha, être la nouvelle arrivée dans une classe... non mais c'est trop la misère arrête. J'ai connu et détesté ça. Au lycée. Je hais les lycéens. Et les ados.

Après niveau bande-son j'ai pas fait gaffe du coup, je me souviens pas que les musiques aient été si marquantes que ça, mais c'est Michael Giacchino, le type qui est absolument partout (déjà, dans les deux reboots de Star Trek, mais également dans Jurassic World et je serais pas choqué de l'entendre également dans L'éveil de la Force à la fin de l'année), donc je pense qu'on peut lui faire confiance sur ce coup-là.
En plus le doublage français est très agréable, les voix bien choisies et, fait assez inhabituel chez Pixar, les scènes de la bande-annonce se trouvent dans le film, ce qui n'est pas le cas dans, par exemple, Ratatouille ou d'autres. Bref, haut niveau de qualité audio-visuelle, toujours rien à redire de ce côté.


En bref : s'il n'est pas le meilleur des Pixar – il est difficile d'atteindre la valeur émotionnelle de Là-Haut et impossible d'égaler le statut monumental de l'écologique WALL-E Vice-Versa demeure un excellent film et une représentation absolument magnifique de ce qui peut se passer dans nos têtes (enfin pas dans la nôtre parce que nous on carbure pas à la tristesse). Le cœur de sa narration étant l'émotion, ce film parvient sans difficulté à susciter les nôtres, et comme il se doit chez Pixar, il est de très bonne facture, à des lieues des consternants déchets réalisés pour capitaliser sur les licences précédentes et imposés aux écrans ces dernières années. Clairement un film qui mérite votre coup d'œil et une place dans votre collection.

 Je maintiens qu'elle est pas assez exploitée. Elle est trop classe et trop marrante pour rester juste un faire-valoir ♥

1 commentaire:

  1. En effet, c'est un Pixar bien sympathoche, de quoi passer un bon moment ! J'ai bien aimé également cet aspect un peu pelucheux des personnages incarnant les émotions, un petit bonus esthétique ;)

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