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15.6.15

Jurassic World


Film américain de Colin Trevorrow (2015) avec Chris Pratt, Bryce Dallas-Howard, Omar Sy, Irfan Khan et Vincent D'Onofrio.
Genre : fantastique.
Vu en VOST.

Isla Nublar, au large du Costa Rica, de nos jours. Vingt ans après la tentative avortée de John Hammond de créer Jurassic Park, le projet a abouti : le milliardaire indien Simon Masrani a racheté la société InGen et a constitué un grand parc doté de technologies extrêmement modernes. Mais la biologie ne suit plus et la direction considère le public lassé des attractions principales. Claire Dearing, gérante de Jurassic World, propose alors aux actionnaires la création récente de l'Indominus Rex, prototype de dinosaure génétiquement modifié.

Cependant, alors qu'Owen Grady, vétéran de la Navy et chargé du dressage des Vélociraptors, vérifie la sécurité de l'enclos de l'Indominus Rex, celui-ci s'échappe et devient vite hors de contrôle.


Véritable arlésienne de la série Jurassic Park, prévu il y a quelques années puis annulé par la mort de Michael Crichton, le tome 4 fait donc son arrivée, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'il divise le public et la critique. Alors que bon, c'est tout à fait normal, quand on passe après un monument aussi incontestable et unanimement apprécié que Jurassic Park, lequel avait en plus été réalisé par un type alors au sommet de sa forme (et maintenant bon à jeter), Steven Spielberg, on peut pas espérer que la suite fasse 1. exactement pareil et 2. aussi bien dans le même domaine.
Le cinéma a changé en 20 ans, la nouvelle domination revient aux blockbusters intelligents et drôles, alors il n'est pas étonnant que le présent film, qui fait totalement abstraction des tomes 2 et 3, soit plus animé que son aîné qui, je le rappelle parce que personne a l'air d'être au courant, n'est absolument pas un film d'action mais plutôt un film moral et politique devant lequel on se fait chier si on est pas fan du genre.

Les meufs, sans déconner ! C'est qui l'Alpha-mâle ! Hein ! Chuis le seul mec de la bande, alors faites rien que vous pourriez regretter, OK ?!?
(Chris Pratt sait vraiment jouer sur plusieurs registres, j'adore)

Et pour finir sur cette introduction, j'aimerais revenir sur Le monde perdu. Pour ceux qui sont pas au courant, Michael Crichton avait écrit deux livres sur Jurassic Park et faudrait sérieusement arrêter le bashing du second film, qui est certes moins bon que le premier, pour des raisons que je viens de rappeler à propos du 4, mais s'intègre totalement dans sa rhétorique morale et politique – après tout, il est question des conséquences directes des événements du premier et du vieux capitaliste devenu naturaliste – même s'il est déjà plus proche du film d'action-aventure. Alors NON, Le monde perdu n'est pas un film à chier, même si évidemment ses rares défauts sont assez flagrants.

Jurassic World, maintenant, est donc un film d'une toute autre nature. Même s'il se fait l'héritier direct du film de 94, Avatar et quelques autres (Marvel, tu m'entends ?!? Marvel ?) sont passés par là, ce qui nous permet de profiter d'un film d'action avec des messages intelligents derrière, dans un rapport où l'équilibre entre le propos et la mise en scène a été repensé en faveur de cette dernière, et franchement c'est pas dommage.
Bien sûr, il est toujours question d'écologie et de ce qu'on peut ou ne peut pas faire avec la science et la nature, mais quelle proportion du public a compris il y a 20 ans que le propos de Jurassic Park n'était pas tant de montrer qu'un parc de dinosaures c'est pas une bonne idée que, plutôt, d'offrir un jugement critique à l'égard de la science débridée qui se développait au même moment et depuis la fin des années 80 ? Probablement une minorité, dont je faisais pas partie.
Peut-être que ça passe mieux quand c'est intégré à une mise en scène musclée en fait.

Ce type est cool, marrant, intéressant, et contrairement à John Hammond, il est lucide. Je l'ai regretté.

Du coup, ce que j'ai apprécié par-dessus tout dans ce film, c'est la grande présence des symbolismes, derrière les hommages (ou les repompages à l'occasion, mais ils sont rares) au premier film.
Simon Masrani, héritier revendiqué de John Hammond qui utilise sa fortune pour remettre l'Homme à sa place dans un contexte environnemental bien plus large (pauvre incompris dont le public ne saisit évidemment pas les intentions), symboliquement puni pour avoir traité son matériau avec trop d'indolence (en l'occurrence, pour l'avoir confié à ce taré d'Henry Wu), Hoskins, l'incarnation du militarisme américain décomplexé qui utilise les animaux comme des armes biologiques (faites une recherche sur le rapport entre les dauphins et l'armée américaine dans le monde réel, histoire de ruiner un peu votre foi en l'humanité), symboliquement puni pour ses ambitions ridicules et Claire, qui incarne l'efficacité et la rentabilité extrêmes de l'industrie tertiaire, avec ce que ça suppose de destruction ou d'absence de lien social et humain, symboliquement punie pour tout ça à la fois, j'ai trouvé ces trois cas aussi pertinents que bien mis en scène, d'autant que, faut pas déconner, la punition métaphorique s'accompagne souvent d'une grosse mâchoire pleine de dents tout à fait tangibles ^^
De manière générale, le message du film est semblable à celui du Monde Perdu, à savoir que même si les animaux sont créés par l'Homme, ils n'en ont pas conscience et du coup ils doivent être traités comme des espèces sauvages et imprévisibles, avec respect et connaissance. Il est aussi bien sûr question de la génétique et des conneries qu'il ne faut pas faire, au point même (et là c'est un peu extrême) que la Nature elle-même, incarnée dans trois dinosaures différents, décide d'éliminer ce qui n'est pas naturel. Comme ça, paf. Pousser la symbolique à ce point-là, c'est assez fun je trouve.

Elle est jolie, talentueuse et toujours juste dans ce qu'elle fait. Adoptez Bryce Dallas-Howard ! Et Regardez-la dans La couleur des sentiments !

Bon, évidemment, le film n'est pas exempt de défauts à la fois dans sa mise en scène et sa narration, mais il est loin d'être la merde que fustigent certaines de mes connaissances. Bien sûr, le coup de projecteur pas très utile sur deux gamins en particulier, dont les parents sont en divorce, qui sont les neveux de la directrice, ça rappelle beaucoup trop le premier film et c'est très dispensable à l'intrigue, tout comme le gros con d'InGen qui rappelle, pour le coup, Le monde perdu dont Jurassic World s'efforce pourtant de se détacher, mais ce sont des errements tout à fait surmontables.
Là où ça pêche c'est quand les deux gamins en question, qui disposent d'un accès VIP au parc, se jettent la tête première dans une voie qui semble pour le moins hasardeuse (au sens littéral et au sens abstrait), ou encore quand on compte 4 vélociraptors dans le film, que l'un d'entre eux est explosé au bazooka, trois autres tués par un prédateur, et qu'un 5ème arrive quand même à la rescousse sans prévenir.

C'est bizarre, vu comme ça il a l'air vachement plus petit que le T-Rex. Non mais cherchez pas, j'ai pas trouvé de bonne photo :/

Cela étant, le film reste quand même très divertissant et bourré d'éléments géniaux. Déjà, le parc est absolument magnifique, on rêve d'aller le visiter, y'a des enclos avec des bébés dinos pour les enfants, les espèces de dinosaures présentées sont très nombreuses mais pas envahissantes parce que la plupart du temps juste vues dans des travellings ou des plans larges (y'a... allez... 6 espèces sur lesquelles on s'arrête vraiment, en comptant l'hybride), les allées sont jolies, la technologie est super bien utilisée (des hologrammes, des gyrosphères, un train aérien super rapide) et on note même une vocation éducative dans certaines installations, histoire qu'on soit pas là juste pour regarder des bébêtes.
J'avoue que j'ai pas du tout aimé l'insouciance avec laquelle Jurassic World reproduit sans sourciller le modèle de Sea World, à savoir de mettre un gros animal marin dans un bassin trop petit pour l'appâter avec de la bouffe afin qu'il asperge le public, d'autant plus que BORDEL DE MERDE LES REQUINS SONT PAS ASSEZ MENACÉS COMME ESPÈCE, VOUS AURIEZ PAS PU ACCROCHER UNE VACHE A CE PUTAIN DE CROCHET ?!?

Voilà ça résume à peu près l'utilité de ces gosses dans l'intrigue. Mais j'comprends, les gamins américains, l'identification, tout ça.

Et puis voilà Henry Wu. Sans déconner mec, t'as vu ce que ça a donné y'a 20 ans avec de vrais dinosaures, il t'est arrivé quoi pour que tu décides de monter un hybride armé jusqu'aux dents, t'es complètement con ou bien ?!? Quand il est dans son bureau avec Masrani pour lui expliquer comment il a joué au savant fou, c'est limite il lui dit pas « bon alors, on a mis du Tyrannosaure, pour les dimensions et la classe, du serpent pour le repérage thermique, puis de la grenouille, de la seiche, de la vision nocturne – ça c'est de la chauve-souris, on a retenu les leçons de Batman – ainsi que des ondes radars et une Impulsion Électro-Magnétique, elle a de l'ADN de char Sherman, d'hélicoptère Apache, un grossissement de 5'5 dans chaque œil, des perceptions de tourelle anti-aérienne, elle peut émettre du gaz lacrymogène et des impulsions de Taser, elle reçoit une greffe de plutonium dans deux jours et un sonar la semaine prochaine. On va lui apprendre à nager d'ici-là. Autre chose patron ? »
SÉRIEUX. MEC.
A côté de ça, le truc de Star-Lord qui se fait mâle-alpha d'une meute de vélociraptors, ça passe crème, d'autant que ça n'a rien d'invraisemblable, le type dresse des petits carnivores comme on pourrait dresser de grands félins ou des chiens de combat. Y'a juste un deus ex machina, rapport à l'Indominus, qui passe mal, mais bref x)

Oh ouais, vous allez tellement en chier avec mon dernier bébé, mouahahahaha, krkrkrkrkr ^^

En tout cas, comme on pouvait s'y attendre, le film est absolument magnifique. Les costumes des personnages principaux (Claire, Owen, le type avec le tee-shirt Jurassic Park et son air de « je vous l'avais dit que ça allait merder ! », sa copine de la communication (ça fait plaisir de voir une nana de bureau porter des fringues pratiques, en l'occurrence un legging, plutôt qu'une jupette sexualisée) et même le gars joué par Omar Sy, qui parle un peu en français même en VOST (je kiffe ce genre de détail, Alain Chabat est pareil dans La nuit au musée 2 ^^)) sont élaborés, l'image et la lumière sont bien pensées, les décors et les plans d'ensemble sont ouf – ouais enfin j'ai déjà dit que notre rêve à tous c'était d'aller visiter Jurassic World – et en plus la musique est signée Michael Giacchino, le type à qui on devait déjà les super BO de Star Trek XI et XII/Into Darkness.

En fait, le thème original de John Williams est joué, si je me trompe pas, deux fois dans le film, dont une remaniée, et à chaque fois c'est très pertinent, j'ai adoré.
Après, j'ai vu le film en 2D, donc je sais pas ce que vaut la 3D, mais il me semble qu'elle doit être vraiment top, en tout cas l'autre taré de Durendal l'a dit, et même s'il sait rien sur rien, en particulier au niveau des personnages et de la narration, niveau technique j'ai envie de le croire.


En bref : on est ici comme c'était prévu à la fois par la licence et par la communication autour de ce film en présence d'un blockbuster à gros budget, mais qui ne néglige pas son public et lui offre également des pistes de réflexion pertinentes en termes d'écologie, de pensée globale et de génétique. On n'échappe pas plus aux travers du film familial américain, avec famille mise en péril et love-story qu'à des défauts rédhibitoires dans le genre, mais ça reste un excellent divertissement, super à tous les niveaux.

 Le personnage de Chris Pratt fait plein de trucs intelligents dans le film. S'asperger d'essence pour tromper l'odorat de "J'ai pas de maître" Rex (bah ouais en latin, dominus, le maître, in-, préfixe privatif), examiner les traces ou les dents, tout ça. Enfin un mec intelligent pour gérer des dinos.

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1 commentaire:

  1. Ah, quelqu'un qui pense comme moi par rapport à ce film, ça fait grand plaisir ! :)

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