Barre-menu

25.7.15

Un jour sur Terre


Documentaire d'Alastair Fothergill (2007) narré par Anggun en français, Patrick Stewart en anglais et James Earl Jones en américain.

Du cercle polaire arctique à la banquise antarctique, en passant par la jungle équatoriale, la savane africaine asséchée au début de la saison des pluies et les océans, un an sur la Terre, la planète-miracle, qui herbe la vie, fragile et liée à l'eau.
Une année durant laquelle on assiste aux ravages lents et pernicieux du réchauffement planétaire causé par l'homme, l'espèce dominante de cet écosystème potentiellement unique dans l'univers.


Infiniment plus paisible et beau que les documentaires que j'ai vus jusqu'à maintenant dans le cadre de ma formation à une culture écologiste (Sharkwater, Black Fish et The Cove), Earth, mal nommé en français Un jour sur Terre alors qu'il dure bien plus longtemps que ça, commence en janvier et dans les environs du Svalbard, ce petit archipel norvégien qui gît au nord de la Scandinavie. On y assiste, au printemps, à l'éveil d'une ourse polaire et de ses deux mômes, dans une séquence aussi mignonne qu'effrayante dans la mesure où c'est la première sortie de la vie des deux petits et où on angoisse à tout moment qu'ils fassent une mauvaise chute.


A mesure que l'on descend, du nord vers le sud, le film nous emmène dans la forêt boréale, la plus vaste du monde, qui constitue à elle seule le plus vaste couvert arboré de la planète, en un cercle quasiment interrompu de l'Alaska à la Russie en passant par l'Europe du Nord, où, nous dit-on fort justement, les arbres à aiguilles ne nourrissant pas les animaux, la vie y est très discrète, le vent dans les arbres dominant largement l'atmosphère. Un lynx apparaît, symbole vivant de la vie sauvage adaptée aux conditions les plus rudes, qui parcourt ce territoire inhospitalier toute sa vie durant sans jamais repasser deux fois au même endroit.
Puis le film atteint la grandeur qui sera la sienne pendant un peu plus d'une heure, lorsque, parvenant à la toundra, il filme des oiseaux, des renards polaires puis la migration des caribous, une troupe de plusieurs centaines de milliers d'animaux à la poursuite de l'été qui gagne le nord où la nature reverdit, seulement accompagnés par un couple de loups arctiques en pleine chasse.

L'un des rares défauts, mais régulier d'un bout à l'autre du documentaire, d'Earth est je pense son côté très manichéen. L'ambiance devient vite tragique lorsqu'il s'agit de gentils herbivores chassés par leurs prédateurs et les mises à mort sont éludées, comme si c'était vraiment un drame, alors que non, pas du tout. La mort dans la nature sauvage, c'est un élément à accepter tel qu'il est, et en plus moi je trouve ça cool. Ca veut dire que les prédateurs sont à même de contrôler les populations d'herbivores qui s'ils se multipliaient indéfiniment transformeraient sûrement la planète en désert.
Cela dit, le ton est parfois humoristique, et à ce titre je préfère la version française à la version anglaise (j'ai vu les deux) parce que la chanteuse Anggun, avec sa voix chaude et son joli accent, est bien plus à même d'avoir un timbre léger et amusant que ce bon vieux professeur Xavier de Patrick Stewart, notamment lorsqu'il s'agit d'évoquer un paradisier superbe, oiseau de Nouvelle Guinée qui pendant sa parade nuptiale, à laquelle il accorde un soin très maniéré, adopte une apparence pour le moins fantasmagorique ^^

J'vous raconte pas la musique quand on voit un malheureux phoque dépasser de la gueule d'un grand requin blanc. Heureusement que Patrick Stewart dit que les requins sont indispensables à l'écosystème et en voie d'extinction pour défendre leur image.

Étape par étape, de mois en mois, par sauts de puce intercontinentaux, le film nous emmène ensuite pour plusieurs longues séquences dans le désert du Kalahari, au sud de l'Afrique, où une vaste troupe d'éléphants, épuisés par la chaleur et la sécheresse, parcourt des dizaines de milliers de kilomètres pour atteindre le delta intérieur de l'Okavango, un miracle verdoyant qui réunit toute la faune d'Afrique australe lors de la saison des pluies, au péril des tempêtes de sable et des prédateurs sur le chemin. Un jour sur Terre commence à vraiment faire sentir son propos lorsqu'il rappelle le cycle de l'eau, sans lequel la vie ne serait pas possible sur notre planète-miracle, depuis l'évaporation des océans jusqu'à la fonte des neiges de l'Himalaya qu'une migration d'oiseaux vient de franchir.
Une séquence en particulier m'a paru totalement impressionnante. On y voit en effet de l'eau s'écouler des montagnes (le paysage démontre qu'on est en Afrique) et former une cascade que la caméra suit, et depuis laquelle, en contrebas, on a l'impression de regarder une carte satellite. L'eau chute tombe quelque chose deux bons milliers de mètres plus bas et si en vrai j'ai le vertige et je m'approcherais pas du bord, devant la vidéo j'avais les yeux comme des assiettes.

"Hoy ! C'est bon, on a pied ! Courez !" ^_^

Juste après, des cascades tellement nombreuses et puissantes que dans la vallée qu'elles arrosent on voit rien, juste une énorme chape de brume, puis une gigantesque coulée qui dévale les pentes et vient rendre au delta son visage accueillant. Vision rare de l'Afrique, où tous les animaux se baignent avec plaisir et où même les girafes ont presque les genoux dans l'eau.
Au large, une baleine et son petit savourent la chaleur et le calme des eaux équatoriales, mais le problème est le même que chez les ours, si les bébés sont des gouffres à lait (parce que je rappelle que la baleine, en tant que mammifère, produit du lait), les mères doivent bien se nourrir, ce qui n'est possible que dans les eaux tumultueuses de l'Antarctique où le krill abonde dans l'eau adoucie par la fonte saisonnière de la glace, là encore grâce à l'alchimie du soleil et de l'eau.

Delta de l'Okavango, dans le sud de l'Afrique, le lieu de réunion saisonnier de la majeure partie de la faune subtropicale. C'est une image de la NASA, j'espère qu'ils vont pas me la désactiver x)

Un jour sur Terre se clôt ensuite en janvier, après un voyage d'un an, sur la vision tragique d'un ours polaire mâle, présenté dès le début du film comme le père des oursons déjà vus, qui peine à chasser alors que la banquise a totalement disparu et que les seules proies à portée de patte sont des morses au cuir épais et aux défenses mortelles, concluant que si l'on ne fait rien, le réchauffement climatique aboutira fatalement à davantage d'ours mourant de faim et à leur extinction probable vers 2030.

Après une longue marche sur la terre sèche et craquelée, j'étais bien content pour eux :)

Extrêmement bien filmé et réalisé (il a pris 5 ans à réaliser en fait), ce documentaire me semble essentiellement axé sur deux points, l'écoulement du temps et le nomadisme, qu'il présente tous les deux sous leur meilleur jour. La vision d'animaux en immenses troupeaux, dans le Nord ou en Afrique, qui se pressent en fonction du cycle des saisons est plutôt jolie et harmonieuse mais ne parvient pas à atteindre le niveau de magnificence des séquences accélérées lors desquels on voit la nature passer de l'hiver au printemps ou à l'automne à toute vitesse, les prairies et le tapis forestier renaître et les collines changer de couleur.
De même, les documentaristes ont eu l'audace et le talent d'aller caler leurs caméras dans des endroits pas possible, du Grand Nord à l'Himalaya en passant par les océans, et de nombreux plans orbitaux sont réalisés pour les expansions à grande échelle, la diffusion de l'eau ou du printemps au niveau continental.
L'esthétique est complètement liée au propos, à savoir l'évolution et l'exception naturelle que constitue la présence de vie sur Terre, née de l'inclinaison particulière de celle-ci et donc du rythme des saisons qui en découle, mais aussi de l'eau et du Soleil, s'illustrant plus souvent par les grandes tendances et séquences que par les scènes courtes.


La bande-son est d'ailleurs conforme également aux intentions du film, qui sans être aussi polémique que les précédents documentaires, présente lui aussi un message clair : voilà la Terre, son miracle de la vie, multiple et variée, et voilà ce que nous en faisons. Arrêtons là les conneries avant qu'il soit trop tard. On a donc logiquement droit à des thèmes dramatiques, pleins de grandeur qui donnent un côté fatidique à l'atmosphère, comme si la désertification galopante ne suffisait pas à nous préoccuper. Manichéisme relatif oblige, les mélodies tragiques sont judicieusement placées au moment des affrontements et on n'échappe pas pour les séquences sahariennes à la volonté de suivre le sacro-saint modèle de Lawrence d'Arabie (ce que faisait déjà Astérix mission Cléopâtre), mais globalement c'est très beau à entendre et ça fait plaisir (ou ça déprime, au choix).


En bref : documentaire plus apaisé et moins politique que The Cove, Black Fish et Sharkwater, Earth n'en demeure pas plein de bons sens et très attaché à sa démonstration, maîtrisée de bout en bout. Comme on dit, on n'a qu'une planète et on a intérêt à en prendre soin. Cette ode au vivant et à la nature est indispensable à toute vidéothèque, et vous avez encore moins de raisons de le louper que les trois sus-cités.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire