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9.8.15

La plus grande uchronie jamais contée


Le Demi-Monde : Hiver.

Auteurs : Rod Rees.
Origine : Angleterre.
Nombre de livres : 4.
Date de publication : 2011.
Genre : science-fiction, uchronie.
L'auteur.
(4ème de couverture parce qu'il n'y a rien sur Internet sur ce type)
Rod Reed a vécu aux quatre coins du monde ; il a construit des usines pharmaceutiques, conçu des satellites de communication, inventé un concept d'hôtel-jazz…. Désormais écrivain à plein temps, il vit en Angleterre avec sa femme et leurs deux enfants.


 Les États-Unis, de nos jours. Dans le but d'entraîner ses troupes à la guerre asymétrique et à la guérilla, l'armée américaine a conçu une vaste simulation virtuelle, le Demi-Monde, dans laquelle elle a créé un environnement inspiré du monde réel au milieu du XIXème siècle, tout en y introduisant des avatars, les Dupes, inspirés de personnages historiques réels. Des psychopathes méthodiques, dotés d'autant de cruauté et de violence que d'intelligence et d'ingéniosité, afin que le chaos permanent de la simulation, soit le meilleur prélude possible aux guerres contre les ennemis de l'Amérique.

Un jour, cependant, l'armée perd le contrôle de son monde virtuel. Reinhard Heydrich, l'une des Singularités historiques intégrées au Demi-Monde, assassine plusieurs de ses homologues et instaure un État dictatorial. Les accès au monde extérieur sont fermés et la fille du président des États-Unis, Norma Williams, est coincée dans la simulation plus vraie que nature. L'armée fait appel à une modeste chanteuse de jazz afro-américaine, Ella Thomas, pour aller la chercher.


(faut que j'arrête avec ces titres moi, ça fait quand même trois fois après Trine 2 et Le vent dans les saules ^^)
Le Demi-Monde est un livre que j'ai découvert grâce à mon amie Caroline/Studinano, artiste-peintre et passionnée de culture et d'art (c'est le Grodoudou de la Pokéblogroll), qui éprouve comme moi une fascination particulière pour le steampunk et les uchronies (qui vont souvent ensemble), ce qui m'amène régulièrement à prendre en note ses conseils avisés. Cette fois n'a pas fait exception.
….bon le jeu maintenant ça va être de pas mélanger ce que j'ai lu dans ce premier volet et dans le second tome de la tétralogie, que j'ai fini et sur lequel je vais écrire aussi….

Alors d'emblée, l'accent est mis sur le Demi-Monde dans ce livre, le monde extérieur n'étant que très rapidement évoqué. L'histoire commence, je l'ai dit, aux USA, plus ou moins à notre époque, à ceci près que le pays est devenu une nation secondaire et déchue après la 2GM – on a jamais aucune explication sur ce fait – et que les attentats du 11 septembre ont été remplacés par ceux du 12 décembre, lors desquels les États-Unis ont atomisé Edimbourg lors d'un conflit avec le Royaume-Uni.
Et j'ai pas la moindre putain d'idée de pourquoi je vous explique ça parce qu'à aucun moment ça n'est pertinent dans l'histoire. Autant vous spoiler d'emblée : le tome 2 est une merde qui fait honte au premier et j'ai aujourd'hui plus que très moyennement envie de finir la série, mais je reviendrai là-dessus quand j'en parlerai.

Reinhard Heydrich, officier aux ordres d'Heinrich Himmler, mort assassiné en Tchécoslovaquie en 1942, est l'architecte de la Shoah dans la réalité et le chef du Quatrième Règne dans le Demi-Monde.

Bref, le Demi-Monde. Conçu comme un univers à haut risque dans lequel on envoie des humains s'entraîner au combat. Au début de la narration du livre, soit il n'y a plus de soldat américain dans le monde virtuel qui ne l'est pas tant que ça, soit ils sont prisonniers quelque part, ce qui s'expliquerait par le fait que les concepteurs du Demi-Monde ont programmé les Demi-Mondiens pour être dépendants au sang tout en ayant un organisme qui n'en comporte pas. C'est le même principe qu'avec les métaux précieux et l'économie européenne au XVIème siècle : il existe un stock fixe, il faut se le partager en cycle fermé, et si un apport extérieur massif est pratiqué (l'Espagne qui revient d'Amérique avec des monceaux d'or et d'argent) c'est la catastrophe pour tout le monde (dévaluation d'un côté, augmentation du poids du sang dans la politique demi-mondienne de l'autre).
Tout ça pour dire qu'Ella Thomas est pratiquement toute seule.

On rencontre rapidement d'autres personnages, Vanka Maykov, un jeune russe recherché pour tout un tas de raisons et qui se fait passer pour un occultiste parce que la population est fortement imprégnée de religion et de spiritisme, Burlesque Banstand, un tavernier qui trempe dans des combines pas possibles avec certains dirigeants, les Dashwood, père et fille, haut-responsable... pour simplifier on va dire « de l'État nazi » et sa fille, qui est tentée par la dissidence intellectuelle mais doit faire bonne figure à cause de l'exposition paternelle aux autorités (dans les totalitarismes, on n'est jamais plus enclin à en prendre plein la tête que si on fait partie du système, là où les erreurs et trahisons sont les plus visibles).
Et puis il y a les Singularités.

C'est le nom que le roman donne aux reproductions de personnages historiques conçus pour diriger le Demi-Monde et entretenir le climat de guerre permanente et de danger omniprésent. Il va de soi qu'ils sont classés par zones géographiques qui ont aussi le bon goût de souligner les préjugés américains sur les cultures extra-américaines, les religions, les doctrines de gouvernement, enfin bon ce roman est un excellent étalage d'idées préconçues de chez l'Oncle Sam.
Alors il y les Essaims, USA-Royaume-Uni-Allemagne, dirigés à la base par Henri VIII Tudor, assassiné à l'instigation de Reinhard Heydrich et Lavrenti Beria, le Rodina (Pologne, Russie, Ukraine), dirigés par Ivan le Terrible, lui aussi assassiné, si bien que les deux Secteurs sont fusionnés pour devenir le Quatrième Règne (en allemand, règne et royaume se traduisent tous deux par Reich, mais l'auteur a dû trouver ça trop connoté. Ce qui est con vu le contexte mis en place, vous allez voir). Dans le Quatrième Règne est pratiqué une religion appelée non-hédonisme dirigée par Alastair Crowley (un vrai personnage historique complètement cinglé) ...c'est un genre de fascisme en fait, des valeurs conservatrices et xénophobes, le patriarcat, le sexisme, tout ça.

Lavrenti Beria, le Bourreau de Staline, qui dans le livre co-dirige le Quatrième Règne sous les ordres du Camarade-Leader Heydrich et domine la faction des Méchants pendant les deux premiers livres.

Plus loin, le Quartier Chaud (Paris, Barcelone, Rome et Venise), divisés entre les trois premières gouvernées par un conseil de connards (Robespierre, Torquemada le fondateur de l'Inquisition et Godefroi de Bouillon) et la dernière, dirigée par la doge Catherine-Sophie. Là, le dogme, c'est l'impuritanisme. Le plaisir par la chair, la sexualité débridée et la lutte contre la mâleveillance, la tendance masculine à être de gros cons sanguinaires. PAIE TON DÉTERMINISME.
Puis vient NoirVille (Le Caire, Istanbul, le Zoulouland, Delhi) dirigé par Chaka Zoulou, et où la règle est celle de l'ilpérialisme, le patriarcat absolu : les femmes y sont traitées comme des moins que rien et les hommes pratiques l'hom2moh, l'échange de fluides pour augmenter leur virilité.
A côté de NoirVille, le Coven (Pékin, Tokyo, Rangoon), dirigé par l'impératrice Wu, et où la doctine est celle de l'ellétisme, qui prône une société misandre. Les féministes y sont résolument agressives et nommées souffrigettes (des suffragettes et de souffrir, parce que les femmes du Coven aiment leurs hommes bien soumis et castrés comme il faut).
Bref, vous l'aurez compris, les développeurs du Demi-Monde ont fait exprès de construire des « religions » totalement radicales et ont placés les opposés côte à côte afin que l'entente soit impossible, et l'auteur a multiplié les personnages historiques en ne sélectionnant, d'après ses propres dires, « que des psychopathes rationnels » (ce qui en soit est une sacrée oxymore) à savoir de gros tarés qui seraient assez posés pour pouvoir se contenir et semer un « chaos organisé ». Rod Rees croit à fond en son délire.

Ce postulat est assez intéressant, de prime abord, même s'il souffre de quelques défauts qui seront vraiment évidents par la suite. D'une part, une méconnaissance (ou un mépris) assez frappant des personnage historiques exploités. A l'exception de Reinhard Heydrich, l'architecte de la Shoah (qui dans la réalité a heureusement été tué en 1942, ce qui a sérieusement handicapé Hitler) dont la première (et pratiquement seule) apparition est particulièrement impressionnante et appréciable, et de Beria, le bourreau de Staline, les Singularités n'ont même pas ne serait-ce que le plus petit rapport avec leur modèle réel.
Sérieusement, Jeanne Dark (écrit comme ça, oui oui) et Lucrèce Borgia dirigent l'état misandre avec l'impératrice Wu, Trotski est promu chef de l'exode juif hors du Demi-Monde (enfin dans les Marches inaccessibles plutôt), Joséphine Baker et Toussaint Louverture (héros de la révolution haïtienne de 1802) sont des résistants Foncés (le mot raciste en vigueur dans le Quatrième Règne) et le desperado Archie Clement, totalement méconnu par ailleurs, devient chef des SS d'Heydrich. Et encore, là je parle que du premier livre.

Désolé, la carte est en anglais, mais elle est grande et claire ;)

Bref, on a ici affaire à un roman plutôt intéressant et bien écrit malgré des défauts notoires, bien qu'on ait vite l'impression que les héros surnagent et courent partout plutôt que de vraiment intervenir sur les événements, ce qui nuit gravement à l'attachement qu'on pourrait leur porter. Rod Rees réécrit le massacre du ghetto de Varsovie (et il en restera pas là), le mythe de Moïse qui ouvre la mer en deux (sauf que là il s'agit de la barrière invisible qui enferme le Demi-Monde), reprend le concept du Messie et l'adapte à des persécutés en puissance jusqu'à la fin d'une course haletante qui finit en cliffhanger appelant inévitablement à une suite, parce que les dénouements ouverts c'est pour les faibles.
Bon, j'ai l'air de savater le livre comme ça mais pas du tout, ce premier volet est sympa, la découverte du Demi-Monde et de son aspect de monde persistent est vraiment très élaboré, l'ambiance de fin du XIXème siècle avec industrialisation et débuts de la science vraiment poussée contribuent tous à la cohérence d'un univers qu'on prend plaisir à parcourir, même en présence de personnages peu emblématiques.


En bref : Premier roman plutôt bon d'une tétralogie dont le concept de base est plus qu'intéressant, Hiver est plutôt bien écrit et chaque chapitre introduit par des extraits d'œuvres de personnages du Demi-Monde expliquant l'univers et la narration se lit assez rapidement. Les héros sont cependant peu attachants et l'empathie avec eux naît difficilement voire pas du tout. La narration est assez légère, sous des dehors complexes, et les protagonistes en sont les victimes plus que les acteurs. En outre, les religions volontairement extrêmes écrites pour le Demi-Monde ont tendance à agacer tant elles sont ridicules et grossières.

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