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28.8.15

L'Irlandais faisait du parkour à Paris, et tuait des nazis.


The Saboteur.

Développé par : Pandemic Studios.
Genre : action.
Date de sortie : 2009.
Support : PC, Playstation 3 et X Box 360.

Sarrebruck, Allemagne, 1940. Sean Devlin, mécanicien et pilote pour l'écurie de son ami et mentor Vittore participe à une course automobile où réapparaît le légendaire Dierker, concurrent allemand de légende.
Devlin est battu de justesse par celui-ci, qui a triché pour gagner, et décide de se rendre avec son ami Jules Rousseau dans l'usine de son rival pour saboter sa voiture. Il découvre malgré lui que Dierker est un important membre du parti Nazi et au terme d'un interrogatoire ignoble, son ami Jules est tué.

Dévasté, Sean disparaît de la circulation et se réfugie à Paris, occupée par l'Allemagne d'Hitler. Peu après, il y retrouver Vittore et fait la rencontre de Luc Gaudin, écrivain et membre de la Résistance.


J'ai découvert ce jeu via l'excellent magazine IG, qui a malheureusement disparu, et qui mettait en valeur, à l'occasion de sa bande dessinée (quelques pages par numéro, je crois que ça s'appelait Haut Bas Gauche Droite et y'avait un thème différent à chaque fois), son aspect sandbox très travaillé. Si on traduit littéralement ça veut dire « bac à sable », mais on traduit pas littéralement : The Saboteur est un GTA-like. Le joueur incarne un personnage dans un monde fermé majoritairement urbain et il fait ce qu'il veut, remplir des missions, explorer, fouiller, collecter des objets, tuer des gens, bref, il est totalement libre de ses actes, d'où l'appellation de sandbox.

Commençons bien : ce jeu a indéniablement une dimension cinématographique qui emprunte au film noir, et c'est trop la classe.

Bref, de prime abord, le jeu m'avait paru très sérieux, et il l'est manifestement... j'imagine... mais il prend aussi pas mal de libertés dont je vais parler. Certaines se justifient, pour les autres il faut laisser son cerveau sur le Bureau de Windows avant de lancer le jeu.
C'est l'histoire de Sean Devlin, un Irlandais au passé pas assez fouillé – on sait à un moment que son père est mort à cause de la vengeance, parce que Vittore lui déconseille de suivre le même chemin – qui vit à Paris sous l'Occupation, tiraillé entre son deuil solitaire et alcoolisé, sa volonté de tuer des nazis, son amour supposé pour Véronique, la sœur de feu son meilleur ami Jules, la rancœur que celle-ci lui porte à cause de la perte de son frère et sa relation instable avec Skylar Sinclair, jeune femme issue de l'aristocratie anglaise, mais également espionne et plan-cul régulier de Sean... à moins que ce soit Sean le plan-cul de Skylar, on est jamais sûr.
C'est le bordel quoi.

Et puis certaines cinématiques, genre Sean qui va récupérer sa bagnole prisonnière d'une forteresse nazie et sort en tamponnant les sentinelles, c'est la classe.
"faut pas toucher à la copine d'un Irlandais", comme il dit.

Je vais commencer par un défaut à la fois majeur et secondaire du jeu avant d'attaquer le reste. Quand je dis secondaire je m'explique : il faut pas s'en taper et l'ignorer royalement c'est grave et important, mais là on est dans un jeu vidéo et c'est pas central. Seulement voilà, The Saboteur est un jeu sexiste. Pas extrémiste ni patriarcal, il est jamais question de femmes battues ou torturées, la condition féminine est jamais piétinée par un masculinisme conquérant, mais y'a quand même quelques aspects graphiques et narratifs qui sont du ressort d'un sexisme ordinaire et banalisé et c'est quand même vachement dommage.
Je m'en suis rendu compte quand j'ai vu que les seins de Véronique Rousseau ont fait l'objet d'un soin particulier des animateurs – ils rebondissent à chaque mouvement de la jeune femme – mais faut avouer que la planque originelle de Sean, dans les coulisses d'un club parisien avec chanteuses et danseuses nues, ça mettait déjà dans un certain état d'esprit. En outre, Véronique est un enjeu narratif et amoureux dans la rivalité entre Sean et Luc, avant de devenir la copine de ce dernier puis une Résistante farouche façon Aleida Guevara dans Che – L'argentin de Steven Soderbergh, et parmi les « cachettes » disponibles dans le jeu – je vais revenir sur ça après – il y a des Françaises totalement random, tu l'embrasses et ça détourne l'attention des Nazis comme dans un bon cliché de cinéma. Objectification, je crie ton nom, même si en vrai on dit « réification » de res, la chose en latin.

Ouais. Voilà. Bon. On voit ça souvent dans le jeu.

Mais le sexisme, même si ça dégoûte un peu, c'est pas le défaut le plus voyant. Skylar est une femme forte et indépendante, comme le devient plus tard Véronique. Le problème c'est le cadre général. Le jeu commence en 1940 alors que Sean et Vittore discutent de la possibilité d'une guerre contre l'Allemagne. 1940, je rappelle, c'est plus ou moins un an après l'invasion conjointe de la Pologne par la Russie et l'Allemagne Nazie et donc le début de la Seconde Guerre Mondiale. Tout au long du jeu pèse la menace que l'Allemagne Nazie se mette à utiliser des armes un peu trop grosses pour elle – la fusée, l'atome, tout ça – et on voit à plusieurs reprise des Armes de Représailles, les fameux V2 qui ont inspiré la fusée de Tintin, deux ans avant leur développement effectif.
Et surtout, pour des raisons de simplification, il n'est à aucun moment fait mention des autorités françaises : la vaste région couverte par le jeu est occupée par les Allemands qui y ont placé des troupes conventionnelles et nazies, des officiers, bref, on est totalement dans l'Empire Allemand, les seuls Français représentés sont les citoyens de la rue.

Parfois on dégomme la Luftwaffe aussi. Ca se prononce "loufte-vaffeuh".

La simplification, c'est aussi ce qui explique le cadre spatial. Les développeurs ont eu besoin, pour la narration, de certains lieux précis – Sarrebruck en Allemagne, Le Havre et la Normandie pour les Anglais – mais au lieu de placer ceux-ci dans des chapitres isolés inaccessibles le reste du temps ou de créer des sous-cartes avec des transitions, ils ont suivi la règle des GTA-like : tout sur la même carte. Du coup les distances sont très resserrées autour de Paris : sorti de la ville, Sean se retrouve en Champagne-Ardennes, dans le Centre, en Picardie ou en Normandie. La carte de ce jeu est hallucinante, il faut moins de 5 minutes de conduite à bonne vitesse et sans s'arrêter en chemin pour aller de Paris à Sarrebruck, qui se trouve du côté allemand des Ardennes.
Comme si les étrangers étaient pas déjà assez persuadés que la France se résume à Paris et que chaque maison française a vue sur la Tour Eiffel, on réduit à néant l'Île-de-France...

Picardie, Champagne-Ardennes, Lorraine... les lois de la géographie dans ce jeu sont terribles !

Mais bon, j'enchaîne les défauts et les critiques, faut pas déconner, The Saboteur est quand même très agréable à jouer hein. Déjà, malgré son traitement du sujet il a une narration tout à fait correcte qui parvient à gérer sans difficulté un des éléments majeurs du cahier des charges des GTA-like, les différentes factions, en obligeant Sean Devlin à unir les différents courants de la Résistance française (oui bon, trois ans avant Jean Moulin et le CNR). Les personnages secondaires, de Skylar à Vittore en passant par Luc, Véronique et quelques membres de la Résistance ont chacun des intrigues et des suites de missions à remplir, et même si le jeu se termine assez vite, le contenu est assez vaste.
En plus, le jeu est bourré d'humour et de second degré malgré son ambiance sombre. Sean est un Irlandais totalement cliché qui déteste les Anglais. A un moment, un intellectuel lui parle de la guerre psychologique et du fait de convaincre l'ennemi par le sabotage, l'embrouille et la pression morale que combattre est inutile, et lui il fait « ouais, nous les Irlandais on fait ça depuis des siècles... dans les deux camps. » Après une suite de quêtes très importantes pour les Anglais (protéger un scientifique allemand transfuge), le type des services secrets de Sa Majesté dit qu'il pourrait lui faire recevoir la Victoria Cross. « C'est un genre de médaille ? - C'est la plus haute distinction de notre royaume. - Ah, super, je pourrai me torcher avec ! - Disons une caisse de whisky alors. - Eh bah vous voyez que vous savez parler ! »
J'adore.
Et il se permet des commentaires réguliers en plein jeu, genre quand on passe un poste de contrôle sans le défoncer, avec son accent irlandais très marqué, sans parler de Skylar et les autres résistants qui ne sont pas en reste XD

J'adore les innombrables moments Avant/Après que ce jeu offre quand on y joue ^_^

En plus, c'est génial les jeux en sandbox, y'a toujours quelque chose à faire !
Oui parce que c'est la base, Paris est occupée, y'a des Allemands partout et ils portent tous un brassard rouge à croix gammée : aucune ambiguïté, ce sont tous des Nazis, ils ont tous bien mérité de mourir. L'un des gros problèmes du IIIème Reich était l'équilibre délicat entre le parti nazi et la Wehrmacht, l'armée régulière, laquelle a fini par se retourner contre Berlin, mais bon ici on s'en tape, encore de la simplification. Bref ces Allemands sont nombreux et armés jusqu'aux dents. Comme dans n'importe quel GTA-like, il y a des comportements à éviter en présence des ennemis – grimper aux murs, se suspendre à un câble, se balader l'arme au clair ou essayer de marcher discrètement – bien que les Parisiens n'en aient rien à cirer et ne signalent jamais Sean lorsqu'ils le savent parfaitement louche voire même lorsqu'il bute un ou plusieurs Allemands en public.

D'ailleurs, The Saboteur est un jeu particulièrement jouissif. A partir du moment, très vite, où on apprend à se déplacer avec discrétion et à tuer en silence, alors qu'on constate que les ennemis sont indiqués par des points rouges sur la minicarte, le jeu se mue très vite en « Briser le cou des Nazis. »
Juste après, on rencontre la Résistance, on leur achète un stock de dynamite pour bien commencer le jeu, une carte de la Zone 1 de Paris – il y en a 3 au total – qui affiche toutes les implantations allemandes par des points blancs sur la minicarte, et Briser le cou des Nazis se transforme en « Faire péter les points blancs. »
Après, évidemment, ce genre d'action a des conséquences, et comme tous les GTA-like, The Saboteur intègre un système d'alerte, tout à fait supportable dans un premier temps, encore plus si on a détruit les tourelles de sniper et les miradors ennemis, parce que ça rend la fuite par les toits plus facile. The Saboteur en fait c'est un Irlandais qui fait du parkour à Paris en tuant des nazis, c'est Daredevil avec un havresac et une casquette.
Par contre, passé le niveau 3, ça commence à devenir sérieux. Et, il faut le dire, mal pensé. Alors qu'il aurait été logique que les Teutons placent des barrages sur toutes les routes, multiplient les patrouilleurs et la piétaille dans la rue, non non, ils font juste appel à des Zeppelins, puis à de gros véhicules de la Wehrmacht et enfin, au niveau 5, à des pilotes de la Luftwaffe. Ouais, au niveau maximum d'alerte, l'Allemagne Nazie mobilise l'Armée de l'Air pour un seul mec à Paris ! Et j'vous garantis que le mec en question a intérêt a faire profil bas !
Bon, d'un autre côté, l'alerte est matérialisée en jeu par un cercle rouge de plus en plus vaste et qui correspond à la zone de recherche : dès qu'on en sort, les Nazis nous oublient (ce qui est un peu mal conçu et con). L'alerte est renouvelée aussi longtemps qu'on se trouve dans le champ de vision d'au moins un Allemand (d'où l'intérêt de passer par les toits et d'y flinguer les quelques sentinelles qui s'y trouvent) et il est possible si personne ne voit Sean de cacher celui-ci : dans un grenier, un appentis, dans les bras d'une passante totalement aléatoire, bref comme on est pas dans GTA et qu'on peut pas jouer à Pimp My Ride, c'est le moyen que les concepteurs ont trouvé pour effacer instantanément l'ardoise.

En France, en 1940. Les Nazis rigolent pas, sérieux.

Côté esthétique, c'est vraiment élégant et élaboré, je n'ai vraiment rien trouvé à redire. D'abord, les véhicules sont nombreux et variés quoique tous fictifs (mais inspirés de bagnoles réelles), depuis les nombreuses citadines qui roulent comme des veaux jusqu'aux puissantes berlines SS dotées de mitrailleuses en passant par le char Wulf, une monstruosité imprenable, ou même des voitures de courses – celle de Sean, celle de Skylar et surtout celle de Dierker entre autres.
La bande-son est d'une pauvreté qui fait peine à voir et c'est vraiment dommage quand on sait que c'est l'un des plus grands points forts des GTA – on se souvient tous de l'adorable plongée dans les années 80 suscitée par Vice City – mais les titres sont d'époque ou semblent l'être et sont ma foi assez plaisants. Par contre, je suis désolé pour Nina Simone, mais dans la chanson de son répertoire qui a été retenue pour le jeu, bah on dirait un mec qui chante =_=

La Corrino Sport est ma préférée : bien que taillée comme une citadine, elle fonce comme une bagnole de course, en beaucoup plus stable et solide.

Au passage, le jeu est super intéressant à regarder parce que graphiquement c'est une vraie réussite. Le parti pris par The Saboteur veut que les quartiers contrôlés par les Nazis soient en noir et blanc, à l'exception des couleurs primaires : le bleu azur des brassards des Partisans et des Croix de Lorraine sur les planques et les caisses d'armes de la Résistance, le rouge des brassards nazis, de certains véhicules et des fameuses tentures à croix gammée sur certains bâtiments, et le jaune de l'éclairage des innombrables fenêtres des bâtiments. La ville passe en couleur quand elle est libérée de l'emprise teutonne, ce qui permet d'apprécier encore plus le détail des très nombreux personnages – après tout, la ville foisonne d'habitants – mais aussi des décors, en particulier dans la campagne qui environne Paris.
Comme si c'était pas assez jouissif et plutôt facile à prendre en main, en plus c'est pas moche. Franchement moi je dis oui.


Ouaip, je résiste pas à l'envie de vous mettre mes préférées ^^


En bref : assez méconnu et relativement gourmand en termes de configuration, The Saboteur tient ses promesses, certes en appliquant un certain nombre d'incohérences et de raccourcis dans son cadre spatio-temporel, mais surtout en offrant une vaste aire de jeu dans laquelle le joueur peut s'adonner à des activités aussi diverses que la collection de véhicules, le sabotage pur et simple ou les missions relativement nombreuses. Ce n'est certes pas un jeu générationnel comme le sont les GTA mais il offre un bon divertissement, drôle et sympa, et merde, c'est quand même l'histoire d'un Irlandais qui fait du parkour à Paris en tuant des nazis !!

 Si vous ne savez pas ce qu'est l'Éléphant de la Bastille, même si dans le jeu il est à Villette, allez demander à Caroline.
 Salut !

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