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7.8.15

Mon point de vue sur la vulgarisation scientifique

(je te préviens, ça va être un article assez long parce que je vais évoquer des tas de sujets pointus sur lesquels je suis pas expert, que je risque de me mêler un peu les pinceaux, mais le tout reste très intéressant, promis !!)

L'autre jour avec Unikitty le chaton-licorne, on a eu une conversation brève mais très intéressante sur les scientifiques et chercheurs universitaires, principalement en France. En fait tout est parti de l'excellente chaîne de Florence Porcel, Community Manager de l'Univers, intitulée La folle histoire de l'univers. Je vous invite d'ailleurs à les suivre, Florence et sa chaîne, qui sont passionnantes puisqu'elles se font le relais de la recherche et aux progrès mondiaux liés aux sciences de l'univers : l'exploration spatiale, l'astrophysique, la robotique...
Bref, vous n'êtes pas sans savoir, j'espère, que l'on a récemment pu observer Pluton pour la première fois grâce à un robot envoyé il y a quelques années. Du coup, Charon, l'une des lunes de la planète naine, a été plusieurs fois nommée et l'un comme l'autre des locuteurs prononçaient le mot « chat-rond » et non pas « ka-ron » comme ils le devraient.
PARCE QUE CHARON CA VIENT DU GREC ET QU'EN GREC LE CH EST UN SON DUR COMME UN K. MERDE A LA FIN.

Vous serez gentils de pas regarder ça pendant que vous lisez mon article parce que ça dure 52 minutes et je doute que vous puissiez suivre les deux en même temps. Merci bisous ♥

Du coup, j'avais un peu râlé sur le fait que les scientifiques français ne savent pas parler. Non parce que Florence Porcel m'a dit elle-même que ce mauvaise prononciation était un particularisme français. Bah tiens.
Et donc, Unikitty le chaton-licorne a compris « les scientifiques français ne savent pas communiquer », ce que je n'ai absolument pas dit à ce moment-là – mais qui est quand même tout à fait vrai, bam, ça c'est fait.
Le truc c'est qu'Unikitty est, je l'ai dit récemment, doctorante en biologie cellulaire. C'est-à-dire qu'une partie de son travail est de corrompre les jeunes étudiants en biologie avec ses tee-shirts de geek (sérieux, elle porte QUE CA, C'EST TROP COOL) entr'aperçus sous sa blouse blanche qui fait très pro mais aussi avec son humour ravageur et sa frimousse d'adorable petite fée (promis, j'essaie pas de ruiner sa crédibilité, elle est vraiment très drôle, très jolie et très fringuée comme une geek).
Et l'autre partie de son travail consiste à cultiver des cellules dans un labo pour ensuite faire des observations sur celles-ci.
Donc le problème de communication de la recherche française, elle connaît et elle s'en tape. Et elle a à moitié raison. Ouais ça veut dire qu'elle a aussi à moitié tort, malheureusement.

En fait Unikitty le chaton-licorne déteste la recherche universitaire américaine, à juste titre, parce qu'elle semble être conforme à ce qu'on en voit dans les séries comme The big bang theory : les brevets sont déposés régulièrement, les scientifiques développent des trucs pour l'argent, pour être appuyés par le gouvernement ou de grandes entreprises, et les chercheurs français qui manquent de moyens, qui ne progressent pas, qui veulent vraiment faire avancer le bazar s'expatrient au pays des subventions mirobolantes avant de réaliser qu'en fait le remède au cancer sera jamais commercialisé ni rendu public parce que l'industrie pharmaceutique s'en met plein les fouilles et contrôle le gouvernement. Elle et les autres.

"Vazi je vais utiliser les découvertes pour être riche et puissant, je contrôlerai tout l'île de Syracuse, ensuite on va conquérir l'Italie, puis la Grèce, et je dirigerai un empire autocratique fondé sur la science, meuahahahahaha !!"
Non, Archimède n'a pas fait ça, parce qu'il avait bien compris, je suppose, que la science est totalement détachée des intérêts personnels, matériels ou politiques.

Là où la jeune chercheuse se trompe, c'est qu'en aucun cas je n'accepte ce modèle et que je dois expliquer ma critique de la recherche française pour montrer sa mesure. Y'a que ça qui compte dans la vie, la mesure et le contexte. Tu peux tout expliquer avec les deux.
Effectivement, des savants qui travaillent pour le profit et pour commercialiser leurs trouvailles, moi je suis désolé mais j'accepte pas. Depuis la nuit des temps les chercheurs se sont efforcés d'élargir la sphère des connaissances humaines, d'observer le fonctionnement du monde, de l'infiniment grand et de l'infiniment petit par curiosité et intérêt pour leur sujet, pas par intérêt pour l'argent et la notoriété qu'il pourrait rapporter.
C'est une insulte suprême à Archimède, Ptolémée, Averroès, Copernic ou encore Newton lui-même que d'utiliser la connaissance et la science dans la recherche du profit personnel ou capitaliste.

Ca c'est un cliché fictif, le scientifique absolu n'existe pas. Pour reprendre les mots d'Unikitty le chaton-licorne, "Je suis scientifique donc je suis biologiste médecin chimiste astrophysicien et je fais aussi très bien la cuisine et je construits des robots géants sur mon temps libre." ET BAH NON.

Cela dit, je suis pas favorable à l'autre opposé non plus. Je suis bien d'accord, le cliché américain et cinématographique selon lequel un scientifique connaît toutes les sciences, c'est de la merde. Par exemple, Unikitty le chaton-licorne n'aurait absolument pas besoin des mathématiques et de l'algèbre dans son boulot quotidien, c'est évident. Un astrophysicien ne connaît rien à la chimie moléculaire, un biologiste ne maîtrise pas ne serait-ce que les bases de l'ingénierie robotique, un astronome (à ne pas confondre avec un astrologue, c'est-à-dire un charlatan) ne s'intéresse pas aux atomes, un botaniste se fout comme de sa première blouse blanche de la théorie des cordes, et on s'en fout royalement, un scientifique n'est pas un couteau-suisse, un scientifique n'est pas Emmett Brown ni Sherlock Holmes, la connaissance de très haut niveau suppose évidemment, forcément la spécificité de la connaissance, c'est matériellement impossible d'être un expert dans toutes les sciences, mais ptain vous imaginez l'immensité de l'univers et des savoirs que ça recouvre ?!?

D'un autre coté, y'a quelques temps, après un épisode de Game of Thrones, avec mes amis Jaak et Solène (bah ouais, j'ai un ami qui s'appelle Jaak Danial, comme le whisky, et alors ? Je m'appelle bien DarkRiketz et je partage mon corps et ma tête avec un certain Jiminy), ainsi que certains de leurs amis, on s'était amusés à lire une page wikipédia dédié au futur lointain, à l'échelle de l'espace, à ce qui risquerait d'avenir à notre univers, notre système solaire et tout.
Alors autant on avait trouvé ça très drôle, genre un réchauffement extrême on commentait par « heureusement nous on aura déjà émigré ailleurs » ou un rapprochement des galaxies « ah bah ça va nous faciliter les voyages ça, parfait », mais en vrai ce genre de domaine me passe largement au-dessus.

Elle est diplômée en journalisme culturel, elle n'a suivi aucun cursus scientifique, c'est une passionnée sans aucune qualification, et pourtant elle a participé à un vol en Gravité Zéro et elle a passé les deux premiers tours de sélection d'éventuels colons destinés à la planète Mars. Elle rencontre régulièrement de grands scientifiques du CNRS (centre national de la recherche scientifique). Comme quoi, la passion et la vulgarisation, ça marche.

Je m'intéresse, bien sûr, aux choses de l'espace (enfin vachement moins depuis quelques mois, mais j'en parlerai vite fait dans un prochain article qui n'a rien à voir), et je suis curieux à l'idée qu'on puisse de mieux en mieux observer ce qui se passe là-haut, mais comme Solène, qui je le rappelle est étudiante en pharmacie, je préfère le concret, le tangible, et l'espace lointain, c'est le passé à rebours, c'est abstrait, inconnu, des trucs qu'on voit trop tard pour pouvoir les éprouver vraiment. Pareil pour les maths, je suis pas du tout scientifique mais je suis curieux des sciences et de la nature, mais certains domaines comme les maths sont tellement obscurs que je m'en fiche royalement. Super, t'as résolu ta super équation de la mort de la théorie des cordes (oui bon je connais que celle-là et je sais même pas de quoi ça s'agit ^^) ou je sais pas quoi... et après ? On a envoyé un robot observer Pluton et un autre s'est accroché à une comète, tête de nœud.
Bref, tout ça pour dire que les scientifiques, les chercheurs, sont des gens très compétents qui travaillent sur des domaines très pointus et souvent tout à fait dissociables et même dissemblables, et ça tombe bien parce que c'est justement ce qu'on attend d'eux.

Seulement voilà, en ayant cette conversation, j'ai eu l'impression que ce que disait Unikitty le chaton-licorne, c'était qu'un scientifique n'était pas sensé avoir à parler de son métier, de ses travaux (enfin pas avant d'avoir des résultats qui intéressent tout le public, j'imagine, j'espère), parce que sinon direct ça le ferait verser dans la proportion au moins de ceux qui estiment ne pas avoir à défendre l'intérêt primordial de leur milieu, de ses fonctions, dans la société, voire de ceux qui parlent de leurs travaux pour les vendre.
Sincèrement, j'aime cette fille d'amour, elle le sait.... mais JE DÉTESTE PROFONDÉMENT ce genre d'élitisme. Celui qui dit que la science, ça ne regarde que les scientifiques et qu'on n'a pas à leur demander des comptes sur leur travail.

"Notre objectif est de mettre l'industrie entière du cancer et nous-mêmes au chômage." Ouais, mais le grand public n'en entend malheureusement pas assez parler =_=
Ca vient de cette fondation de lutte contre la maladie.

Effectivement, la recherche française rame à mort parce qu'on vit dans un pays de merde, dans un système économique de merde, il lui faudrait un max de subventions et surtout il faudrait qu'on arrête de privilégier les domaines immédiatement rentabilisables au profit de tous les autres.
Pour avoir étudié dans une fac de sciences humaines, je le sais parfaitement : le gouvernement se fout royalement des sciences humaines. Le monde n'en a rien à cirer. Développer les sciences humaines, ça veut dire offrir au peuple les moyens de comprendre la société, les individus, les structures politiques, et donc de se défendre contre les abus de pouvoir des institutions, de l'État, des entreprises, et ça, le monde libéral-capitaliste ne le veut pas.
Pour quelle raison, durant toute la première moitié de l'année 2015, l'entité islamiste de Daesh a-t-elle pu s'emparer peu à peu des plus grands et importants sites historiques du Proche-et-Moyen-Orient, en Irak, en Syrie, pour ensuite détruire ces trésors du patrimoine de l'Humanité dans l'indifférence générale ? Déjà, parce que l'Occident n'en a rien à cirer, ça se passe pas chez lui alors après plus de dix ans de guerre contre l'islamisme, il se dit que c'est plus un ennemi qui vaut de faire la guerre, et qu'il n'est plus si dangereux, en tout cas vachement moins que la Russie.
Ensuite, parce que le Patrimoine de l'Humanité, c'est des sciences humaines, ça rapporte pas d'argent, on en dépose pas de brevet, on le vend pas dans les hypermarchés, bref, on s'en tape.

Bref, la recherche scientifique connaît de grosses difficultés et elle n'a pas en plus besoin de l'État par-dessus l'épaule de chaque chercheur pour évaluer la rentabilité de son travail (je grossis le trait mais je pense qu'on doit pas en être loin).
Ça veut pas dire pour autant que les scientifiques ne doivent pas parler de leur travail. « La science, c'est pour les scientifiques », ça veut dire que le reste du monde s'en tape, que le grand public n'a pas besoin de connaître, de toute façon qu'est-ce qu'il y connaît ?
C'est drôle, c'est justement l'inverse de ce que font certains spécialistes des sciences de l'Univers, dans des ouvrages de vulgarisation apparemment très bien faits, ainsi que certains passionnés de la question pas diplômés mais quand même bien informés (là encore je vous renvoie à Florence Porcel et à sa Folle histoire de l'univers n°50).

Je l'ai pas lu, le livre, il vient de sortir, mais si j'en ai la possibilité, je pense que je le ferai.

A mon sens, un monde dans lequel les scientifiques ne partagent pas leur savoir avec le grand public, c'est un monde qui fonce vers l'ignorance généralisée. On leur demande pas d'expliquer pas à pas ce qu'ils font, ce sont des chercheurs, pas des live-blogueurs, mais un peu de pub de temps en temps ça fait pas de mal. Quand on veut récolter de l'argent pour une grande maladie dont le remède existe sûrement déjà quelque part (ou mériterait qu'on fasse des recherches plus poussées dessus), on fait un coup marketing en expliquant le pouvoir du problème. Et bah pourquoi pas là ?
Par exemple, Unikitty le chaton-licorne, vous savez sur quoi elle travaille ?
Sur le cycle cellulaire et son dérèglement. Et le cancer, c'est une maladie qui provoque un dérèglement du cycle des cellules dans l'organisme. Donc si ses cultures en labo pouvaient lui apporter des infos nouvelles sur le sujet, elle ferait un pas vers la compréhension de la plus grave maladie de notre époque (non c'est pas le Sida, le Sida est pas une fatalité, on peut s'en protéger, le cancer est un fléau arbitraire) voire peut-être même vers son enrayement.
Et à côté de ça, je suis sûr que des gens lui disent que ce qu'elle fait, ça sert à rien. Parce qu'ils ne voient que cette étape du cheminement, et pas l'ensemble.

Si le grand public baignait dans une culture du savoir, de la curiosité, de la familiarité avec les scientifiques et la recherche avancée, il comprendrait tout de suite l'intérêt des subventions et de l'appui qu'on doit apporter à nos blouses blanches. Bref : il faut vulgariser la science, expliquer ce qu'ils font, pourquoi et comment. Et je déplore, malheureusement, que des scientifiques comme mon amie laissent entendre que ce milieu n'a pas à justifier son existence systématiquement auprès d'un grand public qui a besoin de cette justification pour le soutenir dans ses efforts.
A mon échelle, même si je ne suis pas docteur ni même maître en histoire, c'est aussi ce que j'essaie de faire, dans mon domaine. Parce que même si je n'ai qu'une licence d'histoire, soit un banal petit Bac+3 et deux années de master non validées, j'ai conscience 1. que tout le monde n'a pas ce niveau universitaire et surtout étudié ce domaine-là, et 2. que même des Bac+3 en histoire peuvent être des crétins finis. J'en ai connu, je sais de quoi je parle.

Palmyre est l'un des exemples les plus brillants du mélange culturel des influences hellénistiques, romaines et orientales durant l'Antiquité. Et on vit dans un monde où ses vestiges sont détruits ou menacés de destruction dans l'indifférence générale. On vit dans un monde où on s'en tape, des vestiges du passé, de l'héritage de la plus grande civilisation que le monde ait connu.

Alors voilà une des raisons pour lesquelles j'écris régulièrement ces articles d'histoire. Par passion pour le sujet, par envie de transmettre mes connaissances (j'ai vraiment beaucoup étudié l'histoire romaine). Et pour vous familiariser avec de grands personnages, des récits du passé, certes, mais aussi pour vulgariser certains concepts historiques qui peuvent servir absolument partout dans la vie de tous les jours et dans la vie en société – voir les choses sous un autre angle, remettre les choses dans leur contexte, prendre du recul, exercer son sens critique, essayer d'avoir une vue d'ensemble là où on croit n'avoir que du particulier.
C'est vrai que jusqu'à présent mes articles d'histoire ressemblaient surtout à des récits divertissants sans vraie portée générale, ou alors plutôt limitée, mais je vais m'y appliquer à l'avenir. Je crois en la vulgarisation autant que je crois en la science, c'est-à-dire énormément. Tout le monde peut tout comprendre si on explique clairement, en choisissant les bons mots, le bon ton, je pense.

C'est très important, évidemment, concernant les sciences humaines, l'archéologie, l'histoire, la sociologie (l'étude des sociétés, notamment), et la philosophie politique – de très grands penseurs politiques contemporains comme Alain Badiou ou d'autres disent des choses très intéressantes sur notre système politique complètement naze et comment le corriger.
C'est valable aussi pour les sciences de l'univers, comme le fait assez justement Florence Porcel, mais aussi pour ce qu'on appelait jadis les sciences naturelles – biologie, géologie, botanique, océanographie – en particulier à l'époque de la pensée globale et de l'écologie (encore un sujet que j'évoquerai à nouveau plus tard).
L'humanité est confrontée à des problèmes de grande ampleur, certains qui sont de son fait, j'estime qu'elle a les moyens de les régler ou au moins de canaliser ses capacités de réflexion (7 milliards de personnes, ça fait pas mal de puissance cérébrale) sur eux, et le grand public a besoin et le droit, je pense, de savoir comment on s'efforce de les solutionner afin d'y contribuer ou de relayer ce savoir aux générations futures.

Je tiens pas spécialement à ce qu'on fonce vers un monde à la 1984, avec des masses populaires amorphes et ineptes dirigées par des crétins machiavéliques et calculateurs, mais je tiens pas non plus, en cas de catastrophe globale de l'écosystème ou des structures socio-politiques, que les générations futures héritent d'un monde et de savoirs scientifiques qu'elles seront totalement incapables de maîtriser, de traiter avec respect ou d'utiliser à bon escient.

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