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9.9.15

Des vampires en Amérique, pendant deux siècles.


Bloodsilver.

Auteur : Wayne Barrow.
Origine : Canada.
Nombre de livres : 1.
Date de publication : 2006.
Genre : fantastique, uchronie, western.

L'auteur.
Né en 1951 d'un père bostonien et d'une mère navajo, Wayne Barrow a fui au Canada en 1972 pour éviter l'enrôlement dans la guerre du Viet-Nam. Tour à tour pêcheur, bûcheron et ouvrier sur une plate-forme de forage, il vit désormais de sa plume.
Publié en 2006 aux éditions Mnémos, Bloodsilver est son premier roman traduit en français.


Virginie, colonies anglaises du Nouveau-Monde, 1691. Des Amérindiens Mohicans assistent au naufrage d'un navire au large de leur côte durant la nuit, et constatent le lendemain qu'il n'y a aucun survivant. Le Grec, chassé de la communauté hollandaise de Manhattan et vivant au sein de la tribu, fouille le navire et ne trouve aucun journal de bord ou de navigation, mais de l'or et des armes en argent.
Durant la nuit suivante, toute la tribu, et notamment sa femme et son fils, Natifs américains, est sauvagement massacrée par des êtres humains d'une force et d'une violence hors du commun. Le Grec abandonne tout derrière lui pour se mettre en chasse des monstres.

Un an plus tard, alors qu'il accompagne un chasseur de sorcières partout en Nouvelle-Angleterre, celui-ci fonde la Confrérie des Chasseurs, créée pour persécuter et détruire le Convoi constitué par ceux que l'on nomme désormais « les Brookes ».


Je ne me souviens pas de la manière dont j'ai découvert ce livre mais ce n'est plus important maintenant parce qu'il est vraiment super et appartient, comme beaucoup de mes lectures de ces dernières années, à la vague de la nouvelle SFFF (science-fiction, fantastique, fantasy) française initié durant les années 90 et qui ne cesse de briller et se renouveler par son talent. Oui parce qu'en fait Wayne Barrow est un personnage fictif inventé par les deux auteurs du livre, Johan Heliot et Xavier Mauméjan, deux écrivains ultra-prolifiques de cette nouvelle production made in France.
L'essentiel en tout cas c'est que ce livre m'a rappelé deux autres ouvrages de grande qualité découverts ces dernières années : d'abord Roma Æterna de Robert Silverberg, uchronie racontant l'histoire romaine prolongée de presque 2000 ans sans que l'Empire ait été détruit au Vème siècle, ainsi que le Déchronologue, uchronie française de Stéphane Beauverger qui introduit des éléments contemporains dans la piraterie caraïbe du XVIIIème siècle.

Johan Heliot, l'un des auteurs du livre et également écrivain de la Trilogie de la Lune, du steampunk validé et approuvé par mon amie Tristelune de Vauliard

De fait, Bloodsilver se présente ainsi, comme le premier ouvrage cité, comme une série de sauts de puces à travers le temps, le seul fil conducteur de l'ensemble de l'œuvre étant le Convoi, cet ensemble disparate d'énormes chariots couverts de plomb qui parcourt le Nouveau-Monde vers un objectif indéterminé. Bien sûr, ils font des haltes régulières plus ou moins durable, il leur faut après tout deux siècles pour rallier la Côte Ouest depuis la région de New York, et l'intérêt de la narration repose justement sur le fait qu'on ne voit quasiment jamais ce fameux Convoi qui pourtant répand une atmosphère de peur et d'appréhension à sa seule mention.

Mais Bloodsilver réécrivant toute la colonisation anglo-saxonne du Nouveau-Monde, depuis la Nouvelle-Angleterre et la vie difficile des pèlerins jusqu'aux guerres indiennes à la Conquête de l'Ouest, il devient très vite une mosaïque d'aventures personnelles, d'armes à feu et d'aventuriers aguerris en lutte face aux Brookes. Même le chapitre introductif qui suit le prologue du Grec, qui n'évoque pourtant pas les fameux vampires (tiens, c'est la première fois que j'utilise le mot ^^) et se concentre sur la Chasse au sorcières, a le mérite de présenter à la fois les conditions de fondation de la Confrérie, l'ennemi éternel des Brookes, ainsi que le caractère de son fondateur (oui, c'est pertinent tout au long du récit ^^). Le roman se termine en 1917 par l'envoi d'un contingent de troupes américaines face à l'Allemagne de Guillaume II mais a le temps de s'arrêter sur de nombreux destins individuels.

XAvier Mauméjean, second écrivain de Bloodsilver.

Mark Twain, grand écrivain américain, devient ici le feuilletoniste de Tuxedo Moon, un gentleman et as de la gâchette totalement fabriqué par lui sur une réputation de tueur de Brookes, tandis que Billy le Kid et le gang des frères Dalton – les vrais, Bob, Grat, Bill et Emmett, et non pas Joe, Jack, William et Averell – sont eux de véritables tueurs de vampires, l'un lors d'un siège dantesque et les autres pendant le fameux double-braquage raté qui a fait leur renommé et les a presque tous éliminés. En permanence, en outre, plane sur le récit l'ombre magistrale de Wild Bill Hickok, célèbre tueurs de bandits (notamment apparu dans la série Deadwood), de son amie la célèbre Calamity Jane, ou encore de Jesse James, présenté comme le cousin des Dalton et originaire de la même ville qu'eux (Kansas City si j'me rappelle bien), d'où provient aussi le fameux Billy the kid...
Plus tard et à mesure que la présence des Brookes devient un problème national, le débat sur l'action à tenir est politisé, depuis Abraham Lincoln jusqu'à Teddy Roosevelt (vachement moins sympathique que dans La nuit au musée ^^) en passant par les guerres indiennes et la veuve Sarah Winchester, propriétaire de la compagnie dont les armes ont fait le plus de ravages au cours du siècle à travers le pays.

Billy le Kid, le vrai, un an avant sa mort en 1881.

Le récit s'attachant le plus souvent à ces personnages plus qu'à l'intrigue générale, ne traitant que leur point de vue ou leur impact sur celle-ci, le style est assez austère mais très agréable à lire, abordant en profondeur les émotions, les impressions et l'histoire des protagonistes. J'ai adoré voir Billy le Kid philosopher sur la violence ou son propre rapport à la loi et surtout suivre plusieurs chapitres durant cet ancien desperado devenu dentiste, rejeté de sa ville pour avoir soigné un Brooke (avec le détail de la puanteur que ça suppose) et qui reprend les flingues jusqu'à un baroud d'honneur teinté de sa relation ambiguë avec celui qui devrait être son prédateur.

Le portrait qui est réalisé à plusieurs reprises de Brookes est en outre à la fois cohérent et impressionnant, employant peu de termes pour en dire beaucoup sur leur capacité à effrayer, leur aura sinistre et le danger qu'ils représentent partout où ils se présentent, dans la mesure où ils incarnent à la fois la menace omniprésente, le problème de ces États-Unis fictifs et des protagonistes occasionnels dotés d'un panache certain ^^
De plus, les descriptions à la fois des villes, des décors et des paysages (je pense par exemple à l'un des premiers chapitres où un trappeur vengeur aligne quelques Brookes avec l'ancêtre du fusil à lunette ou à l'un des derniers qui oppose une famille mexicaine au mythe réanimé du chupacabra, le monstre qui boit le sang des chèvres) sont très réussies et immersives.

Et il faut reconnaître que le dénouement du livre est absolument génial, sans spoiler ^^
En bref : une uchronie très intéressante et réussie centrée sur l'histoire américaine, les vampires et leur rapport à l'argent, mais qui ranime agréablement les mythes du grand banditisme et des flingues américains, écrite par des Français talentueux de surcroît. Dans la lignée du Déchronologue et de nombreuses autres uchronies, celle-ci a parfaitement sa place chez les amateurs du genre.

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