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3.10.15

Footloose

(même les affiches sont emblématiques du changement radical d'ambiance trente ans plus tard)

Films américains d'Herbert Ross (1984) avec Kevin Bacon, Lori Singer, John Lithgow, Chris Penn, Sarah Jessica Parker et de Craig Brewer (2011) avec Kenny Wormald, Julianne Hough, Dennis Quaid, Miles Teller, Ray McKinnon.
Genre : drame, musical.
Vus en VOST.

Bomont, dans le sud des États-Unis, à notre époque. Ayant quitté le nord du pays, Ren MacCormack s'installe dans la petite bourgade avec sa mère pour y découvrir que la communauté religieuse et municipale est très austère et conservatrice. La musique, la danse et les fêtes sont interdites et sévèrement punies, avec l'approbation du pasteur, Shaw Moore.

Mais Ren est un jeune homme anticonformiste qui adore le rock, et il s'attire très vite l'hostilité des notables de Bomont, ainsi que l'intérêt d'Ariel, la fille du pasteur.


J'ai découvert ce film parce qu'il a été cité dans l'excellentissime Guardians of the Galaxy, et l'ai retrouvé dans plusieurs compilations de films de danse. En l'occurrence, je parle du 1984 et j'ai rapidement appris qu'il avait fait l'objet d'un remake, d'où ma volonté de voir les deux. Pour le coup, je suis très satisfait, parce que le film est vraiment brillant, très beau à regarder, amusant, justement composé avec une bande-son de malade et les interprètes sont vraiment talentueux. Je parle toujours de l'original de 1984.
L'autre est une pâle copie qui fait peine à voir tellement les efforts qu'elle déploie pour ressembler à son modèle sont tristes et pitoyables. J'ai dit à propos du Godzilla de 2014 que dans le cas d'un remake, un réalisateur qui n'a aucune identité personnelle était le pire qui soit, mais en fait, le pire, c'est un réalisateur qui fait tout son possible pour coller au modèle, c'est encore plus affligeant. Concrètement, c'est le même film. C'est pas le même réal, ni les mêmes acteurs, ni la même époque, mais c'est le même film. C'est un peu comme si quelqu'un avait décidé que le 1984 état un brouillon inachevé et avait décidé de finir le travail sans pouvoir effacer l'esquisse de la réalité.

La structure de cette séquence a été reprise pour raconter autre chose dans le remake, mais je trouve que ça posait bien le personnage d'Ariel, cette casse-cou qui hurle son existence par les défis à la mort (et accessoirement à son père), après ce qu'elle a traversé.

Bon, concrètement, c'est pas aussi terrible que ça en a l'air, mais au premier visionnage du 2011, j'étais mort de rire. Littéralement. Bon, je vais pas vous raconter l'histoire parce que c'est plus intéressant de la découvrir par soi-même, et qu'un commentaire comparé c'est quand même plus pertinent si on établit vraiment une comparaison.
Le point de divergence de ces deux films est avant tout la temporalité, puisqu'ils sont très semblables à la fois sur les enjeux narratifs, les thèmes abordés et tous les aspects visuels (costumes, mise en scène, décors et même accessoires). D'une part, il n'est pas exagérément surprenant de trouver une communauté religieuse extrêmement conservatrice et autoritaire en 1984, d'autant que les références musicales contribuent à la fois à la cohérence de l'univers et à l'humour du film. Quand Ren évoque Police, le groupe, à son pote Willard, celui-ci lui dit qu'il les a vus. Pas en concert non, mais juste derrière, avant que les deux se fassent arrêter pour trouble à l'ordre public avec musique à fond.
Alors qu'une communauté aussi réfractaire au loisir à notre époque, ça rappelle juste ces culs-serrés de Mormons (je rappelle pour l'anecdote qu'en Utah, l'état mormon, les machines à cafés sont interdites dans les facs publiques), d'autant plus qu'au début du remake, le pasteur Moore fustige la modernité avec, pêle-mêle, les ordinateurs, les téléphones portables, les distributeurs bancaires, responsables de la rupture du lien social...

"Vous vous souvenez du vieux banquier qui nous donnait un chewing-gum avec notre argent ? Vous avez déjà vu un distributeur nous donner un chewing-gum ?" Nan arrête mec, là tu vas trop loin x)
Au fait, le chandelier à sept branches, c'est juif. Enfin moi j'dis ça...

Du coup quand Footloose s'efforce d'imiter à la perfection Footloose, non seulement l'époque de sortie du remake décrédibilise totalement les enjeux en réduisant la ville à un îlot médiéval au milieu de la culture numérique contemporaine, mais en plus la comparaison n'est pas flatteuse.
Par exemple lors de la super séquence de l'entrepôt, le film de 1984 filme dans la pénombre, avec de savants jeux de lumière et de contre-jour, un interprète puissant, agile et qui n'hésite jamais (en même temps dans l'original le côté gymnaste de Ren est bien plus mis en avant, remplacé par le foot américain dans le remake, et Kevin Bacon semble s'être mieux préparé physiquement au rôle), et surtout avec juste de la musique, y compris par-dessus les flashbacks initiaux rappelant tout ce qui fait chier le jeune homme dans cette ville de merde. En 2011 , on a droit à une séquence très claire et lumineuse, un Ren MacCormack qui danse et bondit moins bien, moins vite, et surtout que l'on entend parfaitement invectiver ses ennemis absents (donc parler tout seul) alors qu'il est frappé par l'esprit de l'escalier, et plus tard gémir et souffler durant l'effort et parfois se casser la figure. C'est des détails, mais qui font que la nouvelle séquence ne vaut pas l'ancienne.
A peine plus tard, une autre est copiée à la réplique près et également concernant la position des personnages, dans l'escalier de la maison des Moore, ce qui était parfaitement dispensable. De toute façon, dès le début du film, le générique avec plans sur des paires de pieds qui dansent (Footloose signifie littéralement « pied agile ») est une copie conforme de l'original et annonce la couleur.
Et c'est comme ça dans toutes les séquences vraiment importantes, celles qui marquent une rupture ou un pivot narratif, c'est assez navrant.

Faut avouer qu'en plus d'être jolie et talentueuse, elle a la tête du rôle. Pas sa remplaçante.

En fait, le principal défaut que l'on pourrait adresser au remake, puisqu'il s'efforce de copier presque intégralement l'original, c'est surtout d'être, justement, un remake. Le film d'Herbert Ross est très équilibré, très intéressant jusque dans l'écriture de ses personnages. Le pasteur Moore n'apparaît pas tant comme un dangereux prêcheur radical que comme un père de famille troublé par la mort de son fils et tellement écrasé par la culpabilité qu'il est devenu obsédé par les âmes de ses ouailles. Plus d'une fois, il reproche à certains de ses administrés leur comportement ou se défend de « faiblesse morale » à leur égard – soulignant qu'il n'était pas nécessaire de renvoyer le prof d'anglais contre lequel il ne s'est pas prononcé – au point même qu'à la fin, c'est pour arrêter l'autodafé des pires tarés de Bomont qu'il fait volte-face en mode « woh woh woh les mecs, Satan n'est pas dans les livres, Satan est dans vos têtes, alors rentrez faire le ménage, et toi petit, va ranger ça steuplé. Allez, à la maison, dégagez ! »
Le fait même qu'il ne soit pas radical, tout au long du film, le rend plus intéressant que la version 2011 qui ne varie jamais dans ses opinions. Et je suis désolé mais demander à Dennis Quaid de l'incarner c'est pas possible. Ce type est le père de famille de l'Amérique (véridique, dans tous les films où je l'ai vu jouer, c'est un père de famille avec toujours un contexte différent ^^), il ne donne jamais dans le cas de conscience et là il est supposé se faire passer pour un vieux coincé rétrograde, non merci.

 Au début du film "Je suis responsable de vos âmes ! Je refuse de me justifier devant Dieu parce que j'ai pas fait mon boulot ! #Onlâcherien" 
A la fin "mais cramer des livres, ça va pas bien la tête ?!? Rentre-chez vous bandes de putains de radicalistes, allez méditer sur vos conneries, tas d'cinglés, dégagez !" L'un des personnages les plus intéressants du film. Celui de 84, j'veux dire.

 Après, je veux pas faire de délit de faciès... mais franchement, le casting du Footloose de 2011 colle pas. Dans le 1984, l'interprète d'Ariel n'est pas sans rappeler les deux filles qui jouaient Jennifer dans la trilogie Retour vers le futur, et on a clairement affaire à une jeune fille de bonne famille qui veut s'encanailler en réaction à son père et à la mort de son frère – c'est même une casse-cou qui cherche les sensations fortes presque dès sa première apparition et qui recommence dans la fameuse scène du train, mais qui ne cesse jamais d'être une fille bien.
Dans le 2011, à cause à la fois de la tronche de l'actrice, de ses fringues et de l'écriture du personnage, Ariel est devenu une pétasse qui essaie de se faire passer pour une fille bien déboussolée, avant de le devenir effectivement. Au début, elle passe son temps à provoquer – son beauf de copain, qui gagne en importance dans sa rivalité avec Ren, son propre père, Ren lui-même – y compris en se pointant au lycée dans un short en jean ridiculement court alors qu'elle devrait réserver ses tenues osées aux escapades clandestines, et c'est seulement quand elle se fait jeter comme une malpropre par Ren qui est un garçon sans histoire qu'elle commence à se dire qu'il faut arrêter les conneries.
Pareil pour sa meilleure amie, Rusty, jouée par Sarah Jessica Parker à l'époque où celle-ci était jeune et belle, petite ado innocente et insouciante qui d'emblée traite son copain, Willard, comme un gros chien affectueux (ce qui la rend très drôle), adore danser et regrette de ne pouvoir le faire avec lui, et devient en 2011 une latino-américaine lisse et fade. Pire encore, ce personnage est totalement pacifiste, elle n'a absolument rien à se reprocher, la violence, c'est pas son truc... ce qui n'empêche pas que la fin du remake la plonge dans une bagarre aussi violente qu'inutile sur le plan narratif. Bon, et puis je passe sur Willard, le rôle du meilleur ami du héros, parce que je vais devenir grossier. Là où ils auraient pu effectuer un copier-coller sans que ça choque personne, ils ont voulu faire de l'humour en le réécrivant ça et là, et le résultat est aberrant.

"Willard, Willard, j'veux danser, viens on va danser ! - Nan, lâche-moi, j'veux une bière ! - Maiiiiis >_<" (Sarah Jessica Parker est adorable dans ce film ♥)

Après, le film de Craig Brewer est pas spécialement mauvais, il apporte même des innovations bienvenues par rapport à l'original. Par exemple, sa première bonne idée est de filmer le fameux drame à l'origine de la politique rigoriste de Bomont, et si en termes de mise en scène ça n'apporte rien, ça a le mérite de souligner le paradoxe du remake : à notre époque d'hyper-sexualisation, il commence par une fête bien arrosée où, entre autres, une nana roule du cul juste en se servant une bière. La responsabilité de l'accident originel n'est plus placée sur le hasard, l'alcool ou la musique, mais sur les accidentés eux-mêmes, ce qui dédouane Ariel Moore et place son père dans un rôle de juge implacable que n'avait pas la version de John Lithgow.

Une autre réécriture majeure est celle de Ren McCormak lui-même. Celui de Kevin Bacon, absolument magnifique, est un personnage plutôt zen et positif, qui ne danse et n'écoute du rock que pour extérioriser, évacuer son trop-plein d'énergie. Si tous les deux ont vu leur père abandonner la famille, l'événement n'a pas été encaissé de la même manière par le jeune homme qui, en 2011, a également enterré sa mère, morte d'une leucémie, ce qui enrichit le personnage de son oncle, qui passe de complice soumis aux lois conservatrices à père de substitution et allié occasionnel face à des règles qu'il sait être aberrantes.
Mais surtout, là où Kevin Bacon fait le show-man modeste et nonchalant, avec le nouvel interprète, il devient un ado plein de colère et de rancœur, qui se prend très au sérieux à tout instant.

Alors qu'en comparaison, le Ren de Kevin Bacon prend toujours un peu de recul sur lui-même, sur les événements, et est bourré d'humour. Au fait, le type qui joue Willard, c'est le frère de Sean Penn, et j'le trouve génial dans son rôle :)


Ouais, la version 1984 est mieux.

Les aspects les plus tristes du remake, en fait, sont liés à l'esthétique et la mise en scène. Ces derniers sont souvent repris au mot près, et ça fait peine à voir. Les costumes se ressemblent furieusement, et là encore, ça marche pas. Avec une cravate, les cheveux en pétard et un cuir, Kevin Bacon ressemble à David Bowie et le film le dit clairement. Alors que... Kenny... enfin l'autre mec là, avec une cravate, un cuir et les cheveux coiffés au gel, il ressemble à un Jensen Ackles du pauvre qui essaie de se faire passer pour Kevin Bacon-Bowie. Même le smoking à la fin est le même, alors que c'était tout sauf nécessaire.
Bien sûr, le remake est très drôle, les deux versions le sont, mais on sent que l'écriture est vachement orientée. La séquence de danse du restaurant, première du 1984, deuxième du 2011, est présentée d'une part comme une scène de liesse publique, de jeunes qui prennent du plaisir à être ensemble et danser, et d'autre part comme un concours de danse et de lubricité où Ren (qui était ailleurs dans le film original) est carrément ici pour faire le show et s'attirer la haine de Chuck-le-beauf en dansant avec sa pétasse de copine Ariel.


Kevin Bacon Bowie / Pas David Bowie. Si copier-coller est à la fois inutile et raté, pourquoi le faire ?

Histoire de coller à l'opposition quasiment cliché entre le Nord et le Sud dans le 2011 (les origines de Ren ayant été déplacées de Chicago, la ville multiculturelle, à Boston, en Nouvelle-Angleterre, le cœur de la culture WASP urbaine), on assiste plus tard à une course de stock-car introduisant à la fois Chuck et la piste de son père où a lieu le duel entre les deux rivaux autour d'Ariel, qui prend la forme d'une course de bus violente et explosive. Je conçois sans problème qu'une modification ait été jugée nécessaire parce qu'à l'origine on avait droit à un combat de tracteurs (ce qui fait très grouillot de la campagne et n'impressionne plus personne de nos jours) mais la séquence, aussi épique que belle à voir, avec en fond la chanson Holding out for a hero de Bonnie Tyler (entendue notamment dans Shrek 2, avec deux reprises différentes) était quand même vachement plus immersive et captivante pour le spectateur.

La musique, la mise en scène... l'une des meilleures séquences d'un film génial de bout en bout ♥

Côté bande-son, seules deux chansons sont d'ailleurs reprises d'un film à l'autre (dont une exactement dans la même séquence, celle où Willard apprend à danser, que je trouve chouette et dont je suis content qu'ils l'aient gardée), l'une d'elles étant bien sûr l'incontournable Footloose de Kenny Loggins qui donne son nom au film et est jouée au moins deux fois par film.
Dans des œuvres pareilles, il va de soit que la musique est à la fois primordiale et très souvent intradiégétique, c'est-à-dire qu'elle est interne à la narration : ce n'est pas vraiment de l'illustration sonore, et les personnages ont le contrôle dessus, puisque ce sont eux qui mettent la musique. C'est déjà le cas en 1984 avec le combat de tracteurs lors duquel Chuck met la fameuse Bonnie Tyler (comme quoi pour un cul-terreux il a pas que des goûts de chiotte) et c'est repris en 2011, notamment dans la scène du restaurant où un disque de David Banner est utilisé ou quand Ren répare sa bagnole, démonte son iPod et le branche sur la caisse pour avoir une chaîne-hifi sur roues. Outre que la bagnole est exactement la même, modèle, couleur et tout (encore une fois, c'était dispensable), juste après, on assiste à l'Oscar de la pire reprise de l'univers. Le tube rock des années 80 de Bonnie Tyler devient une chanson d'amour lente et mielleuse (eurk) sur une séquence durant laquelle Ren s'installe chez son oncle et Ariel... perd sa virginité. De manière pratiquement contrainte, parce que poussée par son mec, en plus. Outre le sexisme latent, paie ton placement de chanson foiré.
Bon après, la version 2011 transforme totalement la séquence où Ren emmènent ses potes voir le monde réel dans l'état voisin, ce qui donne lieu à de la country où la musique comme la chorégraphie sont pas dégueulasses, et ça fait plaisir. Même si, de manière générale, le 1984 est supérieur niveau musique et danse.

UNE SÉQUENCE avec les bottes rouges. Une seule dans tout le film alors que dans l'original, le style rural et les bottes rouges vif sont sa marque de fabrique. Ils ont changé une cow-girl en allumeuse. Bien joué.

En bref : on a affaire ici à un film excellent sur tous les plans, depuis l'écriture et la mise en scène jusqu'à l'interprétation. Et malheureusement, il a été décidé un jour, stupidement, qu'il avait fait son temps. Le Footloose de 2011 souffre immanquablement du fait qu'il est le remake d'un film qui n'avait pas besoin d'une mise à jour. Si c'était un jeu vidéo, on parlerait juste d'une refonte graphique, sans aucune amélioration substantielle. Craig Brewer s'efforce de suivre le modèle à chaque fois que c'est possible et ne s'éloigne pas assez de l'original pour que ce soit pertinent. Les deux films sont bien, mais ne voyez pas surtout pas les deux, sinon l'inutilité du second vous apparaîtra dans toute son évidence.

 Non. Moi je dis NON. A un moment copier-coller devient insultant pour les deux films. Va t'acheter une âme, Craig Brewer !

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