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25.10.15

Mythes historiques et téléologie, l'ignorance dans le traitement de l'Histoire

OK Internet, alors aujourd'hui je vais remettre des pendules à l'heure, des points sur les i, des barres sur les thés, des trucs sur d'autres trucs et faire un article qui ressemble à ce que pourrait donner une idée que j'ai eue il y a plusieurs mois, qui devrait être appliquée dans un moment et sera à la frontière entre mes articles sur le cinéma et l'histoire.
Je vais m'étendre un peu sur les mythes historiques, certains des nombreux détails et mécanismes que le grand public croit être ou avoir été totalement avérés au cours du temps, alors que c'est pas le cas, ou pas tout à fait. Et au passage, je vais également revenir sur l'un des fléaux les plus détestables que j'ai à combattre à chaque fois que je parle d'Histoire, sur Internet ou ailleurs, à chaque fois que j'entends parler d'Histoire par des gens qui n'y connaissent rien ou prétendre s'y connaître par leurs seules lectures, souvent superficielles et erronées. Je vais aborder la téléologie.
Oui c'est un vrai mot et y'a une vraie réalité derrière.


Il faut savoir, avant toute chose, que dans beaucoup de pays où l'on fait l'Histoire, il a été difficile de l'étudier tranquillement pendant très longtemps pour quelques raisons simples. Tout d'abord, parce que le pouvoir, ceux qui le détiennent et ceux qui l'incarnent (et qui ne sont pas toujours les mêmes, pensez à Louis XIII et au cardinal de Richelieu), n'aiment pas beaucoup qu'on déterre le passé. La plupart du temps, déterrer le passé revient à critiquer le présent, à valoriser un âge d'or révolu et à regretter la décadence du temps. Le fameux « c'était mieux avant » est très, très ancien.
Ensuite, dans certains cas et notamment ceux que je vais aborder, un autre problème majeur est celui de la dichotomie entre religion et instruction.

"Hein ? De quoi ? Le roi ? Non mais c'est bon, j'le gère le roi, c'est un copain."
Lol en fait je dis ça mais Louis XIII était un roi vraiment puissant et maître de ses pouvoirs. Cela dit il est vrai que les deux hommes s'appréciaient, avaient la même vision du pouvoir et de la France, et pour diriger correctement, c'est sûr que ça aide.

Dans l'empire romain, les gens étaient relativement instruits. « relativement. » Évidemment, les couches les plus basses de la société, les esclaves et les prolétaires, ne l'étaient généralement pas, mais le fonctionnement des institutions impériales – à commencer par la Légion, qui n'admet qu'une seule langue de fonctionnement, le latin – était un élément unificateur, de même que la très grande activité civico-politique de l'époque. La politisation des populations était assez forte, puisque le droit romain, celui du seul État existant, se diffusait partout en dépit des droits locaux (principalement le grec dans la moitié orientale). Il ne faut pas voir l'Empire comme un ensemble continu avec une région centrale de droit romain et des marges plus « sauvages », mais comme une toile discontinue, pointillée un peu partout de colonies et de cités de droit latin et romain qui sont autant d'îlots du pouvoir en place et donc de facteurs de romanisation.
Si vous habitiez en Syrie, en Égypte ou en Germanie, mais dans une cité romaine, vous étiez citoyen romain et donc acteur politique, à votre échelle.

Le problème c'est que, d'une part, le pouvoir politique, les classes sénatoriale et équestre et plus tard l'entourage du Prince ont la mainmise sur l'Histoire, qui est celle des ancêtres et des grandes familles plus que celle de l'Empire. D'autre part, la religion romaine, à partir de la mort de César (-44) et surtout d'Auguste (14) admet la divinisation des princes défunts, qui sont un cran en-dessous des dieux dans le panthéon. Du coup, il devient difficile de parler du passé de manière neutre et objective et l'Histoire se fait à travers le filtre du culte impérial rendu à la personne du Prince.

Au Moyen-Âge, la tension est encore plus grande entre des populations qui dans leur majorité sont quasi-analphabètes (les gens savaient quand même un minimum lire et compter, c'est obligatoire dans la vie de tous les jours, ne serait-ce que pour travailler) et une dualité instruction/histoire qui sont sous le contrôle de la religion catholique. Là encore, il existe une Histoire laïque, mais comment parler des rois précédents quand on les connaît mal et qu'on frôle le risque de critiquer celui en titre ?
A l'époque moderne, la sacralité de plus en plus grande de la personne royale empire cet état de choses : on parle davantage des sociétés passées, surtout à partir de la Renaissance qui ouvre la période, que des dirigeants du passé. Sous la monarchie absolue de droit divin en France, il n'est même pas certain que s'intéresser à tout autre roi que celui qui règne ne soit pas du sport extrême, précisément parce que le roi est pensé comme unique et incontournable.

Louis XIV en costume de sacre par Hyacinthe Rigaud, 1701. Son portrait le plus célèbre. Enfin faut ajouter qu'à ce moment il avoisine les 58 ans. Portrait que j'aime à surnommer "Louis XIV en mode l'État c'est moi et je suis le seul roi qui ait jamais existé et qui vaille la peine qu'on en parle YOLO".

Bref, tout ça pour dire que l'Histoire totalement libre et décomplexée n'a commencé à se faire qu'à la Révolution et au XIXème siècle, au moment où la monarchie française totalement effondrée a perdu toute sacralité, au moment où les consciences et les intellectuels sont plus libres que jamais, et où la république commence à construire une Histoire orientée tour à tour vers l'instruction publique ou le nationalisme.
Or à l'époque, on avait déjà oublié une bonne partie de l'objet d'étude, on avait déjà écrit un paquet de textes assez inquiétants en termes de fiabilité sur le même objet d'étude, et on manquait de recul et de culture pour faire la différence entre les sources sérieuses et les autres. N'en déplaise à ce bon vieux Jules Michelet, son travail est pas toujours d'une grande pertinence.
Et justement, c'est du XIXème siècle que viennent la plupart des mythes historiques qui nous sont parvenus à l'heure actuelle.

La peur de l'An Mil.
Allez savoir pourquoi, c'était une des lubies du XIXème, ces gens étaient persuadés que durant le Moyen-Âge, cet « âge partiellement plongé dans une sorte d'obscurantisme, où ni loi ni ordre social ne prévalent » (toi aussi, crache sur le Moyen-Âge avec Merlin l'Enchanteur de Disney depuis 1968 !!), les populations vivaient dans l'obscurité, l'ignorance et l'angoisse. L'An Mil, c'est la fin d'un cycle, presque la fin du monde, ça fout grave les miquettes !!
Nan mais en vrai les gens ne connaissaient pas bien l'année en cours, ils devaient être plus ou moins en décalage de quelques années, et encore, là on parle de ceux qui savent compter. Je l'ai dit dans mon article Le temps à travers l'histoire, mais la temporalité à long terme, c'est pas le domaine où l'Humanité a brillé le plus constamment. Alors l'année 1000, ou même la 999, pas sûr que les gens l'aient vue arriver quand elle s'est pointée.

Le droit de cuissage.
Bah ouais, encore une bonne blague des historiens pas très regardants de la science au XIXème siècle. Et puis au passage si ça permet de souligner les travers de l'Ancien Régime, cette aberration qui viole vos femmes et vos enfants, c'est que du bonus. Plus sérieusement, je sais pas d'où vient l'invention du droit de cuissage mais dans un pays, la France médiévale, qui tire son système juridique d'un héritage de droit franc et de droit romain, on est très attaché à la loi et il a jamais été dit nulle part que le seigneur avait le droit de profiter de la femme de son vassal la nuit de leurs noces. On est civilisés ici, on est pas à Westeros.
Après, personne ne dit que c'est jamais arrivé dans les faits, mais ces cas improbables et ponctuels sont sûrement inhérents à la nature humaine et en aucun le fruit du viol institutionnalisé.

Par contre à priori rien en droit n'interdisait de coucher avec une femme dans le lit de noces de son frère le soir du mariage de celui-ci.

La loi salique.
Là ça devient un peu compliqué, il faut savoir de quoi on parle. La loi salique, au sens propre et originel du terme, c'est la loi des Francs Saliens, au tout début du Moyen-Âge. Pour te donner une idée, ils appartiennent à la vaste fédération des Francs, avec d'autres peuples, et s'opposent notamment aux Francs rhénans : les saliens ont passé le Rhin autour de 410 et après pour s'installer en Gaule tandis que les autres sont restés en Germanie, mais ça j'en ai parlé dans mon article sur Les migrations germaniques au Vème siècle. Et du coup, ces Francs Saliens ont récupéré une partie du droit romain, l'ont amalgamé avec leur droit franc, et ça a donné un ensemble de lois auquel ils ont donné leur nom.

Beaucoup, beaucoup plus tard, vers la fin du Moyen-Âge, la loi salique a été en petite partie récupérée par le royaume de France au début du XIVème siècle. A ce moment-là, le pouvoir est très fragile puisque trois rois, des frères, sont morts coup sur coup et leur unique sœur, Isabelle, a épousé le roi Edward II d'Angleterre.
Du coup, on décide d'instaurer une loi qui dit qu'à défaut d'héritier masculin direct au trône – si par exemple le roi, ses fils, ses frères et les fils de ses frères sont morts – on ira taper du côté des cousins. Au risque d'énerver toutes les féminazies qui risqueraient de saisir cet événement pour crier au sexisme et au rejet des femmes, sur le moment, il s'agissait moins d'interdire le trône de France à Isabelle que de le rendre inaccessible à son fils, le futur Edward III, et donc éviter de donner à l'Angleterre le contrôle d'une grande puissance continentale. Évidemment, Edward répliqua, revendiqua le trône, et le résultat, c'est plus d'un siècle de conflit larvé ou ouvert connu sous le nom de Guerre de Cent-Ans.

En héraldique, il est assez courant de voir un personnage historique afficher sur ses armes les possessions territoriales qu'il contrôle - l'exemple extrême de ceci étant Charles Quint. En l'occurrence, sur les présentes armes d'Edward III, on voit à la fois le blason anglais aux trois lions léopardés (lions avec la tête de face) et le blason français fleurdelisé, évidemment parce que le roi d'Angleterre se revendiquait aussi, par sa mère et n'en déplaise à la loi salique, roi de France.

Le sentiment national et le nationalisme.
Là encore, c'est un poil subtil. On fait un bon dans le temps pour arriver au XVIIIème siècle. Les Treize Colonies américaines ressentent de plus en plus fortement un sentiment d'unité qui contrebalance leur hétérogénéité naturelle, celles du nord étant plus urbanisées et mercantilistes (grand commerce et échanges avec l'Angleterre) et celles du sud plus rurales et fondées sur une économie de plantation (coton, café, sucre...). Ce sentiment mènera d'ailleurs à un rejet en bloc de l'autorité oppressante de Londres qui s'exprime essentiellement par les impôts et l'absence de représentants américains au Parlement, lequel rejet conduira à la Déclaration d'Indépendance (1776) et à la guerre d'indépendance (1776-1783) au terme de laquelle naissent les États-Unis d'Amérique.

Mais la différence entre sentiment national et nationalisme s'exprime et s'identifie bien plus facilement au siècle suivant, comme j'en ai parlé dans ma série d'articles sur le XIXème siècle de 1815 à 1914 et surtout concernant les unifications italienne et allemande.
Le sentiment national est constitué par l'unité de langue, de culture et d'intérêts économiques, sociaux ou politiques d'une population donnée par rapport à l'État dans lequel se trouvent ces populations qu'il s'agisse du leur ou non. Exemple : les Hongrois ont ressenti un très fort sentiment national pendant très longtemps, mais appartenant à l'empire d'Autriche-Hongrie, n'ont pu concrétiser celui-ci qu'en... 1918. Autre exemple : en France, à l'heure actuelle, on voit régulièrement des connards essayer de réactiver le sentiment national en le fondant sur des caractères prétendument français – la religion, l'ethnie, l'origine géographique – et franchement non seulement on s'en passerait bien mais en plus ça marche pas du tout. En tout cas pas comme il faudrait.

Petit rappel sur le Zollverein, l'une des expressions du nationalisme allemand au XIXème siècle. Le Zollverein c'est les états allemands qui décident que même s'ils ne sont pas unifiés et qu'il semble pas possible de l'être, ils vont quand même pratiquer une politique de commerce "national" en réduisant ou supprimant les taxes douanières dans l'espace allemand.

Le nationalisme, au contraire, c'est la mise en application du sentiment national. Le sentiment national ne reste lui-même que jusqu'à ce qu'il soit exprimé par les actes. Les Polonais ont passé tout le XIXème siècle à ressentir un sentiment national qui n'a jamais pu être concrétisé et la Pologne n'est renée de ses cendres qu'en 1918 avec le recul géographique des empires Allemand et Russe.
Par contre, le nationalisme se traduit par une politique qui vise à unir une population donnée autour d'une langue, d'une culture ou d'intérêts économiques, sociaux ou politiques, que cette politique naisse de la population en question ou de l'État auquel elle appartient. Le Zollverein, l'union douanière allemande née au milieu du XIXème, c'est du nationalisme allemand en dépit de l'absence d'État allemand unifié à ce moment-là. La volonté des intellectuels de Francfort, lors du Printemps des Peuples de reconstruire un Empire Allemand libéral, c'est un nationalisme sur lequel l'empereur envisagé, Frédéric-Guillaume IV, a craché sans vergogne. La politique d'Otto von Bismarck de rouler sur les Autrichiens pour donner à la Prusse le premier rang dans l'espace allemand et, à terme, la couronne impériale au roi de Prusse, c'est encore du nationalisme.

Mais le nationalisme peut aussi s'exprimer dans un pays déjà constitué : les Américains qui se prennent pour les rois du monde et envoient avec la plus totale désinvolture leurs flottes de guerre patrouiller sur la planète, c'est du ressort d'un sentiment national, celui d'un peuple qui se croit destiné à gérer la paix mondiale au nom de principes libéraux-capitalistes. Ou encore Israël qui essaie de virer tous les Palestiniens de son territoire en les tuant au compte-gouttes pour renforcer le sentiment national et construire un état aussi pur – juif, impérialiste et intransigeant – que possible.
De manière générale, il arrive assez souvent en Histoire qu'un mécanisme de pensée abstrait et sa mise en application concrète soient désignés par deux mots proches (c'est logique) que beaucoup de gens confondent souvent (c'est dommage).

La notion d'empire et l'empire romain.
Là encore, on revient sur une méprise que la grande majorité des gens font, en particulier s'ils sont issus de la culture occidentale et plus encore s'ils viennent d'une région ou un espace qui a autrefois appartenu à l'Empire Romain.
Parce qu'il a été le premier empire mondial majeur – et encore, on pourrait revenir là-dessus parce qu'il n'était mondial que dans la partie du monde qu'il connaissait, la Chine par exemple ayant déjà connu à l'époque des États constitués et des luttes de pouvoir – on a souvent tendance à penser non seulement qu'il a inventé la notion d'empire, mais plus encore qu'il en était un.

Alors déjà, il faut savoir que les historiens, les politologues, les savants, enfin bref tous ceux qui font l'Histoire la font à leur époque, avec leurs mots et avec les concepts qu'ils connaissent et maîtrisent. D'où la supériorité indéniable de notre époque dans ce domaine : on connaît et maîtrise non seulement les concepts contemporains, mais également ceux des époques passées qu'on étudie. Bref, tout ça pour dire que ceux qui ont, les premiers – inutile de me demander, je sais pas qui c'est, probablement des médiévaux – ont parlé d'Empire Romain pour désigner cette puissance continentale et maritime antique ont utilisé le mot empire parce qu'il correspondait à une réalité qu'ils connaissaient et qui à leurs yeux était aussi celle de cette puissance.
On place sur un pied d'égalité les empires romain, chinois, macédonien, mongol ou encore américain parce qu'on y voit les mêmes réalités, les mêmes mécanismes, mais le mot est très spécifique et il ne correspond justement pas à toutes ces réalités. Les Américains, par exemple, n'ont pas d'empire. Ils ont une fédération de républiques qui exerce une politique impérialiste.

On dit souvent que l'empire mongol est le plus grand empire que la Terre ait connu et je déteste ce concours de celui qui a la plus grosse, parce qu'il est aberrant : c'est Rome qui a la plus grosse. Certes, le Khan contrôlait un territoire plus vaste, mais beaucoup plus vide. Et accessoirement, à sa mort, personne pour reprendre le flambeau.
L'avantage de la république romaine sur les empires à succession héréditaire, c'est que ses institutions ont survécu aux hommes et aux familles qui étaient à son service, et pas l'inverse. Alors qu'Alexandre, Charlemagne, Genghis et Napoléon ont tous, par leur mort ou leur déclin, sonné le glas de leur empire.

En effet, l'Empire Romain peut être qualifié d'empire, mais uniquement au sens géographique du terme. Il recouvrait un territoire très vaste dans lequel s'amoncelaient de nombreuses populations, cultures, cités, modes de vie, qui pour certains n'avaient rien à voir entre eux.
Mais au sens politique, il n'avait pratiquement rien d'impérial jusqu'à la toute fin de son histoire. C'était une république, puis une forme particulière de république appelée le Principat, aussi longtemps que le Sénat Romain a gardé ses pouvoirs. Autrement dit il faut attendre Dioclétien à la fin du IIIème siècle et sa Tétrarchie – un Auguste et un César à Rome, un Auguste et un César à Constantinople, soit deux chefs politiques et militaires et leur bras droit et héritier respectif, pour contrecarrer les usurpations et renversements successifs qui n'ont pas cessé de frapper depuis 238 – pour voir le Sénat vraiment perdre ses prérogatives et ses pouvoirs supérieurs.

Alors on parle effectivement dans les textes d'imperium romanum pour parler du territoire de la république, mais ça ne va pas plus loin et l'Empire Romain dans ses institutions n'a rien à voir avec le pouvoir personnel et incontesté d'un Charlemagne, d'un Genghis Khan ou encore d'un Napoléon Ier, bien que deux d'entre eux aient revendiqué l'héritage romain. D'un côté le Sénat validait de nombreuses décisions politiques et sociales et demeurait le gardien d'une part d'un pouvoir non-tyrannique et d'autre part d'une oligarchie de grandes familles qui fournissaient l'empire en administrateurs, en généraux et plus rarement en princes, de l'autre côté les empereurs ordonnaient, gouvernaient, envoyaient leurs émissaires, faisaient la loi, la guerre et la paix et n'avaient pour les entourer qu'un conseil ou une cour de nobles.
Totalement rien à voir.

Ah ouais, au fait : l'empire romain était principalement opposé, durant une bonne partie de son histoire, à l'empire parthe, qui était lui-même l'héritier de l'empire perse achéménide, lequel était l'ennemi vaincu et le constituant de l'empire macédonien d'Alexandre le Grand, qui unifia par la force les cités grecques à son propre royaume. Avant lui, seule Athènes était parvenue à constituer – très brièvement – un empire maritime fondé sur les cités alliées – en réalité soumises à la flotte athénienne et à la contribution financière exigée par Athènes. Donc NON, Rome n'a pas inventé le concept d'empire, et elle n'était pas la première à étendre son pouvoir au-delà des terres et des mers.
Et encore, j'ai pas parlé des empires assyrien et babylonien…

La France, pays de tradition judéo-chrétienne.
Le truc le plus détestable qu'on puisse entendre actuellement chez cette pourriture de Marine Le Pen et chez cette connasse de Nadine Morano qui fait la même chose que Le Pen, mais pour son propre compte – ça marche pas. Et accessoirement, un truc particulièrement crétin et erroné.
Alors d'abord, si on veut parler correctement, la France n'a pas de racines judéo-chrétiennes. Ses racines, elles sont gallo-romaines. La Gaule était tout sauf un état unifié : une multiplicité de tribus occupant des territoires modestes et liés entre eux par des alliances locales ou des rivalités persistantes. Comme bien souvent dans ce genre de cas – c'est pareil pour l'Algérie entre 1830 et 1962 – l'unification est venue par l'occupation, en l'occurrence de Rome, qui a ensuite romanisé la province pendant des siècles – c'était facile, y'avait pas de modèle dominant préexistant ni de cités comme c'était le cas dans les royaumes grecs issus de l'empire d'Alexandre (Macédoine, Séleucide, Égypte Lagide, Pont...).
Au Moyen-Âge, la Gaule est divisée entre les royaumes de Burgondie, de Neustrie, d'Austrasie et d'Aquitaine, puis unifiée dans l'empire carolingien, divisée entre la Francie occidentale et la Lotharingie, et devient plus tard la France. Du coup si on doit parler de tradition chrétienne, on est déjà dans les branchages.

Ouais, alors déjà que les Romains n'ont pas réussi à faire un pays là où n'y en avait pas... parler de tradition nationale à propos de la France c'est complètement crétin quand on sait qu'elle a passé l'essentiel de son histoire sous la forme de royaumes éclatés et d'entités princières qui n'avaient de nationale que leur soumission à un seigneur (ou un roi) qui pouvait changer d'une guerre à l'autre.

En plus, l'hypocrisie internationale des crétins congénitaux. « Judéo-chrétienne. » La France, comme je l'ai fort justement lu récemment dans un article que j'ai malheureusement pas mis en marque-tapage, n'est pas un pays de tradition judéo-chrétienne, c'est un pays de tradition catholique romaine. Les vaudois, les cathares et les protestants sont bien placés pour savoir que les courants chrétiens non-catholiques ne sont pas tolérés et ont été écrasés avec la plus grande violence dès que la monarchie en a eu l'occasion. Quant aux Juifs, éparpillés dès l'Antiquité par les destructions successives du temple de Jérusalem (et notamment celle du règne de Vespasien, autour de 69-71), ils étaient marginalisés dès le Moyen-Âge et rejetés de beaucoup de métiers, mais en revanche seuls autorisés – par leur religion qui contrairement au christianisme catholique ne condamne pas l'usure, c'est-à-dire le prêt d'argent avec intérêts – à exercer certains métiers financiers – ce n'est pas sans raison qu'ils sont les ancêtres des premiers banquiers, qu'ils ont toujours été riches, et qu'on le leur a toujours reproché à tort.
Donc non, le royaume de France ne s'intéresse pas aux Juifs, il leur chie sur la gueule à la première occasion. On est un pays de tradition catholique romaine, c'est évident, au point même que malgré la laïcité revendiquée par la république, surtout depuis la loi de séparation de l'Église et de l'État en 1905, celui-ci est resté proche du Pape et de l'autorité morale conférée par la vieille institution – y'a qu'à voir le traitement réservé aux minorités religieuses, guère représentées et défendues, voire écrasées pour l'Islam.

Cela étant, on est depuis la colonisation et la décolonisation un pays de culture mixte, une terre d'accueil principalement pour les peuples de nos anciennes colonies, mais aussi pour des étrangers attirés par les études supérieures, le commerce, les libertés individuelles et la relative sécurité en France, et sincèrement, si on est pas capables d'accueillir tous ces étrangers avec leurs particularités, on est pas dignes de les recevoir.


Après, les mythes historiques et les erreurs de compréhension, c'est pas encore trop grave. Certes, c'est un peu chiant, mais c'est relativement ponctuel et une fois qu'on sait d'où vient l'erreur ou l'incompréhension et qu'on a assimilé la version correcte des faits, ça va mieux. Un autre problème beaucoup plus chiant et permanent est celui de la téléologie.

La téléologie, un truc qui a bien fait rire certains de mes amis il y a pas très longtemps en JDR, c'est un vrai mot avec un vrai concept derrière. Concrètement, ça consiste à appliquer les mécanismes ou les schémas de réflexion d'une époque temporelle à une époque temporelle antérieure. Alors en fonction de l'importance de l'erreur dans la réflexion, la téléologie va du raisonnement à rebours au niveau zéro de la réflexion intellectuelle. La téléologie est un des trucs que je déteste le plus en termes de traitement de l'Histoire, et pourtant on la voit TRÈS SOUVENT.
Un exemple. Pourquoi Trajan a pris le commandement des légions romaines de Germanie à la fin du Ier siècle de notre ère ? Pour pouvoir devenir empereur en 98. C'est totalement faux. La dernière chose à faire en Histoire est de considérer qu'un personnage a fait quelque chose en prévision de quelque chose qu'il a fait plus tard. On ne considère JAMAIS un événement par rapport à ce qui est arrivé plus tard, pour une raison simple : rien n'est écrit à l'avance, personne n'a jamais rien prévu de longue date, la planification n'existe pas, les circonstances ne sont jamais exactement celles qu'on espérait qu'elles soient, le temps va dans un seul sens et c'est dans ce sens-là qu'on étudie l'Histoire.

"Il faut à tout prix garder la Guyenne même si ça fait de moi un vassal du roi de France, parce que comme ça quand il mourra, ce sera moi le roi de France !"
Ce qu'Edward d'Angleterre ne s'est jamais dit et ce que les historiens ne lui feront jamais dire parce que c'est un raisonnement impossible.

Alors bien sûr, on pourrait dire qu'Hitler a concrétisé la Solution Finale en 1942 parce qu'il détestait les Juifs et qu'il avait prévu leur élimination dès sa détention dans les années 20 avec Mein Kampf. Mais il est faux qu'il a écrit Mein Kampf pour éliminer les Juifs à partir de 1942. Et si la guerre avait été plus difficile et qu'il n'avait pas pu le faire, ou qu'il n'aurait pu le faire que plus tard ? Et si les cadres du Parti Nazi ou de la Wehrmacht s'y était opposés ?
On considère les événements dans l'ordre où ils sont survenus et on les place dans le contexte qui y a mené, et surtout pas dans le contexte qui en a découlé, c'est d'une évidence enfantine.

Un exemple pertinent d'une autre manière de foncer tête baissée dans ce problème consternant. Quand des défenseurs acharnés et totalement dénués de réflexion structurée de la représentation des minorités et des genres prennent leur air condescendant pour dire que Game of Thrones est une série plutôt progressiste, c'est bien, on y voit des femmes fortes, des lesbiennes, des gays, des minorités ethniques, mais il reste de gros efforts à faire, la série ne met toujours en scène des trans, et ça c'est pas bien du tout, c'est de la transphobie !
Et bah dans ce cas-là c'est encore de la téléologie.
HELLO LES GENS !!! La série prend place durant LE PUTAIN DE MOYEN-ÂGE !!! A l'époque non seulement la question des genres, de leur représentation et des minorités sexuelles n'était pas à l'ordre du jour, mais en plus ce serait venu à l'esprit de personne d'y réfléchir et de s'exprimer à ce sujet !!!

Au Moyen-Âge, les femmes naissent en tant que femmes, physiologiquement, elles sont totalement conformes au rôle genré de femmes que la société leur impose, et elles n'en changent absolument jamais. Et c'est pareil pour les hommes. Alors les transgenres et les transsexuels, ça n'existe pas, on n'y pense pas, on l'imagine pas, on l'envisage pas, et c'est pas prévu avant des siècles.
Putain sans déconner, les Anglais ont brûlé une nana principalement parce qu'elle ne se conformait pas au genre imposé par la société pour son sexe ! Jeanne d'Arc, ça vous dit quelque chose ?!?
Alors forcément, une série télé qui se veut relativement réaliste et qui adopte un cadre temporel médiéval n'a absolument rien à faire avec des trans. MÊME SI ELLE EST PROGRESSISTE ET RESPECTUEUSE DES MINORITÉS de l'époque où elle est diffusée.

http://www.mirionmalle.com/2014/05/game-of-thrones-feat-tarmasz.html
Ca vient de là et c'est précisément le genre d'article qui balance ses arguments totalement hors-contexte, du genre A LA BASE C'EST INSPIRÉ DE LA CHEVALERIE ANGLAISE MÉDIÉVALE ALORS SI Y'A PLEIN DE BLANCS C'EST NORMAL !! Sincèrement je vous recommande pas sa lecture (sauf pour voir à quel point le propos est con) mais j'avais besoin d'une image ici pour illustrer le propos sur Game of Thrones. D'ailleurs, ça vient de là hein, le truc complètement teubé du "il faut des transgenres dans Game of Thrones."

Considérer l'existence ou la considération accordée aux minorités sexuelles bien avant la libération sexuelle des années 1960 et la possibilité de parler ouvertement de sexe, de genre, des minorités, poser les thèmes en débats dans la société, revendiquer même que ces questions puissent être appliquées dans un cadre temporel antérieur, c'est de la téléologie et comme je l'ai dit, c'est le niveau zéro de la réflexion intellectuelle.
Chaque époque de l'Histoire a ses particularités, et même au-delà des 4 grandes périodes, chaque siècle, chaque règne, chaque territoire, chaque état, chaque division temporelle ou spatiale possible – et il y en a littéralement une infinité – est dotée de spécificités que quiconque voulant étudier l'Histoire doit prendre en compte, non en les coupant de tout ce qui a précédé, mais en cherchant des causes, des explications et des liens potentiels, sans aller jusqu'à transposer les mécanismes, les modes de pensée, les questions de société indifféremment dans toutes les périodes et tous les lieux. Et encore une fois, on ne raisonne pas à partir de ce qui s'est passé après, le temps n'évolue pas à rebours.
C'est comme ça, y'a des périodes où on abordait pas certaines questions, des périodes et des lieux où certains mécanismes sont totalement absents, et il faut l'accepter. Des transgenres et des des transsexuels au Moyen-Âge, c'est de la connerie.

Bref, que vous soyez enclins à étudier l'Histoire ou pas, que vous en parliez régulièrement ou seulement en quelques occasions, prenez toujours grand soin de savoir de quoi vous parlez, d'avoir des certitudes fondées sur des connaissances et des lectures fiables, méfiez-vous de ce qui se dit ou se raconte n'importe où et évitez comme la peste les mythes historiques et la téléologie entretenus par la culture de la fiction, parce que ça vous aidera pas à démêler le vrai du faux et à trouver tout ce que l'Histoire a d'intéressant à nous raconter !

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