Barre-menu

9.11.15

Après les vampires, les loups sont en Roumanie !


La brigade des loups.

Auteurs : Lilian Peschet.
Origine : France.
Nombre de livres : 1.
Date de publication : 2014.
Genre : fantastique, uchronie.

Bucarest, Roumanie, 2020. Après la découverte d'une nouvelle maladie baptisée lycanthropie qui a vite dégénéré en pandémie, les grandes puissances d'Europe occidentale se sont effondrées. A l'est, des politiques de gestion des malades ont permis de contrôler le fléau et le pays est devenu le nouveau cœur économique du Vieux Continent. Suivis de près par l'état, les « lupo-positifs » n'ont accès qu'à quelques professions, et notamment la police, les criminels lupins étant ainsi poursuivis par des enquêteurs lupins.

Dans la capitale, le capitaine Vasile dirige l'une de ces brigades, mais l'avenir s'annonce sombre : deux crimes sont signalés presque en même temps : celui d'un biologiste qui travaillait sur la lycanthropie, et l'assassinat de la femme et du fils de Vasile, seul bébé de la brigade...


Roman français sur lequel je suis tombé complètement par hasard à la bibliothèque, La brigade des loups a d'abord été publié en ligne, apparemment sous forme d'ebooks, en six épisodes qui sont ici compilés en un seul volume. Mais à l'intérieur même de ce découpage, le plus intéressant est à mon sens que chaque chapitre, assez court, adopte le point de vue d'un seul personnage. On est un peu dans le style du Trône de fer mais avec une focalisation encore plus resserrée.
Du coup, le nombre de personnages est extrêmement réduit dans ce livre et ils sont tous caractérisés rapidement, non seulement par les introspections dans leurs pensées et par les réflexions et réactions provoquées chez eux par la narration, mais également parce que chaque chapitre, en annonçant le personnage que le lecteur s'apprête à suivre, mentionne aussi sa fonction dans la brigade.

On a donc dans un premier temps Vasile, le capitaine éprouvé, alpha de la meute et seul autorisé, à ce titre, à avoir des enfants, Mikai, agent de terrain échappé d'Allemagne des années plus tôt et muet – on ignore de bout en bout s'il l'a toujours été ou si ce mutisme est le fait de ce qu'il a vécu en Bavière – Yakov, le responsable médical, ancien étudiant en médecine qui perdu ses espoirs de carrière et de bonheur amoureux en apprenant qu'il était lupo-positif, Pavel, jeune spécialiste informatique du groupe, originaire de Moldavie, et Dragos, un immense gaillard simple d'esprit. Concernant ces deux derniers la situation est un peu tendue d'une part à cause de leur passé respectif – on apprend rapidement que Dragos n'a pas toujours été simple d'esprit, mais aussi que la Moldavie a été brutalement occupée quelques années avant le récit par l'armée roumaine alors que le pays était miné par la pandémie lupine – mais également par les événements de la narration elle-même. 

J'ai même trouvé cette image avec la quatrième de couverture... du coup, ben... plissez les yeux ?

De manière générale, en outre, la profusion de personnages atteints de lycanthropie dans l'histoire permet de mettre en valeur un certain esprit de meute déjà visible dès les premières pages, alors que le bébé de Vasile aurait dû être surveillé à tour de rôle par les membres de la brigade (pour satisfaire le désir de paternité que la loi leur interdit d'assouvir), ce qui emplissait le géant doux Dragos d'impatience, et ce caractère collectif des lupo-positifs se retrouve régulièrement ensuite avec une certaine cohérence que l'on apprécie d'emblée malgré la gravité des faits racontés.

Du coup, un peu à l'image de This war of mine – décidément c'est la période pour moi – je me suis retrouvé dans ce livre confronté à des guerres contemporaines urbaines et ignobles façon ex-Yougoslavie, dans un milieu cependant beaucoup plus forestier – l'est de la Roumanie et la Moldavie mais avec dans les deux cas des forces armées irrégulières, mercenaires ou rebelles et des combats qui touchent avant tout la population civile.
Cela étant, Lilian Peschet, grâce à l'enquête qui est menée par la Brigade des Loups de Bucarest, parvient à dérouler son intrigue pour mieux expliquer la pandémie et l'histoire des personnages et aboutit à des scènes d'action d'une violence parfois difficile à soutenir mais parfaitement écrites et mises en scène.

C'est en effet une des qualités majeures de ce livre ma foi pas si long : son texte est irréprochable, langage courant et descriptions claires dans les dialogues et la narration, portraits et style propres à chaque personnage pour les narrateurs, en fonction de leur caractère, leur expérience, leurs sentiments du moment. Le côté fantastique est également plutôt bien géré puisque, loin du sacro-saint loup-garou sans cesse décrit par le genre depuis l'invention de la bête, La brigade des loups met en scène des lupo-positifs qui peuvent prendre la forme du loup, le vrai, l'animal, mais aussi une forme « mi-humaine mi-loup » jamais décrite en détail, et c'est tout. Bon, il y a bien autre chose, mais c'est assez particulier, et de façon générale, on est loin de la créature surnaturelle toute-puissante qui a abondamment abreuvé le cinéma durant des décennies, ce qui est d'autant plus intéressant dans l'univers dépeint par l'auteur.

En bref : mélange de récit de guerre, d'enquête et d'histoire fantastique mais résolument rationnelle, La brigade des loups est un récit français de grande qualité, typique de la nouvelle vague française des années 90/2000 en SFFF. Les personnages sont intéressants, cohérents et variés, le manichéisme totalement absent de cet univers pourtant sombre et torturé et si l'auteur fait l'impasse sur quelques pans accessoires – qu'est-il arrivé à l'Europe de l'ouest ? – c'est pour mieux se recentrer sur Bucarest et la Moldavie. C'est assez court et ça vaut sacrément le coup d'œil, alors n'hésitez pas !

Voir aussi :
 - la page Fessebouc de Lilian Peschet
 - son Twitter
 - et son site personnel !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire