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21.3.16

Deadpool



Film américain d'un baltringue (2016) avec un imbécile heureux, une bombasse, un méchant trop classe, le comique de service, une ado vénère, une créature de synthèse, un caméo prévisible. Réalisé par un blaireau surpayé.
Genre : action, humour.
Vu en VOST.

New York, de nos jours. Wade Wilson, ancien membre des Forces Spéciales, est un mercenaire sarcastique qui, malgré le bon cœur avec lequel il choisit ses missions et honore ses contrats, refuse d'être qualifié de héros. Il rencontre un jour Vanessa, prostituée aussi déjantée que lui, et leur idylle commence sous le signe de la folie. Mais, peu après, Wade développe un cancer fulgurant.

Il décide alors d'abandonner Vanessa pour suivre un mystérieux homme en costume noir qui lui a promis la guérison et des capacités surhumaines.


J'ai jamais été très fan de comics, même si j'en lis depuis quelques mois, et j'ai jamais été passionné par les super-héros, même si je suis très bon public depuis qu'ils rôdent régulièrement au cinéma, raison pour laquelle, justement, je les suis avec attention. D'ailleurs, j'ai déjà ma place pour la sortie de Batman vs Superman après-demain matin.
Deadpool a toujours été une sortie d'anomalie dont la célébrité repose qu'il est le seul à savoir qu'il est dans un monde fictif et à souvent y faire allusion en brisant le 4ème mur dans ses aventures. Enfin on peut éventuellement songer que le Joker, chez DC, est pareil, mais en moins poussé.

Du coup, j'ai redouté à un moment que ce film soit juste une série de pétages du 4ème mur avec un type en rouge et noir. Le dessinateur Boulet a annoncé après l'avoir vu qu'il n'était pas très original malgré ses prétentions et mes craintes se sont accentuées. Finalement, après l'avoir vu presque dès sa sortie et revu ce matin, bah non, il n'est pas mauvais du tout, c'est même un des meilleurs films issu de comics que j'aie vus.
Après, d'après quelques lectures que j'ai faites sur le net, les internautes semblent apprécier le côté irrévérencieux de Deadpool qui s'amuse de tout y compris des autres films de super-héros et en particulier de ceux avec Ryan Reynolds, l'interprète passionné de Wade Wilson, allant jusqu'à dire que le générique de début, chose rare et ô combien appréciable au ciné et que j'ai reproduit par écrit en en-tête de l'article, était un bon résumé des films de super-héros.

Presque dès le début du film, sblam, de l'action, carambolage, le mec qui se splatche contre un panneau routier, un autre décapité, rien n'est épargné, on se croirait dans un Kick-Ass ^^

Je trouve pas.
Déjà parce que même si on dit tout le temps que les films du Marvel Cinematic Universe se ressemblent tous, y'a plein de petites variations. Ant-Man est qualifié de « Tiny Iron Man » mais il a pas du tout les mêmes motivations que Tony Stark et donc pas les mêmes raisons ni moyens de se battre, Hulk et Thor qui partagent le prochain film du second n'ont pas la même distanciation face à l'humanité, et j'en passe. En plus, Joss Whedon, Joe Johnston, Shane Black, Jon Favreau et Kenneth Brannagh, qui comptent parmi les réalisateurs du MCU, sont tous saufs des blaireaux surpayés.
Et je parle pas des films X Men, parce qu'ils ont une narration très singulière.

Bref, l'intelligence de l'humour de Deadpool, le film, c'est essentiellement d'être multiple. Le personnage principal fait évidemment des blagues sur l'univers du cinéma en général, se permettant plusieurs auto-critiques (des références à Green Lantern et au Deadpool ignoble de Wolverine origins et une saillie sur Ryan Reynolds) ou des remarques sur la mise en scène (ma préférée étant celle sur le super-atterrissage), sur Marvel en particulier (avec notamment une excellente référence aux professeurs Xavier), quelques échanges directs avec le spectateur, en regardant ou en manipulant la caméra, mais aussi des trucs moins novateurs, comme une violence décomplexée et parfois exacerbée qu'on trouvait déjà dans Watchmen et chez Kick-Ass.


De fait, la structure même du film n'est pas spécialement originale, puisqu'il s'agit d'une origin story en mode « on entre directement dans l'action et puis on revient sur pourquoi on en est là », ce que faisaient déjà Daredevil et, bah tiens, Watchmen.
Son écriture, en revanche, est très intéressante, parce que Deadpool n'est pas juste un personnage de comics lambda, nan nan, le méchant du film l'explique bien, le mécanisme qui peut guérir son cancer, c'est rien de moins que la mutation, qu'il faut activer à la barbare parce qu'il n'a pas le potentiel évolutif d'un Cyclope ou d'une Tornade. Ce qui veut dire que Deadpool est un mutant qui croise d'autres mutants. Et donc qu'on va possiblement le revoir dans d'autres films X Men.

Du coup, ce film, bien que dominé par le personnage éponyme, met également en scène quelques intervenants secondaires. Morena Baccarin est de plus en plus surprenante à mesure de ses rôles – juste pour info moi je l'ai découverte dans un rôle de méchante assez classique dans Stargate SG1 puis dans la magnifique série Firefly – l'antagoniste est incarné par Ed Skrein, qui était le premier et très provisoire visage de Daario Naharis dans Game of Thrones, du coup les mecs pleins de verve et d'assurance il a l'air de connaître et il est super en Ajax, un mutant à la limite du calme, de la folie et de la brutalité.
Je vais pas m'attarder sur Weasel parce que c'est un rôle assez classique mais le film intègre aussi Al, un personnage tiré des aventures dessinées de Deadpool, sa colocataire aveugle qui subit son cynisme et ses états d'humeur, très sympa à voir à l'écran. On a aussi droit à un nom déjà connu, et deux très jolies trouvailles.

J'ai adoré l'irrévérence avec laquelle toutes les fêtes de l'année sont revisitées par leur histoire d'amour, ce qui au passage permet de montrer rapidement le temps qui passe.

Malheureusement, avec son physique, Gina Carano, ancienne pratiquante de sports de combat, peut pas espérer être autre chose qu'un porte-flingues ou des muscles pour bras droit du méchant, mais je la trouve assez belle et elle a un instant hilarant, dans le film en pleine séquence de combat, ça collait bien avec le ton décalé du film XD
Face à elle, Colossus, le vrai, le seul, celui qui est en métal en permanence, et qui joue sans cesse les moralisateurs dans sa volonté de rallier Deadpool aux X Men, porte aussi une partie de l'humour, notamment lors de la séquence de l'autoroute. Évidemment très classe à regarder dans les phases d'action.
Et enfin Brianna Hildebrand, qui joue Negasonic Teenage Warhead. Bon là c'est un peu compliqué. Pour vous la faire courte, à un moment dans les comics les mutants se sentent tellement menacés qu'ils décident de se replier sur une île-forteresse dans l'océan Indien. Tous les mutants du monde, 16 millions, dirigés par Magneto, qui continuent à vivre, à donner des cours aux enfants et tout. Un moment l'île est attaqué et du carnage ne survivent qu'une poignée de héros (j'ai lu un comic, Schism, qui se passe dans cette période, au moment où Cyclope est le chef des survivants). Negasonic est une élève d'Emma Frost du cours de télépathie, et meurt lors de l'attaque peu après avoir été intégrée dans la narration.

J'adore ce moment, juste avant une baston, elle en a tellement rien à battre x)

Bref tout ça pour dire que les scénaristes pouvaient pas mettre des têtes d'affiche dans ce film au risque de faire de l'ombre à Deadpool, ce que lui-même signale avec un « Vous êtes que deux dans cette grande maison ? Trois mutants c'était hors-budget ? »
En revanche, maintenant que X Men Days of Future Past a réécrit la temporalité, on n'a plus besoin d'introduire à nouveau Xavier et ses potes de la « première génération » et on a des chances de revoir Deadpool à l'écran, vu que c'est un mutant indépendant, un peu à la manière de Wolverine (bien que Wade Wilson soit un agent beaucoup plus libre que celui-ci).

En tout cas, ce film est à la fois bien écrit et complètement cinglé, dans son humour et ses personnages, ce que j'ai adoré. Ma préférence va probablement au détachement faussement dur et froid de Negasonic, qui rit volontiers et n'est pas toujours peau de vache, ainsi qu'à Colossus. Mais il ressort quand même que Deadpool domine aisément son propre film, dès le générique d'ouverture qui, s'il rappelle un peu – encore – Watchmen, à ce détail près que, bon, vous avez lu l'en-tête, et joliment orchestré par une chanson dont j'ai découvert l'interprète et dont je pensais furieusement que c'était Abba (franchement ça y ressemble ^^).
Sans être incroyables, les effets spéciaux et les scènes de combat sont bien fichus – un détail intéressant, le masque de Deadpool évolue en fonction de ses expressions faciales – et la bande-son est très correcte. J'ai été surpris en écrivant cet article parce que le compositeur a aussi travaillé sur la suite de 300, Divergente et Dead or Alive le film – trois merdes donc – mais ses choix de musiques et chansons, sans être aussi intéressants que chez un Henry Jackman, sont très sympa.


En bref : sans être le brûlot iconoclaste attendu ou le réservoir de blagues 4ème mur que certains imaginaient, Deadpool est un film de super-anti-héros drôle et bien écrit qui considère avec intelligence son époque et son contexte cinématographique. Il m'a donné très envie de voir la suite de cette partie-là de l'univers Marvel au ciné, et m'a même fait (re)découvrir de très bons interprètes. N'hésitez pas à le voir, il est vraiment dépaysant par rapport au projet Avengers qui domine les écrans depuis des années.

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