Barre-menu

6.3.16

Miracle en Alaska


Film américano-britannique de Ken Kwapis (2012) avec Drew Barrymore, John Kracinski, Kristen Bell, Ted Danson, John Pingayak.
Genre : drame.
Vu en VOST.

Barrow, Alaska, 1988. Adam Carlson, journaliste au sein d'une chaîne locale depuis plusieurs mois et vivant en Alaska depuis 4 ans, découvre un jour par hasard trois baleines grises prisonnières d'un petit trou d'air dans la glace hivernale. Il en fait un reportage qui attire vite l'attention de Rachel Kramer, militante pour Greenpeace et ex-petite amie d'Adam, qui veut faire percer un passage vers l'océan pour libérer les baleines.

Ils sont très vite aidés, malgré eux, par un battage médiatique impressionnant et par le prêt d'une barge brise-glace appartenant à J.W. McGraw, un exploitant pétrolier, et tirée depuis Prudhoe Bay, à plusieurs kilomètres de là, par deux hélicoptères de la Garde Nationale.


Quatrième film que je vois dans le cadre de ma formation à la pensée globale après Blackfish, The cove et Sharkwater, Big Miracle est, une fois n'est pas coutume, une fiction. Mais inspirée de fait réel, en l'occurrence l'opération Breakthrough qui a eu lieu en 1988 en Alaska. Un peu d'intrigue a été ajoutée entre les personnages principaux afin d'allonger le propos de cette œuvre qui n'a pas fait bruit à sa sortie, mais celle-ci a déjà bien assez à faire avec son sujet de base.

Ouais parce qu'à un moment, cette dingue, elle décide d'aller sous l'eau. Malgré le froid et les trois baleines potentiellement énervées parce que craintives.

Concrètement il s'agit donc de ces trois baleines qu'il faut sauver – deux parents et un baleineau, en fait – mais dans un contexte très particulier et avec des moyens très limités. La présence furtive d'un globe terrestre dans le film rappelle que Barrow Point, Alaska, est vraiment très très proche du Pôle Nord, et en plus ça se passe en hiver.
Le film est essentiellement centré Adam Carlson – le film s'ouvre et se ferme avec lui, si on excepte l'épilogue et le générique qui intègre des images d'archives – et Rachel Kramer, avec en second plan tous les autres, y compris même Kristen Bell.
Déjà, je trouve assez ironique qu'en 2012, alors que Greenpeace est devenue une grosse administration inerte et parasitaire dans le monde des ONG environnementales, trois ans et demi plus tard, entre fin 2015 et début 2016, elle se révèle dirigée par des connards qui encouragent le commerce de la fourrure de phoque, ce film sort pour lui faire une excellente publicité.

Ensuite, même si ça se voit pas au premier coup d'œil, le film met tout en avant sauf le sauvetage des baleines, qui devient rapidement et uniquement un prétexte à un million d'intrigues politiques qui sont exactement les mêmes dans la réalité. Les écolos, bon, ici on va dire que c'est Greenpeace mais quiconque se renseigne un minimum en 2016 verra que c'est Sea Sheperd, essaient de sauver les baleines mais pour ça ils doivent accepter l'aide d'un industriel dont l'activité principale se résume à donner de l'argent aux Inuits pour qu'ils acceptent de le laisser forer leur territoire en quête de pétrole, ainsi que l'appui – au bout d'un moment c'est même eux qui font presque tout – de ces fameux Inuits qui pratiquent la chasse à la baleine par tradition et qui, comme le met bien en valeur leur chef, Malik, ne défendent ces trois baleines-là que par instinct de survie.
En effet, massacrer des baleines, ça passe, mais c'est mieux si la moitié des caméras du monde ne sont pas braqués sur la mise à mort. Or, au début, quand le plan de sauvetage semble encore être une aberration, les Inuits sont d'avis qu'il faut tuer épargner aux baleines des souffrances inutiles et que ces trois-là feraient un bon casse-croûte.

Bah ouais, t'crois quoi, c'est un film américain, il faut forcément de gentils industriels et des militaires braves et intègres. Comme en vrai quoi. Wait...

Oui parce qu'aux enjeux environnementaux s'ajoutent la médiatisation de la pensée globale – après tout, Paul Watson admet le principe de la guerre médiatique pour défendre la nature – mais également la course à l'audimat, qui s'incarne dans la ruée de journalistes en Alaska, ainsi que la monétisation que ça suppose – faut voir le petit-fils de Malik essayer de profiter un max de cette manne temporaire en vendant du nécessaire de survie – ainsi que la politique, on est en 1988 et le président Reagan aimerait bien soutenir son successeur désigné, un certain George Bush, en se dotant d'une popularité rapide et d'une caution environnementale, sans parler du gouverneur de l'Alaska à qui on doit forcer la main pour qu'il n'apparaisse pas pour un connard tueur de baleines devant les caméras et donc qu'il accepte d'envoyer la Garde Nationale, et surtout du Pacte avec le Diable, l'intervention d'un brise-glace soviétique que personne ne veut appeler à l'aide mais qui au bout d'un moment s'avère indispensable pour démolir la puissante barrière de glace formée sur la côte de l'Alaska.

Bref, ces nombreux groupes qui n'ont rien à faire entre eux et se détestent ouvertement le reste du temps sont régulièrement rappelés dans le film comme des ennemis jurés, un certain nombre de séquences sont consacrés à débattre sur le fait que non, on n'a pas envie de faire appel à ceux-ci, ou à ceux-là, parce qu'au final c'est eux qui auront le beau rôle des héros sauveurs de la nature mais bon, c'est pour les baleines, faut faire des compromis.
Heureusement, ces débats ne sont pas du tout arides dans le film parce qu'ils sont servis par une écriture et un montage assez distrayants et qui utilisent assez équitablement les paysages glacés de l'Alaska et les péripéties de l'opération, ainsi que par le talent de Drew Barrymore, John Krasinki et Kristen Bell, même si celle-ci demeure ça et là la journaliste qui veut servir sa carrière grâce aux baleines plutôt que l'inverse.
Et au final, tout va bien, on a un joli happy end où les baleines sont sauvées – c'est pas du spoiler, l'histoire a eu lieu il y a presque 30 ans et y'avait aucune raison de la modifier – malgré quelques éléments un peu larmoyants, et personne n'apparaît comme le méchant destructeur de la nature, malgré les nombreux compris qu'il a fallu faire. Waw, c'est beau, le monde façon Greenpeace est tellement niais.

Ah et puis le vieil Inuit là, avec ses saillies existentialistes, il m'a furieusement rappelé le gâchis de Ken Watanabe dans le dernier Godzilla.

Esthétiquement, le film assume totalement son caractère fictif, alors qu'à mon sens il aurait été plus intelligent d'en faire un documentaire avec les intervenants de l'époque, des images d'archives – après tout, le sujet a été couvert par une nuée de journalistes – réfléchissant à la complexité de l'opération face aux différents enjeux, à commencer par celui de faire travailler ensemble ces ennemis jurés, tueurs de baleines, exploitants énergétiques et écolos revendiqués.
Cela dit, il est plutôt bien filmé et, je l'ai dit, bien construit, et n'utilise pas les poncifs habituels du cinéma. Par exemple, pour représenter l'idée que la cause – le sauvetage des baleines – est universelle et qu'elle touche tous les États-Unis, on filme un écran de régie avec plein de journalistes de plein de chaînes différentes qui parlent tous de la même chose. Ou bien on alterne les différents présentateurs télés dans les reportages individuels, ou encore on montre qu'à l'autre bout du pays les enfants font des exposés sur ça à l'école et se sentent impliqués.

Une ligne de trous d'air sur cinq kilomètres jusqu'à la côte, ils sont forts ces Amérinuits.

A plus d'une reprise dans le film, notamment concernant le personnage de Drew Barrymore qui n'est pas formé au langage de la télé et des médias, il s'agit de rendre le sujet le plus sexy possible afin que les gens se sentent personnellement touchés par trois baleines à l'autre bout du monde. Paul Watson le dit lui-même, pour généraliser la cause, commencer par apprendre à manipuler les médias comme le font ses acteurs dominants. Apprenez le langage de la télé pour y diffuser votre message écolo.
Les acteurs, en outre, sont bons dans ce qu'ils font, en général, et autour des trois têtes d'affiche, plein d'interprètes secondaires, des petites mains que j'avais déjà appréciées par ailleurs. Bref, c'est un bon film, à voir au moins une fois.

En bref : ça aurait fait un meilleur documentaire que film de fiction mais au moins le sujet est bien et honnêtement traité malgré sa complexité. On s'arrête assez longtemps, mais pas trop, sur le paradoxe de défendre une cause – la nature, la politique, le pétrole – tout en devant s'associer temporairement aux ennemis de cette cause, et le film donne légitimement le sentiment que l'opération Breathrough, en 1988, a relancé la question de la défense baleinière face au monde. A découvrir donc dans la suite des vrais documentaires écologistes.


Même les Russes ils sont gentils dans ce film, totalement typiques des films écolos bien niais tiens.

1 commentaire:

  1. Jamais entendu parlé, mais tu m'as donné envie de le voir du coup, merci!

    RépondreSupprimer