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10.5.16

"Les bonnes manières font le gentilhomme."


Kingsman : Services Secrets.

Film britannico-américain de Matthew Vaughn (2015) avec Taron Egerton, Sir Colin Firth, Samuel L. Jackson, Mark Strong, Sophie Cookson, Sir Michael Caine, Sofia Boutella.
Genre : espionnage, action.
Vu en VOST.

Londres, de nos jours. Après avoir perdu son père, militaire, durant sa petite enfance, Gary « Eggsy » Unwin est un jeune homme déboussolé, entre une mère négligente et un beau-père tyrannique.
Il est donc très surpris quand un inconnu, Harry Hart, survient dans son existence, se présentant comme un ami de son père, pour le prendre sous son aile.


Kingsman : Services Secrets est un de ces films que je peux revoir sans cesse, sans jamais m'en lasser. La mise en scène et la qualité sont telles que, peu importe qu'on connaisse déjà l'histoire, on adore la redécouvrir et la savourer encore et encore, exactement comme pour, en ce qui me concerne, X Men First Class, le Seigneur des Anneaux ou encore le prochain film que je vais articler ^^

Concrètement, il s'agit ici d'un film d'espionnage, qui réussit l'exploit d'être à la fois un hommage et une parodie des classiques du genre, à commencer par le mythe fondateur, James Bond lui-même. Kingsman offre une réflexion sur la question en expliquant que, aux yeux des personnages, les films récents sont trop sérieux par rapport aux anciens et que, dans ces derniers, c'est le méchant qui faisait la qualité des longs-métrages. Après tout, le James Bond était le même, y'a eu que 5 interprètes du rôle jusqu'à maintenant, sur plus de 20 films.
Après, Kingsman est aussi l'un des rares films d'un de mes réalisateurs préférés, d'autant que Matthew Vaughn est probablement l'un des meilleurs adaptateurs qui soient – il est notamment derrière les merveilles que sont Kick-Ass, Stardust et, justement, X Men First Class.

"Vous allez passer un dangereux entretien d'embauche et vous risquez de mourir. Si vous brisez la clause de confidentialité, vous mourrez. Vous êtes tous d'accord ? - Oui."
"Attendez, quoi ?"
J'adore ce moment XD

De fait, Kingsman adopte une structure assez classique, mais il brille par l'ingéniosité de sa mise en scène et par la qualité du jeu de ses acteurs. D'emblée, avec une musique hyper classe – mais je vais en reparler – on sait qu'on va avoir affaire à un film complètement déjanté. Le décor explose en morceaux pour constituer l'annonce des producteurs, et on sait d'expérience que les films qui jouent avec un générique affiché comme ça respirent souvent la qualité et le talent – encore une fois, le prochain que je vais articler est un bon exemple, tout comme le récent Deadpool.

Vers le début, après le prologue et la séquence d'introduction, on a droit à une exposition assez longue du personnage d'Eggsy, pas super originale, mais qui nous apprend plein de trucs sur lui – il n'aime pas tuer gratuitement, notamment des animaux, il est athlétique et, malgré la vie de son père, il n'en a pas profité et ses origines sont les plus populaires qui soient, à la fois au niveau social et géographique (son quartier). D'ailleurs, jusque dans son nom de famille il est l'antithèse de la réussite et du succès ^^ Évidemment, tous ces éléments seront exploités plus tard.


Tout au long du film on constate que, fidèle à son habitude, Matthew Vaughn intègre entre les séquences des transitions très propres, notamment au début avec la boule à neige, ou plus tard avec le tunnel londonien, si bien que l'exposition d'Eggsy donne la fausse impression qu'elle se termine en plein milieu du film avec la séquence de l'église américaine (alors qu'elle s'achève, justement, par son arrivée au château après le tunnel).
Bon, ce genre de procédé au cinéma est pas nouveau, mais ça fonctionne toujours sans problème tout en offrant au film une grande fluidité narrative. Et c'est un peu la patte de ce réalisateur en plus. Ça et les scènes d'action totalement déjantées ou parfaitement maîtrisées – on en a au moins deux de chaque dans ce film – avec de la musique dessus. La scène de l'église américaine, de fait, me rappelle furieusement la dernière scène de Big Daddy, avec Hit-Girl dans le noir, dans Kick-Ass. Même intensité dramatique, même violence élégante de la mise en scène, avec une caméra qui bondit d'un intervenant à un autre, le tout avec un dynamisme fluide.

"Manners maketh man." ♥

Après, il y a dans Kingsman des éléments un peu plus dommageables ou clichés, par exemple ce plan évident dans lequel le héros se voit présenter un arsenal complet et part désosser les méchants avec juste un flingue, ou encore les sempiternels plans-monuments pour expliciter la dimension mondiale d'un phénomène. Et il y a une scène en particulier, vachement ambigüe et pas expliquée, qui répond au cahier des charges du film d'espionnage teinté de mystère, qui recèle potentiellement une énorme incohérence narrative [spoiler] à savoir que le méchant se présente à l'agence d'espions hyper-secrète des gentils – comment il les a trouvés ? – avec une photo de leur collègue mort – ça leur fait ni chaud ni froid – pour l'identifier et présenter son super-plan de la mort, sans que ceux-ci ne se doutent apparemment de sa vraie nature de Méchant [Fin de spoiler].

D'un autre côté, il y a vers la fin des plans très intelligents, et notamment quelques uns en vue subjective ou en zoom sur les flingues, ce qui est très cool à regarder, et le film est servi par un excellent casting. Dans le rôle des jeunes premiers, Taron Egerton et Sophie Cookson se débrouillent très bien, tandis que face à eux Merlin, l'éminence grise dans l'ombre des Kingsman, est incarné par Mark Strong, ici en contre-emploi vu qu'habituellement il fait surtout les méchants.
Le film pousse un peu la métaphore des chevaliers arthuriens et il serait intéressant de se rappeler que Harry Hart, joué par le génialissime Colin Firth à la filmo très intéressante, a pour nom de code Galahad aka le chevalier qui a trouvé le Graal alors que lui-même a « trouvé » Eggsy.

"Attendez patron, ça va coûter cher d'accélérer la production ! - Est-ce que j'ai l'air d'en avoir quoi que ce soit à faire ?"

Pour leur part, Michael Caine, secondaire mais incarnant bien l'élitisme aristocratique des Kingsmen – il suffit de voir la scène où l'on boit pour honorer Lancelot pour s'en convaincre, que des hommes blancs en costume, vive la diversité – mais aussi et surtout Sofia Boutella et Samuel L. Jackson, un autre spécialiste du parcours totalement éclectique, sont parfaits dans leurs rôles respectifs.
Y'a un genre de convention au cinéma, peut-être même dans les films d'espionnage mais je les connais pas assez pour le dire, qui veut que le bras droit du super-vilain ait régulièrement une difformité quelconque, mais dans le cas de Sofia Boutella, ça la sert énormément puisqu'elle est belle, athlétique et puissante.
Samuel L. Jackson, le méchant qui zozote, décrédibilise totalement la fonction ^^ Sans déconner, c'est un riche excentrique et non-violent qui est malade à la vue du sang, il ressemble à tout sauf à un homme d'affaires ou même un génie criminel XD Du coup, il passe son temps à être flegmatique et cabotin, lors d'échanges réguliers et très savoureux avec Harry/Galahad. Ce sont eux qui dissertent sur les films d'espionnage et le jeu des dialogues, du double-langage et des sous-entendus est absolument parfait d'autant que l'un est anglais (Colin Firth) et l'autre américain (Jackson), ce qui, avec les accents très prononcés des interprètes secondaires, rend géniale la réplique « j'ai souvent du mal à vous comprendre, vous parlez très bizarrement » ^^

Ah, et mention personnelle à Mark Hamill, qui est ici assez plaisant, et à Richard Brake, la tête de méchant du cinéma anglais que j'ai déjà apprécié plusieurs fois, qui cartonne dans une scène courte mais intense ^^


Parlons esthétique, maintenant. J'ai évoqué les plans de caméra, la mise en scène, le dynamisme, tout ça c'est cool. Mais ce film serait sûrement moitié moins bon sans, d'une part, des costumes et des gadgets hyper-classes – le film s'arrête assez dessus pour qu'on puisse en profiter à mort – et surtout une bande-son de malaaaaade ♥
A la composition, un homme que j'adore et dont, encore une fois, je parlerai davantage plus tard, Henry Jackman, qui a déjà collaboré avec Matthew Vaughn dans, justement, X Men First Class et Kick-Ass. Dans le présent film, son travail fabuleux est à l'image de ce que la narration apporte, autant en termes de registres que d'intensité.

Évidemment, pour les Kingsmen, on a droit à plusieurs variations autour d'un thème héroïque qui survient régulièrement – lors de l'apparition de Lancelot au début, en fin de scène de bagarre genre dans le pub, ou encore quand les héros se dépassent, par exemple lors du saut en parachute. L'un des thèmes que j'aime assez aussi, parce que c'est pas vraiment une mélodie, est celui de Gazelle, qu'on identifie plus tard comme celui de Valentine/des méchants, qui est très sobre et de fait instille plus une tension dans l'ambiance qu'autre chose.
Mais plus que tout, et ça je vais du coup devoir le redire, Henry Jackson est un de ces compositeurs qui ont une compréhension intuitive de la musique chantée, ce qui fait qu'ils savent, dans leur travail, intégrer des chansons préexistantes qui collent aux besoins du moment. L'exposition d'Eggsy au début vend pas du rêve et je suis pas très fan des sonorités lors de la course en voiture (volée), mais faut admettre que le rap est bon. Et les autres chansons sont très sympa aussi, de Lynyrd Skynyrd à Take That en passant par l'excellentissime Money for Nothing de Dire Straits :)


Je finirai juste sur un aspect assez négligé du film, parce qu'il importe énormément à mes yeux. Kingsman : Services Secrets parle d'environnement et de pensée globale, de réchauffement climatique et de surpopulation mondiale. De fait, les motivations du méchant sont claires et tout à fait compréhensibles (à défaut d'être justifiables moralement). Des théories très intéressantes sont présentées – le rapport de l'humanité à la Terre reflétant celui d'un virus sur son hôte est pertinent – mais jamais les personnages ne mentionnent l'écologie acceptable, intégrée à la vie courante, défendue avec morale. A aucun moment dans le film le méchant n'est présenté comme un dangereux extrémiste.
[Spoiler] Non, la seule vision de l'écologie présentée par le film, c'est un universitaire avec une « théorie de Gaia » traitée avec ignorance et un super-riche terroriste écologiste qui veut résoudre la surpopulation par le carnage généralisé. Et je trouve ça extrêmement réducteur, même si le film n'a pas pour enjeu l'écologie. Ils auraient au moins pu glisser une réplique ou deux à la fin pour moraliser le méchant, l'engueuler en expliquant qu'on peut trouver d'autres solutions. Mais non, son action part d'emblée du principe qu'on a déjà atteint le stade critique où les solutions habituelles ne seraient plus suffisantes. [Fin de spoiler]

En bref : un excellent film d'espionnage même pour ceux qui n'aiment pas le genre. Il y a de l'action, de l'humour, une mise en scène géniale, plein de références au cinéma et aux séries télés (Jack Bauer, Mycroft...), des personnages sympa et bien interprétés et même un ptit chien ♥ Le propos manque un peu de justesse quant à l'écologie mais Kingsman : Services Secrets demeure une excellente référence et un hommage beau et hilarant à tout un pan du cinéma. J'adore. Voyez-le donc !

Y'a aussi Jack Davenport (Pirates des Caraïbes) et Mark Hamill qui jouent des ptits rôles :)

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