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14.6.16

Les personnages fictifs mais presque réels à travers Marvel

Y'a un mécanisme lié à l'écriture de fiction auquel j'ai déjà été confronté plusieurs fois et dont je vais reparler dans le présent article. En une occasion, c'était parce que j'avais lu sur un réseau social bleu et blanc (j'peux le dire comme ça maintenant vu que l'autre est devenu tout blanc) que les personnages de Game of Thrones étaient particulièrement cons et que ça jouait manifestement dans le manque d'intérêt de la série.
Mis à part cet exemple, ce mécanisme revient régulièrement dans mon credo d'écriture – que j'ai emprunté auprès du regretté Pierre Bottero, en fait – donc à chaque fois que j'écris de la fiction.

Ce mécanisme, c'est le rapport ambigu des personnages de fiction à leur auteur. Ce sont des personnages de fiction, donc écrits pour servir des intérêts narratifs, pour construire une intrigue et la mener dans un sens ou un autre, raison pour laquelle il est stupide de qualifier de crétins les personnages de Game of Thrones : déjà, ils le sont pas, ensuite, leurs choix n'en sont que dans la mesure où des auteurs leur font faire ces choix.
Cela dit, les personnages de fiction, bien développés, richement détaillés, peuvent développer une sorte de « personnalité » qui fait que l'auteur-e va avoir le sentiment, à un moment, non pas de les écrire, mais de les regarder agir. D'où le credo de Pierre Bottero, grand auteur de fantasy française des années 90/2000, selon lequel un auteur de fantasy n'est que le chroniqueur d'un monde qu'il a exploré et où il a rencontré plein de gens intéressants.


Ce mécanisme, cet équilibre entre le caractère fictif et le développement personnel, je vais l'appliquer à Marvel.
Parce que l'une des critiques que je vois revenir le plus souvent à l'encontre de ce qu'on appelle désormais le Marvel Cinematic Universe, critique que je déteste au plus haut point si bien qu'elle me pousse à écrire le présent article, c'est que tous les films se ressemblent, qu'ils suivent tous la même structure et qu'au fond tous les super-héros Marvel sont un peu les mêmes.
Alors il est vrai que les gros blockbusters hollywoodiens, depuis des années, suivent un modèle narratif détaillé au point de figurer un minutage précis des éléments d'un film (à tel minute du film, le héros fait ceci ou cela), modèle tellement réutilisé qu'il a même été théorisé et diffusé dans des études, mais faut pas exagérer la critique.

Je finis cette intro en prévenant, je pars du principe que vous lisez cet article parce que vous avez vu tous les films du MCU sortis à l'heure actuelle. Je risque de spoiler et si c'est vraiment récent (par exemple Avengers 2, Ant-Man et Captain America Civil War, les 3 derniers films sortis), je masquerai les spoils.
J'ajoute aussi que je n'ai vu, pour l'instant, que la première saison d'Agents of SHIELD, mais j'ai une idée sommaire de ce que doit raconter la seconde (vu que la première se termine par le retour d'HYDRA).
Dans l'ordre, les films traités sont donc : Iron Man (Jon Favreau, 2008), L'incroyable Hulk (Louis Leterrier, 2008), Iron Man 2 (Jon Favreau, 2010), Thor (Kenneth Brannagh, 2011), Captain America : First Avenger (Joe Johnston, 2011), Avengers (Joss Whedon, 2012), Iron Man 3 (Shane Black, 2013), Thor : Le monde des ténèbres (Alan Taylor, 2013), Captain America : Winter Soldier (les frères Russo, 2014), Avengers : Age of Ultron (Joss Whedon, 2015), Ant-Man (Peyton Reed, 2015) et Captain America : Civil War (les frères Russo, 2016).
Non, y'a pas Gardiens de la Galaxie, parce qu'en termes de narration le film me semble encore trop éloigné pour être rapproché des autres et parce qu'en termes de construction et d'esthétique, le génie James Gunn l'a rendu incontestablement incomparable, je pense.

Allez c'est parti. Pourquoi les personnages du MCU sont loin d'être aussi semblables qu'on veut bien l'admettre. J'te préviens ça va être long.


Iron Man.
Le film qui pose les bases. J'me suis rappelé l'autre jour que j'avais complètement oublié quels trailers apparaissaient à la fin de quels films et, en l'occurrence, j'ai du mal à me rappeler ce que dit Nick Fury à la toute fin du film à Tony Stark. Bref.
Que nous raconte Iron Man ? L'histoire d'un marchand d'armes qui expie ses fautes. Le type est un golden boy désinvolte qui profite de tous les plaisirs de son existence opulente : il a la richesse, la puissance et le charme, et aucun scrupule à utiliser les trois pour son profit personnel. Multiplie les conquêtes d'un soir, s'enrichit éhontément en vendant des armes au gouvernement américain et survole de ses sarcasmes les détracteurs, notamment médiatiques. Puis il découvre à la dure que son métier consiste à entretenir le chaos et la barbarie dans le monde et décide d'y remédier.

C'est un premier film, qui était dès sa sortie, par son écriture, appelé à avoir des suites, mais il part de rien et ne revendique aucun héritage des films Marvel précédents. Et la base, c'est quoi ? Un type qui a bossé avec le gouvernement, qui a semé la mort et qui a profité de tout ce que la vie pouvait lui offrir sans se soucier des conséquences, avant de se rendre compte que sa vie craint.

L'incroyable Hulk.
Première (et probablement seule) victime Avenger de Stark Industries à l'époque de Tony (je considère pas vraiment Steve Rogers comme une victime et il est passé entre les mains d'Howard Stark. Les autres Vengeurs ne sont pas liés à Stark), Bruce Banner est un physicien qui travaille à reproduire les rayons Vita qui ont créé, bah, Captain America, vers 1942/43.
Pourquoi victime de Tony Stark ? Parce qu'une partie du matériel qu'on utilise pour le pourchasser après sa fuite est fourni par la boîte d'Iron Man. Dès le début, on part sur une opposition entre les deux personnages, laquelle est renforcée par l'apparition de Stark à la toute fin, pour expliquer au général Ross que l'ingénierie robotique (son propre domaine) c'est quand même mieux que la physique (le domaine de Banner).


Ce film, que j'adore, est construit de manière intéressante, quoique pas trop originale pour l'époque (mais originale dans le MCU), à savoir qu'il ne nous raconte pas l'origin story (ou alors, juste pendant son générique), mais nous place face aux conséquences. Alors qu'ailleurs on a du « comment Stark est devenu Iron Man » ou « comment Rogers est devenu Captain America », là on a « Bruce Banner a développé une forme verte et hyper-agressive de la schizophrénie et il doit vivre avec ».
D'autre part, pour se recentrer sur le héros, il est sous pression permanente : le film le rappelle par le décompte des jours depuis le dernier « incident » et par la volonté de Banner d'abord de trouver un remède à sa radiation – c'est important pour la suite – puis de s'isoler du monde (au point qu'on ne reverra plus jamais Liz Ross par la suite) à la toute fin (on le retrouve au Canada et apparemment capable de maîtriser son changement de personnalité).

Iron Man 2.
Ceux qui trouvent ahurissante la posture de Stark à l'égard des Accords de Sokovie (Civil War) n'ont visiblement pas vu ou pas compris Iron Man 2.
On parle d'un mec qui a travaillé avec le gouvernement pendant des années en lui fournissant des flingues. D'accord, il revendique d'avoir privatisé la paix mondiale et travaillera désormais, tour à tour, à lutter contre l'empoisonnement de son cœur par le carburant du réacteur Ark, puis à créer une énergie propre et durable – un truc qui n'a pas besoin d'appui gouvernemental. Sauf qu'il travaille aussi à l'occasion avec le SHIELD, notamment pour intervenir auprès... du général Ross après l'incident de Harlem avec Hulk (voir le court-métrage Le consultant). C'est même à lui qu'on pense en premier pour diriger l'équipe de Vengeurs envisagée par Nick Fury et le SHIELD – parce qu'à cette époque Steve Rogers est encore considéré comme mort et disparu.


D'un point de vue plus personnel, Stark est ici en roue libre, ce qui lui fait foirer les débuts de sa relation avec Pepper Potts, devenir dépendant à son armement bien qu'il prétendra le contraire par la suite – qui sait combien de vieux ennemis comme Whiplash vont débarquer pour lui casser la tête ? – et ce qui provoque le vol d'une de ses armures par son meilleur ami, un certain pilote de l'US Air Force qui fera doter celle-ci d'armement fourni par une société travaillant avec le gouvernement. Le Pentagone n'est jamais loin.
Et puis, surtout, Stark, durant toute la phase du film où il est mourant, commence à se poser, dans la suite logique de son premier film, la question de l'héritage qu'il va léguer aux générations futures. S'agirait pas de laisser les flingues et les combats dominer, l'énergie et disons, l'industrie au service de la paix, des populations, ainsi que... du modèle libéral-capitaliste américain.

Thor.
Premier personnage de la franchise à n'être ni humain ni terrien, le "dieu" Thor – va falloir arrêter de l'appeler demi-dieu parce qu'en tant que fils de Frigga et Odin, il est 100% divin (si on considère la mythologie nordique, parce que sinon, c'est juste un extraterrestre balèze), contrairement à Loki qui est une bizarrerie, un géant des glaces transformé (et réduit ^^) par Odin – marque d'emblée par quelques aspects qui seront récurrents le concernant.
Déjà, même si c'est évident, il est pas d'ici. Les enjeux humains, ça le gonfle un peu, il travaille à une autre échelle. Ensuite, parce qu'il est pas d'ici, il sait plein de trucs que les humains ignorent – même si au fond il en sait moins que Loki, qui est le vrai érudit des deux – et du coup il a tendance, également parce qu'il a été reconnu digne de porter Mjöllnir, à dominer les situations et les gens de son autorité affirmée. On parle d'un mec qui est appelé à régner.

#FilsIndigne

Déjà il faut savoir que le réalisacteur Kenneth Branagh est un shakespearien et ça se voit surtout dans les rapports entre les personnages (surtout les dieux), mais également dans la mise en scène (encore une fois, la mise en valeur des dimensions colossales d'Asgard).
Ensuite, il met en scène un personnage qui survole la Terre. Littéralement. Il règle ses problèmes à grands coups de marteau, il réfléchit peu, il piétine comme un bilgesnipe (gros écailleux et furieux, ça pourrait être la bestiole qu'on voit sur Jothunheim), bref, il est indigne du destin auquel il est appelé, même s'il finit par s'en rendre compte et faire des efforts.
Et puis il y a évidemment cette rivalité avec son frère adoptif, la force contre la ruse, le loyal-con contre le chaotique-mauvais, ça peut pas donner un bon résultat tout ça, même si à long terme ça me semble pas être l'aspect le plus évident du personnage.

Captain America : First Avenger.
L'un des personnages les plus intéressants du lot, même s'il a l'air d'être unidimensionnel. En fait, ce premier film n'est pertinent à long terme que dans ses derniers instants, justement à cause de l'écart temporel entre les deux périodes de la vie de Rogers et entre les enjeux de la 2GM et les contemporains.
Pourtant, y'a quand même plein de matériau utile. Qu'est-ce qu'on sait de Captain America à son réveil ? Il a servi dans l'armée, il a toujours voulu lutter contre les brutes, il est viscéralement lié à son meilleur ami Bucky Barnes (les deux films Captain America suivants feront pratiquement d'eux des frères), mais il aime bien conserver une certaine indépendance d'esprit et d'action, histoire de pas (re)devenir une marionnette sans conscience. Et, fait assez négligé, il a l'air d'assumer assez facilement sa stature surhumaine et les responsabilités qu'il croit en découler.


Avengers.
Première grosse réunion des héros, super ou non, pour lutter contre une menace assez originale, puisque la seule venant de l'espace (ensuite on n'aura plus affaire qu'à HYDRA ou à des enjeux terriens comme dans Civil War). Introduction rapide d'Hawkeye et de la Veuve Noire déjà présente mais pas approfondie dans Iron Man 2.
Ce qu'on sait d'eux ? Des espions super-puissants qui ont dû jouer les mercenaires, qui ont un passé un peu lourd à gérer, mais qui s'engagent dans la bataille pour expier et faire le bien – pour Hawkeye on parle du moment où il a repris ses esprits – et qui ne rechignent pas à faire partie de l'équipe, contrairement aux autres. Ce qui traduit possiblement un sens de l'humour prononcé et peut-être aussi de l'affection pour les copains.


Dans le reste de l'équipe, on a Banner qui est dégoûté d'être replongé dans le monde alors qu'il faisait très bien profil bas pour aider les gens et Thor qui comprend pas pourquoi on l'accuse d'avoir provoqué la modernisation de l'armement terrien après qu'il ait semé le chaos au Nouveau-Mexique, mais qui commence à se demander si taper sur tout ce qui bouge c'est une bonne idée. Iron Man qui est devenu un magnat de l'énergie propre, qui songe que rouler en solo ça marche pas des masses et qui pousse la démarche d'expiation de sa vie passée jusqu'à se sacrifier pour empêcher une tête nucléaire de ravager New York.
Et enfin Captain America, qui décide d'assumer son statut de premier super-héros et seul super-héros de guerre, en étant le chef-stratège de l'équipe. Il remet également en question son allégeance naturelle à la loi (donc au gouvernement), en s'interrogeant sur les vraies motivations du SHIELD, en ne prévenant pas Nick Fury dès qu'il se rend à Manhattan avec Hawkeye, Black Widow et Iron Man, et en laissant Thor embarquer le Tesseract sans s'interposer.

Bon, à l'issue de la première phase, premier bilan. Qui sont les Avengers de la première heure, version ciné ? (patience Spidey!)
Un type dont le bilan de son existence est une catastrophe karmique, mais qui a entrepris une démarche de rédemption dans une relation de partenariat conflictuel avec l'autorité (gouvernementale). Un autre qui remet en question son attitude de longue date pour commencer à avoir la stature qui est attendue de lui : moins de marteau, plus de modestie, de réflexion et d'écoute. Un troisième, Bruce Banner, qui malgré l'assurance que certains humains sont assez sympa et qu'il a la possibilité de travailler en équipe sans se sentir personnellement menacé, a toujours autant envie de s'isoler de l'humanité, par sécurité mais aussi à mon avis parce qu'il est pas hyper fan de ses semblables, en plus d'être un mec timide et effacé.
Le chef de la bande voit ses convictions bouleversées : est-ce que suivre docilement l'autorité est une chose à faire ? C'est d'autant moins sûr que dans ce monde moderne, les conflits sont discrets et souterrains, ils ne concernent plus des nations publiquement opposées, pas simple à gérer pour le soldat.
Enfin, les deux petits nouveaux, le « couple d'espions », essaient de se sociabiliser, mais avec leur passé commun et ancien, ils font clairement figure de vieux routards fatigués, ce qui légitime la confiance qu'ils ont l'air de placer dans le SHIELD, plus à même à leurs yeux de prendre la relève.

Iron Man 3.
Le premier film qui succède à la bataille de New-York. Iron Man a repris son travail en solo, qui consiste surtout à développer de plus en plus d'armures-drones pour protéger la Terre plus efficacement. Je vais pas sombrer dans le déterminisme et dire qu'il a l'armement dans le sang, que c'est génétique, mais après s'être intéressé à l'énergie, il l'applique surtout à concevoir des flingues, bien que dans une visée défensive.
Le truc c'est que son presque-sacrifice a laissé des séquelles, Tony Stark souffre de crises d'angoisse et sa relation avec Pepper s'en ressent (comme si son obsession pour ses armures ne mettait pas assez celle-ci à mal). Et puis, l'attaque de Loki a mis en évidence le fait que le monde n'est finalement pas si facile à protéger que ça, ce qui autorise des ptits cons fouteurs de merde comme le Mandarin à semer le chaos pour contester l'hégémonie économique et militaire américaine (ce que faisait déjà discrètement Whiplash dans Iron Man 2).


On envoie War Machine, renommé Iron Patriot, l'Iron Man version US Air Force, parce que le SHIELD et les autres Vengeurs, euh... bon, on sait pas ce qu'ils faisaient au même moment, ils auraient pu intervenir. Mais bon, Iron Patriot échoue, et finalement la responsabilité échoit à nouveau à Stark : le retour de l'héritage que tu vas laisser, un monde en paix, privatiser la paix mondiale, tout ça. Le tout en confortant dans sa position l'impérialisme américain, puisqu'encore une fois le monde (et ici le président) a été sauvé par un riche industriel philanthrope américain qui ne prend ses ordres que de lui-même.


Thor : Le monde des ténèbres.
Un autre mec à avoir tiré des leçons de son passage par la Grosse Pomme, c'est Thor. La destruction du Bifrost et le chaos sur Midgard a laissé penser aux autres royaumes, comme sur Midgard en fait, qu'on pouvait faire n'importe quoi sans que les autorités en place n'interviennent.
Du coup Thor commence par ramener l'ordre en montrant qui est le patron. Mais il ne se bat plus que pour ramener la paix et rentrer à Asgard pour boire et manger à la taverne. Du moins jusqu'à ce que sa demeurée de copine mette la main sur un nouveau McGuffin hyper-dangereux. Un bon chef se doit de considérer toutes les options, même les plus inconfortables, raison pour laquelle Thor se résout à sortir Loki de sa prison et dirige le combat contre Malekith, jusqu'à son triomphe et au retour de l'ordre dans les Neuf Royaumes.
...et basiquement y'a pas beaucoup plus que ça, ce film est le seul que je n'aime pas dans le MCU, il est pas mal à chier et n'apporte pas grand-chose à un personnage qui est déjà, de base, peu impliqué dans les enjeux actuels du MCU.


Captain America : the Winter Soldier.
En voilà un film avec de l'enjeu ! Steve Rogers, déboussolé dans un monde qu'il ne connaît pas, travaille pour le SHIELD un peu par défaut, appuyé par sa presque-amie (parce qu'entre amis il faut de la confiance) Natasha Romanoff. Il suit les ordres comme il a toujours été habitué à le faire, mais en conservant une marge de manœuvre vu qu'il dirige son équipe et a la confiance de Nick Fury.

Puis celui-ci manque d'être assassiné par Bucky Barnes, le meilleur ami finalement pas mort non plus de Rogers, celui-ci devient un ennemi public et on apprend qu'HYDRA n'a pas disparu avec Crâne Rouge mais a été perpétuée par Arnim Zola à l'intérieur même du SHIELD naissant d'après-guerre.
C'est le comble pour Steve Rogers : une guerre secrète mais omniprésente, des ennemis impossibles à identifier, et la liberté enfin acquise de ne plus suivre aucun ordre afin d'endosser sa charge de sauveur du monde et d'essayer de sauver son meilleur ami ! Tout ce qui fait le personnage ! Et le tout avec un nouveau copain, aussi indépendant mais loyal que lui, Sam Wilson le Faucon, encore un ancien soldat ^^

Avengers 2 : Age of Ultron.
Le SHIELD n'existe plus et le combat contre HYDRA touche à son terme. Les derniers artefacts chitauri éparpillés ont été récupérés ou sont en passe de l'être grâce aux Vengeurs sur qui repose désormais la paix mondiale. Ils œuvrent depuis la Tour Stark, devenue leur QG, et grâce à une légion de drones semblables à l'armure de Tony Stark. Iron Man confirme donc son lien étroit avec la paix mondiale privatisée, avec ses super-robots dont il peine à se passer et avec une forme d'autorité légitime – il emploie Maria Hill, ancien cadre du SHIELD, et travaille donc à son insu avec Nick Fury – mais américaine avant tout. Les gens de Sokovie, au début du film, avant que la fin du monde ne les menace, sont déjà assez hostiles à l'irruption d'une bande de destructeurs désinvoltes.
Et puis, Stark consacre sa volonté de transmettre un héritage de paix au monde, même si cela passe par une intelligence artificielle toute-puissante possiblement dotée d'une grande flotte de drones-armures pour protéger la Terre.


Thor, lui, il est pas d'accord. Il a vu ce que pouvaient faire les Pierres d'Infinité lorsqu'elles étaient retrouvées et utilisées – puisqu'il mentionne 4 Pierres réapparues en quelques années, on suppose qu'il a, d'une façon ou une autre, entendu parler des Gardiens de la Galaxie et de la Pierre convoitée par Ronan – et il est pas super fan du concept.
Captain America non plus ne veut pas entendre parler d'Ultron, parce que pour le soldat qu'il est, tenter d'étouffer les conflits par la paix à tout prix est un remède pire que le mal. Non seulement il a vu ce que ça donnait quand le SHIELD vérolé par HYDRA était prétendument garant de la paix mondiale, mais en plus on se doute bien qu'il se demande qui serait aux commandes d'Ultron si celui-ci était en charge de la protection du monde.

J'ai réalisé en choisissant cette image qu'il est hyper dur d'en trouver une d'Avengers 2 avec à la fois la Vision et Wanda Maximoff ! Non non, la Vision n'est pas là.

La nouvelle génération apparaît d'ailleurs au même moment : Sam Wilson, loyal à Rogers et désireux de servir au mieux, War Machine qui, en tant que membre de l'Air Force, est de toute façon lié aux USA et au SHIELD. Plus tard débarquent Wanda Maximoff qui a été leurrée par HYDRA et Ultron dans leur quête de vengeance au point d'y laisser son frère, et qui a sûrement envie d'expier quelques erreurs en servant le bien commun, ainsi que la Vision, qui a la confiance de Thor par sa maîtrise d'une Pierre d'Infinité et de Mjollnir.
Bref, ces quatre nouveaux ouvrent à certains anciens la possibilité de se retirer des combats. Même si l'expérience Ultron a échoué, le travail discret de Nick Fury a permis de reconstituer le SHIELD. Hawkeye décide de prendre sa retraite et de se consacrer à sa vie familiale après avoir incité Wanda Maximoff à prendre la relève, Tony Stark arrête aussi parce qu'il en a de toute façon marre de se battre et Thor peut confier la charge de Midgard à ses propres habitants. 
La rupture est consommée pour Bruce Banner qui, maintenant qu'il est en paix avec son alter-ego géant, décide de se retirer de l'humanité en commençant par quitter ses amis Vengeurs.

Ant-Man.
Pendant ce temps, plus ou moins pendant la bataille de Sokovie, un industriel met au point une armure auto-rétrécissante destinée à l'espionnage, au sabotage industriel, à la surveillance bref, une sorte d'outil pour sociétés totalitaires, mais version invisible. Le concepteur de cette technologie, qui l'avait destinée à un usage de maintien de la paix, fait appel à un père divorcé, ancien détenu, pour démolir la tyrannique concurrence.
Le truc c'est qu'Henry Pym a un passé chargé avec les Stark, qui sont à ce moment la principale figure de la paix mondiale imposée par les USA – la Tour Stark, les Vengeurs, tout ça. Il veut donc les éviter à tout prix et apprend avec surprise que le SHIELD est reconstitué quand son poulain est envoyé sur place.

"Salut ! Je sais que ça paraît bizarre vu comme ça mais je suis sûr qu'on pourrait être amis et combattre côte à côte face à de féroces ennemis, toi et moi ! Ou même face à des Stark ! Je hais les Stark ! Team Lannister mec !"

Malin et habile, le nouvel Ant-Man, Scott Lang, parvient à s'en sortir après avoir tenu en échec Sam Wilson. Mais, naïvement, il s'est présenté et découvert, ce qui attire l'attention sur lui. Au final, le méchant industriel est tué, la technologie d'Ant-Man est sécurisée sans intervention des Vengeurs, et ces derniers ont, à leur insu, un nouveau contact discret, extérieur à leur groupe.

Comme bilan de la Phase 2, je vais commencer par dire qu'un truc que j'ai lu ça et là sur Internet, et qui m'horripile, est qu'Ant-Man, un de mes super-héros du MCU préférés, ne serait rien d'autre qu'un « Tiny Iron Man ». A mon sens, rien n'est moins vrai.
D'accord, les personnages de fiction sont écrits par des auteurs ou scénaristes pour servir une narration dans un sens ou un autre, mais ça ne signifie pas qu'ils n'ont pas une personnalité, des motivations, des convictions. D'ailleurs, le fait même qu'ils soient écrits tend à démontrer qu'ils ne sont pas identiques : quel intérêt narratif d'écrire un second Iron Man alors qu'il y en a déjà un ?

Concrètement, la Phase 2 se termine assez logiquement sur Ant-Man, je trouve. Elle confirme la nouvelle génération dont il fait partie, et fait reculer l'ancienne.
Après avoir bossé des années pour le SHIELD, Hawkeye se retire : il a formé les nouveaux (en l'occurrence Wanda Maximoff le temps d'un discours culte mais très juste) et peut laisser sereinement la charge du monde à la Vision ou à des professionnels compétents comme Sam Wilson et War Machine. Après tout, avec son lourd passé, on peut comprendre qu'il ait envie, malgré ses responsabilités morales, d'arrêter les frais et de se poser.

#PassageDeTémoin

Tony Stark se retire également, lui aussi pour avoir une vie paisible avec Pepper Potts. Son expiation et son héritage semblent en bonne voie, le monde ne se dirige pas vers la guerre permanente. Sa confiance dans l'autorité gouvernementale (ici, le SHIELD) est renouvelée.
Thor quitte la Terre, assuré que quelqu'un, le SHIELD et les nouveaux Vengeurs, peut le remplacer. Il estime avoir rempli sa mission sur Midgard, ramené la paix et fait ses preuves, il est maintenant digne de la stature d'un futur roi d'Asgard.
Bruce Banner, désormais totalement équilibré malgré sa schizophrénie, considère qu'il n'est pas fait pour la vie en société, que même avec les meilleures intentions, il suffit d'une pichenette pour sombrer dans la folie, comme Wanda le lui a appris en le manipulant au Wakanda. Autant garder ses distances par sécurité, même si émotionnellement ça signifie renoncer à l'amour, en l'occurrence de Natasha Romanoff.
Celle-ci, curieusement, reste dans le SHIELD. Sa confrontation avec Loki a montré que son passé est bien plus chargé que celui d'Hawkeye, et elle a pas fini de l'éponger. En plus, je pense qu'elle se sent un peu une responsabilité à l'égard de Captain America, qui est perdu dans ce monde moderne mais qu'elle a contribué à guider quand il en avait besoin. Même si celui-ci est revenu dans les rangs, il ne partage pas la confiance de son amie dans les autorités en place. A nouveau pleinement intégré au SHIELD, il dirige non plus une équipe d'intervention, mais les Vengeurs qui bénéficient du soutien logistique de l'organisation sans subir son autorité. La charge de protéger le monde lui est revenue, en l'absence de Tony Stark et de Thor, mais il peut le faire selon sa propre volonté.

Reste Ant-Man, Scott Lang, un homme aux ambitions multiples. Faire la fierté de sa fille en devenant un héros, un modèle de vertu qui protège le monde. Mais le faire dans la discrétion, pour ne pas attirer l'attention. Un enjeu que n'a pas Tony Stark et qui démarque totalement les deux hommes.
Également, surveiller et empêcher les abus de la technologie ou des autorités en place qui en bénéficient – en témoigne la méfiance ancienne d'Hank Pym pour la domination sans partage des Stark et pour le SHIELD. En témoigne également la volonté de Scott Lang de rester discret lorsqu'il entre en contact, après la fin de son film, non avec les Vengeurs, mais avec Sam Wilson uniquement.

Vous avez remarqué ? Sur ces images de dual teams, les oppositions ne sont JAMAIS les bonnes ! C'est Hawkeye et Veuve Noire, Wanda et Vision, Bucky et Black Panther, Faucon et War Machine. Normalement c'est ça, et bah pas là !

Captain America : Civil War.
On en arrive au dernier film en date, la grosse bagarre qui a l'air d'un Avengers, qui sonne comme un Avengers, qui a le goût d'un Avengers, et qui est un Captain America.
La volonté de centraliser les enjeux est ancienne mais celle de briser les cloisons entre les films semble n'être apparue qu'avec Ant-Man (qui commence par songer à appeler les Vengeurs à l'aide avant qu'Hank Pym ne s'y oppose). Du coup il semble logique de ne pas régresser et d'inviter à nouveau les copains dans un film centré sur un seul. Deux à la rigueur si on compte Bucky.

Sans faire allusion à Civil War, le comic (parce que j'ai pas l'intention de traiter autre chose que les films), on peut parfaitement comprendre les enjeux et les motivations des super-héros dans Civil War juste en regardant ce qu'ils ont fait jusque là.
Captain America, Wanda Maximoff et Sam Wilson semblent être de loin ceux qui s'interrogent le moins sur les conséquences et les implications de leur combat. Ils pourchassent les ennemis du SHIELD, point. C'est violent, brutal et invasif comme la politique militaire américaine mais ils s'imaginent être les seuls à devoir faire ça indépendamment des logiques politiques.

Steve Rogers se voit pas faire autre chose, il admet lui-même être incapable de renoncer à combattre pour sa vision du bien. Sam Wilson a assisté à la débâcle du SHIELD vérolé par HYDRA et il éprouve beaucoup de sympathie pour son pote au bouclier. Wanda estime, toujours soutenue et guidée par Hawkeye dont l'indépendance n'est plus à démontrer qu'elle peut faire amende honorable en menant les bons combats. Scott Lang est naturellement opposé aux Stark par son lien avec Hank Pym, mais surtout il est l'archétype du super-héros qui ne prend ses ordres de personne, son concept repose justement sur son indépendance. Et Bucky, bah, il a été accusé à tort et il veut juste faire amende honorable en arrêtant le connard qui lui a causé tout ces ennuis.


En face aussi, on a des choix cohérents et de la logique. Tony Stark, d'abord, dont la relation avec Pepper Potts est au plus mal (si on peut encore parler de relation), parce qu'il est dépendant de son armure et du combat. Il s'imagine qu'en transférant la responsabilité à d'autres il pourra se recentrer sur sa vie privée, et comme il a toujours plus ou moins bossé avec les autorités en place, signer les Accords est normal pour lui.
Natasha Romanoff, de son côté, a probablement déjà travaillé pour de vrais méchants et le film rappelle que refuser d'avoir à répondre de leurs actes annulerait la différence entre les Vengeurs et leurs adversaires. On peut donc supposer qu'elle approuve les Accords parce que, si elle a toujours envie de rétablir sa balance karmique, elle tient pas à le faire en saccageant sur son passage.

Bon, War Machine, la question se pose même pas, il est membre de l'Air Force, alors il doit approuver sans réserve, vu qu'il était déjà impliqué face à son pote Iron Man quand le Pentagone voulait faire de celui-ci un employé de la Défense Nationale en armure high-tech. La Vision, enfin, est le premier et le seul – parce qu'il intellectualise tout – à souligner que ça a commencé à puer du cul quand un type s'est révélé être un richissime justicier transnational en armure volante, et que c'est peut-être pas sans lien, du coup, placer les forces potentiellement cataclysmiques sous le contrôle de la tribune de l'humanité, il est d'accord.
Ceux que je trouve les plus intéressants dans Civil War, c'est Black Panther et Spiderman. Le second aurait très bien pu opter pour l'indépendance et le refus des Accords de Sokovie si Captain America était allé le trouver, manque de pot, c'est Stark qui s'est pointé pour devenir le mécène et le mentor de l'homme-araignée (et possiblement en faire son successeur de la super-justice pour se retirer, vu qu'Iron Man n'a pas de film dans la Phase 3, contrairement à Spidey).

Tellement pété de classe ! ♥

Le premier, plus mystérieux, n'est dans l'équipe d'Iron Man que par défaut. Il veut mettre la main sur le Winter Soldier qu'il croit coupable de la mort de son père, et il n'a pas eu à se prononcer sur les Accords de Sokovie vu qu'il était pas encore dans le game à ce moment-là.
Par contre, vu sa position ambiguë tout au long du film, personnellement, je pense qu'il les aurait refusés également : il finit par planquer Bucky Barnes dans son royaume africain à l'insu de tous excepté Captain America, alors qu'il aurait pu utiliser sa notoriété et sa puissance politique pour le laver de tout soupçon, et il est plus intéressé par la protection du Wakanda que par le reste du monde (c'est même sa charge en tant que Black Panther). Bon, on pourrait objecter qu'il a vu des désastres être accomplis sur le continent africain et notamment des sujets wakandais tués au Nigeria, du coup... mystère !


Bref, comme vous le voyez, les super-héros du MCU sont loin d'être aussi semblables les uns aux autres.
Pour être narrateur moi-même je le sais bien, quand on écrit un personnage, on lui donne de la profondeur pour qu'il intéresse le lectorat ou le public, pour qu'on puisse s'y attacher. On lui crée une histoire, une personnalité, des convictions, des motivations, et du coup, le personnage prend tellement de relief que, bien qu'en restant fictif, c'est un peu comme s'il agissait par lui-même, faisait ses propres choix.

Et puis, quand on écrit une œuvre très longue ou avec beaucoup de personnages – ou les deux, comme dans cet exemple ou dans Game of Thrones / Le trône de fer – on n'écrit pas deux personnages identiques. Ça n'a absolument aucun intérêt narratif et ça affaiblit les deux puisqu'ils deviennent automatiquement interchangeables, ce qui va à l'opposé de la volonté d'origine, créer des personnages quasi-humains et intéressants.

Alors non, les personnages de Marvel ne sont pas des copies conformes, ils ont tous un profil particulier. Le mec en rédemption, soucieux de l'héritage qu'il laissera à sa mort, le fils prodigue, gardien d'une longue tradition de guerriers protecteurs et secrets, le père en difficulté, qui essaie de construire une image de modèle pour sa fille, la jeune femme qui aimerait faire plus de bien que de mal malgré son passé difficile... ils sont tous uniques et c'est ça qui fait qu'on s'attache plus aux uns qu'aux autres.
C'est aussi pour ça qu'ils continuent à nous intéresser et à nous faire aller au cinéma : les possibilités de la personnalité, de l'expérience, des convictions et des motivations humaines sont quasi-illimitées en termes de création de personnages. Même dans un univers qui a l'air de se répéter sans innover.

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