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30.7.16

De mon rapport à l'art.

La plupart de mon entourage internaute, parmi ceux qui s'expriment longuement en ligne, est assez partagée. Fort logiquement, il y a ceux qu'on peut grosso merdo schématiser comme des rationnels, qui parlent de trucs concrets de façon plus ou moins neutres émotionnellement. Principalement les joueurs-euses qui bloguent sur le jeu vidéo en confrontant les nouveaux titres à leurs expériences ou leur culture, et qui en général font aussi ça avec le reste de la culture (ciné, séries...).
Et puis y'a ceux qui bloguent de façon plus personnelle, et là on est totalement dans le spectre des émotions, qu'il s'agisse de partager leur vie, leurs péripéties, leurs engagements personnels, leur perception de l'actualité ou autre.

L'un de mes meilleurs amis, Adrien (je réalise en pensant à lui et en parlant de lui qu'il y a un univers entier entre mon entourage internaute et mon entourage tout court, n'en déplaise aux pignoufs qui croient me connaître et me juger via Twitter), écrit lui-même sur un blog, où il partage à la fois des textes qu'il écrit, des pensées personnelles et parfois des extraits d'ouvrages.
Le truc c'est qu'il a une culture vachement plus politisée que moi, il a lu pas mal de penseurs sociaux-sociétaux, économiques ou politiques, et il a souvent tendance à intellectualiser à mort son propos. Quand je suis en sa compagnie, ce que j'adore, j'aime autant sa présence que sa conversation, même s'il arrive souvent que je manque de répartie simplement par manque de culture.
De fait, j'ai du coup beaucoup de mal à commenter son blog. Un soir, il est passé chez moi parce qu'il avait pas le moral, j'avais de la bière qu'on a donc ouverte et bue, on a parlé de choses et d'autres et notamment de son blog, et en réponse à sa demande, j'avais été incapable de dire ce que j'y avais lu. J'y étais déjà allé, mais j'avais rien retenu... Je crois qu'il l'avait un peu mal pris ^^ Récemment, à la suite d'une de ses publications, je suis retourné y lire quelques articles, mais j'assimile pas, et je suis pas sûr de tout comprendre.

Des fois y'a quand même des films où les émotions sont faciles à comprendre.

Autant j'ai aucun mal à exprimer mes émotions, positives comme négatives – même si je suis pas fan de ce genre de catégorisation parce que pour moi la colère, la tristesse ou la haine (entre autres) sont intéressantes également, comme vecteurs de progression, de discussion ou de réflexion (qui d'entre nous n'a pas eu une grande conversation très honnête avec quelqu'un à l'issue d'une engueulade ? Et puis vouloir faire le bien dans le monde par haine envers les connards et les injustices, c'est un moteur comme un autre) – autant j'ai du mal à comprendre les émotions des autres. C'est comme ça, je capte pas ce qu'exprime Adrien dans ses textes.
Déjà sur Cowblog, y'a quelques années, j'avais beaucoup plus de facilité à lire un blog de dessineux (ils étaient tellement nombreux qu'ils formaient des bandes entières, souvent très soudées, avec respect mutuel, rencontres et amitiés... mais du coup quand ils s'en prenaient à quelqu'un c'était à 50) ou des blogueurs culturels que des blogs personnels (ce qu'on trouvait et trouve encore beaucoup). Et je préférais moi-même bloguer culturel, ce que je fais toujours, parce qu'à mon sens c'est beaucoup plus facile de se sentir concerné ou interpellé par la culture que par la vie de quelqu'un qu'on connaît pas forcément.

Je l'ai déjà dit, je suis quelqu'un de rationnel et logique. S'il devait y avoir une Team Spock contre une Team Kirk (ce qui n'arrivera jamais parce que leur relation et la construction de l'univers Star Trek repose justement sur le fait qu'ils sont liés par une indéfectible loyauté), je serais totalement Team Spock.
C'est justement cette logique et ce rationalisme qui, malgré l'empathie, ont clairement tendance à m'empêcher de comprendre les émotions et les pulsions, dans certains cas, en particulier quand l'expression se fait complexe ou abstraite.

Edward Hopper, Night hawks, 1942. Huile sur toile, 84.1 cm x 152.4 cm. Une peinture que j'aime beaucoup, justement parce que c'est du figuratif, et pour ce qu'elle représente.

D'un autre côté, c'est également là qu'on trouve l'explication de mon rapport à l'art. Je préfère nettement l'art figuratif, y compris dans le travail de ma ptite sœur Caroline, parce que pour moi c'est beaucoup plus facile à comprendre, y'a généralement moins à réfléchir sur le choix des couleurs et des images, l'art abstrait me dépasse. Je comprends pas ce qu'essaie d'exprimer l'artiste, je saisis que dalle des impressions, des sentiments, je connais peu ou pas les associations de couleurs et d'idées bref, je suis largué. Et c'est pareil en photo, littérature ou cinéma. Je préfère le figuratif parce que je sais que je peux dire avoir aimé tel élément, tel paysage, avoir trouvé jolie telle lumière ou telle composition.
Je suis attaché au confort intellectuel de dire que tel scénario est intéressant, que tel personnage est attachant ou au contraire détestable, que les effets spéciaux sont sympa, que l'univers est accrocheur, plutôt que de songer à pourquoi le réal a fait tel choix visuel ou a laissé dans le flou telle partie de l'intrigue dans une visée que je capte pas. Clairement, j'ai du mal avec les œuvres, quel que soit leur genre, qui n'ont pas ou qui ne définissent pas un cadre spatio-temporel bien marqué.

Ma toile préférée de Caroline (et que j'achèterai un jour sous une forme ou une autre) est une œuvre inspirée du film d'animation japonais La tour au-delà des nuages (que j'ai toujours pas vu d'ailleurs). Parce que le figuratif.

C'est pour ça que le cinéma est mon art préféré, que le cinéma de divertissement en est ma partie préférée, et que j'aime tout autant les blockbusters sans prétention que les films plus intellectuels et indépendants. Pour ça également que j'adore les blockbusters dotés de messages intelligents, sociétaux ou politiques, d'une écriture soignée : ils représentent à mon sens l'équilibre entre la réflexion et l'action, entre le visuel et le sensitif.
C'est pour ça que je considère avant tout la narration, c'est ce que je maîtrise le mieux en tant que jeune homme qui se cultive à fond depuis une quinzaine d'années et qui écrit de la fantasy. Après, je suis pas réfractaire à l'abstraction hein, je comprends tout à fait l'importance et la place, dans une narration filmée, écrite ou visuelle, du rêve, de l'espoir, de l'impossible, des chimères (les rêveries et les illusions hein, pas les bestioles), des idéaux à atteindre, des sentiments, des convictions et j'en passe, mais dès que ça devient trop intimiste, je suis largué (et ça me gonfle).

C'est pour ça que je passe un temps de malade à peaufiner la narration des Mille-Griffes. Je suis à la fois l'auteur et mon premier critique. Est-ce que ce détail est expliqué quelque part ? Pourquoi ce personnage fait ceci ou cela ? Qu'est-ce qui justifie telle attitude, tel choix ? Ou au contraire, pourquoi on peut dire que ne pas réfléchir et agir de manière impulsive à ce moment-là est compréhensible ? Quels liens entre quels événements ?
C'est vrai pour la plupart des romans structurés et encore plus pour les romans à factions et intrigues complémentaires comme Le trône de fer dont je m'inspire pour la structure. Je m'efforce de penser à tout pour pallier à la moindre incohérence. Comme dirait Kamel Debbiche à propos de Signes, sans avoir la maniaquerie de M. Night Shyamalan, j'essaie de faire que la plupart des détails comptent et j'essaie de les utiliser dans la narration, sauf si on est dans la description pure, ce qui est logique dans un roman.

C'est aussi une de mes œuvres préférées parce que c'est factuel, simple et facile à comprendre, concret, tangible. Je préfère les émotions au service de la narration plutôt que l'inverse.

En fait je me fais parfois l'impression d'un profane qui se cultive autant que possible sans vraiment approfondir, l'impression que j'ai le rapport à l'art d'un néophyte qui ne sait rien et ne va pas au-delà des apparences. Uniquement parce que j'ai du mal à décrypter l'expression des émotions chez les autres, et en premier lieu à travers leurs productions artistiques.
Mais bon, j'imagine que même dans la perception des arts, y'en a pour tous les goûts. A moins de tomber sur des élitistes qui me déconsidéreraient parce que je ne saisis pas toute la profondeur et la puissance d'une œuvre (pour moi la puissance ça qualifie un flingue, un véhicule, un phénomène naturel, pas une œuvre artistique...), y'a peu de chances que ça me gêne.
Je suis quelqu'un de rationnel qui a besoin de structure, de concret, mais du coup ça me permet d'avoir un mode de pensée et de réflexion en conséquence, ce qui m'aide très souvent dans tout ce que je fais.Finalement j'me plains pas.

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