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5.9.16

Nous ne sommes pas en démocratie.

Bam, ça s'appelle faire un titre putaclic x) En même temps, avec le sujet abordé, j'aurais difficilement pu en trouver un autre, et franchement, j'aime autant choisir des titres en rapport avec ce dont je parle dans mes articles.
Bref. NON, nous ne vivons pas en démocratie. C'est une évidence pour la plupart des gens qui ont une culture politique assez avancée et c'est très facile à accepter pour ceux qui sont sensibles aux questions politiques et sociétales. Le grand public l'ignore sûrement, mais par définition le grand public s'en tape, la masse populaire grouillante est un instrument dans les mains des dirigeants et on n'en sort que lorsqu'on acquiert, justement, une sensibilité politique et sociétale.

Du coup, je sais bien que je m'apprête à proférer des banalités pour les lecteurs potentiels de cet article mais comme tous ceux qui me prennent du temps, de la réflexion, et qui couvrent une certaine place, c'est le genre que j'aimerais voir être partagé et diffusé pour que la connaissance se propage. Je devrais faire comme les vidéastes, demander des partages à la fin des articles, après tout, je vulgarise aussi T_T
Enfin bref, loin de moi l'idée d'énoncer des évidences – et puis Macroscopie nous a enseigné que c'est pas parce qu'un truc va de soi qu'il faut s'abstenir de le démontrer – parce que ce qui m'intéressera ici est la vision historique et historienne du sujet, les raisons pour lesquelles notre régime politique ne peut pas être et ne sera jamais démocratique dans sa forme actuelle.


Vous avez déjà remarqué la manière dont on définit souvent, comme des modèles opposés, la république française et la démocratie américaine ? Le plus curieux dans l'histoire, je pense, c'est qu'aucun des deux régimes n'est réellement démocratique, et ce à chaque fois pour des raisons qui ne sont absolument pas liées à la politique. Bon, je vais pas m'arrêter sur les États-Unis ici, alors recentrons-nous sur la France.
S'il y a un domaine historique qui pourrait être ma spécialité si j'avais des diplômes plus élevés que la licence (eh, on sait jamais, je prévois toujours de refaire un master et cette fois de pas laisser tomber), c'est l'histoire romaine. Et si les régimes qui ont abouti à la république ne sont pas des créations romaines, c'est la cité italienne qui a perfectionné le modèle et lui a donné son nom, res publica, la chose publique, à l'époque où tout le monde est investi dans l'exercice de la cité (contrairement à notre époque où tout le monde s'en branle).

Ouais c'est bien ce mec-là qui a contribué à ressusciter la "république" en France. Lol -_-'

Sauf que la république, déjà sous les Romains, puis dans les cités-états italiennes médiévales et les Provinces-Unies de l'époque moderne, n'est en rien un régime démocratique. Récupérée par Napoléon Bonaparte avec les éphémères Directoire et Consulat, elle ne l'est toujours pas. Et récupérée par la bourgeoisie qui triomphe de la Révolution et de la Seconde Industrialisation (la plus connue, celle de la France et de l'Angleterre, environ de 1820 à 1870, la troisième étant celle de l'Allemagne, des États-Unis et du Japon à partir de 1870-80), la république française prend sa forme actuelle d'oligarchie dirigée par la bourgeoisie d'affaires et industrielle.
L'ironie c'est que, à l'époque contemporaine, assimilée à la démocratie, la république est opposée politiquement aux « dictatures » (je déteste l'usage qui est fait de ce mot parce que pour moi un dictateur c'est un magistrat romain 100% legit), donc aux tyrannies, qui ne peuvent se maintenir de nos jours que par l'association avec une partie favorisée de la population (par exemple la tyrannie de Saddam Hussein s'appuyant sur les musulmans sunnites contre les chiites), alors que la république est exactement ça.
Un régime qui ne peut se maintenir que par la domination d'une minorité favorisée qui profite largement de celui-ci.

Historiquement, la république se définit comme un régime gouverné par une assemblée constituée d'une portion faible de la population distinguée de la majorité par un critère précis. La noblesse, la richesse, l'exercice de certains privilèges sociaux, économiques ou militaires... On parle d'oligarchie (du grec oligo, petit) ou d'aristocratie (du grec aristoï, les meilleurs).
Le système fonctionne en circuit fermé et les membres se renouvellent d'eux-mêmes. Pour prendre l'exemple de la république romaine, n'accèdent au Sénat que les titulaires de fonctions électives élus sur candidature par le peuple mais choisis et soutenus par les sénateurs, créant ainsi un groupe particulier, l'ordre sénatorial, qui comprend les sénateurs et leur famille. A Rome, la famille appartient à la gens (ça se prononce « gainss », avec un g dur et « enn »), le clan, qui comprend plusieurs familles et réunit des dizaines de personnes parmi lesquelles tous les hommes peuvent espérer faire leur cursus honorum et donc accéder au Sénat. Ce qui fait que rares sont les homo novi, les hommes nouveaux qui ne proviennent pas d'une famille déjà sénatoriale.

Au-delà de tous les problèmes idéologiques et électoraux inhérents à l'extrême-gauche et déjà expliqué par Usul dans sa vidéo sur le trotskisme, l'une des raisons pour lesquelles le NPA et Poutou se ramassent à chaque élection, c'est surtout parce qu'ils ne sont pas un gros parti. Poutou ressemble au peuple, il est issu du peuple, il sait ce dont le peuple a besoin, il dit des  trucs qui déplaisent au capitalisme, résultat il se ramasse.

Pour prendre l'exemple de la république française, ne peuvent accéder aux fonctions électives que les candidats appuyés par les partis, au sein desquels ils ont préalablement fait carrière au service d'un protecteur déjà en place. Il est impossible d'être élu si on n'est pas le candidat d'un grand parti, ce qui va parfaitement à l'encontre du principe démocratique selon lequel tout le monde peut aspirer aux fonctions électives. En outre, la carrière politique doit être approuvée par les décisionnaires économiques qui contrôlent le système : il y a obligation de se conformer à leurs intérêts, de faire passer des lois et des mesures leur étant favorables, sous peine d'être marginalisé et, de fait, incapable d'être élu.
La compétition est également féroce entre les membres de l'oligarchie pour la faveur des politiciens déjà en place, pour celle des décisionnaires économiques, et même entre les politiciens déjà en place pour s'y maintenir et éliminer les autres.

Donc déjà, on a vu que la république française s'oppose à un grand principe démocratique, qui est celui de l'égalité devant les élections.

Mais ça va bien au-delà de ça, ce serait pas drôle si le peuple avait un contrôle sur les dirigeants qu'il ne choisit pas, t'imagines le délire ? Le principe premier, majeur, de la démocratie est la souveraineté du peuple. Ça veut dire que la Nation est aux commandes de l'État, qu'elle définit sa politique et son orientation.

http://www.huffingtonpost.fr/2016/08/29/burkini-nicolas-sarkozy-changer-la-constitution_n_11757074.html
Cher monsieur le connard, la Constitution est totalement amorale. Elle ne s'exprime que sur une chose : la convergence entre les lois et les idéaux de la France. Et la discrimination n'est pas un idéal français. Alors non, on légifèrera jamais sur les fringues. Cher monsieur le connard, TA GUEULE.
(tu peux cliquer sur les images d'articles/de sites pour voir les articles et pages en question)

La Constitution – qui je le rappelle est la trace écrite de la forme de gouvernement, c'est l'expression de la manière dont est géré un pays, pas un truc qui sert à propager le communautarisme et les dissensions – de la Vème république – et probablement des autres avant elle – met en avant le principe de représentation. Soit disant on est devenus trop nombreux pour pouvoir diriger nous-mêmes, alors qu'il faut élire des représentants, en occultant totalement le fait que la représentation est l'un des principes de base de la république qui par essence n'est PAS démocratique.
Du coup, cette Constitution veut que, à échéance régulière, avant c'était sept ans, maintenant c'est cinq et à mon avis c'est encore trop long, on élise un dirigeant qui représente la Nation et sa volonté. Sauf que ce dirigeant ne peut gouverner seul, ce serait un monarque sinon, et aux dernières nouvelles depuis la Révolution Française, le Printemps des Peuples puis l'instauration de la IIIème république, on a décidé qu'en France on n'aurait plus de monarchie, même élective (ne confondez pas monarchie et royauté. Monarchie, mono archos = un seul dirigeant. Royauté = roi. Une monarchie peut être incarnée par un général comme Franco ou un président comme Hitler).

http://www.gouvernement.fr/composition-du-gouvernement
TRENTE.CINQ.PERSONNES. 35 ministres et secrétaires d'État dans ce gouvernement ! 34 dans le gouvernement Ayrault 1, 37 dans le second d'Ayrault, et 30 dans le premier gouvernement Valls. 35 actuellement. La présidence socialiste a pété un câble niveau rémunération de l'exécutif ! Ce mandat AURA ÉTÉ UN PUTAIN DE GOUFFRE SALARIAL D'ÉTAT POUR LES CONTRIBUABLES.

Donc le dirigeant, qu'on appellera Président, se choisit un co-dirigeant, qu'on appellera Premier Ministre, lequel constitue un Conseil Roy... pardon, un gouvernement, avec des consei... des ministres selon des critères définis par et/ou avec le Président.
Et à aucun moment la Nation, qui prête sa voix au Président, n'a le droit de s'exprimer sur ces ministres. On pourrait prendre par exemple un ancien banquier d'affaires, totalement impliqué dans le maintien de l'ordre capitaliste libéral mondial par essence inégalitaire et ignorant des besoins et des intérêts des citoyens du monde, pour le mettre au Ministère de l'Économie, la Nation n'aurait rien à dire.
Cette même Nation élit d'autres représentants pour faire contre-pouvoir aux premiers, en les mettant dans un groupe de réflexion qu'on appellera Parlement et que, par commodité, on va diviser en deux sous-groupes, l'Assemblée Nationale et le Sénat. Bon, je rappelle que les heureux élus sont, là encore, désignés et nommés par les décisionnaires économiques et que le peuple n'est là que pour valider. Et bah ces représentants, là, loin de faire contre-pouvoir au gouvernement, s'allient à lui pour faire exactement ce qu'il veut, donc ce que veulent les acteurs économiques, quand les membres des deux groupes, gouvernement et Parlement, appartiennent à la même famille politique.
De façon rapide et claire ça veut dire que la Majorité Parlementaire (donc quand le Parlement est du même bord que le gouvernement), loin de proposer un équilibre des pouvoirs, ne fait que faciliter le travail des gens qui piétinent et malmènent le peuple, ses droits et son bien-être en général.

Ah bah c'est sûr, on peut pas siéger à l'Assemblée si on a un autre boulot à côté ! 
(cette image vient de cet article https://actualitesetcritiques.wordpress.com/2016/01/14/le-cumul-des-mandats-cette-honte-de-la-republique/ qui parle justement du cumul des mandats)

Et puis évidemment hein, quand les représentants au Parlement sont élus, on n'a aucun contrôle sur eux, ils peuvent cumuler cette fonction avec à peu près n'importe quelle autre et, comme ils n'ont pas le don d'ubiquité, ne pas se présenter en Assemblée, personne dira rien. Le plus beau c'est que même quand ils vont pas faire ce pour quoi on les a élus, leur boulot, ils sont payés quand même avec l'argent public des contribuables !
Ce qui, si on suit bien le concept, nous présente le principe supérieur de la démocratie piétiné par la république française. La souveraineté populaire, elle n'existe pas en France. Le peuple ne dirige rien.

Ensuite, ces pantins-politiciens entre les mains des acteurs économiques, nommés et approuvés par eux (le suffrage populaire ne devenant ici qu'une validation à posteriori), sont également protégés par ceux-là mêmes qui les ont mis à leur poste. C'est un système donnant-donnant : les politiciens votent en faveur de l'économique, l'économique exerce des pressions afin de maintenir l'immunité des politiciens.

C'est ce système qui fait, notamment, que les politiciens ont récemment refusé la condamnation systématique des actes de harcèlement sexuel dans l'exercice de leurs fonctions, ce qui confirme leur immunité puisque la condamnation est possible, mais en fait très rare et difficile à appliquer par un juge. C'est ce système qui fait que l'évasion ou la manipulation fiscale des politiciens comme des acteurs économiques n'est généralement pas condamnée. C'est encore ce système qui fait que les dépenses et infractions courantes comme les excès de vitesse, les frais de déplacement dans l'exercice des fonctions et autres sont laissées à la charge des contribuables, par l'intermédiaire des finances publiques des ministères, eux-mêmes financés par l'État, donc par les impôts.
Oui oui : nos impôts paient les amendes et les frais de transport des ministres.
Et c'est à nouveau ce système qui fait qu'il y a quelques années, une vendeuse en boutique vestimentaire a été renvoyée de son poste après s'être un peu moquée de Nadine Morano, alors ministre de Nicolas Sarkozy mais pas dans l'exercice de ses fonctions, puisqu'elle accompagnait sa fille pour du shopping.
Et c'est encore ce système de protection mutuelle entre l'économique et le politique qui fait que, quand des journalistes ou des lanceurs d'alerte révèlent une vaste fraude fiscale à l'échelle de plusieurs pays et d'innombrables coupables, les responsables ne sont pas inquiétés par la justice, alors que les lanceurs d'alerte sont condamnés. Edward Snowden en est un représentant assez éloquent.
Nouveaux principes démocratiques totalement piétinés par la république française, l'égalité devant l'impôt et devant la loi.

Bon, on va résumer parce que c'est un peu le bordel là.
Qu'est-ce qui montre que la république française n'est pas une démocratie ?
  • Elle est inspirée par la république napoléonienne (qui est un mélange entre monarchie absolue et république romaine), elle-même inspirée par la république romaine, laquelle n'est pas une démocratie.
  • Elle est fondée sur le principe de représentation des citoyens par des magistrats (au sens romain) élus – déjà c'est un principe qui n'est pas démocratique. Ces magistrats ne sont de toute façon pas élus, mais choisis par les acteurs économiques du monde capitaliste libéral et validés par les « élections ». Les membres de la classe sociale politique, totalement fermée, se renouvellent d'eux-mêmes par des mécanismes sociaux qu'ils ont eux-mêmes définis à leur avantage (en leur laissant le contrôle sur qui entre et qui sort de la classe politique), sous l'égide des acteurs économiques qui usent des médias pour marginaliser les indésirables.
  • Les représentants publics et les acteurs économiques sont immunisés contre les lois qu'ils contribuent à écrire et mettre en place, mais aussi contre les règles les plus élémentaires d'éthique et de morale, ce qui leur permet d'agir de manière raciste ou sexiste dans l'indifférence générale.
    En outre, ils bafouent complètement les règles de la fiscalité et de l'équité économique, ce qui leur permet d'être payés une fortune, de payer le moins d'impôts possible, de ne rien révéler de leur situation économique voire de pratiquer l'évasion fiscale.
  • Le fonctionnement de la république interdit l'expression de la volonté populaire à chaque fois où celle-ci devrait être requise : au moment de former le gouvernement, notamment, et à chaque fois qu'il est remanié, ou encore sur les lois les plus importantes, qui sont discutées et votées par des magistrats qui ne représentent pas la volonté populaire et se moquent éperdument de la connaître.
    Le transfert des responsabilités depuis la France vers l'Union Européenne aggrave encore ce fait en réduisant l'impact de la volonté populaire sur la marche du pays et en la remplaçant par la volonté des acteurs économiques et des puissances étrangères (donc de l'Allemagne puisque l'Union Européenne est un empire allemand qui ne dit pas son nom).

Bon alors clairement, quelque chose ne va pas dans ce pays. Mais c'est pas arrivé comme ça, sans raison, on s'est pas réveillés un jour en passant d'une monarchie absolue à la Révolution et de la Révolution à une oligarchie. Ce serait bien que la société politique se soit faite d'un coup, ça voudrait dire qu'on pourrait la défaire. Qu'est-ce qui s'est passé pour qu'on en arrive là ?
Ben l'ironie c'est que, j'ai envie de dire, rien ne s'est passé. Y'a pas eu de déclic, d'événement précis, seulement la marche de l'Histoire sur des siècles et des siècles.

Pourquoi en France la Nation est totalement détachée de la vie publique, de la politique et de la destinée de l'État ? Pour commencer, parce qu'à peu près jamais dans l'Histoire de France le peuple n'a été parfaitement maître de ses actes et des conséquences de ces actes. Pratiquement jamais le peuple n'a pris de décision politique par lui-même.
La Révolution Française ? La bourgeoisie qui en a marre de trimer sous la noblesse et qui décide de péter un câble pour obtenir l'élévation sociale (en éliminant la classe au-dessus, la noblesse), le tout en instrumentalisant la colère populaire. La Sainte Ligue ? Une bande de bourgeois parisiens qui interdisent au roi (Henri III) et ses représentants l'accès à Paris pendant quelques années, le tout sous le contrôle de nobles ultracatholiques, dans un contexte de guerres de religion entre catholiques et huguenots (protestants).
Y'a bien le Printemps des Peuples en 1848 et la Commune en 1870-71 mais à chaque fois l'événement a bénéficié à d'autres qu'au peuple lui-même (Louis-Napoléon Bonaparte qui devient premier et seul président de la IIème république et Adolphe Thiers qui contribue à fonder la troisième).

Comment tu veux que les dirigeants français se prennent pour autre chose que des émissaires divins quand on voit de quel héritage politique et culturel ils descendent ?!? Presque 1500 putains d'années de monarchie ininterrompue !

Ensuite, parce que la France n'a pas une histoire démocratique. C'est comme ça, on peut rien y changer. Au Moyen-Âge, les monarchies franque puis française s'appuyaient pour perdurer sur une division sociale entre les seigneurs, classe militaire, et le peuple (ainsi que le clergé, mais c't'autre chose), laquelle division s'accompagnait d'un comportement prédateur (le servage, la féodalité, l'ost, c'est-à-dire le service militaire annuel, les impôts nombreux et lourds, les guerres, tout ça).
A l'époque moderne, la monarchie se complexifie en se dotant d'un appareil d'état plus vaste et puissant, au point de devenir absolue, et là on n'en a plus rien à cirer du peuple, il a une grande importance dans la symbolique sociétale de Louis XIV (la vision organique du royaume, le roi c'est le cœur et le peuple c'est les muscles) mais dans les faits la prédation médiévale continue.
A l'époque contemporaine, la bourgeoisie prend la place de la noblesse et fait exactement pareil, dominer, contrôler, écraser, maintenir dans la pauvreté afin d'être la seule à contrôler les mobilités sociales.

Et parce que la France n'a pas une histoire démocratique, elle n'a pas intérêt à ce que la masse populaire ait trop conscience d'elle-même. Les Lumières auraient eu moins d'impact si le peuple savait déjà à quel point il en chiait (et puis la principale cible du message des Lumières, qui étaient des philosophes bourgeois ou nobles, donc privilégiés, c'était la bourgeoisie, la noblesse et les rois, donc d'autres privilégiés).
C'est encore le cas de nos jours, le peuple en France en 2016 est tout sauf unifié, les divisions, le racisme, la xénophobie, sont entretenus par les médias (aux mains des acteurs économiques), dans un système, le capitalisme libéral, qui encourage de toute façon l'individualisme féroce plutôt que l'altruisme, la coopération sociale, l'ouverture et le partage.

Dans le même ordre d'idées, afin de maintenir le peuple dans sa posture dominée, écrasée, incapable d'avoir une conscience et d'élaborer des réflexions communes, il y a tout un éventail de moyens intellectuels, sociaux et matériels auxquels on pense pas forcément. Non parce que tous les régimes antidémocratiques ne sont pas représentés dans les médias par des défilés militaires, des contrôles de police aléatoires, des couvre-feu et des opposants fusillés ou déportés.
L'un des moyens les plus efficaces et les moins coûteux pour maintenir une population dans l'apathie politique, c'est l'éducation. J'aime beaucoup la république romaine, qui s'est maintenue presque intacte durant mille ans, mais elle a réussi ça en partie parce que la majorité de la population était au mieux illettrée, au pire analphabète (autrement dit soit les citoyens de l'empire ne savaient pas lire et écrire, soit personne le leur a jamais enseigné).
Le problème pour les gens qui veulent maintenir les populations dans l'ignorance, c'est que de nos jours y'a une petite chose située à New York, États-Unis, et appelée l'Organisation des Nations Unies qui consacre une de ses branches, l'Unesco, à la diffusion et au développement de l'éducation et de l'instruction dans le monde.

Désolé les connards, pour l'ignorance généralisée il faudra repasser, on se laissera pas replonger dans les ténèbres intellectuelles sans rien dire.

Sinon, un moyen qui est bien aussi, c'est d'expliquer aux grouillots du peuple qu'ils sont des connards. Mais de manière diplomate hein.
Par exemple, prenons le cas d'une nation qui déciderait subitement de prendre le destin de son pays en main et de quitter un organisme supranational autoritaire et inégalitaire, comme, disons, l'Union Européenne. Vous pouvez être à peu près sûrs que dès que le désengagement est décidé par les votes, y'a tous les connards de l'univers qui vont dire que c'est une erreur, que le peuple a voté sans savoir, qu'une minorité de connards a pris en otage le scrutin (en même temps avec presque une moitié d'abstention si vous êtes pas contents du résultat vous avez le droit de FERMER VOS GUEULES), qu'il faut à tout prix refaire le vote ou invalider la décision bref, qu'il faut vraiment, VRAIMENT PAS demander l'avis du peuple, de toute façon les pécores n'ont pas d'éducation politique !


Un autre mécanisme de pensée ultra-efficace qui marche très bien avec le précédent c'est de dire aux citoyens non pas qu'ils sont des connards, mais qu'ils sont des gosses. Tu te rappelles la vision organique de la société par Louis XIV, la tête et les muscles ? Ben il en avait une autre aussi. La vision familiale de la société. C'était du repompage de Rome avec son pater patriae, le Père de la Patrie, et ça a été repris entre 1940 et 1944 par un gouvernement français d'extrême-droite qui opérait depuis une ville balnéaire en Auvergne, si tu vois ce que je veux dire. Le Maréchal qui était aux commandes disait partout qu'il était le père de famille de la France et que tous les autres étaient ses enfants.
Infantiliser ça marche du tonnerre. Les enfants ne sont pas bêtes, mais ils ne savent rien. Ils n'ont pas la connaissance, l'expérience, la maturité, le recul. On peut pas confier de responsabilités à un enfant, surtout pas. Les enfants, il faut les prendre en main, leur expliquer les choses, et surtout il faut décider pour eux. Alors forcément tu as régulièrement des politiciens qui expliquent posément que le chef de la France est un père qui doit gouverner d'une main juste mais ferme, et que le peuple n'a qu'à fermer sa gueule parce que c'est rien qu'un gamin turbulent et immature.
Sauf que non, pas du tout. Le chef de la France c'est un homme comme vous et moi, les mecs, c'est un citoyen du commun qui a été porté au pouvoir par des gens que ça arrange de le favoriser plus qu'un autre. Devenir président n'a pas fait de lui un être transcendant, ça reste un citoyen, et sûrement pas mon père ou le tien. Toi et moi, et eux, tous ceux qui le veulent, et lui, et elle, tous ceux qui sont seuls, on n'est pas des gosses. Le peuple n'est pas un gosse, c'est plus de 60 millions de personnes avec leurs expériences, leur vie, leur parcours, souvent plus doués que les politiciens dans beaucoup de domaines. Souviens-toi que contrairement à eux, le travail technique et matériel, on sait ce que c'est.

Mais bon, tout ça c'est des moyens qui ne valent que sous la pseudo-démocratie, il faut bien que le peuple vote de temps en temps pour pouvoir lui dire qu'il vote pas dans le bon sens (dans le sens du capitalisme libéral). Non, en France, ou en tout cas sur le territoire qui correspond à l'actuelle France, on a choisi autre chose : la sacralité des représentants du pouvoir.
Évidemment c'était déjà le cas à Rome, mais vu que l'empire s'étendait sur ce qui est à l'heure actuelle une multitude d'états ça sert pas mon propos (même si bon, on est d'accord que globalement l'illusion de la démocratie est pareille chez les Allemands, les Grecs ou les Italiens, je suppose).

"T'as cassé mon vase ? OH PUTAIN T'AS CASSÉ MON VASE ?!?" Clovis Ier qui explique à un de ses soldats que LE VASE DU ROI C'EST SACRÉ, qu'on ne touche pas au vase du dirigeant quand on fait partie de la masse populaire.

Déjà durant le Moyen-Âge précoce, sous les premiers royaumes mérovingiens, y'avait une distanciation claire entre les dirigeants et le peuple. Les chefs francs étaient pas spécialement sacrés mais en attaquer un c'était prendre le risque de ramasser une francisque dans la gueule, donc peu de candidats à l'expérience.
Par la suite, la christianisation de la société et du pouvoir a été un marqueur clair : les rois et les nobles étaient déjà plus comme le petit peuple, outre les liens familiaux et la fortune innée, il est devenu très difficile, au cours des siècles, d'intégrer la classe dirigeante (en témoigne la Révolution Française qui était justement l'expression du principe que « bon, les bourgeois on en a marre de trimer sans pouvoir entrer dans la classe dirigeante, alors maintenant on va devenir la classe dirigeante »).
Rome a eu ses Tribuns de la plèbe (qui sont quand même sacrément souvent passés sous les coups de couteaux), la monarchie française a sa personne royale, inviolable et sacrée. Et les nobles c'était pareil, c'est un peu comme au Japon les Samouraïs qui étaient de grands propriétaires terriens privilégiés et qui avaient le droit de buter sans conséquence tout pécore qui avait le malheur de les offenser, les nobles en France étaient tous plus ou moins liés à la famille royale (c'est ce qui fait leur caractère noble), du coup ils étaient largement au-dessus de la masse populaire.

Et c'est resté comme ça, en France on a un principe chelou hérité de la monarchie, quand on est détenteur d'une fonction publique, on est représentant de l'autorité centrale, on a des pouvoirs particuliers, donc forcément on n'appartient pas ou plus à la plèbe, on est à part. Et comme on est à part, on est intouchable. Parce qu'il paraît que s'en prendre aux représentants c'est s'en prendre au système.
Y'a des pays comme ceux d'Europe du Nord et certains d'Amérique du Sud où les élus savent quelle est leur place, où ils sont clairement au service du peuple, où ils continuent à avoir une vie normale. Quand les Panama Papers ont été révélés, le Premier Ministre islandais, impliqué, a donné sa démission. Je crois qu'Alexis Tsipras, Premier Ministre grec, en a fait autant après avoir échoué (c'était prévisible) à régler les problèmes causés par l'UE dans son pays. Cet été, une ministre suédoise a été contrôlée au volant de sa voiture par la police avec 0,2g d'alcool dans le sang – soit une quantité très négligeable, elle a démissionné aussi.
Aux États-Unis, un pays quand même vachement plus pourri en termes d'inégalités sociétales et politiques, ils ont une procédure qui s'appelle impeachement, une destitution présidentielle. Si le président a merdé durant son mandat, on le vire. Pas en France.

http://www.huffingtonpost.fr/2016/09/05/bygmalion-nicolas-sarkozy-parquet-correctionnelle_n_11863740.html
Et là t'as tous les politiciens qui vont faire "mais wouat ?!? Il peut pas être jugé, il est candidat, en France on juge pas les politiciens, non mais on va où là ?".
Vers la démocratie égalitaire, connards.

En France tu peux très bien avoir une demi-douzaine d'affaires judiciaires avec ta responsabilité quasiment avérée aux fesses et être quand même candidat à la présidentielle. En France on a une loi qui dit que si tu es en campagne présidentielle tu bénéficies de l'immunité judiciaire, au cas où justement tu deviens président, parce que le président est immunisé contre la loi qu'il contribue à faire écrire.
En France y'a un truc dans la société qui fait que les politicien-nes sont persuadés que politicien-ne c'est un métier, pas une fonction au service du peuple, que c'est une carrière que tu peux mener de bout en bout, pas un privilège temporaire auquel il faut renoncer à un moment, que quand tu es politicien-ne tu participes à organiser la société sans jamais y prendre part toi-même, vu que tu es au-dessus, en position de juge, d'arbitre et de bourreau.

Alors oui, clairement, y'a un problème avec la politique en France. De nombreux principes qu'on présente comme éléments incontournables de la démocratie sont bafoués, ignorés, enfreints ou violés. L'égalité la plus élémentaire, l'humilité et la décence des élus, le simple concept d'élection, tout ça c'est de la fiction, des mots pour aveugler les masses et leur faire croire qu'on est en démocratie.
Mais non. On est en république, et la république ce n'est pas la démocratie. Loin de là.

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