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17.10.16

J'ai donné mon sang. Je donne mon plasma. A ton tour.

Récemment (le vendredi 14/10/16) je suis allé donner mon plasma et un peu moins récemment j'ai posté un article sur mon rapport à la consommation de viande dans lequel j'ai rapidement mentionné le sujet.
J'pense qu'après huit ans de bons et loyaux services, ce serait pas du luxe de faire un peu de prosélytisme. Aujourd'hui on va parler hémoglobine (non. Je fais pas dans le trash et l'horreur, c'était pour le jeu de mots. On va même pas parler hémoglobine au sens biologique.).


Déjà il faut savoir qu'en France, comme à peu près partout ailleurs, les besoins en sang, en plasma et en plaquettes – les trois types de dons – sont très grands et pas couverts par les dons. La demande est plus grande que l'offre. Par contre, à la différence d'autres pays comme les États-Unis ou l'Allemagne, les dons sont faits sur la base du volontariat sans contrepartie.
J'en discutais avec l'infirmière qui m'a piqué vendredi, si on m'écoutait à chaque fois qu'on enverrait un mec en prison il serait d'abord prélevé, parce que plein de condamnés sont parfaitement sains de corps et que ça ferait du sang en plus, et elle m'a répondu que ça se faisait avant, mais maintenant il faut consentement.
En revanche, dans ces pays que j'ai cités là, et dans d'autres, on est payé quand on donne son sang. Tout de suite ça attire du monde – et parfois malheureusement des gens qui n'ont pas forcément la santé ou l'hygiène nécessaire pour donner. En France on donne et c'est tout, on a rien en échange. La France compte sur la bonne volonté de sa population (c'est beau. Naïf, mais beau).

En outre, qui peut donner son sang, son plasma ou ses plaquettes en France ? N'importe qui entre 18 et 70 ans (après 60 c'est restreint par l'avis du médecin), sous restrictions de santé généralement bien définies – si vous êtes pas assez corpulent-e ou que votre organisme souffre de carences quelconques, c'est pas possible. D'ailleurs, je me dis que, d'après le questionnaire d'avant-don, on peut même donner en étant homosexuel-le : il y a des questions sur les risques liés aux partenaires sexuels, mais rien sur l'orientation en elle-même.

Alors, le don en France, comment ça se passe ? Vu que c'est pareil pour le sang et le plasma – je parlerai pas des plaquettes que j'ai jamais données – je vais offrir une perspective générale avant d'entrer dans les détails.
Déjà, il y a 4 étapes incontournables. Peu importent les conditions et les circonstances, vous y passerez.


Étape n°1 : l'accueil.
Ça a l'air bête dit comme ça, mais en arrivant aux EFS (Établissements Français du Sang) vous passez à l'accueil. Vous annoncez la raison de votre venue (don prévu par rendez-vous, premier don...) et on vous demande votre nom-prénom-date de naissance et adresse pour confirmation (ou on les enregistre). On imprime une fiche avec plein de données que je comprends pas liées au donneur, sur son sang et tout, qui comporte aussi plusieurs code-barres qui servent d'identifiant personnel (j'y reviens), un rapide résumé des derniers dons (date, nature, quantité), la taille et le poids du sujet (j'y reviens aussi) et d'autres infos personnelles. Et on vous donne un questionnaire à remplir (il a récemment été actualisé) en vue de l'étape numéro 2. Et puis surtout, on vous demande ce que vous voulez boire. Même si vous arrivez bien hydraté comme c'est conseillé, on vous donne à boire pour avant et pendant le don, et si vous êtes à sec (par exemple durant un don de plasma) vous avez évidemment droit à du rab.

Les EFS de Lille, c'est grand \o/ 
(avant ils étaient petits et exigus et de l'autre côté de la rue à droite par rapport à la photo)

Étape n°2 : l'entretien.
Sur votre fiche personnelle, on épingle aussi un petit ticket avec un numéro et quand vous êtes appelé-e vous allez dans un bureau fermé pour un entretien avec une infirmière ou un médecin – je suppose que la présence d'au moins un médecin est obligatoire mais les deux personnes sont habilitées à superviser le don et l'entretien.
Cet entretien porte sur le questionnaire préalablement rempli et qui évoque entre autres les risques liés aux voyages (hors-Europe, voyages de longue durée, séjour en Grande-Bretagne dans les années 90, votre mère est-elle non-Européenne, apparemment y'a un paquet de situations à risque), le passé médical (historique des opérations chirurgicales ou dentaires, des prises de médicaments, des maladies récentes notamment infectieuses...) ou encore les partenaires sexuels et la consommation de certaines substances.
Tout est parfaitement confidentiel et il n'est question que d'éviter les risques pour le receveur de sang ou plasma que vous allez donner, hors de question de faire un bilan de santé aux EFS. Puis l'infirmière ou le médecin prend votre tension (j'y reviendrai), évalue la quantité de votre don en fonction de votre taille et votre poids indiqués sur votre fiche (moi par exemple, du haut de mon mètre 74 et de mes soixante et quelques kilos, je donne 630 ml de plasma par don), note la quantité en question sur votre fiche et vous envoie en don.

Étape n°3 : le don.
Dans les EFS de Lille, la partie don de sang est immédiatement derrière les quatre bureaux des entretiens, la partie plaquettes au milieu et la partie plasma, la plus grande, au fond, avant la salle de repos. Les trois se ressemblent : des lits médicalisés chacun doté d'une machine de prélèvement, en nombre variable. Y'en a évidemment plus pour le don de plasma, pour des raisons pratiques : les donneurs de sang restent moins de 20 minutes en salle de don, ceux de plaquettes sont rares et le don est si long qu'on ne reçoit que le matin, donc ils ont besoin de peu de lits. Par contre en plasma, on reçoit toute la journée, et c'est 45 à 90 minutes en fonction de la quantité donnée. Du coup, il y a parfois affluence.

Les nouveaux EFS de Lille, depuis qu'ils ont traversé la rue depuis l'ancien site, y'a deux-trois ans, sont immenses et très lumineux. L'accueil et les bureaux pour les entretiens sont à gauche par rapport à la photo. On arrive par là. Au fond à gauche, le don du sang, au fond au centre, la zone plaquettes, et le plasma c'est à droite sur une grande zone.

En salle de don, une infirmière vous installe en fonction de votre bras préférentiel de don (parce que les machines de prélèvement sont à côté des lits) – moi par exemple c'est le bras droit, rien à voir avec le fait que je sois droitier, mes veines sont juste « plus belles », plus accessibles de ce côté – vous demande votre nom-prénom-date de naissance pour confirmation (c'est une formalité, peu de chances que quelqu'un prenne votre place depuis votre arrivée, et puis moi je suis un peu connu aux EFS de Lille ^^).
Puis elle prend votre tension, fait des prélèvements-tests dans des petites éprouvettes en plastique où elle colle les code-barres, ceux qui vous identifient, comme ça si y'a un problème détecté en analyse post-don (tous les dons sont testés. VIGILANCE CONSTANTE.) on sait où chercher ou qui contacter, et le vrai don commence, dont la durée varie comme indiqué ci-dessus. Environ 20 et de 45 à 90 minutes pour le sang et le plasma respectivement. On vous demande régulièrement – surtout en plasma – si ça va pendant le don, si ça va pas on arrête, et à la fin on reprend votre tension (encore ! Je vais y revenir ^^) avant de vous envoyer en salle de repos. La poche de sang ou plasma sera précieusement conservée avec, encore, votre code-barres identifiant dessus, et expédiée où elle est nécessaire au plus vite (certains produits du plasma ont une durée de vie limitée).

Étape n°4 : le repos.
Basiquement c'est au moins 20 minutes mais ça dépend de votre état, moi généralement je m'attarde un quart d'heure le temps de manger tranquillement ce qu'on me donne puis je file. L'important est de s'hydrater : on vous donnera toujours à boire, du chaud ou du froid en fonction de votre demande et de l'heure de la journée. On entend souvent que quand on se sent mal il faut manger du sucre ou du chocolat mais aux EFS, le problème n'est pas énergétique. Le problème c'est la tension et la déshydratation, donc il faut surtout BOIRE. Après c'est sûr qu'à midi c'est un peu léger mais ça n'a pas vocation à être un repas, c'est un reconstituant, les EFS ne sont pas un restaurant.
En fonction des endroits ça doit varier mais l'offre est toujours assez large, genre vendredi j'ai eu un panini au fromage (j'en prendrai plus parce que ça mérite à peine son nom, rapport à la quantité de fromage microscopique), une mousse au chocolat et un jus d'orange. Un peu amer, j'en ai déjà pris plein de fois mais j'en prendrai plus. Et quelle que soit votre demande, des barres de céréales aussi. Le reste de la journée, c'est souvent des viennoiseries, des fruits, des crèmes, ce genre, c'est sûrement industriel, mais ça fait le job et c'est assez bon.

Voilà, alors ça c'était le parcours de base, celui que vous connaissez systématiquement quand vous donnez votre sang ou plasma. Évidemment il y a des détails et des variables à connaître.

Le don de sang c'est très simple, la machine prend votre sang, l'envoie dans une poche en plastique et point barre. Elle fait pas ça trop vite, histoire que vous ayez pas la sensation de vous vider comme une gourde percée, mais c'est pas compliqué du tout, tout le sang est conservé.

On vous donne une "poire" à presser pour faciliter la transfusion sanguine par l'activité des doigts (surtout lors du retour en plasmaphérèse, le moment où la machine vous renvoie votre sang après en avoir extrait le plasma) et on met une compresse sur la piqûre pour les petits délicats.

Le don de plasma c'est autre chose. Physiquement, le plasma c'est liquide, jaunâtre et translucide. On dirait du pipi mais c'est plus important. On s'en sert notamment pour traiter les grands brûlés et les hémophiles, mais aussi pour créer des médicaments, et pour plein d'autres usages.
La machine utilisée comporte plusieurs tuyaux et compartiments avec des parties qui ressemblent à des pompes. Ça a l'air terrifiant dit comme ça mais en fait le principe est simple : la machine effectue un prélèvement de sang total, puis sépare le sang du plasma, garde le premier dans un compartiment transparent (sinon c'est pas drôle, on pourrait pas voir notre propre sang dans une boîte) et envoie le second dans une poche. Puis elle renvoie le sang dans l'organisme. Et répète le processus aussi longtemps que nécessaire pour prélever la quantité prévue de plasma.
Dans le cas du sang comme du plasma, c'est l'infirmière qui pique qui programme la quantité en fonction de ce qui est indiqué sur la fiche personnelle, évidemment.

La machine qui fait le prélèvement de plasma c'est ça. En bas, vous voyez la poche de plasma. La machine prend votre sang, le met dans le cylindre en haut à droite, envoie le sang dans la boîte en dessous, le plasma dans la poche, puis vous renvoie votre sang. Plus épais du coup. D'où le besoin de boire. Du coup la boîte un peu carrée là, vous la voyez se remplir et se vider plusieurs fois de suite. J'ai demandé, elles sont pas nettoyées, elles sont à usage unique.
Bah tiens en plus c'est les EFS Nord de France, c'est écrit sous l'étiquette bleue.

Il faut savoir que dans tous les cas, vous pourrez jamais donner directement votre plasma même si, pour votre groupe sanguin, les besoins en plasma sont plus grands que ceux en sang. Je donne depuis 2008 et j'ai donné pendant à peu près un an et demi en sang avant de passer au plasma. Les EFS veulent être sûrs que votre organisme est capable de se faire pomper entre 180 et 230 ml de sang d'un coup sans réagir pour pouvoir en demander davantage. Je sais bien, on est des gars plutôt résistants, les humains, on peut se remettre de beaucoup de choses, mais l'objectif c'est pas de vous renvoyer du Don du sang dans une ambulance.
En plus, il y a un délai d'attente imposé pour donner : 8 semaines après un don de sang, quel que soit la nature du don suivant, et 2 semaines pour le plasma. Pour mon groupe, le B+, les besoins sont plus grands en plasma, du coup je consacre deux heures à ça à peu près toutes les deux semaines, surtout depuis janvier 2016, ce qui fait qu'aux EFS de Lille ils commencent à bien connaître ma tête ^^
Ensuite, y'a tout un tas de trucs qui sont dits et doivent être appliqués avant et après le don, et ils varient en fonction du don. Les fameuses et évidentes précautions d'usage. 

Pour le sang total, être en pleine forme et avoir un bon taux de fer dans le sang. Au cas où tu l'ignores, le fer, c'est le machin qui évite l'anémie, donc qui permet, entre autres, la coagulation. Si tu es du genre à saigner beaucoup à la moindre blessure, vérifie ton taux de fer. Au niveau de l'alimentation, ça passe par des légumes secs genre lentilles, des fruits secs (noix, noisettes), des légumes riches en fer comme les épinards ou les brocolis, mais aussi de la viande rouge. C'est pour ça que, pendant un bon moment, je mangeais de temps en temps du cœur de bœuf : c'est très bon, ça n'a pas du tout le goût d'abat, ça se cuisine comme un honnête bifteck et c'est très riche en fer.
Toujours dans la catégorie avoir un bon taux de fer dans le sang, parce que c'est utile tout le temps et pas juste si on est donneur, éviter le café et le thé, qui parasitent l'absorption de fer, au moment des repas ou juste après.


Pour le don de plasma, la précaution d'usage, c'est d'arriver bien hydraté. Un don quel qu'il soit va baisser votre tension, c'est la raison pour laquelle elle est prise deux fois avant le don et une fois après – et même deux fois après si elle a trop baissé. Si votre tension a effectivement trop baissé, au mieux on vous dira de revenir après avoir mangé, au pire on vous empêchera d'aller manger avant un temps de repos forcé.
Par contre, donner votre plasma, ça déshydrate assez pour une raison simple : le plasma c'est le composant principal du sang.
Les globules blancs ce sont les défenses naturelles, face à une maladie ils produisent les anticorps adaptés. Quand vous êtes sain-e vous êtes pas au top production dans ce domaine, et il est hors de question de donner quoi que ce soit en étant malade. Et puis ils sont de toute façon pas transfusés pour éviter les problèmes au niveau du receveur. Les globules rouges bon, c'est les trucs les plus utilitaires, les plaquettes je sais pas bien ce que c'est mais c'est important aussi, et le plasma, c'est ce dans quoi tout le reste baigne. Pour utiliser une métaphore éloquente, si le réseau sanguin humain était une rivière, le plasma c'est l'eau, tout les autres produits sanguins sont les plantes et les débris végétaux et minéraux. Non le plastique et les produits chimiques ça compte pas ce sont des putains de virus de l'environnement.

Du coup, quand vous donnez votre plasma, vous avez intérêt à être bien hydraté-e sinon votre organisme vous le fera sentir. L'avantage de cette déshydratation relative, c'est que vous pouvez très bien, avant d'aller aux EFS, boire un mug de thé – une boisson connue pour être la pire ennemie de votre vessie – et ne pas avoir envie de faire pipi ensuite. Bah oui, vous êtes posé-e sur un lit à vous dessécher XD

C'est pour ça que donner son sang c'est génial : ça permet de faire acte d'altruisme et de manger juste après. Être gentil et manger, les deux trucs les plus cools du monde. Juste devant "dormir" et "se cultiver".

Autre chose, même si ça a l'air d'aller de soi, après un don il faut boire beaucoup pour bien se réhydrater, ne surtout pas faire d'effort – ça inclut monter ou descendre un escalier rapidement et faire des courses un peu encombrantes, je dis ça parce que j'ai fait cette connerie après mon dernier don en oubliant que je venais de donner mon plasma. Sauf si vous kiffez faire un malaise vagal mais ça m'étonnerait. 
Un malaise vagal c'est quand tu es soudain essoufflé-e, ton cœur bat la chamade, puis tu as extrêmement chaud, puis ta vue se trouble et s'assombrit, tu es en nage, et dans le pire des cas tu tombes dans les vapes quelques instants. Si tu as ces symptômes-là tu t'assois ou mieux, tu t'allonges, et tu fais plus rien.


Mais bon, il va de soi que ça c'est le genre de chose qui n'arrive jamais si tu suis bien les recommandations des professionnels après un don de sang ou de plasma. Les EFS sont des endroits sûrs peuplés par des gens qualifiés qui savent ce qu'ils font, chaque don quel qu'il soit est analysé et vérifié avant d'être utilisé, et au moment du don s'il y a le moindre problème, la moindre douleur, suffit de le dire et on arrête tout. Au pire vous avez un trou dans la peau mais ça dure pas.

Alors oui, l'aiguille fait mal si on est un peu douillet-te, vous avez la main qui s'endort et ça picote si vous laissez votre bras immobile trop longtemps – faut surtout pas le plier. Le tourner oui, le plier non – mais un don de sang ou de plasma c'est trois fois rien et ça peut sauver des vies. Pour vous c'est une petite piqûre et vingt minutes de patience (ou une heure si vous êtes vraiment déterminé-e à être altruiste), pour ceux qui le reçoivent c'est leur vie qui s'améliore ou qui est sauvée.
Ça coûte qu'un peu de temps et un minimum d'énergie, et ça engage à rien. Vous avez aucune raison de pas le faire une fois de temps en temps. En plus, y'a des EFS dans de nombreuses villes du pays et des camions de collecte qui circulent un peu partout.


Voir aussi :

1 commentaire:

  1. Yep ^^ bouh, tu me donnes envie d'y aller D: mais j'ai pas la bonne corpulence... et puis mes opérations m'ont traumatisée des aiguilles. Mais j'espère pouvoir le faire un jour !

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