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4.10.16

J'aime la viande, et j'assume.

Vous le savez parfaitement si vous me connaissez bien, je suis écolo. Je diffuse régulièrement, notamment sur les réseaux sociaux, les propos de l'organisation non-gouvernementale Sea Sheperd. Elle est à mes yeux la plus à même de répondre aux agressions à l'égard de l'océan et de la nature en général, grâce à des moyens financiers impressionnants, des donateurs célèbres, dévoués et/ou passionnés, et une flotte de près d'une dizaine de navires dont certains, comme le tout récent Ocean Warrior, sont des joyaux de technologie au service de la lutte non-violente. Je prends la défense de Sea Sheperd dès que l'occasion s'en présente et j'ai même prévu à ce sujet un article (depuis un bon moment maintenant XD) qui devrait, j'espère, sortir bientôt.
J'ai également rédigé une page où je propose ma vision d'une posture aussi morale et écologique que possible (elle est dans le module de présentation en haut à gauche), et il faudrait que je la mette à jour de temps en temps (ce que je ferai régulièrement maintenant).
Par contre, je suis pas végétarien ni végétalien.

Le fait est que la question du végétarisme est souvent empreinte de débat et de tensions parce que personne n'a le même avis ou la même perception sur cette pratique, ses raisons et ses implications. C'est pourtant pas compliqué et écrit noir sur blanc sur Wikipédia, être végétarien c'est ne pas consommer de chair animale et être végétalien c'est s'abstenir de consommer des produits et sous-produits animaux, depuis la viande (je rappelle que viande=chair. Le poisson ou les insectes aussi c'est de la viande.) jusqu'aux œufs et au lait, et incluant tout ce qui se prépare avec des œufs et du lait d'origine animale (même si je suis pas sûr qu'on puisse appeler « lait » du lait végétal, de noisette ou de soja par exemple).
Et le véganisme c'est étendre l'interdit animal au-delà de la consommation alimentaire, jusque dans les vêtements, les cosmétiques et j'en passe.

Je comprends pas bien ce qui échappe à la compréhension de la plupart des gens. L'humain est un animal comme les autres, et il est même pas utile à l'écosystème planétaire.

Nan, je suis rien de tout ça. Et pourtant je suis écolo. Qu'est-ce que le point ? Alors pour m'expliquer je vais devoir prendre un exemple contradictoire (=adverse). Deux, en fait.
J'ai remarqué ces dernières semaines autour de mon ancien appart' (j'ai récemment déménagé) plein de graffiti à teneur végétarienne du type « viande=meurtre », « eat pussy, not animals » (je doute pas que le cunnilingus soit sûrement très agréable mais pussy ça peut aussi désigner... un chaton.) et d'autres du même genre. On en a discuté avec un copain qui m'a aidé à déménager parce qu'on était d'accord sur le fait qu'assimiler la consommation de viande et le meurtre est exagérément stupide. Et sur le plan rhétorique, c'est aberrant.
Tous les consommateurs de viande sont parfaitement conscients qu'ils provoquent la mort d'un animal. On n'a pas encore trouvé d'animal dont on puisse consommer la chair et qui puisse y survivre, et même si c'était le cas, hors de question de le manger. Ce serait pire que de la torture, il deviendrait fou à se faire prélever des bouts de chair régulièrement. Ouais, on est conscients et on accepte ça. Pour manger un animal faut qu'il meure. Utiliser ça comme argument c'est comme dire qu'il faut mettre de la crème solaire l'été parce qu'on vit sur une planète éclairée par un soleil. Quand t'en es à sortir des évidences pareilles, vaut mieux que tu fermes ta gueule.
Souvent les végétariens extrémistes volent pas haut dans leur argumentaire.


Ce qui nous amène à notre second exemple.
Ma ptite sœur Ewolk, odieusement intelligente et sarcastique (c'est tout c'que j'aime, comme dirait la pub du pseudo-restaurant avec de l'ammoniaque dans les steaks), m'a parlé d'une effroyable connasse à laquelle elle a été confrontée sur les réseaux sociaux. La greluche incriminée appartient à un cercle de prétendus végétariens qui ne sont absolument pas perturbés à l'idée de consommer... du poisson.
L'abrutie congénitale au centre du débat en consommerait même à tous les repas dans l'indifférence générale. CONSOMMER. DU POISSON. A CHAQUE REPAS. ET SE PRÉTENDRE. VÉGÉTARIENNE. Qu'est-ce que putain de quoi ?!?
J'avoue que, loin d'être dubitatif, je suis juste hors de moi à cette idée. Vous vous en rendez pas compte parce que c'est du texte et que si je balançais un flot de jurons en caps lock et en gras ce serait grotesque, mais je suis putain de furieux en écrivant ces mots. Je sais bien que les concepts sont pas responsables des connards qui les revendiquent, que la religion, principe à la base humaniste et bienfaisant, a pas choisi d'avoir, à cause de générations de trous du cul intersidéraux, l'image d'une vaste organisation pyramidale de merde tournée vers le génocide et le racisme, mais quand même.
Tous les mouvements comportent leurs merdes (sauf la Manif pour Tous, qui ne comporte que des éléments à chier), mais là on en a un bel exemplaire.

Pour ceux qui se posent encore la question : OUI, les poissons sont des animaux. Et OUI, les manger vous interdit d'être végétarien-ne.

Alors, la coconne, je la connais pas. Je sais pas si elle mange du poisson tous les jours parce qu'elle croit que c'est moins dangereux pour la planète que les vaches qui pètent du CO² qui fait des trous dans la couche d'ozone (l'industrialisation chinoise et indienne, on en parle ?). Je sais bien qu'on a tendance à être sceptiques en voyant ces machins moches avec leurs yeux morts qui puent et qui respirent bizarrement, mais les poissons sont autant des animaux que les vaches, ces machins moches avec leurs yeux morts qui puent et qui digèrent bizarrement.
Quand on adopte un régime qui refuse la consommation de chair animale, on consomme pas de poisson. Ou alors on ne prétend pas avoir adopté ce régime.

Bref, je me contrefous de ces conneries de merde, de ces extrémistes infoutus d'avoir des arguments cohérents et tangibles ou de cette sombre dégénérée qui sait pas faire la différence entre un végétal, un minéral, un animal et un objet doué de vie (rappel historique, « objet animé », c'est plus ou moins comme ça qu'on qualifiait les esclaves dans les textes juridiques).
Non, j'ai présenté ces exemples que dans le but de les confronter à ma propre posture qui, à côté, passe pour la plus morale du monde. Eh ouais, je suis un putain de calculateur, je vous présente d'ignobles connards pour passer pour un saint.
Non je déconne. J'ai l'intention de m'expliquer un peu aussi.

"Vous aimez la pêche ? Moi, j'aime pas la pêche. J'aime pas le poisson. 
Ça pue, c'est moche , c'est plein d'arêtes, bref ça me dégoûte."

J'ai jamais aimé le poisson, je suis un mauvais Dunkerquois, j'ai toujours détesté son odeur, son goût, son aspect, sa texture dans la bouche, j'ai jamais su le cuisiner, bref, c'est caca. Et le caca ça fait tousser.
Le seul poisson que je supportais et même apprécié, le temps de quelques petites années de fac avant de faire un 180° dans un virage écolo, c'est le thon, que je consommais avec du riz et de la crème fraîche. Putain c'que c'était bon. C'est ça, avoir des convictions. C'est renoncer à des trucs qu'on aime parce que c'est la chose juste à faire. J'ai jamais aimé ou mangé de cheval, canard, lapin, mouton, veau, dinde et autres bizarreries (oies, pintades, faisans, gibiers). J'ai progressivement réduit ma consommation de viande (j'me souviens pas de la dernière fois où j'ai mangé du poulet, pourtant j'adore ça) et à l'heure actuelle elle ne consiste plus qu'en un peu de porc (lardons et saucisson) et encore moins de bœuf (des steaks surgelés goût oignon de chez Lidl parce qu'ils sont meilleurs que tout ce que j'ai trouvé par ailleurs).
Et parfois une tranche de cœur de bœuf (faites pas cette tête, ça n'a pas le goût d'abat, on dirait un banal bifteck) quand j'ai besoin de fer pour un don de plasma. Et encore, pour donner son sang il faut du fer, pour éviter d'être en anémie ou de faire une légère hémophilie, mais pour le plasma la seule exigence c'est d'être bien hydraté. Tiens j'ai une idée, plutôt que de digresser inutilement j'en ferai un article bientôt.
Bref, je consomme très peu de viande, et je complète par des fruits (il faut savoir qu'au sens biologique, « légume » n'existe pas : les légumes sont les fruits de leur plante, on ne les appelle légumes que dans le domaine alimentaire) et des féculents. Riz, pâtes, lentilles, une multitude de machins qui poussent sur ou dans la terre et des épices pour accommoder ça.

Te fie pas à l'apparence, le riz au thon c'est putain de trop délicieux. Ce qui rend cet abandon d'autant plus honorable. Abandonner des trucs bons pour manger de la merde pour la nature, ça c'est être intègre. (non mais en vrai je continue à manger des trucs délicieux, mais végétaux c'est tout.)

Tout ça pour dire qu'à mon sens, la principale menace qui pèse sur l'environnement planétaire n'est pas la consommation de viande. La SURconsommation est évidemment très problématique, à cause des énormes troupeaux, de la culture fourragère, de l'espace et de la pollution que ça suppose. Mais la menace numéro 1 est indirecte, pleine de répercussions difficiles à prévoir, donc invisibles pour le grand public.
Si les océans s'épuisent, par disparition des poissons, des petits animaux (crevettes, krill) ou des prédateurs (requins en particulier), le cycle alimentaire sera rompu. Soit les proies se multiplieront sans être contrôlées, soit tout être vivant qui dépend de leur consommation sera condamné à terme. Dans les deux cas, les végétaux risquent fort de disparaître faute de pouvoir se reproduire et sous la menace des animaux marins qui s'en nourrissent. Et sans végétaux dans les océans, on peut dire adieu à la fois à une énorme production d'oxygène atmosphérique et à une très forte élimination des gaz à effet de serre. Ce qui condamne l'humanité sans recours possible.
Bref : il faut arrêter de manger du poisson. Pour des raisons évidentes, parce que l'humain ne dépend pas du poisson pour survivre, il dispose de larges possibilités alimentaires sur la terre ferme, contrairement aux animaux aquatiques.

Du coup je trouve parfaitement aberrant de prétendre défendre l'écologie d'un côté en stoppant la consommation de viande si c'est pour piétiner l'environnement par la consommation de poisson.
Et pour ma part, je crois tout à fait possible de devenir végétarien. J'adore le saucisson et les lardons mais je pourrais trouver des équivalents et si on mettait au point des simili-viandes dont le goût, la texture, la qualité et la facilité de cuisine me satisfaisaient, je pourrais absolument arrêter la viande. Par contre, je doute fort de devenir un jour végétalien parce que j'ai besoin d'œufs, de lait et de beurre pour la pâtisserie et j'ai vraiment pas envie de me casser la tête à faire sans.
Tout ce blabla pour dire que oui, j'aime la viande, et je l'assume. Je serai jamais totalement écolo bien que la consommation de viande pose des problèmes d'ordre éthique et environnemental, mais ils me semblent presque incontournables, inhérents au système. Passé un certain seuil au niveau sociétal, on est obligés de déléguer, il est matériellement impossible de tous élever, abattre et transformer notre viande.


Et je trouve particulièrement crétin, dans un domaine, la consommation alimentaire, qui impacte à ce point l'environnement planétaire dont nous dépendons tous, l'humain, les autres animaux et les plantes, qu'on en arrive souvent à des argumentaires complètement stupides ou absurdes.
Ouais, manger de la viande ça provoque des morts animales.
Mais manger du poisson ça en provoque bien davantage, et surtout, c'est beaucoup plus dommageable à long terme. Les animaux marins n'ont pas le choix, leur organisme, leur système digestif, respiratoire, leur motricité, tout les enferme dans l'océan, ils ne peuvent pas se nourrir ailleurs.
Et ce que fait l'humain en piochant allègrement dans les océans – je rappelle qu'au moment du documentaire The Cove, la baie de la honte, qui évoque non seulement le drame du massacre annuel de milliers de dauphins dans une baie japonaise, mais aussi la position du Japon et du monde par rapport à l'océan et à la pêche, 7 humains sur 10 comptaient sur le poisson pour leur apport alimentaire en protéines – c'est rien de moins que retirer leur nourriture à des animaux qui ne peuvent la remplacer par autre chose.

Nous on a ce luxe là, on a l'intelligence technique et sociétale pour pouvoir exploiter presque n'importe quel milieu naturel de la planète – même si je continue à penser, personnellement, qu'en tant qu'animaux, on n'est pas adaptés à tous ces milieux – on a la possibilité de manger autre chose, et on devrait le faire.
Encore une fois, j'adore la viande et je l'assume. Je préférerais voir l'humanité consommer de la viande en petite quantité pour compléter un régime céréalier et végétal plutôt que la voir épuiser les sols par une agriculture intensive dévastatrice.
Par contre je nie à tout-e abruti-e qui se prétendra écologiste ou végétarien-ne cette qualité revendiquée, pour peu que la personne mange du poisson. Au niveau environnemental et moral, manger du poisson est un crime, un génocide indirect. Que ce soit clair. Vous mangez du poisson, vous êtes pas écolo.

Le Great Pacific Garbage Patch ou Vortex de Déchets du Pacifique Nord est un immense amas de résidus de plastique, grosso merdo de la taille d'un ongle, qui se déplacent par millions en nappe de surface dans le nord de l'océan Pacifique, en fonction des courants marins. On parle parfois à tort de "continent de plastique". Il en existe un similaire dans le nord de l'Atlantique.

Et puis réfléchissez une minute, les océans sont devenus de vastes dépotoirs où gravitent de véritables îlots de plastique et de métal corrodé, où la plupart des usines du monde rejettent leurs déchets industriels qui transitent par les fleuves, sans parler des innombrables navires qui sillonnent les mers et dégueulent leurs saloperies dedans. L'océan est un milieu naturel avec des échanges biochimiques entre le système et ses habitants.
Vous voulez vraiment bouffer des trucs qui vivent là-dedans ? Si vous vous sentez incapable d'être végé, mangez de la viande, c'est probablement plus sain.

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