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19.12.16

Rogue One : a Star Wars story


Film américain de Gareth Edwards (2016) avec Felicity Jones, Diego Luna, Donnie Yen, Jiang Wen, Riz Ahmed, Alan Tudyk, Mads Mikkelsen, Ben Mendelsohn.
Genre : science-fiction.
Vu en VOST.

Galen Erso, scientifique brillant de la fédération galactique, caché sur une planète isolée depuis des années avec son épouse et sa fille, est retrouvé par l'administrateur impérial Orson Krennic. Il est forcé de le suivre après la mort de la première et la fuite de la seconde.

Des années plus tard, alors qu'elle est détenue dans une prison impériale sous une fausse identité, la jeune Jyn Erso est libérée par le capitaine Cassian Andor de l'Alliance Rebelle : son père aurait participé à la conception d'une arme dévastatrice et Jyn est le seul moyen d'atteindre Galen pour détruire ce qu'on nomme désormais « l'Étoile de la Mort. »


Heureuse ironie du sort, la principale raison pour laquelle je voulais voir cette « Star Wars Story », moi qui ne connais que très mal l'univers étendu de la saga culte, est également l'un des points forts de Rogue One. Qu'on soit familier du lore ou pas, on la connaît, la chronologie Star Wars. On sait que l'Empire a duré une bonne vingtaine d'années et a survécu à une longue guerre contre l'Alliance Rebelle avant d'être abattu.
Une connaissance m'avait présenté, peut-être à tort, Rogue One comme étant l'histoire de la première tentative de détruire l'Étoile Noire (Death Star en anglais, y'a qu'en français que les deux machines ont un nom différent), alors qu'il n'en est rien. Dans ma tête, j'avais donc situé l'histoire peu après la proclamation impériale de Palpatine : en réalité, elle se déroule une génération plus tard, un tout petit peu avant Un nouvel espoir.


Du coup, l'enjeu majeur est essentiellement de récupérer les plans de l'Étoile Noire et de les transmettre aux rebelles (deux droïdes, une princesse, tout ça), et je voulais savoir comment LucasFilms, maintenant financé par les moyens colossaux de Disney (Marvel, Disney, Pixar... et plein d'autres), allait raconter cette histoire vouée à l'échec. On sait qu'ils se sont plantés, ou du moins que les membres de l'opération Rogue One n'ont pas survécu (sinon on aurait entendu parler d'eux au moins dans l'épisode IV, voire dans toute la trilogie originale).

En tant que narrateur, je suis particulièrement intéressé par les univers, la narration, le background, les tensions narratives, et c'est justement ce que ce drame nous offre. On suit la progression de Jyn Erso, qui est tout sauf une rebelle (au point que ça la dérange pas de vivre dans une fédération gouvernée par l'Empire pourvu qu'elle puisse y exister anonymement), entourée de quelques combattants acharnés qui ont, eux, d'excellentes raisons d'affronter Coruscant.
L'une des grandes qualités de ce film, en fait, n'est pas tant d'inventer ni d'innover que de donner une teneur personnelle à une histoire qu'on connaissait déjà : après Rogue One, on se rend compte mieux que jamais pourquoi on parle « d'Alliance » rebelle, dont les dirigeants sont souvent en désaccord. Les combats sont à échelle humaine – les enjeux de Luke Skywalker sont surtout ceux des Jedi, et les autres rebelles des épisodes IV à VI sont des noms balancés rapidement avant de mourir dans des bagarres dantesques – avec une chaîne de commandement, une armée organisée, des intérêts divergents, des personnalités qui s'entrechoquent.

Jyn, au premier plan au milieu et de dos, en compagnie des dirigeants de l'Alliance Rebelle, parmi lesquels un amiral Calamari à gauche et la bien connue Mon Mothma au centre-gauche.

Point intéressant, à aucun moment Jyn et ses alliés providentiels, dans son intrigue familiale, ne sont présentés comme des héros soutenus unanimement et pleurés comme des martyrs, ni comme des têtes brûlées qui foncent sans réfléchir. Ils sont soutenus, mais pas assez massivement pour que leur mission soit jugée viable. Ils sont plus en mode « on a besoin d'être beaucoup pour ça ? Non ? Bon on y va à pas beaucoup et on sera plus efficaces. », du coup l'intrigue se recentre sur leurs aspirations et leur vécu personnel plutôt que sur les rouages politiques et militaires d'un univers en guerre.
D'ailleurs, de ce point de vue, alors que le trailer m'avait fait penser que le père de Jyn serait un enjeu majeur de l'intrigue, il est mieux géré que ça et le film se focalise sur la mission Rogue One elle-même.


Niveau personnages, outre la survivante solitaire, introvertie mais assumant son rôle de chef, on a aussi droit au jeune rebelle de longue date qui commence à s'interroger sur les ordres qu'il reçoit, assez justement interprété par Diego Luna. En fait j'ai adoré le fait que, entre Le Réveil de la Force et ce film, les minorités sont de plus en plus mises en avant et valorisées dans le cinéma grand public.
Bhodi, pilote déserteur de l'empire, est incarné avec talent par un acteur britannique d'origine pakistanaise, et malgré la présence d'Alan Tudyk (Firefly) dans le doublage du droïde K-2SO (l'acteur a doublé un personnage dans tous les Disney depuis Wreck-it Ralph en 2012), les deux derniers membres de l'escadron Rogue One sont incarnés par des asiatiques.



A ce titre, je n'ai qu'un reproche à faire : la Force est très connue par ces deux personnages alors que, dans un univers aussi vaste et culturellement varié que celui qui est dépeint dans la prélogie (Star Wars I, II et III), il me semble surprenant qu'en dehors des Jedi (qui ont disparu 20 ans plus tôt) et de leur entourage, il y ait des familiers du concept. Après, Chirrut Îmwe, prêtre aveugle de Jedha, est dépeint comme gardien du temple, mais le film ne précise pas davantage.

Forrest Whitaker joue aussi un petit rôle, ponctuel mais hyper classe.

Face à eux, des méchants, dont le principal est l'administrateur Krennic, qui détient le contrôle sur la nouvelle arme impériale. Aussi diplomate et subtil qu'il est froid et ambitieux, il représente une menace personnelle pour Jyn, loin des adversaires habituels de Star Wars qui massacrent sans arrière-pensée des centaines ou des milliers de personnes d'un coup.
Comme il se doit vu le contexte temporel, Rogue One met également en scène la rivalité entre le pouvoir militaire impérial incarné par Wilhuff Tarkin et la facette religieuse que représente Dark Vador, tous deux convoitant la préférence de l'Empereur (Vador l'ayant perdue dès l'épisode 3 après son démembrement sur Mostafar), et donc confrontés à Krennic qui, à l'aide de ce cadeau aussi dévastateur qu'impressionnant destiné à Palpatine, se lance aussi dans la course.


Du coup, la mise en scène et la tension dramatique qui ne s'éloigne jamais beaucoup de l'intrigue servent beaucoup les personnages. Leur allure générale et leur manière d'être face aux événements et aux périls les mettent bien en valeur, avec un soupçon d'humour à l'occasion, comme lorsque des ravisseurs mettent des sacs sur la tête des héros et que Chirrut commente « sérieusement ? Je suis aveugle ! ». Ou encore lorsque Vador étrangle brièvement Krennic avec la Force en précisant, dans un rare éclat de sarcasme, « ne laissez pas vos ambitions vous étouffer. » ^^
De fait c'est ça qui impressionne le plus, je pense. Malgré les quelques vannes (K-2SO est aussi de la partie), ce film est surtout magnifique. Les décors sont somptueux et bien mis en scène. Les batailles spatiales confrontent les vaisseaux bien connus des fans, X-Wing, Y-Wing, frégate d'escorte Nebulon (les fameux vaisseaux en forme de flingue) et une frégate Hammerhead merveilleusement utilisée chez les Rebelles, chasseurs TIE, croiseurs stellaires et TBTT (les fameux robots-cargos blindés à 4 pattes) sur terre, dans les rangs impériaux.


En outre, les systèmes où se déroule la quête de l'escadron Rogue One sont terribles. Depuis la base secrète impériale aux allures d'avant-poste rocheux inhospitalier (il est d'ailleurs filmé de nuit et sous une pluie constante) jusqu'au centre d'archives quasi-imprenable et truffé de plate-formes d'arrivée sur un élégant atoll sablonneux et arboré, en passant par l'éperon rocheux aride et majestueux de Jedha ou encore l'Étoile Noire qui émerge de l'ombre comme si un camouflage optique se dissipait à sa surface, les effets et cadres visuels sont splendides.
Pour ce qui est de la musique, c'est plus nuancé. Disons que je suis habitué, maintenant, à voir des films dans le genre de Rogue One, en termes de narration et d'intensité dramatique, du coup je prête moins d'attention à l'esthétique sonore. Les thèmes m'ont semblé corrects, tout à fait conformes à ce qui se fait dans les épopées spatiales, mais j'étais pas concentré dessus ^^



En bref : contrairement à ce que certains ont l'air de penser, Rogue One n'est pas l'histoire accessoire d'un épisode secondaire de Star Wars. L'utilité narrative et émotionnelle de ce récit est évidente et portée avec justesse par un casting resserré, forcément éphémère (il n'y a aucune suite possible, ou s'il y en a une, elle est sortie en 1977), mais brillant de talent. La mise en scène, les effets visuels et le cadre sont superbes et, pour le dernier, inhabituel (aucune planète déjà connue par ailleurs n'est revue ici). Bref, c'est un film formidable à la fois si on est fan de Star Wars et si on veut un one-shot dramatique mais beau à regarder. N'hésitez pas, c'est l'un des meilleurs titres de 2016.

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