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5.1.17

Ghosts in town, who you gonna call ?


Ghostbusters.

Film américain de Paul Feig (2016) avec Melissa McCarthy, Kristen Wiig, Kate McKinnon, Leslie Jones, Chris Hemsworth, Neil Casey, Andy Garcia.
Genre : fantastique, science-fiction.
Vu en VOST.

New York, de nos jours. Après qu'une manifestation paranormale ait été observée dans le musée d'Aldrige Mansion, le propriétaire des lieux contacte Erin Gilbert, docteure en physique des particules et co-auteure d'un livre sur les fantômes.
Celle-ci, qui aspire à une carrière scientifique tout à fait respectable, tente d'obliger son amie et co-auteure Abby Yates à faire disparaître l'ouvrage.

Après être intervenues dans l'Aldrige Mansion avec Jillian Holtzmann, ingénieure en physique appliquée des particules, les trois femmes sont forcées d'admettre la réalité : des fantômes hantent la Grosse Pomme, et elles sont les seules équipées pour affronter la menace.


Bon alors avant de parler du film lui-même je vais commencer par m'attarder sur l'aberration totale de sa médiatisation. A la base c'était censé être une suite, mais après la mort d'Harold Ramis, un des quatre Ghostbusters d'origine, une nouvelle idée est née, avec cette fois un casting féminin, et tous les trous du cul de l'univers se sont mis à gueuler que le film serait non seulement inutile parce que le reboot d'un film qui n'en avait pas besoin (visiblement personne ne comprend le concept, parce que dans le genre inutile, Footloose 2011 quoi), mais également un film de merde, féministe et castrateur.
Et pendant des mois, sinon des années, le film s'est fait basher à chaque occasion juste pour son choix d'un casting féminin. Au final, sa sortie à l'été 2016 a été un carnage parce que tout le monde a préféré voir cette merde survendue de Suicide Squad pendant que Ghostbusters n'était guère maintenant plus d'une ou deux semaines dans certaines salles.

Alors ok, pour l'avoir vu trois fois, je peux le dire, le film est féministe. Féministe en ceci qu'il est porté par des personnages féminins traités pour leurs compétences, leurs savoirs et leurs progrès plutôt que pour leur sexe et leur physique. A aucun moment les hommes ne sont ridiculisés, moqués ou insultés pour leur sexe. Y'a bien quelques personnages masculins qui sont tournés en dérision, mais c'est uniquement parce qu'ils prennent des décisions à la con ou sont écrits en ce sens (je pense au rôle du méchant et à celui de Kevin, clairement pensé pour être un gros débile, sexy, sympa et attachant dans le groupe).
Et puis de toute façon, un film féministe en 2016, EN QUOI C'EST UN PUTAIN DE PROBLÈME ?!? Non seulement le film est porté par des rôles féminins cool et drôles, ce qui pourrait permettre l'identification de plein de petites filles à ces héroïnes, mais en plus, merde, on est à l'époque des blockbusters !! Et c'est totalement jouissif de voir New York ravagée en haute-définition par une marée de fantômes furieux façon fin du monde !


En plus, cet état d'esprit d'un film original qui serait bafoué par ce remake, c'est absolument n'importe quoi ! Ghostbusters 2016 est extrêmement respectueux du film des années 80, le casting de l'époque est présent ici dans plusieurs caméos sympa, le logo original a été repris, y'a des apparitions de Bouffe-tout et Bibendum Chamallow, la bagnole est la même, pas une seule seconde le reproche ne peut tenir !

Bref, pour ce qui est du film lui-même, j'ai été très satisfait, il est à la fois bien écrit et très drôle.
C'est donc l'histoire d'Erin et Abby, principalement, deux scientifiques qui ont déjà bossé ensemble sur des théories qui sentent bon l'alcool et la nuit blanche, et qui sont confrontées au fait que, finalement, elles avaient théorisé ce qui se révèle être une réalité tangible.
On se demande pendant un moment ce qui a mené à ces théories, jusqu'à ce qu'on l'apprenne assez logiquement, ce qui au passage met en lumière une grande cohérence dans l'écriture des personnages [spoiler] Erin a déjà eu affaire à un fantôme dans son enfance et le scepticisme voire la moquerie de son entourage l'a amenée à rejeter le surnaturel jusqu'à le nier [fin de spoiler].

Contrairement aux apparences, c'est clairement le personnage réaliste du film, celle avec les pieds sur terre. A un moment elle a une Hawkeye (d'Avengers 2), elle fait cette tirade pour elle-même en soulignant le délire total dans lequel elle est plongée, et c'est très intéressant. "J'étais bien à bosser dans le métro. Le boulot était génial ? Non, mais au moins tout le monde était vivant !"

Ce que je trouve intéressant dans ce film et quelques autres de ces dernières années – comme Bridemaids, déjà de Paul Feig avec Melissa McCarthy et Kristen Wiig – c'est que de plus en plus d'humoristes américain-e-s s'essaient au cinéma et pas seulement à la comédie, bien qu'ils aient très souvent une certaine aura de sympathie qui les fait apprécier du public, ainsi qu'un talent pour l'humour (forcément).
Alors que nos humoristes français c'est de la merde pas drôle du coup tu colles ça sur grand écran ça reste de la merde, pas vrai Dubosc, Kev Adams et Norman Thavaud ?
Du coup, il n'est pas surprenant de découvrir que, alors que Melissa McCarthy est actrice de profession, Kristen Wiig, Kate McKinnon et Leslie Jones sont tous issues du casting du Saturday Night Live, un show bien connu aux États-Unis.

De fait, alors que le public du cinéma a tendance à penser avec ignorance, face à ce film, que cette dernière est la caution humoristique et ethnique, parce que c'est le personnage noir (et parce qu'il y en avait déjà un dans le Ghostbusters original), dans les faits, l'humour repose davantage sur les interactions entre les quatre principaux, et entre les femmes et Kevin, joué par un Chris Hemsworth à contre-emploi et bourré d'auto-dérision. En fait, Patty, c'est surtout le personnage-interface du film : elle n'est pas scientifique, elle ne connaît pas Abby et Erin depuis longtemps, du coup elle joue le rôle du spectateur dans le film, elle pose les questions que lui-même se pose. Comment elles se sont rencontrées, comment la recherche sur le paranormal a commencé, ce genre de chose.
S'il ne devait y avoir qu'un personnage burlesque dans ce film, de toute façon, Internet s'est chargé de démontrer que c'était Holtzmann, véritable toon aussi imprévisible que parfois sérieuse et profonde (en témoigne sa tirade au bar à la fin du film sur son attachement à Abby et à l'équipe), qui se met parfois à chanter spontanément. Et dans cet état d'esprit déluré, Holtzmann est la seule à porter son costume de manière aussi décontractée, des bottes exagérément larges et les manches relevées, à la cool.


De leur côté, même si elles sont aussi drôles, Abby et Erin sont un des moteurs de l'intrigue, grâce à une divergence d'opinion très intéressante. L'une n'a de cesse de vouloir rationaliser, démontrer scientifiquement au monde que les fantômes sont une réalité et que leur capture est une réussite incontestable de l'équipe, l'autre s'en fout totalement : c'est leur boulot, personne d'autre ne peut le faire, elle le fait et se fiche royalement de ce que le monde peut en penser.
Du coup, cette dynamique a parfois tendance à alourdir le film qui aurait gagné à être plus léger. Il y a toute une sous-intrigue sur le maire de New York (joué par Andy Garcia) et les fédéraux qui veulent mettre les Ghostbusters au chômage et qui suscite des scènes un peu longues, avec notamment un dialogue assez interminable entre Abby et Erin, sur le fait de « remettre le diable dans sa boîte » (enfin je suppose, en anglais il est question d'un chat et d'un sac) afin d'éviter une panique générale face aux fantômes.

Mais bon, globalement le film est captivant, drôle et bien monté. Le méchant est un cliché [spoiler] un asocial victimisé qui décide de provoquer la fin du monde pour se venger d'une société de « brutes ineptes » [fin de spoiler] mais cela ne nuit pas à l'ingrigue. Les apparitions régulières de Kevin, tout comme ses remarques hallucinées et parfois sa présence en arrière-plan rendent le film vivant et consistant, ce qui est très appréciable.

Qu'il est bête, mais qu'il est bête XD C'est tellement grotesque qu'il en devient trop mignon XD

Pour ce qui est de ses aspects formels, Ghostbusters n'a pas grand-chose non plus à se reprocher. L'intrigue, qui fait d'Holtzmann l'armurière du groupe – en tant qu'ingénieure, c'est elle qui conçoit et améliore l'équipement – dote les héroïnes de flux lasers semblables à ceux de l'original, mais la diversité de l'armement utilisé contre les fantômes, mis en valeur vers la fin du film, et sa puissance, permet de jolies trouvailles visuelles.
Par exemple, l'arme de base, ces fameux, je sais pas, canons à plasma, produit des éclairs, mais ils ont un design tels qu'ils sont préhensibles, et les filles les utilisent davantage comme des fouets ou des lassos, ce qui à l'écran rend très bien.


Les décors et la manière de filmer sont à la fois pertinents et très jolis – il y a par exemple un plan sur Kevin à moto qui figure parfaitement l'ouverture des grandes rues new-yorkaises, avec les gratte-ciel en fond – et de manière les plans d'ensemble sont très sympa. La manière dont est intégré le logo du film d'ailleurs, ce fameux fantôme dans un anneau barré, est très drôle et assez habile, je trouve.
Y'a juste quelques faux raccords qui se sont calés par-ci par là, mais sinon, le travail est bien fait.

Au début elles cherchent un local, visitent une énorme caserne de pompiers désaffectée (celle du film original), mais c'est ultra-cher, et l'agente immobilière fait "ça vous dérange, l'odeur de la cuisine chinoise ?" et boum, les voilà au-dessus d'un resto x) Probablement une référence au fait que, dans le film original, les mecs commandent du chinois quand ils sont à la caserne, d'ailleurs.

Toujours dans l'optique de respecter et rendre hommage au film original, le thème musical principal a été conservé. Outre le générique au début duquel il amorce une chanson, il est joué quatre fois exactement dans Ghostbusters, sous trois variations. Bien sûr, le style de base, celui bien connu, lors de l'annonce du titre.
Lors de la première vraie sortie du groupe, on a droit à une réorchestration que, disons-le, j'ai pas aimée, chantée par le groupe américain Fall Out Boy (je suppose que faire des BO c'est moins fatigant quand on manque de créativité que de faire de vrais albums, vu qu'ils étaient déjà là dans Big Hero 6 de Disney) accompagné de la chanteuse Missy Elliott – bref, on dirait du rap, c'est urbain et actuel.
Par contre, ce que j'ai adoré, c'est l'autre version.
En modifiant le thème original pour l'accorder à l'intrigue, le compositeur (Theodore Shapiro, qui a une sacrée carrière en fait, pleine de bons films) lui a donné une gravité limite pesante et angoissante, avec des accents héroïques et apocalyptiques, et franchement, ça colle parfaitement au film, comme en témoigne cette séquence d'Holtzmann, une des meilleures du film :


Outre le thème principal, y'a plein d'autres musiques, bon, c'est pas ouf, mais c'est très agréable et cohérent. D'ailleurs c'est à ça que je reconnais les bonnes bandes-son, celles qui n'excellent pas au point d'être mémorables, mais au moins ne sont pas mauvaises : j'ai du mal à me concentrer dessus, elles accompagnent bien le film et se fondent dedans. Un film avec des musiques à chier ou à l'ouest, comme Suicide Squad, on le repère à dix kilomètres.

En bref : loin d'être une daube et à des lieues du bashing aussi absurde qu'injuste qu'il a subi, Ghostbusters est un film certes un peu facile et pas révolutionnaire, mais il est très réussi dans ses intentions et dans l'application. Il est féministe, drôle, bien écrit, bien interprété, et vous n'avez aucune raison de ne pas le regarder. Un divertissement appréciable comme il en faudrait davantage.

Voir aussi :
 - la critique du film par Nat et Alice in the morning, dans une vidéo avec aussi une critique de Suicide Squad.

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