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1.2.17

La La Land


Film américain de Damien Chazelle (2017) avec Emma Stone, Ryan Gosling, John Legend, J.K. Simmons, Rosemarie DeWitt.
Genre : film musical, comédie dramatique.
Vu en VOST.

Los Angeles, de nos jours. Mia Dolan travaille comme serveuse au café des studios Warner, à Hollywood, mais elle rêve d'être actrice et multiplie les castings pour réaliser son rêve. Elle croise par hasard et à plusieurs reprises le chemin de Sebastian, pianiste de jazz exigeant qui peine à travailler, et aspire à ouvrir son propre jazz-club.

Bien que très différents, tous les deux vont alors se rapprocher grâce à la similarité de leurs espoirs.


Bon alors pour commencer, j'ai vu un trailer, je suis allé voir ce film uniquement parce que le trailer m'a plu et parce que je trouve que Ryan Gosling et Emma Stone sont l'un des duos d'acteurs les plus fusionnels, les plus efficaces et les plus naturels du cinéma actuel. Les voir jouer à deux est d'une évidence incontestable, et même si on a tendance à romancer, en vrai ils sont pas ensemble, mais je suis sûr qu'ils sont potes et qu'ils adorent jouer ensemble.
Par contre, je savais pas que La La Land serait un film musical. Je pensais que la musique y jouerait une grande place, mais les chansons ne sont pas nécessaires à l'intrigue qui semblait être celle annoncée par le trailer. Du coup j'ai eu du mal à entrer dans le film en voyant, dès le début, des gens sortir de leur bagnole, chanter et danser en chœur sur une bretelle d'autoroute dans l'agglomération des Anges.

Dès le début, pim, jolies robes et couleurs éclatantes. Le film annonce la... enfin ses intentions quoi.

En plus je suis quelqu'un de rationnel, du coup ma suspension consentie d'incrédulité a été mise à rude épreuve. Je veux bien admettre qu'on voit des trucs inhabituels dans les comédies musicales – ce que La La Land n'est pas – mais quand on vient de t'annoncer par la radio des voitures qu'il fait 29° avec des minimales à 24, tout ce à quoi tu penses, c'est les brûlures sur les pieds et les fesses des gens qui escaladent leurs bagnoles.
Mais bon, une fois que la recette a pris, on se contente de suivre jusqu'à la fin avec un sourire niais sur le visage et à l'occasion une expression proche de l'incrédulité réjouie ou déroutée. J'ai lu – sur SensCritique, donc ça vaut ce que ça vaut – que ce film était une comédie romantique classique et prévisible, et ben pas du tout en fait !

Je vais pas vous spoiler parce que je vous recommande chaudement de voir ce film, mais y'a une scène en particulier, un dialogue entre Mia et Sebastian, qui est géniale en termes de montage parce qu'on les voit tous les deux en champ/contre-champ, et le jeu des regards est parfait. A aucun moment Ryan Gosling ne regarde Emma Stone en lui parlant dans cet échange – sauf à la fin, quand la vérité sort et frappe de plein fouet.
Alors bien sûr, y'a des éléments de narration assez niais et clichés, on pouvait difficilement l'éviter dans ce genre de film, mais clairement, il n'est ni prévisible ni exagéré dans son écriture. Je dirais plutôt que c'est un feel-good movie ambigu quoi. Rien qu'à voir les deux premiers échanges entre les deux personnages – sur la bretelle d'autoroute et dans un restaurant où il bosse – on sent que ça va pas être simple.
Y'a en fait plein de passages de ce film bien tendus niveau narration comme ça, par exemple à un moment on voit un concert qui concrétise tout ce que les personnages de Ryan Gosling et John Legend ont dit plus tôt [spoiler] à savoir que si le jazz est mourant c'est parce qu'il n'est pas écouté par les jeunes et que si les jeunes l'écoutent pas c'est qu'il n'évolue pas, du coup Sebastian peut pas être un bon musicien s'il persiste à être conservateur [fin de spoiler] et la musique qui est jouée est vraiment sympa hein. Mais en regardant le groupe jouer on se demande si, malgré l'adoration évidente du public pour Sebastian, il aime ce qu'il fait. Il donne l'impression que oui, mais Mia donne à penser que non, c'est trop chelou x)

D'ailleurs le traitement des personnages est assez particulier parce qu'il est très resserré dans son casting. Je le qualifierai pas d'intimiste parce que pour moi c'est un adjectif qui a trait à la narration et la façon de filmer, mais en dehors de Ryan Gosling et Emma Stone, y'a à peu près personne. John Legend joue un rôle assez moteur dans l'action, mais c'est tout quoi.
A aucun moment du film on ne connaît le nom de famille de Sebastian, y'a un personnage secondaire (Keith, joué par John Legend), et tous les autres sont des tertiaires (au mieux) ou des figurants. Vers la fin du film, y'a un personnage lié à celui d'Emma Stone, on ne sait jamais comment il s'appelle et c'est même pas important.

Ouais, le film accorde une attention particulière aux arrière-plans.

En fait de manière général le film s'intéresse peu à ses personnages, y compris Mia et Sebastian, il est surtout centré sur ses thèmes. J'adore ce genre de film, je sais pas si c'est parce que je suis auteur moi-même ou si ça n'a rien à voir, mais j'adore les films avec des mises en abyme, le meilleur exemple que j'ai en tête étant Minuit à Paris de Woody Allen, qui traite de l'écriture de fiction et de l'inspiration.
Là, c'est un film sur l'interprétation, sur le métier d'actrice et de musicien, sur Hollywood, mais aussi sur les apparences, le sens et les rêves dans les métiers artistiques et dans la vraie vie. Et c'est extrêmement bien mis en scène, sans trop l'expliquer parce que c'est un film, pas un documentaire ou un essai. Vers le début t'as Emma Stone qui passe un casting, la caméra qui zoome sur son visage, elle évolue sur tout un panel d'émotions qui va de la joie à la douleur et putain, mais balancez-lui un Oscar à la gueule, filez-lui une statue, une étoile sur le Walk of Fame, donnez son nom à un studio et à une palce, cette meuf est trop douée pour l'interprétation O_O
C'est d'ailleurs un reproche que je ferai, non pas au film, mais à son sujet : les castings on dirait que c'est toujours comme ça, le-a candidat-e balance une phrase et se fait rembarrer genre « Next ! ». J'imagine que les taré-e-s qui font les casting s'enorgueillissent de déceler en un coup d'œil si un interprète convient pour un rôle mais désolé, ça se détermine pas en une phrase ça bordel, le jeu d'acteur c'est tout une manière d'être !

Le film explore d'ailleurs beaucoup la solitude de ses personnages, en une occasion dans une double mise en abyme : le film parle d'œuvres artistiques à Hollywood, et Mia en écrit une.

Concernant l'esthétique, parce que dans un tel film, c'est LA BASE, j'ai été surpris (et dérouté) d'être confronté aussi tôt dans l'année à ce qui est probablement un des plus beaux films de 2017. J'ai regardé le début de la vidéo que le Fossoyeur de Films a consacrée à La La Land et, bien que l'ayant arrêté dès que j'ai vu qu'il allait spoiler comme un sagouin, j'ai retenu l'idée principale, les couleurs ont un sens dans ce film (et dans tous les autres).
Le problème c'est que, entre ça et ma formation littéraire et analytique entre le lycée et la fac, la première fois que je vois un film, je suis pas plongé dedans, je suis dans l'analyse, l'observation – c'est pour ça qu'Ewolk avait l'impression que je faisais la gueule devant Your Name. Et là du coup j'ai pas pu m'empêcher de porter malgré moi une grande attention au choix des couleurs.

Ouais, cette séquence-là aussi est top en matière de composition audio-visuelle.

C'est absolument brillant putain, c'est tellement expressif O_O Bon, y'a un truc très artificiel qui est utilisé plusieurs fois dans le film au point qu'à la fin on le voit venir, mais ça accentue bien la focalisation – c'est le cas de le dire – sur les personnages : diminuer les lumières jusqu'à ce que ne soit plus éclairé-e qu'Emma Stone ou Ryan Gosling, seuls face à leurs émotions.
Mais en dehors de ça, j'ai du mal à me rappeler beaucoup de films où les couleurs et les lumières ont été utilisées pour exprimer des trucs à ce point-là.
Le film est découpé en saisons, 5 exactement, de l'hiver à l'hiver, et un registre ou une opposition de couleurs domine chacune d'entre elles, ce qui est très marqué à l'écran. Les contrastes forts – Emma Stone en vert ou bleu (j'me souviens plus ^^) dans une salle de bains éclairée en rouge – les couleurs éclatantes – encore une fois, Emma Stone en robe bleue en hiver, jaune vif au printemps – l'éclairage général et les cadres généraux expriment tous des sensations, des émotions, des idées, et c'est parfait.

Rien à voir, mais ça fait plaisir pour une fois qu'un film se déroulant à Los Angeles parvienne à s'émanciper de l'image classique des palmiers omniprésents – là y'en a mais pas tant que ça – des collines couvertes de villas et de la Californie de carte postale. Parce que je suis désolé de ramener tout le monde à la réalité mais la Californie du sud, basiquement, c'est un désert en bord de mer. Et puisqu'une partie du film se déroule dans le Nevada, on nous rappelle que le désert est pas très loin. Là on voit Los Angeles côté urbain et indépendant j'ai envie de dire, presque intimiste, souvent le soir ou la nuit, avec notamment de superbes panoramas et ciels nocturnes (dont une chanson en particulier souligne la vanité avec humour), et à un moment Ryan Gosling est sur un ponton (oui parce qu'on le dit pas souvent mais Los Angeles c'est côtier, y'a un port, pas juste des plages) et le ciel en arrière-plan oscille entre le mauve et le violet quoi. La classe.


Au passage, les effets spéciaux sont très propres, y'en a pas mal, bon c'est pas Rogue One hein, mais les décors et lumières, voilà quoi. A un moment les personnages sont dans un observatoire, un genre de musée du ciel et de l'espace, puis ils évoluent sur un fond étoilé jusqu'à danser sans support visible et finalement n'être plus que des silhouettes noires sur un fond coloré, c'est trop beau.
Pareil vers la fin du film y'a une longue séquence – qui déjà en termes de narration met le spectateur sur le cul, bon comme on est assis au cinéma on va dire qu'elle le met en mindfuck – et qui est éblouissante d'effets visuels, rahlala, mais nom de dieu que ce film est beau O_O
Et heureusement, les deux interprètes révèlent ici de nouvelles facettes, ils chantent et dansent très bien. Les chorégraphies, à deux ou en groupe, sont vraiment sympa, c'est pas du rock acrobatique et on est pas dans l'excès, mais ça reste très joli et élégant, avec même parfois des claquettes !

Alors ça déjà c'est la séquence mindfuck, et ensuite non tu rêves pas, ils sont quasiment dans une peinture. Les effets visuels les plus audacieux du film.

Le seul reproche que je ferai à ce niveau tient à Emma Stone. En vrai quand elle parle elle a un timbre de voix particulier, un peu grave, et je sais bien que quand les gens chantent ils vont forcément dans l'aigu (Amy MacDonald en est un exemple frappant), la plupart du temps, mais là ça lui va pas vraiment. Ça affaiblit sa présence visuelle et vocale je trouve, c'est un peu comme comparer Maisie Peters et Tessa Violet, ça va pas du tout, les ptites voix fluettes non merci.

Mis à part ça la bande originale est superbe et très variée. Le truc c'est que les musiques intra-diégétiques – donc à l'intérieur de l'action du film, comme quand Sebastian joue du piano – c'est essentiellement du jazz, donc piano, cuivres principalement. Alors que les musiques extra-diégétiques, celles qui sont à l'extérieur de l'action, vont régulièrement chercher dans les bois, les vents, y'a de la flûte à un moment, c'est super joli, léger et limite éthéré, ça contrebalance bien la flamboyance des trompettes.

En bref : magnifique film dont l'esthétique audio-visuelle parfaitement maîtrisée bluffe autant que son imprévisible écriture, La La Land est une ode à la musique, aux arts et à l'espoir. Deux personnages rêveurs, fragiles, imparfaits mais entêtés écrivent cette belle histoire dans un foisonnement de sons et surtout de couleurs. N'hésitez pas à aller le voir.

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