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18.3.17

Des clichés et des flingues.

Encore un article qui essaie de démonter les clichés, inspiré par le cinéma et la fiction en général, et mon récent visionnage de Terminator Genisys en particulier. Parce que oui, j'me suis infligé cet étron, dans un projet absurde de découvrir plein de blockbusters que j'ai loupés ces dernières années. Pour l'instant dans ce cadre j'ai surtout vu de la daube (dont les deux Ghost Rider, au passage).

Manier une arme puissante comme un fusil à pompe/canon scié/de chasse ou un fusil de précision, ça demande une certaine patate. Ce serait bien qu'un jour les "femmes fortes" arrêtent d'être cantonnées au cinéma aux rôles de porte-flingues ou de castagne comme Gina Carano dans Deadpool, et qu'un personnage féminin puisse être athlétique et musclé comme ça, sans raison particulière. Parce que mettre des sacs d'os derrière du gros calibre, bon, voilà.

Bref, j'ai déjà évoqué rapidement à l'occasion, sans m'appesantir dessus, qu'au nombre de mes sujets d'intérêt se trouvaient les armes à feu. Mettez ça sur le compte d'un caractère logique et rationnel qui veut comprendre ce à quoi il est confronté, ainsi que sur la fréquentation assidue d'un certain nombre de jeux vidéo, films et séries martiales et/ou militaires dans lesquelles (← accord de proximité au féminin avec « séries », j'abandonne la domination du masculin grammatical, je dis ça au cas où on me signale une faute d'accord inexistante) les armes à feu jouent un rôle incontournable.
Ça, et aussi le fait que j'ai toujours été fasciné par la capacité de l'être humain à concevoir des trucs toujours plus pointus et élaborés, toujours plus diversifiés et efficaces dans leur raison d'être – même si en l'occurrence il s'agit d'objets violents. Mais après tout, on peut aimer les flingues pour pratiquer le tir sur cible inerte, on n'est pas obligé d'utiliser les armes pour chasser et tuer.

Par exemple, parmi mes armes préférées figurent le Browning Assault Rifle ou BAR, un fusil d'assaut américain du début du XXème siècle qui a connu son heure de gloire dans la 2GM et la Guerre de Corée (1950-53) et qui était apprécié par les GI's pour sa puissance et son efficacité – on le retrouve dans la série Medal of Honor.
J'adore tout particulièrement le FN P90, un pistolet-mitrailleur ultra-connu (on le voit notamment dans les séries Stargate et plein de jeux vidéo récents) conçu en Belgique et célébré pour son modernisme – il est petit, essentiellement en plastique, maniable et ambidextre, avec un chargeur de 50 balles au lieu des 30 habituelles. Et j'aime aussi le fusil à lunette PS1 de la compagnie allemande Heckler & Koch, lui aussi assez connu par sa présence dans les jeux vidéo, notamment les Metal Gear Solid, qui a ceci d'intéressant qu'il est semi-automatique, contrairement à la plupart des fusils pour le tir d'élite, ce qui le rend ravageur dans le contre-terrorisme.

La preuve qu'en Belgique, en plus du chocolat et des crises politiques, ils font aussi des armes de ouf. Hashtag le flingue que tu as forcément déjà vu dans un film, une série ou un jeu vidéo.

Tout ça pour dire que le cinéma, l'art populaire par excellence et à l'occasion l'art de la vulgarisation en ceci qu'il attire le public vers des sujets que ce dernier ne maîtrise pas toujours, ou l'amène à s'y intéresser, et par extension les séries télé qui font pareil, ont tendance à générer et à entretenir des clichés narratifs qui m'agacent un peu. Et encore, j'aime les flingues, mais je suis pas du tout expert en la matière, d'autres que moi supportent ça sûrement bien moins facilement.
Allez, pêle-mêle, qu'est-ce que j'aime pas dans le traitement des armes à feu au cinéma et à la télé ?


L'artillerie en carton et les explosifs mal gérés.

C'est un des trucs les plus courants des films et séries de guerre parce que ça permet de donner une ampleur globale à une scène pour pas cher, ce qui plaît aux producteurs. En gros, on met plein de figurants quelque part, on fait péter des trucs, les figurants se jettent à terre, se relèvent pas, et paf les méchants sont vraiment méchants.

Si tu t'attends à ce qu'un truc pareil laisse des survivants à l'arrivée, tu te trompes.

Sauf qu'en vrai non. Genre un obusier (c'est le lointain descendant du scorpion romain et de la catapulte en ceci qu'il tire à trajectoire horizontale et vise des structures) ou un mortier (descendant du trébuchet, trajectoire en cloche, vise une zone large) qui tire quelque part, tu peux être sûr qu'au point de chute ça va pas être beau à voir. A l'écran, on voit des bonhommes qui bondissent en hurlant. Si c'était réaliste, on verrait juste un souffle, des gerbes de sang et des corps démantelés façon puzzle. Basiquement un truc assez puissant pour projeter une bagnole, un camion ou un char, t'as cru que ça allait faire quoi à un être humain de 80 kilos dénué de blindage en acier épais ?
En plus la plupart du temps le mec est à genre trois-quatre mètres du point d'explosion – c'est pour ça qu'il se jette par terre, au-delà il sentirait rien parce que LE CINÉ OKLM TAVU. Mais à trois mètres du point de chute d'un obus de mortier, vive les brûlures corporelles et les hémorragies internes. Tu sais quel poids ça fait, quelle quantité d'explosifs y'a dans le bousin et quelle puissance ça a, ce truc ?
Tu veux rendre ton méchant méchant ? Choque le public. Mets du sang, des tripes, des boyaux. Ouais, et puis réduis ton public parce qu'en dessous de 16 ans ça va pas le faire.

La grenade M67 (actuellement en service dans l'armée américaine et évaluée à un prix unitaire de 4 dollars) a un rayon d'action de 15 mètres et est létale (mortelle) à 5. La grenade est une arme dégueulasse qui projette des éclats de métal à haute vélocité dans toutes les directions. On est loin du figurant qui se jette à terre en hurlant.

Et les explosifs c'est pareil. Concernant les explosifs d'attaque, face aux grenades on va avoir droit aux mêmes bonshommes bondissants alors que la grenade à fragmentation – le standard en vigueur dans les armées actuelles – comme son nom l'indique, en explosant elle projette des fragments de partout, donc y'a une distance de sécurité à respecter et planque-toi derrière trois pouces d'acier si tu veux pas te faire râper à l'improviste. Et les mines produiront au cinéma et à la télé exactement le même effet. Ces mêmes mines qui ont une zone d'effet de facile 10 mètres de diamètre et qui font péter un camion en un clin d'œil. Sans parler des éclats de métal qu'il faut ensuite extraire par chirurgie ou qui restent coincés dans le corps de la victime A VIE.

Concernant les autres explosifs, dédiés au sabotage, soit c'est des trucs sous-estimés que le héros va faire péter et ça va, tranquille, alors qu'en vrai il devrait avoir les oreilles qui sifflent à mort, soit c'est des machins ultra-puissants utilisés vainement. Eh, on a mis au point des trucs très spécifiques pour ouvrir les portes, pas besoin de mettre trois tonnes de C4.
Oui, de C4. Parce que le TNT, on a arrêté de l'utiliser y'a un moment. Pas assez puissant et pas assez polyvalent.
Bref, souviens-toi de la fin du premier Iron Man de Jon Favreau : quand Coulson et ses potes du SHIELD viennent aider Pepper Potts, ils utilisent quelques grammes d'explosif pour faire sauter une serrure et se mettent à deux mètres de là. On en est à ce niveau de précision et de technicité-là.

Après c'est sûr, au ciné et à la télé, quelques effets plastiques c'est toujours moins cher et plus rapide que des effets visuels réalistes conçus par ordinateur, il suffit d'utiliser des explosifs spéciaux conçus pour la fiction et quelques figurants qu'on paiera à peine le prix de leur présence, mais quand même. A l'écran c'est d'un grotesque sans nom.

Les fusils de précision discrets.

Je commence par mentionner qu'on dit invariablement « fusil à lunette » et « fusil de précision » alors que n'importe quel flingue peut être doté d'une lunette, un fusil d'assaut, un pistolet-mitrailleur ou, du coup, un fusil de précision, c'est-à-dire une arme conçue pour tirer très loin. C'est de ce dernier que je parle ici.
C'est, ensuite, ce truc qui m'a agacé dans Terminator Genisys et qui m'a donné envie de faire un article sur les clichés de cinéma à propos des flingues.

Plusieurs fois dans le film on voit Sarah Connor tirer au fusil à lunette (avec sa carrure, c'est plutôt balèze, je maintient qu'Emilia Clarke était en l'occurrence une erreur de casting) et personne la remarque. C'est l'un des enjeux narratifs des films Stalingrad de Jean-Jacques Annaud (que je vous conseille même s'il est vachement romancé tant dans son propos sur l'URSS que sur Vassili Zaitsev) et Il faut sauver le soldat Ryan de Spielberg (qui est totalement un film romancé et dramatique conçu pour décrocher des Oscars même si son fond, la politique américaine de protection des conscrits qui ont déjà perdu de la famille à la guerre, est véridique).

Sinon y'a aussi Démineurs (The Hurt Locker) qui ne parle pas spécifiquement du tir de précision mais qui offre une séquence très intéressante à ce propos, en plein désert irakien.

A savoir que quand un tireur d'élite ou un tireur embusqué fait feu, il risque de se faire repérer, pour tout un tas de raisons que je vais expliquer.
Mais d'abord, la différence : un tireur d'élite est un soldat capable de tirer loin (loin ici ça veut dire au-delà de la portée efficace d'une arme standard type fusil d'assaut, mais rarement à plus de 500m en moyenne) requis pour une situation donnée (antiterroriste, prise d'otages, intervention ponctuelle, mission militaire...) alors qu'un tireur embusqué est une personne capable de tirer à grande distance au fusil à lunette et cachée à un endroit donné pour piéger une cible.
La différence c'est que le tireur embusqué n'agit pas forcément sur exigence de la hiérarchie militaire ou des circonstances : un terroriste ou un chasseur peuvent aussi être des tireurs embusqués, de même que, en zone de guerre, une personne qui va se planquer en territoire ennemi et aligner tout ce qui bouge. On en voit pas mal, ces dernières années, parmi les Kurdes contre Daesh en Syrie.

Heval Hardem, dit "Musa le Sniper", était un jeune héros de 25 ans qui a, jusqu'à sa mort au combat en 2015, lutté contre Daesh depuis le Kurdistan. Armé d'un fusil de précision Dragunov de fabrication russe (une arme disponible dans beaucoup de pays d'Eurasie et sur le marché noir), il a tenu en échec les soldats islamistes autour de Kobani et a été crédité de plusieurs centaines d'ennemis abattus. L'archétype du tireur embusqué.

Bon alors, comment ça marche un fusil de précision, pour que je le présente comme si peu discret ? Ben c'est simple. Dans la tête des techniciens militaires les choses sont toujours assez simples.
Le fusil à lunette est né à la fin du XIXème siècle par la nécessité d'atteindre une cible à grande distance alors que les fusils et carabines « grand public » gagnaient en précision – donc en efficacité à grande distance. C'est la même chose que j'ai déjà évoquée à propos des lances dans mon article sur le réalisme historique dans la fiction, si ton adversaire peut t'atteindre de plus loin, faut que tu puisses le toucher d'encore plus loin.
Et pour ça y'a pas 36 moyens : ignorez celleux qui disent le contraire, la taille, ça compte. Y'a deux grandes différences entre un fusil de précision et une arme standard.

La première, la taille du canon : un canon plus long, donc une sortie de balle plus tardive, permet une plus grande stabilité et moins d'inertie (je rappelle, l'intérieur des canons est rayé pour faire tournoyer la balle, ce qui la rend plus stable parce que moins soumise aux forces extérieures comme le vent), ce qui du coup augmente la portée efficace de l'arme – soit la distance moyenne à laquelle on peut espérer atteindre la cible visée avec précision.
La seconde et la plus importante : le calibre. Pour être moins influencée par l'inertie, le vent, et pour aller plus loin, la balle doit être plus grosse, donc plus chargée en explosif (parce qu'une douille vide, c'est pas super utile). Un fusil de précision, c'est ultra-puissant. Ça fait un boucan de malade et un flash du tonnerre. Ces armes, c'est du très gros calibre. Un tir à la tête fait un gros trou en ressortant et un tir n'importe où ailleurs c'est le décès quasi-immédiat.

Histoire de vous donner une idée, ça c'est le genre de calibre utilisé dans les fusils de précision. Ajoutez à ceci que la balle est projetée à haute vélocité par un canon ultra-puissant et qu'elle est truffée de poudre explosive.

Parallèlement, le talent des tireurs et la portée efficace toujours plus grande essaient de pallier à ces inconvénients : certes, tu risques de te faire repérer si tu tires avec ça, mais les risques sont moindres à un kilomètre et demi qu'à 700 mètres. Oui, y'a des tireurs et des armes qui peuvent dépasser le kilomètre.
Cela dit, l'essentiel, c'est qu'un snipe, c'est pas une arme discrète.
Après, il est évidemment possible d'utiliser un silencieux, mais vu que la législation est très stricte concernant cet accessoire, s'en procurer est souvent plus difficile que se procurer un fusil, et on va partir du principe qu'au cinéma, tes personnages se soucient davantage de tirer que de le faire en silence.

Tout le monde peut utiliser une arme à feu.

Lol. Le truc le plus cliché dans l'univers des clichés sur les flingues. Au point que je suis toujours ravi quand l'inverse est mis en scène, autrement dit quand un personnage qui n'est pas censé savoir tirer se révèle incapable de le faire.
Alors je veux bien qu'aux États-Unis un bébé sur deux sort de l'utérus maternel le doigt sur la gâchette, mais y'a des limites. Combien de morts par balle et par année au pays de l'Oncle Sam ? Oui, voilà.

Comme dirait ce bon vieux Yuri Orlov dans un film que je vous conseillerai jamais assez, Lord of War, c'est aussi dangereux que les clopes et les bagnoles, mais sur les flingues y'a un cran de sûreté. Et accessoirement, ils sont moins faciles d'accès.
N'importe qui ayant vu un film ou une série avec des armes à feu saura plus ou moins comment ça marche – en tout cas de quel côté il faut le prendre et de quel côté il faut pas être. Mais savoir comment ça fonctionne ne signifie pas savoir s'en servir, sinon on serait tous des experts en vol spatial (une grosse explosion avec un cylindre de métal géant et creux posé dessus et des gens et du matériel à l'intérieur du tube, voilà, maintenant tu sais comment marche une fusée).

Vers la fin de Die Hard 3, Zeus (Samuel L. Jackson) se dit qu'il peut tuer Simon Grueber (Jeremy Irons), avant de prendre une balle de sa propre mitraillette. Beh ouais, il a pas pensé à enlever le cran de sûreté. Bikoze il n'est pas familier du maniement des armes. Logique !

Pour savoir tirer avec une arme à feu faut déjà savoir où est le cran de sûreté, pour pouvoir l'enlever et le remettre à volonté. Bah oui, une fois que t'as tiré, remets-le, ce serait con de se prendre une balle perdue sortie de ton propre flingue. Ensuite, il faut savoir qu'un flingue, c'est basiquement une machine à explosions miniatures qui crache des petits réceptacles bourrés de poudre explosive. Autant dire qu'il faut avoir la patate pour le manier – à deux mains, pas comme dans les clichés – en encaissant le recul ET en tirant là où on vise. Au pire, on peut caler les fusils contre l'épaule mais faut avoir les épaules solides pour absorber le choc.
D'ailleurs, tant qu'on en est là, faut aussi savoir viser sans avoir besoin de coller son œil derrière le canon, simplement en orientant correctement celui-ci. Parce qu'une arme à feu quelle qu'elle soit va chauffer ou dégager des gaz servant à propulser les balles. Et parce que les pistolets, trop courts pour être appuyés contre l'épaule, faudrait pas se péter le nez avec.

Et une fois qu'on sait tirer en absorbant le recul avec les bras ou les épaules, sans se blesser ou brûler, en touchant la cible ou au moins en sachant tirer avec un peu de précision, il faut encore espérer que l'arme ne sera pas brisée, encrassée ou enrayée. Ou bien faut savoir la démonter, l'entretenir, la remonter, voire changer quelques pièces.
Bref : tout le monde ne peut pas utiliser une arme à feu juste parce qu'on sait en gros comment ça marche. C'est pas pour rien que ces trucs sont vendus avec des manuels d'utilisation.

Les armes jamais sales, endommagées ou enrayées.

Bah tiens, tant qu'on en parle. Si tu écoutes le cinéma et la télévision, une arme à feu est toujours prête à l'utilisation, parfaitement maniable et fiable. Eh les gens, c'est un flingue, pas une planche à découper. Si la plupart des films, séries et livres de zombies recommandent l'usage d'armes blanches c'est pas pour rien.
Une arme à feu, c'est le summum de la pointe de la mécanique. Mis à part l'informatique, y'a pas beaucoup de domaines d'application concrète, tangible, dans lesquelles la miniaturisation soit aussi poussée. Un flingue c'est un ensemble de petites pièces qui n'ont généralement pas grand-chose à voir entre elles, si ce n'est qu'elles participent à la cohésion d'un machin qui ne tient pas bien si on en retire ne serait-ce qu'une.

FN PS90, variante civile du pistolet-mitrailleur déjà évoqué. Voilà voilà.

En plus je l'ai dit, le fonctionnement d'une arme à feu, la propulsion des munitions, peut reposer en partie sur des interactions chimiques, et comme vous avez tous fait physique-chimie au collège et au lycée, vous savez qu'une réaction chimique ça laisse des traces. Après usage, un pistolet ou un fusil doit être nettoyé et entretenu pour ne pas s'encrasser. Même pendant l'usage, faut pas le solliciter trop abusivement, pour éloigner le risque de la surchauffe, de la pièce qui pète, du magasin – la partie qui aligne les balles avec le canon avant le tir – qui s'enraye.
Sans compter le fait que la plupart du temps, pour des raisons de maniabilité, de transport, les armes sont conçues dans des alliages qui rouillent ou se corrodent – l'acier inoxydable c'est sympa pour la cuisine mais vu son poids, on fait pas des flingues avec.

Ah, et puis les conditions normales d'utilisation, sinon c'est pas drôle. Une arme à feu – ou tout autre objet d'importance telle que ta survie peut, dans certaines circonstances, reposer dessus – s'utilise dès qu'on en a besoin. Si tu es menacé-e par quelqu'un et que t'as que ça sous la main, tu vas pas demander à ton assaillant-e d'attendre gentiment qu'il fasse beau, clair et sec pour s'en prendre à toi.
Sous la pluie, sous la neige, dans le vent, dans la boue et dans le sable, tu as un flingue et tu es menacé-e, tu l'utilises, ou au moins tu le montres pour éviter d'être attaqué-e (c'est le principe de la dissuasion, dont tu as certainement entendu parler à propos des armes nucléaires, mais qu'on devrait généraliser, surtout aux États-Unis, ce pays où on tire d'abord et où on s'interroge sur les conséquences ensuite). Du coup, sous la pluie, sous la neige, dans le vent, dans la boue et dans le sable, tu te prépares à l'idée que ton arme puisse craindre l'humidité et la saleté.
Enfin sauf si tu utilises un AK-47 dit Kalachnikov, mais ça m'étonnerait.

Jamais besoin de recharger.

Alors là, on touche du doigt une banalité tellement confondante qu'il est exceptionnel – et du coup, intéressant – de trouver des contre-exemples où les personnages rechargent leurs armes systématiquement (comme dans Zombieland tiens).
A l'écran ça pourrait prendre trois secondes et demie et c'est le temps que la plupart des réals veulent pas prendre, ce qui entretient un climat d'irréalisme de mauvaise qualité dans plein de films. Les personnages rechargent jamais, ce qui au mieux est une facilité narrative (parce que oui, pour recharger il faut arrêter de tirer, ce qui laisse le temps à des péripéties de se dérouler), au pire est complètement con, pour une raison simple.

Outre la principale distinction entre les différents types d'armes à feu – les munitions embarquées, donc le calibre – ainsi que l'utilisation qui en est faite et les capacités de telle ou telle arme (ces deux traits découlant logiquement des munitions), ben les flingues n'en tirent pas le même nombre.
Pensez-y : les premiers pistolets, à mèche et à rouet, ne tiraient qu'une fois avant rechargement (cela dit les films de cape et d'épée respectent ça). Les revolvers, nés au XIXème siècle, ont un barillet de 6 à 8 coups. Vous voyez souvent un cow-boy de ciné recharger en plein milieu de fusillade ? Les pistolets ont des chargeurs de 15 à 20 balles environ.
Les fusils d'assaut et pistolets-mitrailleurs, c'est entre 30 et 50 balles pour les plus avancés (comme le P90), et ce sont à peu près les seuls avec lesquels le tireur peut se permettre de recharger assez rarement – du coup, pourquoi ne pas le montrer, c'est pas comme si y'avait un plan de rechargement toutes les deux minutes.

Le P90 a ceci d'intéressant qu'il est une des rares armes dont le chargeur se trouve au-dessus du canon - et au passage, il propose 50 balles au lieu des 30 standards. De fait, son système astucieux permet également l'évacuation des douilles pendant le tir, ce qui permet des tirs quasi-continus (c'est un semi-automatique) adaptés à son type, puisque c'est un pistolet-mitrailleur.

Dans le même ordre d'idées, j'ai joué y'a quelques années à un FPS, j'me souviens plus lequel mais je crois que c'était Deus Ex Invisible War, dans lequel il n'y avait qu'une seule sorte de munitions – alors que le genre même du FPS repose sur en partie sur la quête presque incessante de recharges. Dans le jeu c'était expliqué par le fait que les chargeurs étaient faits dans un matériau protéiforme qui s'adapte aux armes dans lesquelles on les mets, mais c'est pas possible en vrai.
Alors que dans les films, on va voir souvent des personnages s'échanger des chargeurs, dans la réalité il faut imaginer les flingues comme des ordinateurs. Tu peux pas insérer la batterie de ton PC portable dans celui du voisin à moins qu'il ne soit de la même marque et du même modèle. Bah là c'est pareil. A moins que deux armes soient du même modèle et du même constructeur, leurs chargeurs sont pas interchangeables.

Pas la même taille, pas la même forme, pas les mêmes balles, pas interchangeables. Pour des objets dont le fonctionnement repose justement sur la nécessité d'un rechargement régulier, je trouve qu'on traite avec beaucoup d'ignorance et de mépris le rechargement en question.

Les fusils d'assaut utilisent des balles – donc des chargeurs – de plus grande taille que les pistolets-mitrailleurs et les pistolets, les fusils de précision utilisent un calibre encore plus gros, et je parle même pas des mitrailleuses qui souvent fonctionnent non au chargeur mais à la chaîne de munitions. A chaque arme son chargeur et la taille de celui-ci.
Le traitement des balles, des douilles et du rechargement est l'un des éléments les plus symptomatiques de la facilité, de l'ignorance et du mépris à l'égard des armes à feu dans la culture.

Bref, c'était juste quelques éléments parmi les plus évidents quant aux erreurs factuelles dans les films et les séries télé. Je trouve aberrant qu'un réalisateur ou un producteur ne prenne pas la peine de mettre un ou deux plans de rechargement d'arme dans une fusillade si le temps gagné est utilisé pour dire de la merde, proposer une narration à chier, du sexisme ou des clichés sur autre chose que les armes.
C'est comme pour tout, les plus aptes à proposer des univers et des mises en scène pertinentes sont ceux qui les reçoivent, les lecteurs-écrivains, les spectateurs-cinéastes ou les gamers-développeurs. Y'a pas de secret, pour bien évoquer un sujet faut commencer par le connaître.

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