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16.4.17

L'abstentionnisme, aberration du système.

Alors ! Aujourd'hui on va parler d'un sujet qui fâche. Je voulais faire cet article à la toute fin 2016 ou au début 2017, puis j'ai renoncé en voyant qu'essayer d'expliquer à mon entourage sur Twitter que l'abstentionnisme c'est complètement con, ça n'avait d'effet notable que d'énerver les gens concernés, mais j'ai finalement décidé de reprendre l'idée.
Ne serait-ce que parce que l'élection présidentielle approche et que j'espère encore naïvement que mes propos feront réfléchir les gens, à défaut de les faire agir (parce que bon, soyons lucides, le comportement citoyen face à la politique, c'est le meilleur révélateur de la connerie suprême de certains qui se défendent pourtant d'être des blaireaux sans personnalité la plupart du temps (si vous vous sentez insulté-e-s par ces propos, avant de laisser connement libre court à vos émotions, demandez-vous pourquoi vous seriez peut-être concerné-e-s par lesdits propos et donnez-vous au moins la patience de me lire jusqu'au bout)).

Je précise que je vais pas invoquer des arguments historiques et humanistes du genre "des générations se sont battues et sont mortes pour le droit de vote" parce que la plupart des gens se foutent royalement de l'Histoire et ne sont pas humanistes. Je vais pas non plus dire que s'abstenir fait le jeu du FN (alors que c'est vrai), ou que de manière générale, les électeurs sont plus disciplinés à droite qu'à gauche, parce que là encore, les gens s'en foutent.
Comme on me l'a dit souvent, la politique c'est émotif, vous arrêtez de réfléchir avec votre tête quand vous votez, vous faites ça avec le cœur. Bah pas moi, moi je suis un mec rationnel alors je vais vous expliquer pourquoi, de manière froidement logique et rationnelle, s'abstenir de voter est une vaste connerie.


Avant de se demander ce que c'est et ce que ça recouvre, il faut poser une question plus importante. Parce que bon, certain-e-s ahuri-e-s peu politisés (et souvent abstentionnistes elleux-mêmes, que ce soit par dépit ou ignorance), se paient souvent le luxe de définir que "l'abstentionnisme c'est le fait de ne pas participer aux élections politiques".
L'abstentionnisme et l'abstention sont des comportements politiques, aussi faut-il se demander, tout bêtement,  qu'est-ce que la politique ? Bah oui, faut bien savoir de quoi on parle avant d'en parler.

Philipp Foltz, L'oraison funèbre de Périclès, XIXème siècle.

"Politique", étymologiquement, ça vient du grec polis, qui signifie "la cité". J'espère que ça je vous l'apprends pas. Je vais invoquer notre modèle culturel, celui des Grecs et les Romains, pour qui elle n'est ni un régime politique ni une forme de structure étatique.
Du haut de nos deux siècles de réflexion politique depuis la Révolution Française, on a gagné le droit de fermer nos gueules, parce qu'on ne sait rien de la politique : les Anciens l'ont brassée, pensée, élaborée, remaniée, pendant dix fois plus longtemps, sans jamais se mettre d'accord sur son objet.

Histoire de mieux définir le terme, j'apporte une précision propre à la France : on parle souvent de démocratie (à tort, vu qu'on est gouvernés par une oligarchie) mais dans les institutions, sur les courriers officiels, dans les médias, on parle presque systématiquement de "république française".
Or, la république, en latin res publica, c'est la chose publique. C'est ainsi que les Romains désignent leur régime, raison pour laquelle ni le nom, ni les institutions, ni le regard qu'ils portent sur le régime, ne changent entre "la république" et "la période impériale". Pour les Romains, c'était la même chose.

Je traduis en mots simples : la politique c'est le fait de vivre en commun. Dès que tu sors de chez toi tu entres dans le champ politique, parce que tu te déplaces dans un lieu, la ville, la campagne, la route, qui a été modelé à l'issue de projets d'urbanisme, et que tu vas profiter des services définis par des assemblées selon des règles d'échanges économiques déterminés par des assemblées. Quand tu vas au travail, tu fais de la politique, parce que le travail, son sens social et sociétal, ses objectifs, son fonctionnement, sa rétribution (le salaire) et tout ce qui l'entoure sont définis par des règles établies par des communautés.
L'économie, la société, la justice, les institutions publiques, tout est le fruit d'une ou plusieurs entités - principalement le gouvernement et la Constitution, qui je le rappelle est un texte fondamentalement juridique et politique - qui découlent de la vie en politique.
RIEN de ce que l'on fait au quotidien N'EST PAS politique. TOUTE NOTRE VIE QUOTIDIENNE est un acte de politique. Le simple fait de vivre au milieu d'êtres humains, c'est déjà faire de la politique.

Si t'as cru que tu pouvais un jour sortir de la politique, t'as mal cru. Déjà entendu parler du Baron Haussmann ? Si tu vis à Paris, sache que si ta ville possède de grands boulevards très ouverts, c'est parce qu'un mec a décidé un jour que c'était plus facile d'être un monarque absolu si on avait la place de donner du canon sur les grouillots de la populace en pleine ville. Ce mec, c'était Napoléon III. 
La politique est au cœur du quotidien, que tu le veuilles ou non.


C'est là que tu commences à voir, normalement, en quoi l'abstentionnisme pose problème. L'abstention est un acte de politique qui exprime le rejet d'un système, le retrait par celui ou celle qui fait acte d'abstention (oui parce que ne rien faire c'est déjà un acte en soi).
L'abstention par essence est fondamentalement incohérente telle que pratiquée par la plupart des gens.
D'une part, beaucoup de penseurs de l'abstention sont des gens qui n'ont pas à souffrir des conséquences de ce choix - par exemple les vidéastes français façon Buffy Mars qui prônent l'abstention et la réflexion politique de la rue, d'en bas, de la masse populaire - on a bien vu à quel point Nuit Debout a échoué lamentablement. Sauf que la plupart des gens n'ont pas les moyens physiques et financiers de s'investir dans la réflexion politique, ielles ont une vie, un travail, une famille peut-être, enfin des priorités. S'investir durablement dans la réflexion et le brassage politique, ça vaut que quand on a du temps libre et qu'on bénéficie d'un certain confort matériel.

D'autre part, l'abstention politique n'est que l'expression partielle de ce qu'elle devrait être si elle était assumée. Là encore, la plupart des gens ne bénéficient pas d'un confort matériel qui leur permet de s'abstenir correctement.
Et pour ça je vais utiliser une métaphore : l'abstentionnisme, c'est comme le rejet du nucléaire. Tu dis que tu n'en veux pas chez toi, que tu veux pas que ton pays soit régi par ce truc, et tu le condamnes en chaque occasion. Puis vient un jour où un accident nucléaire survient et où les radiations envahissent ton pays : elles s'en foutent royalement que tu sois contre le nucléaire, tu subis les conséquences tout pareil. Rejeter un système par volonté d'abstention ne sert à rien si tu vis au cœur du système. Résultat l'abstention en France se retrouve réduite à une condamnation de façade alors qu'elle est en théorie un choix extrême et beaucoup plus profond.

38 MEMBRES du gouvernement actuel. 18 ministres ! Il n'y a pas un pan de la vie des Français qui ne soit pas sous contrôle ou influence des structures politiques !

Je l'ai dit, l'ensemble de notre vie est régi soit par des émanations de la république "chose publique", soit de l'État lui-même, avec ses volets - ministères -  économique, judiciaire, environnemental ou de la sûreté (parce que c'est triste mais le ministère de l'Intérieur est désormais réduit, dans l'image populaire, à la police). C'est là que repose l'essentiel de l'incohérence de l'abstentionnisme : tu rejettes le système, tu refuses les élections, mais tu vis en France, selon les règles socio-économiques et culturelles - la télé, l'Internet et les réseaux de communication français, la protection sociale maladie et les conditions de travail et de salaire françaises - qui sont le produit du système que tu rejettes.
Tu t'abstiens aux élections politiques françaises ? Tu rejettes le système français en t'abstenant systématiquement ? VA REJOINDRE UNE COMMUNAUTÉ AUTOGÉRÉE QUI VIT EN AUTARCIE ! RETIRE-TOI DU MONDE POUR VIVRE EN ERMITE !
VA VOIR AILLEURS, VA AU CANADA, EN ANGLETERRE, EN SUISSE, CESSE DE CONDAMNER LE SYSTÈME ALORS QUE TU PROFITES ALLÈGREMENT DE CE QU'IL OFFRE À TOUS LES RÉSIDENTS DE FRANCE !! 
On ne peut pas sincèrement et totalement s'abstenir de participer au système français si on vit dans le système français, c'est aussi simple que ça.


Du coup, l'abstention en France en 2017 ce n'est pas l'abstention. C'est l'ignorance et la fainéantise. C'est la flemme de se bouger le cul deux dimanches pour aller mettre un papier dans une enveloppe.
Pire encore : l'abstention exprime le rejet d'un système, alors qu'on a bien vu que les initiatives populaires pour changer le système étaient à la fois vouées à l'échec - parce que jamais vraiment populaires et toujours un peu instrumentalisées - ou confrontées à un système qui les écrase sans pitié - avec la police sinon c'est pas drôle.
Sans parler des pétitions et des manifestations parce que si y'a bien un truc dont tout le monde - et surtout le système en place - se fout royalement, c'est des listes de signatures d'anonymes ou des gens qui marchent dans la rue. Dans les institutions, le seul truc qui marche, ce sont les institutions elles-mêmes, donc le vote.

Vous êtes contre le système, contre la Vème république, contre les politiciens français actuels, contre l'oligarchie, contre la finance, contre un univers qui nous écrase pour se maintenir, et qui nous balance un Emmanuel Macron pour faire croire que le capitalisme c'est jeune et sexy ? Il existe un recours pour ça. Il existe depuis longtemps un moyen, lors des élections, de dire "aucun des choix que vous ne proposez me convient" ou lors des référendums de dire "la question n'est pas bonne, reformulez".


Ce recours, ça s'appelle le vote blanc. Alors effectivement, le vote blanc n'a de valeur que si le vote est obligatoire, actuellement il est comptabilisé mais n'influe pas sur les élections. Mais au fond, vous croyez que l'abstention influe sur les élections ? Comme je l'ai déjà dit ailleurs, il pourrait y avoir lors d'une élection 65% d'abstention, 15% pour un-e candidat-e, 10% pour un-e autre et les 10 derniers pourcents partagés entre les autres candidat-e-s et le vote blanc, lea candidat-e à 15% gagnerait quand même son élection. Avec 2 Français-es sur 3 qui se foutent de l'élection, ielle serait gagnant.
Actuellement l'abstention et le vote blanc en vrai ça veut dire "bon, y'a tant de gens qui se foutent de cette élection et y'a tant de gens qui participent à l'élection pour dire qu'ils se foutent des propositions qu'on fait."
Après il y a des candidats qui intègrent dans leur programme la validation du vote blanc. Il existe actuellement des candidats qui, s'ils sont élus, ont promis que 50% ou davantage de vote blanc à une élection invaliderait cette élection. J'ai pas regardé le programme des autres candidats, mais Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon proposent tous les deux cette mise à jour du vote blanc afin de vraiment prendre en compte le rejet et la contestation d'une partie des Français-es.

Problème : ce sont ces citoyen-ne-s qui refusent de voter aux élections et de changer la validité du vote blanc. Qu'ielles sont con-ne-s, hein ?

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