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18.6.17

Cinéma complet et film générationnel : la reine de la Justice League.

(on dira ce qu'on voudra sur les Chinois, ils ont le meilleur poster)

Wonder Woman.

Film américain de Patty Jenkins (2017) avec Gal Gadot, Chris Pine, David Huston, David Thewlis, Elena Anaya, Robin Wright, Connie Nielsen.
Genre : action, fantastique.
Vu en VOST.

Themiscyra, Grèce. Les conflits des premiers hommes, poussés par l'influence du dieu de la guerre Arès, ont poussé Zeus à créer les Amazones, des guerrières puissantes et immortelles destinées à répandre l'amour au sein de l'humanité.
Mais celles-ci, soumises au genre masculin, finissent par s'émanciper et par fuir pour une île retirée, cachée aux yeux du monde. La reine Hippolyte y implore Zeus de lui donner une fille, ce qu'il fait peu avant d'être tué, comme tous les siens, par Arès.

La petite Diana, seule enfant de Themiscyra, grandit dans le bonheur et la quiétude. Mais un jour, Steve Trevor, un aviateur et espion américain, s'écrase dans la baie de l'île.


La dernière fois que j'ai largement spoilé un film c'était Les Animaux Fantastiques pour mettre en évidence sa navrante inutilité et ses innombrables béances.
Alors je préviens tout de suite que je vais commenter et expliquer Wonder Woman sur la base de mes connaissances historiques, et que pour ça, je vais devoir le raconter par le menu. Si vous l'avez pas vu, je vous recommande vivement de voir le film avant de lire mon article, à moins que vous n'ayez vraiment pas l'intention de le regarder.


Ce sera pas faute d'avoir prévenu.

Wonder Woman est donc le 4ème film du DCCU (à ne pas confondre avec le MCU, à deux lettres près...) et ironiquement, il aurait pu tout à fait être le premier. Son propos est de raconter un épisode de la vie de "Diana Prince" : il commence et se termine comme un flashback et aurait pu être offert au public avant Man of Steel, ça aurait rien changé. Ah si : on aurait découvert 4 ou 5 ans plus tôt qu'un film peut être génial tout en étant féministe, du coup Ghostbusters 2016 aurait eu le succès qu'il mérite.
Bref, histoire de trouver des références qui vous parlent, ce film m'a furieusement rappelé à la fois le Thor et le Captain America : First Avenger de Marvel. Le premier parce qu'il invoque une longue mythologie soudainement surgie du passée et le second parce que super-héros dans la guerre mondiale, mais là c'est la Première.

Donc Wonder Woman apparaît - enfin - dans un grand film au cinéma, porté par une femme (forcément) mais également réalisé par une autre. Commençons par le commencement : ce récit prend pour base la dernière version en date de l'origin story de Diana Prince, qui fait d'elle une créature surnaturelle née de l'argile et animée par Zeus. Dans le film, c'est très important parce que ça veut dire qu'elle est la dernière manifestation encore vivante du pouvoir de l'Olympe - à part Arès lui-même, évidemment.
Je commence par dire que j'ai adoré le fait que, pour une fois, la mythologie grecque soit traitée avec respect (pas comme chez Percy Jackson) et une grande connaissance du sujet (pas comme chez Disney où Hercule le latin côtoie Hadès, Zeus, Mégara et Philoctète les Grecs. Non parce que sinon on dirait Héraklès).


S'il y a un fait incontestable qu'on peut établir, après 80 ans d'existence, sur les super-héros, et certains comme la talentueuse Ana D. ne s'en sont pas privés, c'est que tout cet univers constitue une nouvelle mythologie.
En tant que telle, elle possède ses temples - de nombreux musées et lieux de convention sont entièrement dédiées aux comics et aux super-héros - mais aussi son panthéon - Superman, Batman, Wonder Woman, le Joker, mais aussi Captain America, Iron Man, Spiderman, le Punisher, Docteur Manhattan, le V d'Alan Moore et des milliers d'autres.
Cette nouvelle mythologie a ses adorateurs, ses prêtres - Frank Miller, Alan Moore, Stan Lee, Dave Gibbons, Geoff Johns, Mark Millar... - et elle porte des mécanismes et des valeurs universelles pour la culture et la société de son temps : Superman c'est l'espoir, Captain America c'est l'intégrité, Batman c'est l'investissement personnel dans une cause (même si c'est celle du vigilantisme), le Punisher et Rorschach c'est l'implacable justice, d'autres ont la rédemption, le partage, l'esprit de corps et la force du groupe... Je rappelle que les 4 fantastiques sont l'avatar de la famille nucléaire perdue dans l'ère moderne, et que les X Men sont la meilleure métaphore qui soit de l'homosexualité. Si tu as pas saisi ça, revois les deux premiers de Bryan Singer en 2000 et 2003.

La "Diane de Versailles", statue romaine du Ier ou IIème siècle, de style grec antique, Musée du Louvre, Paris.
Parce que oui, la Diane antique est toujours représentée armée d'un arc, non d'une épée et d'un hoplum (bouclier rond) comme son homonyme super-héroïque.

Comme toutes les mythologies, celle des super-héros s'inspire des précédentes (nordique pour Thor et ses potes, africaine pour Black Panther, et j'en passe), et c'est là que je voulais en arriver en premier lieu.
Diana Prince, c'est une référence à Diane, déesse romaine de la lune, de la chasse et de la nature sauvage, équivalent latin d'Artémis, sœur jumelle d'Apollon (dieu du soleil et de la musique), donc une Olympienne de nom sinon de fait, ce qu'elle est également dans le film, à ce détail près qu'Artémis-Diane est, comme Athéna, une déesse vierge : c'est dans sa représentation, c'est revendiqué auprès de son royal père Zeus, elle ne couche pas (elle le fait à priori dans le film).
Wonder Woman a la bonne idée d'expliquer la disparition des divinités grecques (le DC universe ayant ses propres dieux, différents de ceux de Marvel et souvent originaux comme les Anciens de Green Lantern) tout en respectant, en gros, leur représentation. L'Arès mythologique, dieu de la guerre furieuse et destructrice, est opposé à Athéna, déesse de la guerre juste et de la sagesse (même si elle est absente dans le film) mais il n'est pas maléfique en soi - comme je l'ai déjà dit, la notion de Mal a été inventée par les monothéismes, les polythéismes préférant opposer l'ordre et le chaos. Et, dans le film toujours, Arès constate après plusieurs millénaires que les mortels sont devenus beaucoup trop dangereux - contredisant la thèse selon laquelle lui seul est à l'origine de leur violence - et qu'il vaut mieux tous les éliminer pour restaurer la paix originelle - ce à quoi Wonder Woman s'oppose.

Ce choix de la princesse amazone a pu être reproché, parce qu'en termes de mise en scène, ça fait très "le pouvoir de l'amour" niais et larmoyant, mais voilà, les Amazones c'est ça, c'est dit depuis le début, elles ont été créées pour servir l'amour, donc pas étonnant que Diana pète un câble quand son mec vient de mourir. Je rappelle également que dans l'excellent récit choral de DC intitulé Blackest Night - et que je vous recommande à nouveau - lorsque le Corps des Star Sapphires, guerrières de l'amour, a besoin de renforts, quel grand personnage du DC Universe reçoit un anneau violet ? Wonder Woman.

Blackest Night : Wonder Woman rejoint le Corps des Star Sapphires, protectrices de l'amour, et devient une Violet Lantern lors de l'apparition de nouveaux héros des Corps Colorés pour lutter contre les Black Lantern de Nekron.

D'ailleurs, les Amazones, c'est aussi - évidemment - de la référence mythologique, l'idée d'une île ou d'une contrée mythique seulement peuplée de femmes guerrières était déjà courante chez les Anciens - au point qu'Hercule lui-même en au moins une occasion. Et comme dans le film, les Amazones sont expertes dans le combat à cheval, à la lance et à l'arc (ce qu'a repris avec fidélité le personnage de l'Amazone dans le jeu vidéo Diablo 2), capables de prouesses qui défont à peu près tous les mâles (sauf Hercule du coup), et que l'on voit joliment dans le film lors de l'irruption des Allemands sur Themiscyra - mention spéciale à Robin Wright et Connie Nielsen qui sont absolument géniales.

Alors pour remettre dans le contexte, Robin Wright, je l'ai vue dans Forrest Gump, La légende de Beowulf et She's so lovely, chaque fois dans des rôles dramatiques. Elle m'a pas habitué à la voir comme femme d'action.
ET LA ELLE A TOUT FAIT PÉTER EN ENTRAÎNANT WONDER WOMAN ET EN EXPLOSANT DES TEUTONS ET C’ÉTAIT TROP PUTAIN DE BADASS O_O

J'ignore si la toute première Wonder Woman était déjà dépeinte comme une Amazone, fille d'Hippolyte, mais de toute façon, ce film ne se base pas sur cette première itération.
Alors évidemment ça peut faire sortir à certains des remarques assez connes du genre "des femmes qui se battent en jupette c'est sexiste" mais 1. la jupe (ou ses équivalents masculins et antiques) c'est l'une des tenues de base pour combattre dans l'Antiquité - on se rappelle que la Grèce a un climat plutôt chaud et qu'à l'époque on n'avait pas les moyens d'équiper de la tête au pied les soldats civiques. Et 2. la jupe c'est sexiste dans une société dominée par les hommes qui aiment matter les femmes. Là on est dans une société de femmes exclusivement, et en plus des divinités (bah oui, créées par Zeus) conçues pour combattre et vraisemblablement pour l'amour hétérosexuel : autant dire que la sexualisation à outrance, le viol, le harcèlement, elles connaissent pas.


Sur ce fonds de mythologie et d'origin-story est donc bâti le déroulement du film, qui voit la jeune Diana, dernière manifestation du pouvoir de Zeus (même si elle le sait pas encore) être confrontée au monde extérieur. Contrairement aux autres amazones, elle a été enfant, elle a donc été curieuse, elle n'a pas connu l'esclavage de la part des hommes et son sens des valeurs est donc intact, d'une part, et extrêmement fort, d'autre part. Elle tolère juste pas que le monde puisse être en guerre sans que les Amazones - dont c'est un peu le boulot d'arrêter les guerres en répandant l'amour façon peace and love - n'interviennent (au passage, ça ouvre une porte narrative parce que jusqu'à preuve du contraire, Hippolyte et ses copines sont encore vivantes sur Themiscyra au moment où Superman dort dans son cercueil et où Batman et Wonder Woman veulent monter une équipe de supers).

Malheureusement, c'est la partie du film qui met en scène à la fois ce qu'il a de meilleur et ce qu'il a de presque pire. Sortir un personnage de son contexte spatio-temporel pour le jeter dans la société contemporaine et regarder le décalage, c'est pas nouveau, ça porte un nom (j'ai oublié lequel mais ça vient de Voltaire) et ici ça sert juste le personnage de Steve Trevor, outre que ça ralentit pas mal l'action.
Contrairement à ce qu'on dit un peu partout, Wonder Woman est loin d'être le premier film qui met un personnage féminin fort au centre de l'action - on est beaucoup à penser à la saga Alien des années 80, mais beaucoup d'autres en ont fait autant (à commencer par les deux derniers Star Wars en date, The Force Awakens et Rogue One) - mais il est en revanche le premier film de super-héroïne qui le fait avec succès (parce que Supergirl, Catwoman, Elektra ou Barb Wire, on va essayer d'oublier).


Cela dit, cette séquence à Londres est l'occasion des plus belles saillies féministes du film : la comparaison entre l'esclavage et le secrétariat à une époque où ce dernier est forcément incarné par des femmes soumises (je crois que c'est toujours un métier très féminin d'ailleurs), l'évocation des suffragettes - le droit de vote féminin britannique est acquis en 1918 - le personnage d'Etta Candy, la secrétaire de Trevor, laquelle est parachutée à la tête de l'opération de Trevor et Diana, depuis le bureau du politicien et un truc que j'ai adoré, la réplique de celle-ci quand Wonder Woman est relookée.
Outre qu'elle ne cesse de protester qu'il est impossible de se battre dans ces tenues - inutile de rappeler le nombre d'études sociologiques sur le pantalon, la robe et la place dans les armées comme éléments de la domination masculine sur la femme - Steve Trevor lui met des lunettes pour que le beau visage de Gal Gadot soit moins remarquable, et là t'as Etta "bien sûr, elle a des lunettes, tout de suite elle est moins séduisante" XD
Alors déjà, c'est l'inverse, les lunettes ont tendance à attirer le regard, à donner une personnalité à un visage qu'on pourrait trouver banal et oublier très vite en leur absence, ensuite, ma ptite sœur Elika est une incarnation de Wonder Woman et ses lunettes ne la rendent pas moins jolie qu'elle ne l'est déjà.
Mais bon, en définitive, la palme de la réplique castratrice reste décernée à la conversation sur le rapport sexuel, je pense. Parce que Diana, qui a lu les auteurs antiques sur le sujet, précise bien que si "les mecs sont essentiels à la reproduction, pour le plaisir, on peut s'en passer" \o/


Par la suite, un peu à la manière de Steve Rogers 25 ans plus tard, "Diana Prince" parvient à convaincre (surtout grâce à Steve Trevor) de l'utilité d'une mission d'assassinat du général Ludendorff, chef des armées allemandes. Alors c'est un vrai bonhomme qui a vraiment existé dans la réalité réelle du vrai monde, et j'aime assez le fait qu'il soit associé à une chimiste qui travaille sur les gaz depuis l'empire ottoman, actuelle Turquie, pour plusieurs raisons.
D'une part, les liens historiques entre les deux pays sont avérés et encore aujourd'hui, la minorité turque en Allemagne est comparable à la minorité indienne au Royaume-Uni, c'est la plus forte altérité ethnique, ensuite depuis la Troisième Industrialisation (1880-1900), l'Allemagne est en pointe en matière de chimie (c'est encore le cas aujourd'hui avec de nombreux labos pharmaceutiques et industriels, photographie ou autre). Preuve que chez DC, on se soucie autant de la fidélité historique que chez Marvel quand on écrit des dystopies super-héroïques.

Captain America First
Avenger :
Dum Dum
Dugan joué par Neal
McDonough.
La suite de l'intrigue est assez prévisible, il faut que Wonder Woman se fasse un nom et une image publique pour devenir l'avatar de la résistance, et c'est de loin la partie du film que j'ai trouvée la plus faible, hélas. Le conflit est vu depuis la Belgique (un choix original mais finalement pas très sexy dans le cinéma international) et le problème vient à la fois du rythme (lent) et de l'écriture. Histoire de comparer avec un précédent, dans Captain America First Avenger, on ne sait strictement rien des Howling Commandos, l'escouade de Steve Rogers. On connaît bien Bucky Barnes parce que c'est intéressant pour les films suivants, Neal McDonough est un acteur qui dépote, mais pour le reste on peut juste supposer qu'il y a un Français et un Anglais dans le lot.
Ici, le personnage de Charlie joué par Ewen Bremner (Trainspotting) est un sniper qui fait des cauchemars mais on sait jamais pourquoi. Quand on connaît un peu sa fonction ou qu'on a vu Stalingrad de Jean-Jacques Annaud, on suppose qu'il est hanté par les visages de ses cibles, mais c'est jamais dit. Y'a un Natif Américain qui est intéressant dans son cynisme jusqu'à ce qu'il soit recyclé en cliché à signaux de fumée, et un Maghrébin un peu développé, mais le tout est tellement bancal et surtout inutile à long terme que ça ralentit considérablement l'action pour rien. Après tout, c'est pas comme s'ils avaient un rôle majeur dans la vie de Wonder Woman ou dans la guerre (contrairement aux Howling Commandos qui sont l'un des étendards du jeune SHIELD de Peggy Carter).
Y'a aussi une scène de gala qui en termes d'écriture est assez géniale, parce que truffée de double-discours entre Ludendorff et Diana d'une part, entre Isabel Maru et Steve Trevor d'autre part, qui joue super bien son rôle d'espion, mais c'est, à nouveau, sans lendemain.

Le troisième acte du film, en revanche, est beaucoup trop classe. Diana a passé son temps à courir après Arès et si j'ai lu ça et là sur Internet que l'identité de ce dernier était prévisible, je ne suis pas du tout d'accord. D'abord parce que je déteste les gens qui disent à propos d'un film, après coup, "ouais, je l'avais vu venir à dix kilomètres", déjà c'est arrogant et puis ça minimise les efforts des scénaristes pour créer du suspense. Ensuite, on est tellement habitués aux plot-twists depuis des années au cinéma que maintenant n'importe quel-le crétin-e va se mettre à surinterpréter au lieu de juste savourer un film, ce que je déteste. Enfin parce que, dans ce cas précis, l'identité d'Arès est effectivement une surprise jusqu'à sa révélation.
Ma seule déception à cet égard c'est qu'il aurait pu être traité comme un ennemi juré, qui se repointerait d'un film à l'autre pour essayer de botter le cul de Wonder Woman (qu'elle a joli d'ailleurs) façon Thanos, mais non, l'écriture (assez brillante je dois dire) qui fait de Diana une divinité olympienne (et non une divinité inférieure comme les Amazones) nous propose un duel à mort entre deux dieux, et comme le film entier est un flashback, on sait tous qui a gagné.

Parce qu'avant d'être le détecteur de mensonge le plus efficace du monde - le créateur de Wonder Woman est aussi l'inventeur du détecteur de mensonge - c'est aussi un lasso.

Visuellement, cette dernière partie sur le tarmac est pétée de classe. Mis à part le détail qui tue (Arès qui balance des éclairs alors que c'est plutôt l'attribut de Zeus, mais on peut supposer qu'il lui a piqué son foudre en le tuant), les éclairages des avions, des explosions et des flammes et du lasso de Wonder Woman qui est quasiment multifonction sont vraiment classes, avec une mise en scène explosive à outrance, parce que comme je l'ai dit, ce film m'a pas mal rappelé Thor et il est difficile d'aller, dans la surenchère, au-delà de divinités qui s'envoient des marrons.
Le long-métrage se termine clairement en apothéose avec une petite séquence hommage après la fin de la guerre (ça rappelle Captain America, tout ça...) et je regrette qu'on ait pas eu une post-générique façon Iron Man 3 où Diana discuterait avec Bruce Wayne, mais j'imagine que Ben Affleck coûtait trop cher et qu'ils feront ça hors-champ, parce que Batman a besoin de vraiment assimiler qu'il est pas le seul à en avoir chié dans la vie.


Après, ce film est loin d'être parfait hein, il a plusieurs défauts qui se voient bien. J'ai déjà parlé des personnages secondaires dont on se contrefout et qui sont là que pour mettre en valeur la princesse amazone, d'autant que le film n'a jamais une portée globale, on n'a aucun retour sur les effets larges de la mission, aucune perception de l'ensemble de la guerre (contrairement à ce que faisait Captain America tiens).


Malgré la réécriture historique qui se veut fidèle et réaliste, les méchants sont clichés as fuck : à un moment Ludendorff veut tester le nouveau gaz du Docteur Poison (non mais rien que d'appeler Isabel Maru "Docteur Poison", sérieux !), il balance une grenade au gaz dans la salle d'état-major de l'armée allemande, referme la porte et rigole avec sa comparse, j'me serais cru dans Austin Powers. Le simple fait que le bras droit du méchant soit affublé d'une mutilation, c'est déjà de l'ordre du cliché.
Le fait que personne ne semble trouver ahurissant qu'une femme en armure légère puisse traverser un no-man's land sous le feu ennemi ou exploser un clocher d'église, pareil, c'est un peu au-delà de la suspension consentie d'incrédulité (le mécanisme selon lequel ton cerveau est prêt à accepter une partie du WTF d'un film parce que c'est un film).

La musique est composée par Gregson-Williams, pas Harry comme je l'ai cru en regardant mal le générique en partant, mais son jeune frère Rupert - je peux rien vous dire sur lui, je l'ai jamais entendu - et franchement ça ressemble beaucoup aux lourdeurs d'Hans Zimmer (qui a bossé sur les Batman de Nolan et tous les films du DCCU sauf Suicide Squad).
Le thème principal est joué deux fois seulement dans le film - ça évite l'overdose j'imagine - d'autant qu'en une occasion, il est accéléré, ce qui n'est pas rien. Déjà, y'a un truc à remarquer sur le thème de Wonder Woman composé par Zimmer et Junkie XL pour Batman v Superman. C'est un thème de combat. Prenez le thème de Batman du Dark Knight, en l'entendant on visualise tout de suite l'énorme chauve-souris, majestueuse et terrifiante, qui survole la ville de nuit. Captain America, son thème musical sent la Seconde Guerre Mondiale et l'héroïsme du soldat à plein nez, c'est presque une parade.


Et bah Wonder Woman, depuis le début, elle a un thème de combat, un truc nerveux et rapide, qu'on n'imagine que dans une situation de combat : imaginez la tension narrative si le truc est encore accéléré. C'était une idée de génie, c'était placé dans un affrontement dantesque (contre celui qu'on croit encore, à ce moment, être Arès) et c'est pété de classe.
Bref, entre la photographie, les décors, tant à Londres que sur Themiscyra - je mets de côté la Belgique parce que c'est pas incroyable ni novateur - les effets spéciaux et les costumes - le film a la très bonne idée de ne pas expliquer le costume de Wonder Woman. Elle quitte son île sous une cape de fourrure et quand on découvre son costume iconique, on s'arrête pas sur "c'est bleu rouge et or parce que..." - ce film est absolument magnifique à regarder.

Wonder Woman version 2017 est clairement ce que j'appellerais, selon ma définition personnelle, un film complet. Il a une écriture riche d'inspirations variées, la mythologie, l'Histoire, les comics originels, les films de guerre et d'espionnage et il porte un propos sociétal majeur sur la place de la femme dans le cinéma et dans la guerre, il mêle plusieurs genres, plusieurs tons et reste très équilibré dans les thèmes qu'il aborde.
C'est un film de super-héros et un film de guerre, mais avec de l'humour et de l'amour - qui pour une fois fait de la relation amoureuse un simple mécanisme de la narration et non son cœur, Diana Prince n'étant pas définie par son amour particulier mais par son rôle face à l'amour en général (ça reste une Amazone créée et élevée pour apporter la paix par l'amour) - et qui demeure, concernant son personnage principal, une bonne biographie, jamais trop hagiographique ni intimiste.

Héroïnes féminines et jeune public : les filles ONT BESOIN de modèles d'identification. Et c'est hallucinant que les mecs, qui en ont des milliards depuis toujours, aient toujours pas assimilé ça.

Et plus encore, Wonder Woman est un film générationnel : comme Ghostbusters et Star Wars 7 avant lui, il crée un précédent, il offre aux petites filles et aux ados de 2017 un modèle féminin, une héroïne à laquelle s'identifier, de qui recevoir des valeurs et des principes à travers cet art de la communication qu'est le cinéma. Rien que pour ça, il mérite parfaitement son succès. Et, ironiquement, alors que la réussite commerciale de cette merde critique de Suicide Squad nous garantit de revoir des daubes semblables dans l'avenir, l'envolée financière de Wonder Woman nous autorise aussi, vu que les producteurs vont s'imaginer à raison que la recette fonctionne, à espérer que de plus en plus de films aussi clairement féministes et respectueux de la condition féminine soient produits et réalisés. On peut qu'adhérer.


En bref : Wonder Woman est un excellent film qu'il faut avoir vu. Outre qu'il est le meilleur élément du DCCU à l'heure actuelle, c'est aussi une œuvre complète et générationnelle qui marquera son temps. Il y aura un avant et un après Wonder Woman, et entre les deux, il y a un long-métrage drôle, nerveux et puissant, avec des dialogues bien écrits, des cadres et une image sublimes, et deux personnages, Diana Prince et Steve Trevor, parfaitement héroïques. Vous avez toutes les raisons de foncer.

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