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30.8.17

Filez le pouvoir suprême à un con, ça donne un pouvoir de con.


Death Note.

Film américain d'Adam Wingard (2017) avec Nat Wolff, Willem Dafoe, Keith Stanfield, Margaret Qualley, Shea Whigham.

Seattle, de nos jours. Light Turner, lycéen asocial et solitaire, est assommé par une brute et sanctionné à cause de Mia, qui l'a dénoncé après l'avoir aidé. Mais il trouve par hasard le Death Note, un carnet ancien et magique qui lui permet de causer la mort de n'importe dont il connaît le nom et le visage.

Mais il est rapidement visité par Ryuk, un démon qui se présente comme le dieu de la mort et protecteur du Death Note.


OK, alors j'ai vu ce film alors que je connais pas l'animé d'origine, et je propose humblement mon avis à ceux qui se demandent à quoi ça ressemble, Death Note vu par un profane.
Bon alors je vais commencer par une déclaration très simple concernant ce film. Vous allez voir ça va aller vite.
PUTAIN IL FAUT ARRÊTER D'ADAPTER DES SÉRIES TÉLÉ EN FILMS BORDEL DE MERDE !!! IL FAUT FOUTRE EN TAULE TOUS LES CONNARDS QUI Y PENSENT ET IL FAUT CESSER ÇA DÉFINITIVEMENT !! J'EN AI MARRE DE CETTE CONDESCENDANCE DE MERDE DES PRODUCTEURS DE CINÉ ENVERS LES SÉRIES TÉLÉ PUTAIN !!

Les séries télé et les films sont deux choses très différentes, et pas juste en termes de production et de financement. Les films sont soumis au mécanisme de la concision. On te raconte une histoire en posant un univers en 90 à 140 minutes en moyenne. Ça doit aller vite et ça doit être efficace.
Une série, ça raconte une histoire longue, avec un univers riche et complexe, avec des enjeux multiples, des intrigues secondaires et plein de méandres narratifs. Tu peux pas comprimer le propos d'une série en deux heures de film, c'est impossible !
C'est précisément la raison pour laquelle je balise à l'idée d'un Fullmetal Alchemist le film, qui aura du mal à aborder fidèlement les questions sociétales complexes de l'animé - les préjugés, la discrimination, le génocide, le pouvoir, la nature humaine et j'en passe... - et c'est aussi pour ça que les films Harry Potter sont à chier : pour bien adapter il aurait fallu en faire une série façon Game of Thrones.
Alors NON, putain de bordel de NON, ce film n'a aucune raison d'être, tout comme Dragon Ball Evolution, tout comme Avatar the last airbender en film !
...mais bon, je l'ai vu, je dois me prononcer.

Alors, je tiens à préciser avant toute chose que ce Death Note n'est pas une adaptation d'animé ou de manga. Il peut avoir toutes les ambitions du monde, j'en ai strictement rien à foutre, au cinéma c'est pas les intentions qui comptent, c'est le rapport entre les intentions et le résultat produit.
Et le résultat produit c'est que ce Death Note est un film de super-héros.
Death Note de Netflix, basiquement, c'est Spider-man avec des morts en plus.

Au rayon des clichés il faut aussi impérativement FOUTRE-EN TAULE-LES PUTAINS-DE NATIONALISTES-DE MERDE-QUI FOUTENT DES BANNIÈRES ÉTOILÉES-DANS TOUS LEURS PUTAINS DE FILMS.

L'histoire se passe dans un lycée de Seattle, direct on se remémore l'américanisation de Dragon Ball dans le film qui n'aurait jamais dû exister. Autant commencer par ça : ce film est d'une paresse insondable à tous les niveaux. L'écriture est 100% pas originale et truffée de clichés, la mise en scène est d'une fainéantise pas possible. Les gens qui ont fait ce film ne se sont à aucun moment creusé les méninges.
Le personnage principal, on va l'appeler Light, en anglais ça veut dire lumière alors pour un japonais ça aurait pu le faire mais pour un américain c'est juste beaucoup trop con, d'autant que, vous le verrez, le mec n'en est pas une, de lumière. Ce type est littéralement un cliché ambulant, un asocial qui fait les devoirs des autres, qui semble galérer avec les filles, qui veut créer "une divinité, un genre de dieu d'espoir qui protègerait les faibles et punirait les méchants", auquel il donne un nom japonais pour brouiller les pistes, et dont il se sert pour incarner et signer toutes les exécutions réalisées par le Death Note.
Sérieusement : le mec veut changer le monde, mettre fin à la criminalité, il tue en masse, et il SIGNE ses méfaits, cet abruti.

En plus y'a des gens comme ça, tu vois leur tronche de hareng mort, tu les vois faire de la merde, t'as envie de les baffer. Putain j'ai envie de lui en coller une.

Toujours dans la série cliché, le film met environ 10 minutes à introduire le love interest féminin qu'on identifie comme  tel au premier coup d'œil, qui est une asociale autrement plus dérangée que le héros - parce que les asociaux sortent forcément entre eux, on n'envisage pas, je sais pas, QU'ILS NE FRÉQUENTENT PERSONNE VU QU'ILS SONT ASOCIAUX.
Cette fille, ça se voit de bout en bout, trouve que Light est beaucoup trop light (pardon ^^) avec le Death Note et qu'il faudrait tuer tout ce qui bouge, du coup on repère à dix kilomètres son intention de s'emparer du Death Note, en butant son copain s'il le faut.

Mesdames et messieurs, le love interest. Elle en a totalement rien à branler. Elle est agaçante dès le premier plan. BEL EXPLOIT !

Je m'arrête un instant pour un rapide commentaire : cette histoire est totalement déjà vue, ce dieu qui bute tous les méchants sans remords s'appelle Frank Castle aka le Punisher et si c'était pour repomper les comics franchement cette adaptation sert à rien.
En outre, on revient à ce que je disais, cet univers n'aurait jamais dû être adapté en film. Y'a quelque chose comme 90 règles à connaître dans le Death Note, outre le passif énorme de Ryuk et des précédents gardiens du carnet dont on sait rien. Alors je dis pas que chaque règle devrait faire l'objet d'un épisode filler, mais on pourrait imaginer que le héros évoluerait et gagnerait en connaissance à la faveur de plein de petites péripéties qui engageraient à chaque fois les règles, et là on aurait un sentiment de consistance.
Dans un film, si tu veux exposer plein de règles d'un coup, y'a pas 36 moyens, tu fais comme dans Zombieland : tu en balances 6 ou 7 au début et tu te tiens à celles-là en ajoutant, au fur et à mesure, des règles supplémentaires tout au long du film. Mais là non, à aucun moment le règlement du Death Note n'est exposé, du coup on ne sait jamais vraiment quels sont les risques et les conditions à son utilisation.

On pourrait m'expliquer pourquoi ce connard adepte du manque de sommeil et du diabète avancé est incapable de poser son putain de cul sur une chaise ?

Toujours dans la série clichés, l'adversaire logique du héros qui fait de la merde avec le pouvoir absolu débarque. Il se fait appeler L et c'est encore un personnage dont on ne sait quasiment rien, sinon qu'il ne dort jamais et qu'il se gave de sucre pour alimenter son cerveau. D'ailleurs y'a un genre de mystique autour du sommeil qui n'est jamais expliquée. L masque son visage et son nom pour ne pas être piégé par le Death Note, sauf qu'à aucun moment il ne connaît l'existence du carnet ni son fonctionnement. Du coup il se cache parce que... ?
En fait, si Light était malin, l'enjeu serait beaucoup plus intéressant parce qu'il questionnerait la légitimité de ce pouvoir, alors que là on se retrouve face à une bête course-poursuite entre le "criminel" et le "justicier", sauf qu'à aucun moment on ne ressent d'empathie pour l'un ou pour l'autre parce que les deux sont des connards, l'un par stupidité, l'autre par arrogance.

En outre, comme la moitié de l'univers de Death Note est zappée à l'adaptation, le film ne s'abstient pas uniquement de développer le personnage de Ryuk, il écrit aussi les autres de manière complètement bancale. L est décrit comme un excellent enquêteur, mais il manque des trucs énormes, du genre pourquoi le seul homme qui connaisse son histoire disparaît d'un coup. Vers la fin y'a une scène entre Light et Mia d'une stupidité qui dépasse l'entendement : chacun des deux a écrit le nom de l'autre dans le Death Note et ils s'engueulent sur les raisons, mais là le public lambda pige que dalle, parce qu'on ne connaît pas les règles, et donc les implications pour l'un et l'autre.
En plus, le film utilise aussi des deus ex machina totalement fuckés : le Death Note cause la mort, dirait-on, mais il est aussi décrit comme pouvant directement modifier le devenir d'une personne durant deux jours avant sa mort, COMME C'EST PRATIQUE. Light se sert de ça pour influer sur des circonstances qu'il ignore à l'avance, comme sa fuite face à la police et à L et sa présence dans une grande roue puis sa chute et son coma.
Ouais, le film part du principe qu'il a écrit dans le Death Note pour parer à des événements qu'il était incapable de prévoir.

BREF, je vais pas m'éterniser sur la narration, l'écriture des personnages et de l'univers, c'est totalement de la merde.
Graphiquement, c'est aussi d'une paresse inimaginable. Y'a une séquence avec Watari là, l'ami japonais de L (qui, lorsqu'on lui demande de chanter, le fait en anglais, parce que la logique se fait fister au verre pilé), qui se retrouve dans un vieux mélange d'orphelinat et de centre d'expérimentation sur les êtres humains, c'est creepy as fuck, et pourtant on ressent rien dans la manière de filmer. Je vous jure, pendant toute cette séquence, mon esprit était focalisé sur comment j'aurais filmé à la place du réal pour rendre ça beaucoup plus oppressant. Là c'est... bah, vide. On ressent rien.

C'est le meilleur élément du film. C'est bon, virez tous les autres et faites un film sur lui.

Le design visuel de Ryuk est absolument génial, très réussi. En plus il est joué par Willem Dafoe et ça rappelle, par quelques aspects, le côté monstrueux qu'il avait en Bouffon Vert dans Spiderman. Clairement, Willem Dafoe dans ce rôle, c'est le meilleur cast ever. Sinon le reste, les costumes, l'apparence des personnages, la photographie... putain c'est d'une platitude affligeante, c'est triste, ça ressemble à tous les thrillers de l'été oubliables depuis vingt ans, y'a aucune personnalité, c'est pauvre.
Même la musique est déprimante, y'a rien pour elle. Le seul moment du film, LE SEUL où j'ai fait gaffe à la musique, c'est à la fin, parce qu'on a deux putains de chansons d'amour larmoyantes dans deux séquences où la vie des personnages est menacée, ça n'a aucun putain de sens, c'est aberrant, absurde, j'ai jamais vu l'image et le son être à ce point décalés dans un film.


En bref : heureusement que j'ai plein d'amis qui m'ont dit que Death Note était un animé génial. Ce film à lui seul ne donne absolument pas envie d'aller le voir, l'écriture, les personnages, la mise en scène, l'univers, y'a rien qui colle. C'est inconsistant, incomplet, expéditif, on comprend rien et le peu qu'on comprend est totalement con, et en plus, c'est filmé comme un film de super-héros lambda avec un gentil qui veut protéger les faibles et combattre les méchants, alors qu'on parle du pouvoir suprême de vie et de mort absolues. Ce film est juste un crime, et le pire, c'est qu'une suite est prévue.

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