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22.10.17

Au pays du pixel, la minorité tyrannique.

(elle va jamais finir cette série d'articles ^^)

C'est plus un secret pour personne, depuis le bordel du GamerGate, depuis que Mar_Lard et Anita Sarkeesian (entre autres noms célèbres de la commu JV) ont subi des harcèlements, que le public originel du jeu vidéo, les jeunes mecs blancs hétéro, sont devenus un fléau social. Tout le monde y va de son petit article à ce sujet, ce que je trouve pertinent parce que c'est le genre de situation, de phénomène, pour lesquels chacun-e peut en parler sur la base de son point de vue ou ses expériences individuelles.
Pour ma part, j'ai eu l'idée d'apporter mon caillou à l'édifice en lisant un coup de gueule de Monsieur Geek, ici sur Band of Geeks, à propos d'une partie de l'état d'esprit de la communauté vidéoludique - et notamment parce que je me suis senti concerné quand il a parlé des joueurs PC anti-consoleux ^^

C'est quand même un peu con de s'envoyer des fions juste pour des trucs qui font jeu vidéo et lecteur média. J'envisagerais pas de rédiger mon blog ou mes bouquins depuis une console, sans parler du stockage, du téléchargement, de la musique ou de l'absence de télé ^^

Seulement voilà, ce n'est jamais sérieux venant de moi, c'est du second degré : si j'ai un problème avec le jeu vidéo actuel sur console, c'est parce qu'il est dominé par les gros éditeurs qui se font des fortunes sur les joueurs sans faire beaucoup d'efforts, avec des jeux plus chers, énormément de DLC, d'éditions limitées, de goodies (souvent en plastique d'ailleurs, vive l'écologie) et qu'à mon sens, mis à part chez Nintendo, il ne brille pas par sa créativité. Et encore, Nintendo aussi est passé du côté des exploiteurs fainéants, y'a qu'à voir leur obstination à épuiser le filon Professeur Layton.A contrario, les développeurs développant leurs jeux sur PC (on ne programme pas sur console, ça va de soi), il est beaucoup plus facile pour des indépendants et de petits studios de développer avec des petits moyens pour le PC, où l'on trouve objectivement des prix plus bas et une proportion moindre de grands éditeurs.
Alors non, je n'ai aucun problème personnel avec les joueurs console, seulement avec le jeu console et son modèle économique.

Bref, pour en revenir au sujet, j'ai moi aussi des trucs personnels à dire. Bien que j'aie longtemps été (et sois encore en bonne partie) un joueur solo, j'ai pu constater à quel point, même/surtout sur PC, la communauté pouvait être à chier.
Mon ami Monsieur Geek parle de compétitivité à outrance, de course à la performance, de joueurs qui se prennent très au sérieux et qui, là ça va au-delà du seul jeu vidéo mais cet univers culturel est assez symptomatique, pratiquent allègrement le sexisme ordinaire et la culture phallocratique, et c'est aussi là-dessus que je vais me prononcer.


Je ne le cache pas et j'en parle de temps en temps sur Twitter, je joue régulièrement à League of Legends. Et, non seulement je ne le cache pas, mais en plus je le revendique, ce qui m'intéresse en premier lieu dans tous les arts audiovisuels (séries, cinéma et jeux vidéo), ce sont les univers, les histoires, les invitations au voyage.
Si je continue, année après année, à être fidèle à League of Legends, c'est parce que j'adore son univers, ses personnage, sa narration. Dans un médium aussi interactif que le jeu vidéo, j'aime à ce point les univers et les ambiances que je les place même avant le gameplay et la prise en main dans mes critères de choix.

E-Sport : à peu près aussi crétin et inutile que le football, et il brasse du fric avec la même désinvolture. Fout la pression à ceux qui n'en font pas partie pour qu'ils jouent le mieux possible par esprit de compétition au lieu de prendre du plaisir, quitte à jouer mal et à faire des erreurs. Littéralement le cancer du jeu multijoueur en ligne.

Autant dire que je n'aime pas l'e-sport, que je me fout totalement du rang de tel-le ou tel-le joueureuse de LoL, et que je ne joue que pour prendre mon pied dans l'arène avec Jinx, Varus, Skarner, Xayah ou Caitlyn. J'aime le fait que le studio Riot développe sans cesse l'univers de Valoran, les Yordles, les Vastaya et les Guardien-ne-s des étoiles, qu'il y a toujours à dire à ce sujet.
Ouais, dans un jeu fondé sur l'affrontement, la compétition et le classement, je suis ce joueur qui fait du RP avec son perso du moment, qui se fiche éperdument de perdre une partie pourvu qu'elle ait été intéressante, dynamique, et qu'elle ait pu occasionner d'agréables rencontres.
Pareil dans les MMORPG - ou comme les appelle mon amie Lia, les MMOCPS, pour Chacun Pour Soi, ça fait un bail que j'ai pas joué à Wakfu, mais quand ça m'arrive, je suis ce joueur qui va passer un moment à planter des arbres, des fleurs et à entretenir l'environnement (dans un jeu où tout repose sur les joueurs, y compris l'état du monde), parce que j'aime me balader, faire des trucs constructifs et réparer les ravages des autres joueurs, trop occupés à tout piétiner dans leurs grosses armures.


Au-delà de ça, la pression de la compétitivité, vous avez dans le même genre cet état d'esprit qui rejette les jeux contemplatifs, les titres où il est difficile de déterminer un classement. C'est quelque chose de profondément social, au point que ça ait été étudié par des sociologues : dans l'ensemble de la société, les êtres humains sont mal à l'aise dans les milieux où la hiérarchie est lâche, et les travailleurs ne se sentent pas efficaces dans une entreprise où il n'est pas facile de déterminer rapidement qui est le chef.

Le jeu "des dizaines de planètes différentes !"
Les joueurs "beuh c'est nul il se passe rien dans ce jeu !"
Mais vous rigolez ou quoi ? Y'a littéralement UN UNIVERS ENTIER à explorer putain !

C'est pareil avec les jeux vidéo : regardez l'accueil désastreux qui a été fait à No Man's Sky, un jeu fondé sur l'exploration spatiale et, basiquement, la promenade de monde en monde plutôt que l'affrontement et la compétition. Certes, le jeu a eu d'énormes ambitions ; mais dix ans, quinze ou vingt ans plus tôt, le bien connu Peter Molyneux a eu des ambitions aussi énormes pour Fable ("le jeu où on pourra faire ce qu'on veut"), Black and White ("le jeu de simulation divine où le joueur aura tous les pouvoirs") ou même le plus ancien Populous, qui suit exactement le même procédé. Chacun de ces trois jeux a reçu un accueil critique et commercial très satisfaisant qui fait maintenant de Peter Molyneux un faiseur d'or du jeu vidéo, alors même que Fable est un bête RPG plus ou moins linéaire, et qu'on se fait vite chier dans un Black and White très impersonnel.
La différence ?
Dans ces jeux, il est facile de déterminer un classement, une hiérarchie des forts et des faibles : ces jeux sont fondés sur l'affrontement de sociétés, de héros, contrairement à No Man's Sky.

C'est comme ça, aussi triste et navrant que ce soit, et ça contribue à entretenir ma misanthropie et mon cynisme. L'être humain aime bien l'affrontement, ça le rassure, il aime savoir où est sa place, même si c'est celle d'un dominé.
Les joueurs préfèrent largement les FPS sans  réflexion, stupides et inutiles comme Call of Duty ou Battlefield, où l'on peut gagner et perdre et où, dans un cas comme dans l'autre, on sait comment on a fait pour triompher ou être vaincu, plutôt que les jeux plus ouverts et réfléchis.

Si y'a bien UN TRUC qu'il faut surtout pas dire aux joueurs de jeux vidéo, c'est "votre imagination est la seule limite." Parce que la plupart des joueurs n'ont aucune imagination et ne font aucun effort pour la développer.

Prenez les Sims, par exemple. Impossible de perdre dans un jeu comme ça, tout simplement parce que le principe n'est même pas de gagner. Votre famille finit percluse de dettes, vos personnages sont noyés, brûlés, affamés à mort ? C'est la vie, ce sont des choses qui arrivent, l'univers n'en sera pas modifié. Par contre, si vous prenez du temps pour bâtir des maisons, étudier les possibilités architecturales, développer une famille et des richesses, envoyer les gosses à la fac pour voir quelles carrières sont possibles, là vous jouez à un jeu de gonzesses, c'est nul et ça mérite pas l'attention d'un gamer, un vrai ! >_>

Je pourrais parler des jeux narratifs parce que c'est exactement pareil. Life is Strange, un jeu magnifique dans son univers, qui reproduit à merveille une université et une petite ville américaine, dans son ambiance, sa bande-son, ou son écriture, un jeu français de surcroît, reçoit régulièrement des volées de bois vert de la part des "gamers, les vrais", pour qui ça n'a aucun intérêt, vu que lea joueureuse se contente de cliquer sur les répliques et de regarder l'histoire se dérouler.
...c'est marrant que ces pignoufs aiment le cinéma, on se contente de regarder sans rien faire, paie ton interactivité !

 C'est vrai, on se fait chier dans Life is Strange ! C'est d'ailleurs sûrement pour ennuyer le joueur que les développeurs ont décidé de parler de responsabilité, de culpabilité, de relations et de secrets entre ami-e-s, de rivalités étudiantes, de nostalgie, de harcèlement, de meurtre, d'abus de pouvoir ou encore de surnaturel à la limite du mysticisme.
Ouais, totalement rasoir >_>

Et même Firewatch, que je n'ai pas encore joué mais qui semble avoir été salué pour la qualité de son écriture, a récemment et à mon encontre été taxé de "simulateur de marche" par le type visiblement étroit d'esprit qui partage la gouvernance de Band of Geeks avec mon ami Romain.
...je rappelle que Skyrim est basiquement un simulateur de randonnée, ce qui l'a pas empêché de faire un battage et d'être porté sur toutes les consoles actuelles par une société, Zenimax, qui a visiblement la flemme de laisser son studio Bethesda faire de vrais jeux du genre Elder Scrolls VI.


Ce qui est tristement drôle, je pense, c'est la manière, déjà discutée et débattue depuis des années, dont le jeu vidéo, qui était un loisir de niche (et de panier, n'oublions pas les chats comme moi), défendu et pratiqué par une minorité de joueurs socialement harcelés, a pu devenir l'outil de harcèlement et de persécution de ces mêmes connards à partir du moment où il s'est démocratisé.
Vous savez "t'es pas un vrai gamer" "sale casu" ou mon préféré "les filles savent pas jouer".
Alors. Ça va être drôle.
L'un des angles d'attaque de Monsieur Geek, c'était le fait que l'animatrice d'une nouvelle émission consacrée à l'e-sport avait subi une shitstorm. Un autre était que les gens qui "ne savent pas jouer aux jeux vidéo", comme les journalistes, ne méritaient pas les insultes et critiques qu'ielles reçoivent.

On va commencer par cette déclaration parce que c'est simple : TOUT LE MONDE SAIT JOUER AUX JEUX VIDÉO. Il suffit d'appuyer sur les boutons, de lire du texte et de déplacer les éventuels personnages. Jouer aux jeux vidéo c'est comme marcher, c'est instinctif, suffit de se laisser guider. Ce que ces empaffés de merde veulent dire c'est qu'il y a des gens "qui ne savent pas faire de la performance", mais encore une fois, Monsieur Geek l'a bien dit et répété, l'objectif principal du jeu vidéo c'est pas la performance, c'est l'amusement, la distraction.
Ensuite, pour ma part, vu que je suis surtout un joueur solo, je l'ai dit, je n'aime pas l'e-sport, et je n'aime pas davantage le streaming. Je préfère jouer que regarder jouer.

En revanche, il y a deux catégories - et deux uniquement - de streamers que je regarde régulièrement : 1. les profs d'histoire qui font de la recherche et étudient les jeux vidéo pour en faire éventuellement des outils d'apprentissage en classe (avec les serious games ou avec des jeux à vocation historique comme les Civilization), et 2. les filles.
Autant vous dire que quand je lis des tarés dire que les filles savent pas jouer, ça me fait doucement marrer. Mythix Trinity, streameuse professionnelle qui officie notamment sur Lestream.fr, un site cofondé par Cyprien et Squeezie (comme quoi ils ont parfois un éclair de génie, ces cons), se spécialise dans les FPS, et notamment Battlefield, mais c'est aussi une touche-à-tout qui a joué aux remakes de la trilogie Crash Bandicoot, à PlayerUnknown's Battle Ground (un genre de Battle Royale), The long dark, The Forest (des survivals) ou Hellblade.


D'autre part, ont également ma préférence les Super Nanas de Geeks by Girls, qui jouent beaucoup plus en fonction de leurs envies et avec pas mal de talent et de maîtrise. Outre qu'Arocaria et Zaphira sont très sympa, elles sont loin d'être nulles et si elles n'ont évidemment pas le niveau de joueuses professionnelles, l'avantage de pouvoir suivre des streameuses comme elles, c'est qu'elles parlent un langage que tu comprends.
Quand tu piges que dalle à Final Fantasy XIV ou que tu veux quelques infos sur Ori and the Blind Forest, c'est toujours mieux d'avoir en face quelqu'un qui apprend en jouant plutôt qu'une conférence incompréhensible donnée par quelqu'un qui maîtrise déjà le sujet à fond et va te parler de trucs qui te concernent pas. Au moins avec les Geeks by Girls, on a des explications et commentaires de joueuses ordinaires, abordables.

 Vous pouvez pas test la coolitude des Super Nanas. Elles sont géniales.


Bref, tout ça pour dire, tout comme l'a déclaré Monsieur Geek avant moi, que le jeu vidéo n'a pas pour vocation de créer des compétitions sérieuses, de la difficulté à outrance et une hiérarchie des bon-ne-s et des mauvais-es. D'après lui, c'est avant tout un loisir divertissant pour s'amuser, se faire plaisir.
D'après moi, le jeu vidéo est avant tout une opportunité, une porte ouverte sur une infinité de mondes, d'histoires, de personnages, d'ambiances, de récits, de sentiments et d'enjeux culturels, sociétaux et politiques. Le jeu vidéo est un mode de communication, une possibilité de découverte et d'apprentissage, une invitation aux voyages.

Et vous savez quoi ? On a tous les deux raison.
On peut s'amuser à chasser le dragon et à se balader en Bordeciel tout en appréciant la reproduction de l'architecture scandinave médiévale, on peut explorer les donjons et résoudre les énigmes tout en protégeant Zelda et en affrontant les sbires de Ganondorf, on peut explorer s'amuser à explorer l'univers avant d'aller nouer des liens avec plein de personnages intéressants parce que Sheppard est un mec - ou une femme - héroïque et sociable.
On peut s'amuser en découvrant, on peut se cultiver en rigolant, et on peut faire ça en solo ou entre amis, devant un PC ou une console. Ceux qui critiquent vos choix ou disent que vous êtes nul-le, vous les emmerder. Le jeu vidéo c'est la liberté de faire ce qu'on veut dans l'univers qu'on veut. Cultivez-vous : jouez.

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