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5.7.18

La planète des dinosaures : les origines.


Jurassic World : Fallen Kingdom.

Film américain de Juan Antonio Bayona (2018) avec Bryce-Dallas Howard, Chris Pratt, Rafe Spall, Daniella Pineda, Justice Smith.
Genre : science-fiction, aventure.
Vu en VOST.

3 ans se sont écoulés depuis la catastrophe de Jurassic World. Isla Sorna, siège de l'ancien parc désormais réduit à l'état de ruines abandonnées, est menacée par l'éveil du volcan qui s'y trouvait endormi depuis toujours.
La question est donc devenue politique pour le gouvernement américain : doit-on envisager le sauvetage d'une espèce au bord de l'extinction, les dinosaures, dont le statut évolutif et sécuritaire est si particulier ?


Bon alors je vous préviens, JE VAIS SPOILER. Si vous voulez lire mon avis sans vous faire spoiler, j'ai écrit sur Twitter, en rentrant du cinéma, un thread de commentaire garanti sans divulgâchage. Mais je n'y ai pas dit tout ce que je pense de bien du film qui s'est déjà fait lyncher par certaines voix trop entendues à mon goût, comme celle du Joueur du Grenier.
Cet article n'a pas vocation à répondre à ce type pour qui mon estime est en chute libre, alors du coup pour mon thread, ça se passe ici. Et si ça vous intéresse, y'a aussi mon amie SweetBerry qui a écrit un article sur le film là.
Maintenant, place aux spoilers.

La plus grande critique de Frédéric Molas (le Joueur du Grenier) à l'égard de ce film porte sur le scénario. J'ai bien dit que je ne lui répondrais pas et je ne le fais pas, mais je trouve pertinent de commencer par là pour une raison simple. Tout au long de la séance que j'ai passée au ciné, j'avais une pensée de plus en plus clairement affirmée : Jurassic World 1 et 2 ressemblent à Jurassic Parc et au Monde Perdu comme Star Wars 7 et 8 ressemblent à Star Wars 4 et 5.
Les constructions narratives sont similaires, mais avec les acquis de l'évolution temporelle intra ou extra-diégétique (dans l'univers du film ou en dehors).

Jurassic World : Fallen Kingdom construit son intrigue dans la droite lignée du film précédent, où était mise en scène la débâcle d'un parc avec des dinos (comme dans Jurassic Parc, mais pour des raisons différentes). Il présente l'île des dinosaures (toujours Isla Nublar, puisque les reboots ignorent Le Monde Perdu et donc la seconde île, Isla Sorna) sans les clôtures et afin de mener une opération associative privée financée par un vieil homme (exactement comme dans Le Monde Perdu).
Il n'est ici pas question de laisser l'environnement préservé (vu le volcan c'est impossible) mais de le recréer ailleurs, et comme dans Le Monde Perdu, les adversaires sont des hommes cupides qui cherchent à exploiter les dinosaures, cette fois pas via un parc plus petit, mais via la vente d'armes biologiques.

Des marchands d'armes en costume. La base. Des méchants classes et détestables bien comme il faut.

Parce que oui, le mec d'InGen joué dans le film précédent par Vincent d'Onofrio l'avait dit, les raptors étaient des armes potentielles, qui obéissent aux ordres et peuvent se révéler plus efficaces à bien des égards que des soldats humains.
Mais Fallen Kingdom n'est pas une pâle copie, à mon sens ce serait plus un héritier. Le personnage du financier est en fait un ancien collaborateur et ami de John Hammond, de qui il s'est éloigné en apparence à cause de leur divergences sur les dinosaures. Tous les deux ont recréé les dinosaures parce qu'ils en avaient le pouvoir mais l'un voulait les faire pour enrichir la faune terrienne (c'est Lockwood) et l'autre pour les présenter au public et faire de l'argent - c'est Hammond et on voit comment ça a fini.

En réalité, on apprend à la toute fin du film que leur divergence reposait sur l'expérimentation humaine : Hammond a créé un clone de sa défunte fille, que Lockwood a adopté comme sa petite-fille.
Alors déjà, niveau timing ça colle pas : Jurassic World se passe quelques 20 ans après Jurassic Park, et dans ce dernier Hammond n'est pas un novice de la génétique, la technique de reconstitution des dinosaures avec de l'ambre remonte déjà à quelques années. Si ça collait la gamine aurait dans les 25/30 ans, elle doit en avoir 11 à tout péter.
Ensuite, dans le scénario de Fallen Kingdom ça n'apporte rien : la jeune fille a été élevée dans l'amour des dinosaures et son choix final de les sauver par solidarité entre clones aurait pu se faire sans, justement, qu'elle ne soit un clone.

Hammond 2.0.

Bref, mis à part cette partie un peu chelou, je trouve que le scénario se tient.
En fait le film exploite habilement un détail qui était secondaire jusque là, à propos des Vélociraptors. Dans Jurassic World, Owen est le mâle Alpha et Blue la femelle Beta, les trois autres sont des suiveuses. Fallen Kingdom explique que Blue est plus intelligente que tout autre dinosaure, au point de connaître l'empathie et la compréhension envers l'humain (ce qui pour un dinosaure tout entier taillé pour la prédation, est assez unique). Mais du coup cette intelligence prodigieuse rend Blue précieuse aux yeux des marchands d'armes, qui veulent intégrer son code génétique à leurs produits biologiques.
Après tout ça n'a rien de surprenant, on connaît ça aussi dans la réalité. Les animaux d'élevage sont accoutumés à la présence et à l'autorité humaines par l'éducation de leur mère, mais aussi en bonne partie de manière innée, grâce à des éléments comportementaux héréditaires.

Et puis cette poursuite des enjeux du film précédent permet d'introduire des images d'archives du parc à l'époque en développement, et c'est beaucoup trop mignon. Les bébés raptors sont adorables ♥ Fallen Kingdom écrit très joliment cette relation, où Owen en fait c'est le père adoptif d'une Blue en pleine émancipation.

De manière générale Jurassic World Fallen Kingdom est doté de plein de trouvailles assez innovantes qui, encore une fois, sont le fruit de son héritage notamment extra-diégétique. Nous sommes à l'époque des catastrophes naturelles et de l'humain qui fout l'écosystème mondial en l'air, et il paraît régulièrement des images d'animaux sauvages poignantes, symptomatiques du constat (souvenez-vous de cet ours polaire beaucoup trop maigre). Eh bien le film met également ça en scène avec une grande beauté, à la fois haletante et triste à pleurer : les dinosaures fuient l'éruption volcanique - d'ailleurs on va y revenir - et sont précipités dans l'océan.
Sauf qu'un dinosaure c'est lourd, massif, pas du tout fait pour nager, et on imagine leur supplice alors qu'ils s'enfoncent dans les abysses. Ailleurs, c'est carrément un Brachiosaure, seul animal pas embarqué par les pillards, qui est peu à peu englouti par la fumée toxique avant que sa silhouette éclairée en contre-jour ne soit dissipée dans les vapeurs.

Selon le même mécanisme, la seconde moitié du film est huis-clos dans le manoir de Lockwood, ancien collaborateur de John Hammond, laquelle demeure comprend notamment un vaste laboratoire souterrain. Cette partie a moins plu au public, moi j'ai beaucoup aimé, mis à part une vente aux enchères face aux personnages les plus stupides de l'univers.
De fait, le réalisateur, que je ne connais pas, a notamment fait un film d'horreur, et ça se voit beaucoup dans Fallen Kingdom par l'utilisation de l'obscurité, de la pénombre et des jeux d'ombre (parce que forcément, un riche amateur de dinosaures, ça a des squelettes et des reproductions chez soi).
L'ironie de la chose c'est que le "méchant" dino du film, sobrement doté d'un nom totalement à chier, Indoraptor, finit empalé sur un crâne de Tricératops, sur les cornes plus exactement, alors que ces cornes ne sont pas des armes, mais des éléments de parade amoureuse x)



Toujours dans le côté épouvante/suspense, le film commence avec une mise en scène fabuleuse. On est sous l'eau, un petit sous-marin va chercher des restes d'Indominus dans le bassin du Mosasaure du film précédent, on voit une silhouette furtive se glisser plusieurs fois et à la fin BIM, plan frontal sur une énorme gueule pleine de crocs et GLOP, englouti le sous-marin. Durée du carnage : une seconde. Propre, net.
À la surface, quand ils perdent contact évidemment ils se disent que ça craint (et pour cause : la porte extérieur du bassin est restée ouverte et Mosasaure s'échappe, si bien qu'à la fin du film on la voit dans une grande vague derrière des surfeurs ^^) et commencent à détaler, surtout quand débarque le T-Rex. Et là, c'est tellement intelligent ! Le mec chassé court, attrape au vol une échelle de corde en métal que l'hélicoptère lui a lâché, le T-Rex est privé de son repas, le type accroché rigole en se disant qu'il est sauvé, les mecs à bord rigolent parce que ohlala, la décharge d'adrénaline, on est vivants mais il s'en est fallu de peu, bref, comme dans tous les films du monde... et puis le Mosasaure bondit hors de l'eau, chope l'échelle, saque dessus et bim, plus de bonhomme sur l'échelle.
Silence choqué des deux mecs dans l'hélico, terreur. Fondu au noir, titre. Magnifique.
Le film joue avec les codes du film d'action et les détourne avec 100% d'angoisse en plus ♥


D'ailleurs, parlons-en, de la mise en scène. Outre ses côtés film à suspense dont j'ai été très friand, Fallen Kingdom utilise aussi plusieurs fois une technique que j'ai adoré, et qui consiste à induire le spectateur en erreur, mais visuellement.
D'habitude le public d'un film ou d'une série peut être mené sur une fausse piste par des éléments de narration, mais là c'était purement esthétique. L'exemple qui me reste en tête est celui du toit à la fin : Owen Grady est poursuivi par l'Indorator sur la voûte d'une vaste verrière. Là on se dit logiquement que le verre va se briser et que les deux vont tomber au travers, comme dans dix milliards de films déjà existants avec des toits en verre.
Puis la caméra fait un  travelling au-dessus du combat et s'arrête derrière Owen, juste assez loin pour qu'on voie, en contrebas, une grande cour carrée en brique. Là j'me suis dit "ah non, ça  c'est la cour où ils tombent et où a lieu le combat final."
Et ben non, c'était la verrière puis la chute de 5 mètres suivie d'un arrêt sur un crâne de Tricératops ^^

Ce plan est tellement beau ptain O_O

Toujours concernant la mise en scène, un des trucs qui m'énervent le plus depuis des années, ce sont les films qui chient sur les lois naturelles au profit du grand spectacle. Ça paraît con dit comme ça parce qu'ils le font tous, et souvent c'est pas grave, mais le maniaque que je suis a un exemple précis en tête : les volcans.
Alors pour celleux qui n'écoutaient pas en SVT en 4ème, il existe (notamment) deux types de volcans, dont les éruptions n'ont rien à voir en commun. Les explosifs, qui crachent de la fumée toxique, des pierres incandescentes et des gaz, et les effusifs, qui dégoulinent de la lave. Et évidemment, tous les blockbusters de l'univers peuvent pas s'empêcher de représenter des volcans qui crachent de la fumée, des rochers brûlants ET de la lave. Sauf que c'est pas possible et ça occasionne toujours une mise en scène putassière.


Encore un aspect négatif du film, et pas des moindres, c'est le design de l'Indoraptor. Allez savoir pourquoi, ils se sont mis en tête de lui coller des bandes jaunes immondes sur les flancs. Pire encore, ce truc est une aberration biologique (non mais encore plus qu'il ne devrait). On le voit assez vite en découvrant la bête, il est doté d'une longue queue musclée et presque préhensible - il s'en sert notamment pour attaquer un humain suffisamment con pour entrer dans sa cage et essayer de lui arracher une dent après que lui-même, le dinosaure, ait simulé un coma dû aux fléchettes tranquillisantes.
Alors pour vous la faire courte, deux des grands types de dinosaures sont les théropodes et les sauropodes. Les seconds sont les quadrupèdes géants, les fameux "long-cou", dotés également d'une longue queue pour équilibrer leur corps de pont suspendu (parce que non, ils ne levaient pas la tête et le cou, c'était physiquement pas facile).
Les premiers, les théropodes, ce sont les carnassiers coureurs, des Raptors aux Allosaures en passant par le T-Rex. Alors 1., ils sont strictement bipèdes, la plupart ont une tête tellement lourde que s'ils tombent, la relevée est difficile, et 2., leur queue n'a jamais servi que de balancier pour la course et pour équilibrer le poids de la tête.

Non mais regardez-moi cette merde, il a des épines de hérisson, un cou et une queue trop longs, une tête trop petite (même comparé aux raptors dont il est le rejeton mutant) ET IL A DES PUTAINS DE BANDES JAUNES SUR LES FLANCS.

Autrement dit, représenter un dinosaure avec une queue qui en vrai fait presque la longueur de son corps, non seulement ça le gêne quand il se déplace, parce que cette stupidité est presque quadrupède (en plus !), il s'appuie pas mal sur ses bras, mais en plus, ben vu qu'il est quadrupède, ben ça sert à rien. Sa queue n'équilibre pas un poids trop lourd à l'avant, parce que sa tête est pas bien grande, et ne sert pas non plus de balancier vu qu'elle traîne par terre.
Ouais, leur super Indoraptor là, les crétins qui ont fait le film et ne connaissent rien aux dinosaures, ils l'ont conçu avec le cul, il est tout sauf cohérent. Je parle pas de réalisme, ça je m'en fous, mais il est pas cohérent physiquement.

Bref, globalement ce film se défend bien sur son écriture, notamment sur les personnages et principalement Zia, la paléozoologiste badass et débordante d'humour cinglant, mais aussi Rafe Spall, fils du grand Timothy Spall, qui joue le jeune méchant du film (avec Toby Jones en second rôle qui est décidément excellent pour incarner des connards ♥).
Mais également concernant une partie de la mise en scène et de la photographie, parce qu'il faut l'admettre, il est super beau à regarder. EH, y'a même des nouveaux dinosaures qu'on avait jamais vu jusque là, genre un Carnotaurus, un dinosaure que j'adore, c'est un genre de T-Rex plus petit avec des ptites cornes sur la tête ^^

Sinon y'a une scène beaucoup trop drôle et angoissante à la fois où ils doivent faire une prise de sang à la T-Rex pour transfuser à Blue, c'est super intelligent et bien foutu, comme mise en scène ^^

Même si, et c'est logique avec un blockbuster parfois pas très malin et en plus avec des créatures numériques (Fallen Kingdom cumule presque autant qu'un politicien français), ça pêche niveau design et débilité des gens qui se font bouffer. Pour ce qui est de l'intrigue enfin, le débat sur la nécessité de sauver les dinosaures ou pas est vite expédié à cause des pillards-marchands d'armes, et le dénouement (les quelques dinosaures survivants à la fin sont lâchés en Californie du nord) propose de fausses promesses vu que, justement, les dinosaures restants sont une poignée, rendant caduque la question initiale.
Et puis la musique est totalement OSEF aussi, c'est quand même dommage, c'est une composition Michael Giacchino...


En bref : héritier logique à la fois du diptyque Jurassic Park/Le monde perdu et de Jurassic World, Fallen Kingdom s'efforce avec un certain succès de poursuivre la trame de ce dernier. Il met cependant en scène certains poncifs du cinéma grand public et échoue à engager une réflexion sociétale aussi profonde et pertinente que ses aînés. Plutôt bien équilibré entre un registre nerveux et un ton plus mélancolique, le film est cependant assez chargé en émotions et demeure un divertissement tout à fait recommandable.

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