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28.7.18

Man, Gwen, Verse : Spider-variations et adaptations.

Alors clairement, ceci ne sera pas un article sur Spider-Verse, même s'il en sera question en partie. Et je vais pas non plus parler uniquement de Spider-Gwen, parce que c'est déjà fait.
Le fait est que l'une des critiques les plus récurrentes, même après dix ans, que l'on remarque le plus souvent contre le Marvel Cinematic Universe et ses films, c'est l'infidélité dans l'adaptation du matériau de base. "Spider-Man il devrait pas se comporter comme ça", "Thor il ressemble pas à ça" "c'est n'importe quoi Heimdall il est Noir !" (combo fanboy stupide + racisme) ou encore "c'est bien, dans Spider-Man Homecoming Mary-Jane est racisée !" (alors qu'elle dit clairement qu'elle s'appelle Michelle et ce n'est pas le même personnage).

Bref, moi ça me gonfle, que des fanboys de la première heure se permettent de critiquer le travail d'auteurices et de scénaristes sans comprendre toutes les implications derrière et surtout le principe même d'adaptation, qui diffère de la TRANSPOSITION.
Et c'est de ça que l'article va parler.


Pour commencer, il faut avoir en tête un concept simple, qui part d'un constat évident.
Ce constat, c'est que les comics sont très vieux - Batman est né en 1939, Superman en 1938, Captain America, Green Lantern et Flash en 1940, Wonder Woman et Aquaman en 1941, J'onn Jonzz, membre fondateur de la Justice League, en 1955, et les années 60 ont vu la naissance de la plupart des plus célèbres : Hulk, Thor, Iron Man, les X Men, les 4 fantastiques, Ant-Man ou encore évidemment Spider-Man.
 Du coup il existe dans l'univers des comics différentes périodes - l'âge d'or, d'argent, ou plus spécifique à chaque héros/héroïne - et de nombreuses variations de chaque personnage. En fait il n'y a pas un univers Marvel et un univers DC, mais des multivers. La réalité principale de Marvel, celle d'où viennent tous les super-héros dans leur variante la plus célèbre, c'est Terre-616. Chez DC, c'est Earth-One.
La réalité où Gwen Stacy est devenue Spider-Gwen, tandis que Peter Parker devenait le Lézard puis était tué, c'est Terre-65. Il existe chez Marvel une infinité d'univers parallèles, au sens physique du terme, avec à chaque fois de petites variations autour d'une trame commune.


C'est là-dessus qu'est construit Spider-Verse, le gros événement Spider dont je vais vite fait vous parler.
En gros, sur Terre-1 existe un groupe de monstres très puissants et anciens, les Héritiers, qui se nourrissent de l'énergie des totems d'araignées - les super-héros dotés du pouvoir de Spider. L'œuvre commence alors que les Héritiers décident de réduire à néant tous les totems, les super-héros. L'intrigue se déroule entre les univers, avec de nombreuses variations de Spider. De la Terre-616 viennent notamment Spider-Woman/Jessica Drew, Araña/Anya Corazon, Spider-Man/Peter Parker, Scarlet Spider/Kaine Parker ou encore Spider-Octopus/Otto Octavius.
Oui parce qu'avant Spider-Verse, le docteur Octopus, un super-ennemi de Spider-Man, a réussi à s'emparer de son corps et à usurper son identité.

Bref, tout ça pour dire que les fans de comics sont DÉJÀ habitué-e-s aux variations de super-héros. Ça fait partie de l'essence même des comics, d'avoir plusieurs versions des personnages, des clones et d'autres délires du genre. Souvenez-vous, souvent la mort c'est une mauvaise grippe, on s'en remet vite. À cause des deux Sagas des Clones, Peter Parker de Terre-616 a deux clones, Ben Reilly et Kaine : le premier est devenu un super-vilain à une époque, et le second est totalement pété, au point de pouvoir se transformer en araignée géante (entre autres).

NOR.MAL.

Maintenant, on pourrait se demander pourquoi, au cinéma, les fans de comics (qui sont le cœur de cible des films de super-héros, même si l'ambition est évidemment d'attirer tout le monde) sont si frileux avec les variations de Spider-Man.
Parce que dans le format original ça s'arrête pas à lui hein : Thor devenu une femme, un Spider-Man noir ou latino, une Miss Marvel musulmane, un Captain Marvel qui change plusieurs fois de sexe entre ses incarnations... ces baltringues de fanboys se plaignent à chaque fois et le conservatisme dans la communauté des comics est très comparable à celui du GamerGate.

Pour ce qui est de Spidey, en fait, je pense que c'est simplement parce qu'il est le plus connu. Tout bêtement.
J'veux dire, regardez le casting super-héroïque du MCU : Docteur Strange, Ant-Man (qui est pourtant un fondateur des Vengeurs), Black Panther, les Maximoff (qui viennent plutôt des X Men d'ailleurs, vu que ce sont à l'origine les enfants de Magneto), et même Iron Man, Falcon ou War Machine ?
Si on ne lit pas de comics, on ne connaît probablement pas ces personnages. Si on ne lit pas de comics, on peut être familier de Hulk, qui a eu une série télé avant le MCU, de Spider-Man, qui a déjà été adapté avec succès (par Sam Raimi) et... c'est tout.
Et c'est pareil chez DC : à part Batman, Wonder Woman (la fameuse série avec Lynda Carter) et Superman, les autres sont méconnus. Tiens pour vous dire, moi en entendant parler de Justice League, c'est pas Cyborg que je voulais voir, même si j'ai compris en voyant le film son utilité et la raison de sa présence. Moi qui lis des comics, notamment des DC, ceux que je voulais voir, c'était Atom (Ant-Man version DC) et J'onn Jonnzz.

Les fondateurs de la Justice League of America dans leur version canonique : J'onn Jonzz, Green Lantern, Wonder Woman, Superman, Batman et Flash, auxquels il faut ajouter Aquaman et Hawk-Girl.
Atom rejoint l'équipe dans les années 60, Cyborg y fait une première apparition en 2010.

En fait Spider-Man parle beaucoup au public des comics, c'est-à-dire majoritairement à des jeunes mecs blancs hétéros (les geeks, tout ça, on en revient au GamerGate), parce qu'il est lui-même un jeune mec blanc hétéro.
Les X Men, Hulk, les Vengeurs (qui ne sont arrivés en tant qu'équipe dans l'histoire des comics qu'en 1971), enfin tous les autres que j'ai cités et datés précédemment, ce sont pour la majorité des adultes. Spider-Man est la quintessence de l'adolescent perdu face à son identité, face à son passage à la vie adulte, il parle de manière proche et intime à ses lecteurs, qui se reconnaissent en lui. Et qui n'acceptent pas qu'il puisse être modifié et réécrit - ce qui est quand même BIEN CON parce que Spider-Man Homecoming, l'une des plus décriées de ses adaptations, est justement un teen-movie dans un lycée américain (contrairement à la trilogie de Sam Raimi où Peter Parker quittait le lycée très vite dans le premier film).

À mon sens, le problème qui se pose ici, c'est la narration. Il est très facile d'être fan d'une œuvre, d'un univers, d'un genre, mais il est beaucoup plus difficile de le remettre en question et de le penser comme un-e auteurice. De se poser des questions comme "comment j'écrirais une nouvelle version de ce personnage ?" "qu'est-ce que j'inventerais pour le faire évoluer ?" ou encore "comment je ferais pour l'intégrer dans son contexte sociétal ?"


Nous sommes à une époque où la représentation des minorités progresse, à une époque où les femmes ont enfin des héroïnes et des super-héroïnes de qualité à qui s'identifier : les Ghostbusters, Rey, Wonder Woman, Supergirl. À notre époque, les minorités ethniques et sexuelles sont enfin représentées, avec des personnages transgenres, des Spider-Man racisés et, encore une fois, une Miss Marvel musulmane d'origine pakistanaise. Du coup, ça doit se voir même dans les adaptations des comics en films, ce que les fans de comics originaux ne veulent pas accepter - c'est EXACTEMENT les mêmes problèmes de représentations que dans les jeux vidéo.

Kamala Khan a 16 ans, elle est musulmane et d'origine pakistanaise : elle a pas le droit de sortir pour une fête. Son père mange du couscous et boit du thé à la menthe. OK je vois pas comment pourrait être plus clair sur le milieu culturel novateur dont vient cette super-héroïne.

J'en reviens à mon délire de narration, parce que je reste auteur autant que public. Le MCU dispose de deux des grandes forces qui font que je ne m'en lasserai jamais et que je serai toujours curieux d'en voir de nouveaux films :
 - son écriture intègre des questions sociétales contemporaines - la nature et la gestion du pouvoir, le rapport entre politique, espionnage et violence, le terrorisme...
 - il met également en scène les individualités. Ant-Man, c'est aussi l'histoire de Scott Lang et Henry Pym face à leurs filles respectives. Les Thor c'est l'histoire de Thor et Loki qui essaient d'assumer leur héritage et leurs responsabilités avec respect. Les Iron Man c'est l'histoire de Tony Stark et de l'héritage qu'il veut léguer au monde.
...Spider-Man Homecoming c'est l'histoire de Peter Parker qui est l'héritier désigné d'Iron Man. Eh ouais.

Du coup, que Spider-Man Homecoming ne se passe pas majoritairement au lycée (comme les Amazing), ou qu'il ne représente pas Peter Parker comme journaliste (comme la trilogie Sam Raimi), c'est normal. Il s'agit de présenter le héros comme un futur Vengeur, qui doit lutter contre une version du Vautour qui est un petit entrepreneur désabusé et insulté par les gros capitalistes libéraux type Tony Stark.
C'est hallucinant que les fanboys ne soient pas capables de comprendre ça. Ce qui est encore plus hallucinant c'est qu'ils n'acceptent pas des modifications sur Spider-Man, le perso, qui sont faites avec logique et raison (narratives), alors qu'ils acceptent qu'il existe un Spider-Octopus juste parce qu'Otto Octavius, avant de mourir, a transféré son esprit dans le corps de Peter Parker.
J'veux dire, il existe un Spider-singe, un Spider-cochon, un Spider-chat, un Spider-punk, un Spider-man indien qui est une copie conforme de Peter Parker et même une Spider-Woman qui est l'ex-petite amie morte de Peter Parker dans un univers où c'est elle l'héroïne et lui le mort, mais par contre, un univers où Peter Parker est le disciple de Tony Stark chez les Vengeurs, alors que dans les comics Spider-Man FAIT PARTIE DES VENGEURS, ça non, c'est intolérable.
Putain mais allez manger vos morts, bordel de merde.

Pour les fans radicaux et ineptes de comics, un singe, un cochon, un chat ou un mec à six bras y'a pas de souci...
Par contre ça c'est totalement inenvisageable. INACCEPTABLE. UN MASSACRE DE SPIDER-MAN.
(bandes d'abrutis dégénérés)

En Histoire, l'un des concepts les plus importants c'est le contexte. Tu peux tout expliquer si tu replaces les choses dans leur contexte. Et vous savez quoi ? C'est vrai pour absolument tout.
 - Tu peux expliquer que Thor porte la barbe contrairement à la version comics parce que EH, il a le droit de pas se raser s'il veut ! Tu peux expliquer qu'Heimdall soit noir et Hoggun asiatique parce que ce sont des extraterrestres d'une race avancée, les Asgardiens, et qu'à aucun moment on a dit qu'ils étaient tous de la même ethnie.
 - Tu peux expliquer que les Maximoff ne soient pas des mutants et qu'ils n'aient jamais entendu parler d'un certain "Magneto" parce qu'ils sont le fruit d'expériences réalisées par HYDRA avec une Pierre d'infinité.
 - Tu peux expliquer que Peter Parker fait tout pour jouer les héros parce qu'il veut intégrer les Vengeurs et faire la fierté de Tony Stark.
 - Tu peux expliquer qu'une camarade de lycée de Peter Parker s'appelle Michelle et soit afro-américaine parce que BORDEL POURQUOI ELLE S'APPELLERAIT MARY-JANE ALORS QU'ON A JAMAIS DIT NULLE PART QUE CE PETER PARKER LÀ CONNAISSAIT UNE MARY-JANE NI MÊME QU'IL Y EN AVAIT UNE DANS SON LYCÉE.

Et si vraiment on doit utiliser un argument de fanboy pour défendre le MCU, alors faisons ça : l'univers dans lequel le MCU prend place, c'est Terre-199 999. Ce n'est qu'une des nombreuses réalités possibles dans le multivers Marvel. Si les fanboys acceptent toutes les autres, ils doivent accepter celle-là.
PENSEZ DONC ! Ils ont même accepté Terre 1218, la réalité dans laquelle tous leurs super-héros préférés sont des personnages de fiction ! EH OUAIS ! Terre-1218 C'EST LA NÔTRE !
Alors un peu de cohérence dans vos postures, bordel de merde.

Alors que vous soyez fan de comics ou pas, que vous aimiez les adaptations de comics ou pas, la prochaine fois que vous voulez critiquer le choix des scénaristes et des producteurs dans leur travail d'adaptation, commencez par vous demander dans quelle narration s'intègrent ces choix. Commencez par envisager comment on écrit une histoire avant de juger celle qu'écrivent les autres.

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