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9.10.18

La pratique du détachement

Bon ça va être un article plus personnel (et un peu culturel) que d'habitude, ce sera peut-être un peu confus et bordélique et je suis même pas sûr de pouvoir faire une intro bien nette pour couper avec un marqueur d'extension comme d'hab, donc déso hein.

Y'a quelques temps (le 24 septembre) c'était mon anniversaire (un événement qui occupe mon attention à peu près autant que ma compassion pour les accidentés de l'alpinisme de haute-montagne, c'est-à-dire qu'il existerait pas je m'en foutrais tout pareil), et ça m'a obligé à me rappeler inconsciemment un événement similaire (très exactement un an plus tôt, la vie est bien faite).
Le 24 septembre 2017, mon anniversaire avait été l'occasion d'aller en Ardèche aux funérailles de ma grand-mère en compagnie d'une famille que j'avais pas vue depuis 10 ans, et pour y retrouver encore un peu de famille que j'avais pas vue depuis presque 15 ans.
Vu que j'ai pas adressé à nouveau la parole à mon frère et ma belle-sœur depuis ces trois jours de merde où, disons-le clairement, on a pu constater pourquoi on se parlait pas depuis dix ans, j'ai eu l'idée subite de leur écrire un mail, un an plus tard, pour expliquer pourquoi j'avais pas rétabli les liens et pourquoi, à mon sens, nous étions des étrangers qui n'avions rien à faire ensemble, comme l'avait prouvé ce séjour détestable.

Alors je sais pas si je dois remercier la flemme, la procrastination ou la nuit qui porte conseil, mais j'ai pas écrit ce brouillon de mail immédiatement (il était tard et j'étais en train de jouer à The Elder Scrolls Online), j'ai remis l'idée au lendemain matin (c'était genre le 18 ou 19 septembre, un truc comme ça), et le lendemain au réveil, je me suis rendu compte que c'était une idée de merde.
Elle n'aurait eu pour enjeu que d'avoir le dernier mot et de me justifier auprès d'étrangers pour qui je ne suis rien, que je n'aime pas et sans qui j'ai pu vivre en toute quiétude depuis dix ans.
Bref, j'ai fait preuve de détachement et c'est de ça que je voulais parler dans cet article (ah bah voilà, elle est là mon intro).


Pour vous donner un exemple similaire, y'a quelques années, j'ai habité en colocation dans un appartement familial, avec notamment un jeune couple, et surtout un Espagnol détestable à peu près à tous les niveaux. Cette expérience m'inspirait pas mal de râleries sur Twitter, et ma ptite sœur Caroline (-> Studinano) m'a demandé une fois comment j'arrivais à me contenir en présence de ce trouduc.
Là encore, en faisant preuve de détachement.

Vous voyez, le truc c'est que j'ai toujours été timide, froid et introverti, et que, je pense, c'est devenu un réflexe de survie qui m'aide beaucoup au quotidien. Ce n'est qu'assez récemment que j'ai pu intellectualiser cette posture pour réaliser son intérêt. Cela fait des années que je suis cynique, misanthrope et désabusé, au point souvent que ces traits de personnalité estompent ou bloquent totalement ma sensibilité naturelle, mon altruisme et ma générosité.
Par essence, je suis quelqu'un qui aide, je l'ai encore vu ces derniers mois en formation, quand quelqu'un a besoin de soutien ou de conseils que je peux apporter, je le fais, et quand on me demande directement de l'aide, j'ai du mal à trouver une raison de refuser (même quand j'en ai des très légitimes).

Ma capacité à faire preuve de détachement est devenue un acte conscient à la faveur de ma formation de FPA et de l'évolution de mes convictions personnelles.
Je suis végétarien, je le cache pas, et écolo, je le revendique, et quand je vois à quel point le monde n'en a plus rien à cirer de l'écologie et de ce qu'il est nécessaire de faire pour assurer un futur pas trop insupportable aux prochaines générations, je me dois de faire preuve de détachement. Le fait que mon végétarisme soit purement égoïste et pas du tout écolo - parce que la planète se fiche qu'un individu seul arrête de manger de la viande - c'est aussi un signe de mon détachement. Y'a guère que quand je vois des gens continuer à entretenir le mythe du "chacun peut agir à son échelle" et "le grand public peut faire pression sur les dirigeants pour infléchir la progression" que je sors de mes gonds.
Le reste du temps, je me concentre, je relativise, et je décide d'en avoir rien à cirer. Spontanément. À moi tout seul je ne peux pas changer les choses, alors je vais pas m'épuiser à essayer alors que ce sont les chefs d'État qui devraient le faire.
Je suis devenu égoïste de manière sélective et par instinct de survie.


Dans l'univers de Star Trek - en tout cas dans les films les plus récents parce que je ne connais qu'eux - le père de Spock dit que les Vulcains trouvent la sérénité à travers la logique scientifique. Là encore, je ne le cache pas, je suis quelqu'un de logique et rationnel (malgré mon impulsivité).
L'un des grands enjeux de mon existence, la quête de savoir et la soif de culture, répond précisément à cette recherche de sérénité. Je me cultive, j'apprends, je découvre, pour me doter des savoirs et des armes intellectuelles qui permettent le détachement. Je contrôle mes émotions en recherchant le calme de l'apprentissage permanent.
Je n'ai jamais lu de philosophes, même si j'en ai au moins un livre (de Platon je crois, ou Aristote), mais je comprends totalement la démarche qui devait être celle des philosophes antiques quand ils adoptaient une posture intellectuelle pour l'appliquer à toute leur existence.

C'est aussi une des raisons pour lesquelles j'adore la chaîne Youtube de mon amie SweetBerry, et surtout ses Symbolik. Pouvoir décrypter la symbolique et les usages culturels derrière telle couleur, tel objet naturel, tel mécanisme narratif, ça m'aide en tant qu'auteur, mais le cerveau est muscle : plus on l'utilise, plus il est performant.
Je trouve qu'accumuler des connaissances sur les symboles et les représentations populaires me permet d'élever mon esprit en ayant davantage de bagage culturel - d'autant que SweetBerry est une super vulgarisatrice, à la fois claire et drôle dans ses propos.
Sincèrement, que vous soyez auteur-ice ou non, vous êtes forcément sujet à la culture, public de tout ce qui est culturel dans la vie de tous les jours, et c'est aussi utile qu'intéressant de pouvoir décrypter l'usage des symboliques au quotidien. Vraiment, allez regarder le travail de SweetBerry !


Bref : le détachement.
La capacité à se détacher des problématiques sociales ou sociétales, à tout prendre avec du recul, à ne pas se soucier de ce qui peut advenir, pour se recentrer sur ses propres émotions. J'ai toujours été colérique, et la formation FPA n'a pas changé ça (même si j'ai cru pendant un temps que si). En revanche ce qui a changé c'est que je suis capable d'une plus grande patience. Et puis cette formation est tellement focalisée sur le fait de rationaliser et réfléchir de nombreux concepts que ça permet de le faire à propos de tout.
Un peu comme quand j'ai découvert l'existence de l'AVEN (première communauté asexuelle mondiale), j'ai pu mettre un mot sur ce que j'étais, c'est grâce à cette formation que j'ai pu conceptualiser ma capacité de détachement. Et j'en suis très content parce que maintenant que je sais comment ça marche, je suis capable de décider quand je peux être impulsif, de m'autoriser à être en colère ou non.

Les pignoufs qui pense que #IlEstEncoreTemps par exemple, j'aurais très bien pu les ignorer comme à peu près tous les pseudos-écolos qui prétendent que le grand public a un rôle à jouer et qu'on peut tous changer les choses à notre échelle. Mais j'ai décidé de sortir de mon détachement et de m'exprimer sur le sujet (notamment auprès de deux amis sur FB avec qui je suis en désaccord sur le principe de tyrannie verte), parce que dans ce groupe de vidéastes, y'a des gens comme MaxBird, qui ont fait des trucs très concrets pour la nature. J'estime que quand tu es personnellement intervenu dans des grands projets, tu te laisses plus abuser par quelque chose d'aussi stupide et inutile qu'une "marche pour la nature."
Super, samedi 13 octobre vous aller marcher dans la rue, et alors ? Ça va rien changer. Bref, cette incohérence dans leur discours (non mais y'a même Usul dans le lot quoi, qui disait exactement l'inverse dans son dernier Ouvrez Les Guillemets), ça m'a incité à réagir.


Alors évidemment cet article n'avait pas vocation à être juste une réflexion personnelle en public, sinon je pourrais déblatérer pendant des heures sans résultat concret.
Je tenais juste à évoquer la pratique du détachement telle qu'elle s'est révélée utile pour moi, à la fois pour mon équilibre personnel et pour ma culture, et m'adresser à mon entourage le plus proche. J'ai souvent l'air d'être quelqu'un de colérique qui pète des câbles sans raison, mais c'est parfaitement maîtrisé. Ma colère est restée, mais elle a changé avec les années, j'ai désormais des colères froides et patientes, je n'ai jamais été rancunier (et c'est toujours pas le cas) mais désormais si je m'énerve contre quelqu'un, ce sera méthodique. D'ailleurs je suis très content de ça, j'ai retrouvé avec la pratique du détachement mon moi du lycée et du début de la fac, qui pratiquait beaucoup l'ironie et le sarcasme au lieu de s'énerver.
Concrètement, quand je réagis à quelque chose, je commence par me demander si ça vaut le coup de s'énerver, de s'enthousiasmer bref, de s'autoriser des sorties ou des émotions fortes sans raison. C'est pour ça que je suis jamais déçu par rien : je n'ai aucune attente, ça évite les déconvenues.

Vous avez l'impression, sur les réseaux sociaux ou IRL, que je suis froid, introverti et que je me fiche de tout ? Rassurez-vous : c'est pas une impression.
C'est un peu l'objet de cet article, rétablir la vérité. J'en ai vraiment rien à cirer de tout et tout le monde, à moins de faire le choix contraire. Je me soucie de mes proches, je les aime et je tiens à les soutenir en cas de besoin parce que je l'ai choisi. Je me contrefous du reste du monde parce que je pratique le détachement au quotidien. Je parviens à maintenir mon équilibre personnel au quotidien parce que je me détache des considérations qui ne valent pas une dépense d'énergie ou des émotions violentes.

J'ai l'intime conviction qu'il n'est pas possible d'atteindre le bonheur, principalement parce qu'on vit dans un monde qui ne nous aide pas du tout à être heureux-ses. Et pourtant, cette croyance n'a aucun impact sur moi, elle ne me rend pas spécialement malheureux. Je pense ne pas être dépressif, tout simplement parce que je suis pas assez sensible pour ça, trop détaché.
Vous devriez, à l'occasion, essayer de pratiquer le détachement, d'adopter cette philosophie de vie.Et ne vous souciez pas de mes réactions à votre égard, la prochaine fois qu'on interagira, je suis quelqu'un de calme et posé ;)

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