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12.4.16

Quand le jeu vidéo devient science-fiction.


Andreas, le retour / No pasarán, Endgame.

Auteur : Christian Lehmann.
Origine : France.
Nombre de livres : 3.
Date de publication : 2005 et 2012.
Genre : drame, histoire, science-fiction.
Ces livres sont la suite de No pasarán, le jeu.


L'auteur.
Christian Lehmann, né en 1958, est écrivain depuis 1988. Ses livres sont essentiellement destinés à la jeunesse, mais il a également écrit pour les adultes. Il est également médecin généraliste engagé et a écrit quelques ouvrages sur sa profession tout en s'opposant à certaines réformes de la Sécurité Sociale en France.

La région parisienne, de nos jours. Eric Martineau et Thierry Boisdeffre ont surmonté l'Expérience Ultime et le premier a même arrêté les jeux vidéo depuis des années.
Mais dans un reportage télévisé sur les dérives des mondes virtuels, Thierry remarque l'écran d'ordinateur de leur ancien ami Andreas Salaun, qui a disparu depuis l'épisode traumatique de l'Expérience Ultime. Le jeune homme se demande alors si Andreas n'aurait pas pu disparaître dans le jeu... et pressé de remords, propose à Eric de retourner le chercher.

Bon alors je vais traiter d'un coup le second et le troisième livre de la trilogie No Pasarán, parce que c'est plus simple et commode, déjà pour moi qui les ai lus d'une traite y'a quelques semaines, ensuite pour vous parce que ça évite de spoiler le 2 en articlant séparément le 3.
Je l'avais déjà à propos du premier volume et je le répète ici, je n'ai pas découvert Christian Lehmann avec cette série, mais avec La nature du mal, beaucoup plus complexe et donc que je n'ai probablement pas apprécié à sa juste valeur en 3ème, mais No pasarán est depuis que je l'ai lu pour moi au lycée un de mes romans préférés, et c'est encore plus vrai maintenant que je sais qu'il s'agit d'une trilogie (et que je l'ai lue).


J'ai donc appris ce faisant qu'en plus d'enrichir grandement la narration, les second et surtout troisième tome de la série changeaient carrément le genre en faisant de cette histoire de la SF. Si le principal enjeu narratif de ce revirement n'apparaît qu'assez tard, à la fin du tome 2, il domine totalement le suivant jusque dans sa structure, puisque les chapitres sont focalisés tantôt sur Andreas, tantôt sur Eric et Thierry.
J'ai d'ailleurs trouvé très intéressant que ce concept [spoiler] qui veut qu'en fait l'Expérience Ultime ne confronte pas les joueurs à leurs propres cauchemars par des exemples historiques, mais soit un mécanisme de voyage dans le temps qui les envoie dans le passé [fin de spoiler] ne soit pas expliqué, parce que ça évite le charabia technico-technologique qu'on retrouve souvent dans plein d'œuvres de SF.

Accessoirement, ça permet aussi de réécrire une partie du tome 1, surtout à la fin du 3, en enrichissant les personnages avec davantage de background, qu'il s'agisse d'Andreas, grandement amélioré de ce point de vue, de Gilles, le frère d'Eric, ou encore de Khaled, le nouveau meilleur ami de Thierry, et les familles de ces derniers.
Oui parce que si Andreas a disparu de la réalité et si cette absence est le grand mystère du livre 2, avant que le 3 ne vire au cauchemar, sa famille, elle n'a pas changé. Son père est toujours membre d'un parti d'extrême-droite qu'on découvre dirigé par une femme qui tient son groupe d'une poigne de fer tout en expurgeant les membres les plus agressifs pour se doter d'un vernis d'acceptabilité. Si ça vous rappelle quelqu'un, c'est normal.


La prise de position sociale, sociétale et politique de Christian Lehmann est décidément très forte dans cette série et surtout dans les livres 2 et 3, construite autour du personnage de Khaled, dont le père est officier de police. Pendant que ses parents et lui représentent des minorités visibles intégrées et pacifiques, sa cousine et son cousin ont un parcours beaucoup plus instable, qui fait de ce dernier une pseudo-autorité paternelle pour sa sœur, sur le modèle de la société de « là-bas ». Avec les questions de légitimité, de contestation et d'intégration que ça suppose.
D'un autre côté, l'intrigue secondaire de Robert Salaun, de sa famille et de la pseudo-Marine Le Pen traitent assez intelligemment de la médiatisation politique, du rapport vie privée/vie publique et, moi qui ne lis que peu voire pas de littérature ancrée dans son temps, j'ai genre jamais retrouvé ça ailleurs. [spoiler] Et puis ça fait vachement plaisir de voir une connasse d'extrême-droite qui récupère tous les drames du monde pour sa campagne se faire arrêter pour complicité de crimes antisémites, BIM. [fin de spoiler]


Bref, tout ça pour dire que ces deux livres sont formidablement bien écrits et que la narration est très accrocheuse. Bon, étant donné le cœur de la narration on peut pas s'empêcher de se poser des questions [spoiler] du genre comment le vieil anglais obtenu la disquette de l'Expérience Ultime à la base dans le premier livre avant qu'il s'agisse d'Andreas qui la donne à Eric et Thierry après s'être  croisé lui-même jeune [fin spoiler], mais c'est le cas à chaque fois qu'une œuvre culturelle intervient pour réécrire une partie de la narration des épisodes précédents, y'a forcément des incohérences.
Par contre, les personnages sont bien écrits, le suspense est présent jusqu'à la fin et vu ce qui est raconté, rapport au passage dans le genre de la SF et tout, on s'interroge jusqu'à la dernière ligne sur ce que va faire l'auteur. Les thématiques sociales comme les drames des protagonistes sont bien traités et intégrés, ça fait plaisir.

En bref : ces deux livres transforment un bon one-shot de la littérature jeunesse française en excellente trilogie de SF contemporaine. Les genres se mêlent pour produire une histoire intéressante et cohérente malgré la présence de plusieurs cadres bien distincts. Des thèmes de société très contemporains sont traités avec intelligence et une position politique incontestable à la fois dans sa justesse et sa pertinence. Lisez ces livres. Vraiment. Appréciez-les à leur juste valeur.

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