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29.9.12

Vespasien, premier empereur des Flaviens

http://darkriketz.cowblog.fr/images/Histoire/Vespasianus01.pngBuste de l'empereur Vespasien, qui a régné de 69 à 79 après Jésus-Christ. Musée du Louvre, Paris.


Général et guerre civile.

Historiquement, on sait peu de chose de Vespasien. Ou en tout cas, avant qu'il fasse parler de lui en 69 après Jésus-Christ. Theodore Roosevelt a dit un jour que certains hommes naissent avec la grandeur, et que d'autres doivent la choper au vol (OUI, c'était un film, et alors ? ^^ ça change pas la véracité du propos !). Et bah Vespasien est de ceux sur qui la grandeur est tombée un beau jour sur le coin du bec (cf Chicken Little (visez les méga-références XD)).
Mais ça va, on a quand même des infos sur lui hein, par trois sources principales : Fabius Josèphe, un auteur juif, Tacite, le latin bien connu, et Suétone, qui en dépit d'imprécisions chronologiques, lui consacre un écrit, la Vie de Vespasien.

On sait déjà qu'il est né en 9 après Jésus-Christ sous le nom de Titus Flavius Vespasianus (ce qui explique qu'il soit le fondateur de la courte lignée des Flaviens), hors de la domus augusta, la famille impériale de la première dynastie (Auguste, Tibère, Caligula, Claude, Néron) et qu'il a mené une brillante carrière militaire. Doté du droit de laticlave, celui de l'ordre sénatorial, par Tibère, il est légat de Bretagne sous Claude, lors de l'invasion de l'île, consul suffect (c'est-à-dire consul un peu inférieur au consulat normal) en 51 puis proconsul de la province d'Afrique.
D'ailleurs, il est rappelé par Néron en 68, pour aller mater une révolte juive, ce qui le met à la tête de la plus grande concentration de troupes de tout l'empire romain : 3 légions et leurs auxiliaires, c'est à dire à peu près 25 000 hommes, plusieurs détachements de légions venus du Danube, et encore des troupes auxiliaires. On rigole pas avec les juifs, déjà à l'époque.
Et pourtant, bizarrement, Vespasien n'a jamais vraiment cherché le pouvoir. Comme Harry Potter, c'est plutôt le genre de mec autour duquel on se réunit en cas de problème, alors qu'il a rien demandé. Mais vous connaissez l'adage dumbledorien, « le manteau du pouvoir ne sied jamais davantage qu'à ceux qui le revêtent dans la plus grande nécessité, avant de se rendre compte qu'ils portent très bien ».Ça tombe bien, il y a nécessité, alors que le règne de Néron devient plus sanglant que jamais, dans l'entourage du prince : l'empire entre dans une nouvelle phase de guerre civile.

http://darkriketz.cowblog.fr/images/Histoire/neron.jpgNéron n'était pas apprécié du Sénat, pas plus que du milieu politique et assez peu de l'armée. Déjà, c'était un philellène, qui passait du temps en Grèce et portait la barbe, au contraire de la tradition romaine.

Là je m'éloigne un peu de notre Vespasien, parce qu'il fait pas grand-chose d'intéressant à part casser du juif, et je vous explique comment les événements se sont précipités. Néron, que l'on qualifie généralement comme un empereur monstrueux et haï du Sénat, est en fait victime des circonstances de son temps, à l'époque où la quête du pouvoir ne cesse de susciter des affrontements violents autour du prince. Les héritiers mourant généralement bien avant de pouvoir monter sur le trône, l'assassinat politique était devenu, outre le meilleur moyen de rester en vie, la seule méthode efficace pour tracer la succession impériale, au point que la mère de l'empereur elle-même, Agrippine, ne tente plusieurs fois de le tuer.
Bref, dans les sphères politiques de Rome, on commençait à moins l'aimer, Néron, d'autant que la plupart des gens le disaient fou, et il advient en 66-67, alors que le prince est en Grèce pour se reposer, que le gouverneur de Gaule Lyonnaise, Julius Vindex, se révolte et appelle au soulèvement les gouverneurs du Rhin, Verginius Rufus, et d'Hispanie, Servus Sulpicius Galba.
Pour info, sur les trois provinces, la Gaule Lyonnaise est la seule à l'époque qui ne possède aucune légion, étant donné qu'elle est 1. publique (gérée par le Sénat et non par le Prince ou un de ses émissaires), et 2. conquise et pacifiée depuis très longtemps (bon, l'Hispanie aussi, mais celle-là a toujours eu un statut particulier à cause des rebelles qui y pullulent).
Donc on peut se demander si Vindex a pensé à allumer ses neurones avant de lancer une rébellion sans disposer d'une armée...

L'empire romain un siècle plus tard (les provinces étaient les même qu'en 68/69 à une près), histoire que vous ayez une idée des distances à parcourir jusqu'à l'Italie depuis l'Egypte, la Syrie, le Danube (vraisemblablement la Pannonie, en bleu et vert au nord-est de l'Italie) et le Rhin (les deux Germanies sont en bleu et vert aussi). Comme quoi, les prétendants à l'empire avaient de l'ambition (et de la route pour devenir princes ^^). On voit aussi bien la division entre les 4 Gaules : Narbonnaise, Aquitaine, Lyonnaise et Belgique.

Toujours est-il que Galba, menacé d'assassinat (on sait ni par qui ni pourquoi) se révolte à son tour et se proclame empereur, inaugurant lui tout seul l'année des 4 empereurs, et la guerre civile. Rufus (sur le Rhin) reste loyal à Néron et est chargé d'éliminer Vindex, pendant que le préfet du prétoire (chef de la garde personnelle impériale) Nymphidius Salbinus se rallie à Galba. Coup dur pour Néron, qui perd là son escorte personnelle (et prendra la fuite le 9 juin 68 avant de se suicider près de Rome), mais l'histoire nous enseigne au passage (contre mauvaise fortune bon cœur !) que les prétoriens ont un impact politique certain : une vérité qui ne fera que se confirmer dans la suite de l'histoire romaine.
Bref, pas reconnaissant pour un sou sesterce, Galba fait assassiner Salbinus (il voulait pas partager ses lauriers tous neufs) et refuse de donner aux prétoriens la solde qui devrait récompenser leur félonie retournement de toge prise de position politique. Non non, Galba n'est pas un généreux mécène, il a le sens des affaires, ses soldats, il les recrute, il les achète pas.
Bon, il parvient quand même à éliminer Rufus (qui en a vraisemblablement fait de même avec Vindex) et choisit comme héritier Salvius Othon, de Lusitanie (l'actuel Portugal), parce que faut pas déconner, dans une guerre civile, prépare-toi à l'au-delà et couvre tes arrières, on sait jamais quand la Grande Faucheuse viendra te faire la bise.
Et c'est là que Galba fait sa seconde erreur (la première étant de pas avoir récompensé les prétoriens) car Othon fricote avec la femme de son nouveau maître, Poppée, ce qui le fait désavouer par Galba, et décide de payer les prétoriens, ces bougres armés jusqu'aux dents qui sont à l'armée romaine ce que les janissaires sont à l'armée ottomane (la crème de la crème) et aidé de ce nouveau bras armé, fait tuer Galba et son nouvel héritier désigné, Piso. Ah ouais, direct. Rancunier, le mec !

http://darkriketz.cowblog.fr/images/Histoire/405740049D76823B.jpgBuste d'Aulus Vitellius Germanicus, connu comme Vitellius, grand ennemi de Vespasien dans la guerre civile, damnation memoriae. Musée du Capitole, Rome.

Pendant ce temps en Germanie (ou dans la province de Germanie, qui ne représente qu'une toute petite partie du pays connu sous le nom de Germanie Profonde, et évacué par Auguste après le désastre de Teutobourg en 9 après JC), le gouverneur local, Aulus Vitellius Germanicus, est acclamé par ses troupes le 1er janvier 69, c'est-à-dire le même jour qu'Othon, et les deux armées s'affrontent le 14 avril, bataille perdue par Othon qui se suicide. Ça évite à l'histoire romaine d'avoir un empereur au nom si naze.
Mais enfin, en gros, la crise de succession de 68/69, on peut résumer ça assez simplement, c'est les chaises musicales, chaque prétendant est un magistrat romain avec une longue carrière, et chacun devient favori à la toge impériale après avoir tué le précédent. Toujours en train de démolir du sémite en Judée, Vespasien s'était rallié à Galba et Othon, mais pas à Vitellius, dont il n'aime pas beaucoup les procédés, comme retenir en otages des fils de généraux (dont son propre cadet, Domitien), pour s'assurer leur fidélité. Tiberius Julius Alexander, gouverneur de la province d’Égypte, l'un des greniers à blé de l'empire, et à la tête de 2 légions, acclame alors Vespasien, avant que les généraux de Syrie, Muccionus, et du Danube, Antonius Primus, n'en fassent de même. Vespasien a alors à sa disposition trois immenses armées, celles du Danube, de Syrie, et de Judée. Muccionus, qui est décidément très loyal, décide alors de marcher sur Rome, à la mi-juillet (autant dire qu'il est pas rendu, vu la distance avec le Moyen-Orient), mais est précédé, forcément, les lois de la géographie obligent, par Antonius Primus.

Le 24-25 octobre 69, celui-ci défait Vitellius à Bedriacum (Italie du nord), et fait son entrée à Rome le 20 décembre, où est alors livrée une bataille de rues qui fait de nombreux morts, dont Titus Flavius Sabinus, Préfet de la Ville et frère de Vespasien (j'en connais un qui va bouillonner de vengeance), puis Vitellius lui-même, ça lui apprendra à tuer le frère de l'empereur. Et histoire d'être bien synchros, c'est à ce moment que Muccionus arrive avec son armée. De son côté, Vespasien est toujours en train de mater une révolte, et gouverne donc par l'intermédiaire de Muccionus et de son cadet, Domitien, maintenant libre, et prêteur urbain (magistrat de la ville donc) à 19 ans, la classe.
Muccionus est donc temporairement le maître de la capitale, qu'il dirige dans plusieurs grands domaines, parmi lesquels la marginalisation d'Antonius Primus (apparemment il devait pas apprécier la concurrence, et puis moins y'a de gens à récompenser au retour de l'empereur, plus grande est la récompense), l'élimination des derniers vitelliens, la reformation de la garde prétorienne maintenant unie à la garde personnelle de Vitellius, ce qui monte ses effectifs à 16 cohortes (mais ils retomberont à 9 en 76), le rétablissement des victimes de Néron, ainsi que la concorde entre ses partisans et ses opposants, et enfin la réhabilitation d'Othon et Galba, avec en prime un bon gros Damnatio Memoriae pour Vitellius !!
Autant dire que de nos jours, une monnaie de Vitellius, de Galba ou d'Othon, c'est d'une rareté ahurissante, les mecs ils ont été empereurs quelques mois chacun !

Et bah tu vas rire mais ils ont même eu le temps de battre monnaie, les bougres ! Dans l'ordre, Galba, Othon puis Vitellius.
D'ailleurs celle de Vitellius est carrément plus classe : contrairement aux autres, il s'est octroyé la puissance tribunicienne visible par le TRP à la droite de la pièce.


Vespasien, empereur du renouveau.

De son côté, le nouveau prince laisse la gestion de ses affaires à son fils aîné Titus et, si son règne commence officiellement le 1er janvier 69, rentre à Rome l'année suivante. Reconnu par le Sénat, il reçoit de celui-ci l'intégralité des pouvoirs impériaux d'un seul coup (nécessité fait loi aparemment) par la, justement, Lex Imperio Vespasiani.
A l'instar des empereurs dont l'avènement est fragile (parce qu'il n'est pas lié par le sang au précédent, ou parce qu'il est issu de l'armée) Vespasien tente d'affirmer son pouvoir en usant beaucoup de la censure (le pouvoir des censeurs de modifier l'album sénatorial, c'est à dire le contenu du Sénat, pour y intégrer ses partisans) et règne avec son fils Titus, rentré de Judée. Notons au passage que cet empereur est tout particulier dans l'histoire romaine, puisqu'il est le premier issu de l'armée, mais pas le dernier, loin de là, et qu'il est le second (après Claude) à avoir eu un avènement assez fragile pour nécessiter des coups de force dès le début de son règne (et là encore, il ne sera pas le dernier).

Reconstituant le nombre de sénateurs et patriciens décimés par Néron et la guerre civile, il use donc abondamment de l'adlectio (on parle en français d'adlection et de sénateur adlecté) en faisant la promotion instantanée d'hommes utiles, sans que ceux-ci aient besoin préalablement d'effectuer les longues et nombreuses magistratures nécessaires à un rang social élevé : décidément, Vespasien aime bien inaugurer des pratiques nouvelles en usant de pouvoirs impériaux dormants jusque là. On constate d'ailleurs une coloration personnelle du pouvoir, à l'instar du modèle augustéen qu'il s'efforce de reproduire, par la nomination au consulat annuelle dont il fait l'objet, l'association de Titus au pouvoir (il est alors Préfet du prétoire, chef de la garde personnelle impériale) et la mise en valeur d'une vie austère et simple, qui s'explique par sa carrière militaire.
C'est bien connu, un soldat se contente de peu, n'aime ni le luxe, ni le foisonnement, et n'a besoin que d'un idéal et les moyens de le défendre.

http://darkriketz.cowblog.fr/images/Histoire/1colisee.jpgHé oui, le Colisée, c'est à Vespasien qu'on le doit ! Pragmatique, il a fait peu de grosses dépenses, mais les a faites pour satisfaire le peuple !

C'est d'ailleurs pour cette raison que le nouveau prince fait détruire une partie des constructions de Néron, à commencer par une luxueuse salle de réception privée, qui avait la particularité d'être ronde et tournante, pour y jeter les bases d'un amphithéâtre en pierre (on en avait marre de voir régulièrement les lieux de culture flamber chaque fois que la surveillance des autorités se relâchait), une construction pharaonique et démesurée qu'on appellera plus tard le Colisée. Abandonnant la construction du Palais de Néron, il agrandit aussi les limites du Pomerium, l'espace de la ville.
Par la suite, Vespasien a affermi et embelli l'état, multipliant les actions dans le domaine des finances (on lui doit la création d'un impôt sur les latrines qui a inspiré l'adage « l'argent n'a pas d'odeur »), étendant le droit latin en Espagne, le territoire impérial en Bretagne, et affirme de façon nette le principe de succession dynastique (qui n'était jusque là qu'un choix par défaut) : son fils Titus, de 12 ans plus vieux que Domitien, est 7 fois consul, obtient la puissance tribunicienne (le seul pouvoir qui ne soit pas inférieur au consulat) en 73, et succède sans problème à son père.

Décédé en 79 après JC après seulement dix ans de règne, Vespasien a cependant été divinisé, sur le modèle des empereurs précédents, et a laissé le souvenir d'un empereur austère à qui Rome dut son redressement économique et moral, la solidité de son pouvoir impérial, mais également les traditions plusieurs fois éprouvées par la suite d'une Cohorte prétorienne qui s'implique dans la succession impériale (en tuant ou en ne protégeant pas divers prétendants au trône) et d'un empereur issu de l'armée plutôt que des sphères politiques.

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