Salut !
Aujourd'hui je vais vous reparler de ma série télé préférée de tout l'univers, parce que ça fait qu'une bonne centaine de fois qu'elle a été évoquée sur ce blog (plus ou moins... attendez bougez pas je vais une rapide recherche... franchement seulement neuf articles dans lesquels le titre apparaît, c'est peu ^^), et je suis rarement entré dans les détails, alors qu'elle et sa grande sœur sont l'exemple parfait d'un mécanisme super intéressant et nécessaire dans les histoires qu'on aime le plus, l'adversité.
Et au passage, je vais aussi citer deux exemples assez désastreux, un où le récit est clairement sous-dosé en adversité et un où au contraire il fallait vraiment pas pousser les potards à fond. Avec un poil d'évocation de la réalité aussi.
Allez c'est parti. J'te préviens, l'article va être super long. Déso pas déso.
(promis à un moment ça cause Porte des Etoiles !)
1. C'est quoi l'adversité (et pourquoi c'est important) ?
J'vais commencer par borner le sujet histoire que ce soit bien clair, parce qu'avec certains concepts narratifs ça peut vite partir très loin et des fois on peut même confondre des trucs similaires qui parfois se chevauchent un peu (comme par exemple antagoniste et adversité).
Alors, l'adversité, ce sont les forces désincarnés qui s'opposent au protagoniste d'un récit, et par extension à ses rêves, ses ambitions, ses actions concrètes — et donc pas les personnages identifiés, qui eux sont des protagonistes.
Ça peut provenir de la narration, comme par exemple les règles de la société de l'univers dépeint ou même des lois naturelles — par exemple le climat, la faune, la flore dans le cas de personnages qui doivent évoluer en extérieur — ça peut venir du ou des antagonistes (par exemple dans Le Seigneur des Anneaux l'adversité provient de Sauron), et ça peut venir d'autres protagonistes dans le cas d'un roman à plusieurs points de vue comme Le trône de fer ou Les Mille-Griffes que j'écris — par exemple pour les Stark dans Game of Thrones, à la fois la société de Westeros dominée par le Sud du royaume et les Lannister constituent l'adversité.
Vous m'direz, dans le Nord aussi y'a de l'adversité. Les hivers qui durent des années ça en fait partie.
Ça et tout ce qui peut se planquer dans la neige quoi.
L'adversité c'est important en narration de la même manière que le conflit c'est important (si vous n'avez pas vu les deux longues vidéos de commentaire de la série Netflix Avatar le dernier maître de l'air par Le Tropeur, je vous les recommande) : une histoire est intéressante quand le protagoniste surmonte des obstacles, quand la réjouissance et le soulagement succèdent à des difficultés plutôt que de suivre une ennuyeuse succession de facilités — souvenez-vous des réactions de rejet constant face au personnage de Rey dans la postlogie Star Wars : au-delà du sexisme d'une partie des critiques, le personnage est effectivement complètement cheaté, ce qui détruit les enjeux d'une histoire déjà pas super intéressante à la base.
À titre personnel, je trouve par exemple que l'idée d'en faire une incroyable pilote est à chier : un vaisseau spatial c'est hyper compliqué, c'est de l'ingénierie et de l'informatique à un niveau délirant, et la meuf est ferrailleuse : c'est pas parce que tu as vu un vaisseau inerte que tu es capable d'identifier ses composants, ses systèmes, et encore moins de les piloter. Sans la moindre instruction ou formation, Rey devrait être incapable de piloter le moindre vaisseau, et encore moins de les réparer.
Bref, sans adversité, une histoire est plate, inintéressante, alors que mettre en danger les personnages rend le récit intrigant, voire même saisissant et haletant.
Dans Avengers Endgame par exemple, ON SAIT que Thanos est super balèze, il a défoncé Hulk seul et sans aide au début d'Infinity War, alors on se demande comment Thor, Iron Man et Captain America réunis pourront le vaincre. Simple : ils n'y arrivent pas et se font péter la gueule dans les grandes largeurs. On est vraiment au fond du trou du désespoir et de la dernière chance, typiquement là où Steve Rogers est au paroxysme de son entêtement et son courage, et l'arrivée des Avengers dans la fameuse séquence des portails est un summum de réjouissance pour le public. C'est pas de les voir se réunir toustes ensemble pour la première fois qui est jouissif : c'est de les voir le faire à ce moment-là, quand tout était perdu.
Allez on s'la remet, elle est trop bien ça fait plaisir ^^
2. L'adversité c'est comme tout : trop peu ou trop, c'est un désastre.
L'écriture de fiction, et donc l'adversité, c'est pas une science exacte, c'est pas mesurable et calculable, tout est ouvert à appréciation, mais y'a quand même des marges plus ou moins définies dans lesquelles les auteurices doivent naviguer. L'adversité est reliée à tous les personnages sur lesquels elle s'exerce par un lien de proportionnalité : si les personnages gagnent en pouvoir d'action dans le récit, que ce soit par évolution personnelle ou par l'accès à de plus grands moyens physiques, sociaux ou politiques, alors l'adversité doit augmenter pour s'ajuster.
Dans Le Seigneur des Anneaux, la Communauté de l'Anneau est menacée par une troupe d'uruk-hai d'Isengard envoyés par Saroumane, mais dès lors que Gandalf, Aragorn, Legolas et Gimli s'allient au Rohan, c'est toute une armée qui se pointe, et regardez ce que Sauron envoie à Minas Tirith quand il comprend que l'héritier d'Isildur s'apprête à unifier les deux royaumes de sud sous une seule bannière !
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| Encore aujourd'hui, j'arrive toujours pas à savoir si cette série est plus énervante que frustrante, ou l'inverse. |
Au début les sœurs Halliwell sont relativement faibles et se reposent beaucoup sur le Pouvoir des Trois qu'elles ont reçu en héritage — elles sont d'ailleurs les premières de leur lignée à être trois, et donc à développer ce pouvoir — et les mortels eux-mêmes représentent une partie de l'adversité. Il ne faut surtout pas que le monde magique soit révélé au public, en particulier à la police, d'où l'intérêt d'avoir des potes flics pour étouffer les affaires suspectes.
Plus on avance dans la série, plus les Halliwell développent leurs pouvoirs, et les démons ne deviennent absolument pas plus puissants pour s'adapter au niveau des sorcières : des mecs méga-puissants comme Balthazar, l'alter-ego démoniaque de Cole Turner, voire même la Source du Mal elle-même, sont détruits assez rapidement, et après ça.... bah on se fait chier avec des rebondissements de soap opera pendant 4 saisons pendant que l'autre abrutie cherche l'amour de sa vie.
Je trouve absolument surnaturel que cette histoire soit aussi incroyablement bien écrite et en même temps alourdie par des lenteurs délirantes et des énumérations de noms interminables. Tout ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire en fiction, dans le même texte ! (les films sont mieux)
Cela dit, abuser de l'adversité c'est pas bon non plus, il faut que le récit offre des temps de respiration et de repos pour les personnages, leur oppose des obstacles surmontables, sinon ça peut vite devenir un cauchemar narratif qui va de désastre en désastre sans espoir de triomphe à la fin — ou alors vous voulez casser les codes en faisant gagner l'antagoniste à la fin mais bon courage pour le justifier.
À cet égard, on pourrait citer encore une fois Le Seigneur des Anneaux — et je rappelle qu'il s'agit bien d'un récit divisé en trois parties et pas de trois récits qui se suivent, ni la Communauté de l'Anneau ni Les deux tours n'offrent de dénouement et à la fois Les deux tours et Le retour du roi commencent là où s'arrêtent les précédents. Bref, dans Le Seigneur des Anneaux, au début c'est la merde totale et absolue, Frodon doit quitter la Comté, puis se lancer dans la quête de l'Anneau à Fontcombe, la Communauté perd Gandalf, puis Boromir et se sépare, mais on ne perd pas espoir parce que les Gentils se dotent de l'armée du Rohan, écrasent Saroumane au Gouffre de Helm et libèrent Merry et Pippin qui joueront un rôle majeur dans le récit, l'un par sa contribution à l'alliance du Rohan et du Gondor et l'autre en tant que support quand Eowyn parvient à score un kill contre le Roi-Sorcier d'Angmar.
Bref : même quand tout va mal, il faut que, des fois, quelque chose aille bien.
Y'a un ou deux ans de ça, j'ai lu la pentalogie Les enfants d'Aliel, de l'autrice suisse Sara Schneider.
Alors, je me permets de spoiler un peu la prémisse du récit pour l'analyse et parce que je vous recommande absolument pas cette saga, en gros y'a deux déesses qui sont sœurs, Aliel et Orga, Aliel la gentille se sacrifie pour empêcher Orga la méchante de conquérir le monde. Le récit commence des millénaires plus tard avec des personnages dotés de super-pouvoirs parce qu'ils sont héritiers de bouts de la personnalité d'Aliel, sa loyauté, son courage, sa bienveillance..., afin de contrer les humains corrompus par l'esprit d'Orga et plus tard des monstres à son service et qui incarnent l'écrasement des personnalités individuelles et la rupture des liens de solidarité, de bienveillance.
Sur le papier c'est assez intéressant, mais dans les faits c'est aberrant parce que Sara Schneider punit purement et simplement ses personnages, le récit est globalement très pessimiste. Les enfants d'Aliel du titre galèrent face à une société vérolée par la tyrannie et la cruauté absurde, à un moment y'a un personnage principal qui perd un bras de manière complètement gratuite, et le dénouement se clôt carrément sur un autre qui est possédé par Orga et finit en statue pour la piéger à jamais. Franchement l'adversité dans Les Enfants d'Aliel c'est un délire complètement disproportionnel et désespéré, et c'est même pas réaliste dans notre société où les romans sont sortis.
Après si vous voulez vraiment lire ces 5 livres — le 5ème n'est pas sur l'image je sais — ça se lit assez vit... nan sans déconner faites pas ça. J'ai rarement vu un récit punir aussi violemment et arbitrairement ses personnages, à part peut-être cette merde de Demi-Monde de Rod Rees (qui est une infâme merde). Sarah Schneider, ses personnages elle leur veut du mal.
Non parce que sans même faire une ouverture sur le reste du monde (rien que l'ancien président brésilien Bolsonaro qui a pris 27 ans de prison pour coup d'état, la population new-yorkaise qui a élu Zohran Mamdani dont le programme est basé sur la lutte contre les inégalités et le fascisme), on a constaté en France lors des dernières élections législatives que la population française — en particulier à gauche — est prête à faire barrage au fascisme au mépris des sondages et de l'establishment médiatico-politique, et le concept même de fascisme est à ce point toxique et corrosif que Marine Le Pen n'a eu de cesse, pendant des années, d'essayer de détacher son parti de l'étiquette d'extrême-droite tant elle sait que ce qualificatif est un repoussoir pour la plupart des gens.
Aussi cynique et misanthrope que je puisse être, non le monde n'est pas prêt à céder à l'individualisme violent et absurde, les gens sont encore capables de se mobiliser contre les travers les plus sinistres de l'humain (les institutions et les structures médiatiques c'est autre chose, soyez anarchistes) et on fonce pas vers le monde des Enfants d'Aliel.
Au moment des attentats du Bataclan, à Paris, on a vu des gens ouvrir spontanément leur porte pour offrir un abri aux gens qui se trouvaient dans la rue alors que des terroristes visaient les terrasses de cafés. C'est pour moi la preuve que les gens ne sont pas décidés à laisser mourir leurs semblables sans intervenir.
L'adversité du monde réel reste à la mesure des combats réalisables, et vice-versa, on conserve une capacité collective à surmonter cette adversité.
3. L'adversité bien dosée, ça marche !
Après ces exemples on pourrait se dire que mettre le paquet sur les adversaires et les menaces, dans un récit, c'est dangereux, c'est un coup à plonger le public dans un tunnel de désespoir et d'ennui constant, et que limite c'est mieux si le danger est pas assez important, au pire on équilibre avec autre chose, de l'humour, une bonne écriture... ben non, justement, la bonne écriture repose sur une bonne gestion des enjeux et l'humour sert à désamorcer les situations les plus graves pour éviter que les persos aient envie de se foutre en l'air, pourquoi vous croyez que le MCU est truffé de blagues et de sarcasmes ?
L'adversité c'est comme tout, ça s'ajuste au récit et aux personnages, et même dans la cosy fantasy, genre émergent connu pour ses histoires douces dans des cadres confortables, il y a quand même des enjeux et des menaces, simplement ils sont à l'échelle des personnages engagés.
À propos de ce que je disais sur la proportionnalité entre les personnages et l'adversité, et sur le poids de celle-ci sur le récit, un exemple parfait est matérialisé par ma série préférée de tous les temps, et surtout par sa grande sœur, alors je vais aller dans l'ordre chronologique et entrer dans les détails pour le cas probable où vous connaissez déjà ces noms mais n'avez jamais regardé les séries en question.
ALORS, Stargate SG1 est une série télé américaine en 10 saisons de 22 épisodes chacune qui fait suite au film de Roland Emmerich Stargate : la Porte des Etoiles.
Dans l'univers de Stargate, les Allemands ont trouvé en Egypte, au tout début du 20ème siècle, un gigantesque et mystérieux anneau de métal qui a été emporté aux États-Unis en 1945 (les Soviétiques ont récupéré le cadran de commandes). L'anneau a été oublié pendant quelques décennies avant qu'un scientifique travaillant pour l'US Air Force se rende compte qu'il s'agissait d'un portail de téléportation et qu'un programme d'exploration interplanétaire soit mis sur pied en secret.
Le film et la série ont eu un tel impact sur la pop culture que maintenant quand on imagine un téléporteur interplanétaire ou interdimensionnel, c'est un anneau ! Vous avez vu le Superman de James Gunn ? Les portails de l'univers de poche créé par Lex Luthor sont circulaires !
L'adversité est assez importante tout au long de la série, à la fois pour des raisons propres aux protagonistes — le programme Stargate est purement étazunien, militaire et secret, donc manque de soutien et de financement à l'échelle de l'humanité — à l'univers dépeint — il y a des milliers de Portes des Etoiles dans la galaxie, certaines sur des mondes sauvages, dangereux ou soumis à des trous noirs — et aux antagonistes eux-mêmes. En effet, la Voie Lactée est au début de Stargate SG1 dominée par les Goa'ulds, des aliens dont l'existence toute entière est basée sur le parasitisme : semblables à des serpents, ils s'emparent du corps d'hôtes humains, opportunistes, ils récupèrent la technologie avancée pour apparaître comme des dieux auprès de peuples moins avancés, et utilisent leurs armées de soldats-esclaves et leurs vaisseaux pour détruire quiconque représenterait une menace à leur domination.
Sauf que, si les Goa'ulds sont hyper méga puissants et dangereux au début de la série, l'adversité écrasante est nuancée par plusieurs faits :
- les Terriens sont presque immédiatement rejoint par un chef de la garde personnelle d'un seigneur ennemi qui choisit de faire défection et dispose donc d'abondantes connaissances et compétences dont dispose alors la Terre
- le programme Porte des Etoiles ne se compose au début que d'un petit nombre d'équipes d'explorations interplanétaires pour des missions courtes (quelques heures à quelques jours), or le nombre de planètes dotées de Portes des Etoiles est de plusieurs milliers — pour les Goa'ulds, ça revient à chercher une boîte d'aiguilles dans une botte de foin de la taille de la galaxie et pour les Terriens ça veut dire que statistiquement y'a davantage de chances de tomber sur des mondes abandonnés, en ruine ou occupés par des sociétés peu évoluées plutôt que sur des mondes vraiment dangereux par leur environnement ou leur population.
- les Goa'ulds ont établi une société féodale qui est minée à la fois par les dissensions entre seigneurs, les actions de sabotage d'une faction rebelle, et le fait que le seigneur suprême qui maintenait une paix précaire dans la galaxie a été tué dans le film, avant le début de la série.
Dans la saison 1 y'a un épisode où l'adversité c'est littéralement une boule avec des pics et une conscience à l'intérieur, laquelle demande à être renvoyée sur son monde d'origine, et après coup, on apprend au fil de la série que si le SGC veut établir des bases secondaires sur d'autres planètes, c'est pour pouvoir servir de sas de sécurité au lieu de tout rapatrier direct sur Terre. Adversité, personnages qui s'adaptent aux menaces potentielles.
Plus tard dans la série, la tension suscitée par cette adversité se relâche — la Terre a gagné en puissance grâce à ses amitiés avec des sociétés aliens, les Terriens sont plus prudents et mieux équipés lors de leurs explorations en environnement dangereux, l'empire Goa'uld est miné par les subversions et les révoltes et la fiction de la divinité des seigneurs s'effondre alors qu'ils tombent comme des mouches — avant de remonter d'un coup alors qu'apparaissent les Réplicateurs, une race de robots mortels qui dévorent le métal pour se répliquer à l'infini, finissent de démanteler l'empire Goa'uld et menacent même les Asgard, les plus puissants alliés de la Terre.
Alors que jusque là les Terriens pouvaient surmonter ce danger en étant plus astucieux et imaginatifs, la menace est beaucoup trop grande : heureusement, depuis quelques saisons ont été introduits les vestiges des Anciens, les concepteurs de la Porte des Etoiles, une race hyper méga balèze qui a laissé de la très haute technologie encore utilisable avant de disparaître, et une de leurs machines est modifiée pour vaincre les Réplicateurs tandis que les anciens esclaves-soldats renversent leurs anciens maîtres pour de bon.
Et ensuite Stargate SG1 décide d'entrer dans un tunnel de space opera dramatique dont elle ne ressortira que deux saisons plus tard. Les saisons 9 et 10 c'est le paroxysme de l'écriture de cette série. La raison pour laquelle j'ai eu envie d'écrire cet article.
Pour le dire rapidement, les Terriens découvrent par hasard que les Anciens venaient à l'origine d'une galaxie lointaine et sont arrivés dans la Voie Lactée après un long exode, avant d'y créer un réseau de Portes des Etoiles, de créer de nombreuses sociétés humaines et de succomber collectivement à une peste ou de s'élever sur un plan d'existence immatériel (pour une fois le cliché de la race super avancée qui a disparu malgré sa supériorité est bien utilisé).
Les Terriens décident donc d'utiliser un appareil qui permettrait supposément de communiquer avec la galaxie d'origine des Anciens et y découvrent alors que ces derniers ont fui l'hostilité des Oris, leurs propres frères, qui après avoir également quitté le monde matériel ont créé des sociétés de fidèles mortels afin de nourrir leur propre pouvoir, et furieux de découvrir une galaxie peuplée d'humains dissimulée par les Anciens, décident de lancer une croisade intergalactique.
...sauf que les fidèles des Oris sont soutenus par une technologie d'une avancée et d'une puissance incomparables, la saison 9 de Stargate SG1 c'est raclée sur raclée, désastre sur désastre et elle s'achève par une bataille spatiale cataclysmique.
À un moment, l'adversité dans Stargate SG1 ça devient les Ori. Genre JUSTE les Oris, leurs prêcheurs, leurs armées, leur demi-déesse ultra-canon et super-maléfique jouée par Morena Baccarin, vers la fin de la série on ne voit plus de vraie exploration à l'ancienne dans les épisodes. Déjà parce que narrativement c'est un enjeu secondaire qu'on confie aux autres équipes SG, ensuite parce que les Ori sont trop importants pour pas être traités en premier lieu.
Et j'ai toujours trouvé ça aussi intéressant qu'audacieux, une série télé grand public dont la ligne narrative se résume à "en mettre plein la gueule en continu aux personnages principaux." Les saisons 9 et 10 c'est une succession quasi-constante de revers violents. Et ça marche parce qu'on ne perd jamais de vue l'enjeu et l'espoir de victoire.
On pourrait se dire que c'est le même genre d'adversité insurmontable que dans Les enfants d'Aliel, mais pas du tout, parce qu'ici les ennemis sont bien identifiés, ce qui permet de réduire la menace à des bornes strictes, là où dans la pentalogie de fantasy, littéralement n'importe qui pouvait être corrompu par l'esprit d'Orga. Et comme souvent, l'adversité est nuancée par quelques succès enregistrés par les personnages principaux : une tentative de génocide de la Terre par pandémie est enrayée presque aussitôt et la première tentative de création d'une Porte des Etoiles assez grande pour y faire passer des vaisseaux est un échec cuisant.
La saison 10 de Stargate SG1, enfin, est l'illustration de la règle selon laquelle, quand on arrive pas à régler un problème en le confrontant frontalement, on cherche des stratégie de contournement. Puisque les Oris sont invincibles sur le plan militaire, les personnages principaux de la série décident de se lancer sur la quête de l'arme secrète des Anciens qui permettrait d'assurer la victoire à long terme, y parviennent, et se voient même doter dans le dernier épisode de technologies qui font de la Terre la première puissance galactique.
Bon alors déjà, mettons-nous d'accord : elle a le meilleur générique du monde. La musique, les visuels, le cast, on a pas fait mieux, déso. Ensuite c'que vous entendez, là, c'est la musique que j'entends tous les jours quand sonne l'alarme de mon portable. Je vois pas de meilleur moyen de commencer la journée ^^
La série Stargate Atlantis, qui est ma préférée parmi les nombreuses séries que j'ai vues au fil des années, observe des mécaniques similaires à Stargate SG1 dans son récit.
Alors que le Programme Porte des Etoiles a découvert l'existence de la mystérieuse cité Ancienne d'Atlantis et plus tard sa localisation dans la galaxie de Pégase, il décide d'y envoyer une équipe d'exploration. Dès le début, le spin-off de SG1 est marquée par une adversité écrasante :
- la galaxie de Pégase est très éloignée et les membres de l'expédition savent qu'ils n'auront aucun support de la Terre et que le retour n'est pas garanti à moins de trouver sur place les rares technologies qui ont permis le voyage aller.
- Pégase est en proie aux Wraiths, une race de prédateurs humanoïdes issus d'insectes qui se nourrissent de la vitalité de leurs victimes et procèdent à des moissons d'humains toutes les quelques générations.
- l'expédition sort involontairement l'ensemble des Wraiths de leur hibernation dès son arrivée dans la galaxie de Pégase.
Ouais, direct, ça pue du cul. Qui plus est, les enjeux sont absolument énormes puisque les Wraiths se réveillent au début de Stargate Atlantis après avoir découvert l'existence de la Terre, un buffet à volonté de plusieurs milliards d'individus dans une galaxie beaucoup plus grande que Pégase. Mais heureusement, différents mécanismes permettent de rétablir l'équilibre entre les cette adversité écrasante et les personnages principaux :
- l'expédition Atlantis est civile et internationale, ce qui la dote d'un grand nombre de talents, notamment scientifiques, et d'une plus grande marge de manœuvre puisqu'elle n'a dans un premier temps aucune autorité à qui rendre des comptes.
- Atlantis est le seul moyen de parvenir à la Terre par la Porte des Etoiles, et elle est relativement bien protégée puisqu'était le cœur du domaine Ancien dans Pégase.
- les Wraiths sont incapables de localiser la Voie Lactée et encore plus de la rejoindre en vaisseau spatial.
- étant issus d'insectes, ils ont une société fragmentée autour de vaisseaux-ruches et puisqu'ils se sont réveillés prématurément, ils sont trop nombreux par rapport à leur réserve alimentaire humaine, ce qui occasionne de violents combats entre ruches.
- les Anciens ont fui Pégase et les Wraiths 10 000 ans avant le début de la série mais ont laissé des vestiges scientifiques et militaires exploitables qui font mécaniquement monter le niveau de puissance de la cité d'Atlantis.
- l'exploration de la cité d'Atlantis par les membres de l'expédition est plutôt dangereuse mais elle permet de mettre au jour des technologies qui facilitent la gestion des menaces environnementales locales et extra-planétaires (notamment des petits vaisseaux d'exploration armés et invisibles).
- des alliances sont possibles avec des sociétés humaines de Pégase et même plus tard avec un Wraith ancestral qui a, depuis l'époque des Anciens, perdu son rang et ses moyens, et constitue un mouvement de subversion au sein des Wraiths pour retrouver sa puissance.
- la Terre développe de nouveaux vaisseaux intergalactiques qui finissent par arriver dans Pégase et établissent un lien constant entre les deux galaxies — on sent d'ailleurs à partir des saisons 2 et 3 un net relâchement des tensions dans Atlantis qui devient une cité agréable à vivre plutôt qu'une base scientifique et militaire au début, avec des segments voire un épisode complet juste sur la vie quotidienne des Terriens.
Alors, avec tout ça on pourrait croire que l'adversité dans Stargate Atlantis est moindre que dans SG1 mais absolument pas, puisqu'elle est ajustée en fonction de la puissance de l'expédition Atlantis. Certaines sociétés humaines sont résolument hostiles aux Terriens, des Réplicateurs de Pégase dotés de la technologie des Anciens apparaissent comme ennemis redoutables pour tous les autres groupes en milieu de série et les Wraiths font preuve d'astuce et de tromperie (là où les Goa'ulds étaient aveuglés par leur orgueil), au point même vers la fin de la série de pouvoir adapter la technologie surpuissante des Anciens à leurs propres vaisseaux.
Et ça, c'est sans évoquer les dangers environnementaux qui sont tout aussi présents que dans Stargate SG1 !
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| 3 personnages, une salle souterraine sur un pilier instable dans un complexe minier abandonné, très peu de matériel disponible. Y'a pas besoin de grand-chose pour écrire un bon récit ! |
L'adversité est parfaitement gérée et équilibrée en fonction des personnages sur qui elle s'exerce, les difficultés ne sont jamais gratuites (pas comme chez Sara Schneider), elles trouvent toujours leur explication et débouchent sur le soulagement mérité de dénouements satisfaisants.
D'ailleurs les showrunners des deux séries eux-mêmes sont conscients des nécessités de l'écriture, ce que l'on peut voir dans l'épisode 200 de Stargate SG1, un épisode comique et méta qui ne cesse de faire de l'humour sur la science-fiction et le besoin d'écrire des histoires crédibles pour traiter le public avec respect et bienveillance (y'a même une séquence hilarante qui parodie Farscape, série australienne de SF dans laquelle jouent deux des interprètes principaux de Stargate SG1. Ouaip). Des histoires où les résolutions ne sont pas trop faciles, et où les risques sont acceptables. Ce qu'on aimerait voir partout quoi.
Conclusion.
Vous l'aurez compris : en fiction l'adversité c'est essentiel. Une histoire sans adversité c'est chiant, plat, triste et pas réaliste, ou beaucoup trop réaliste selon les situations.
Et si j'ai pris ici des exemples tirés de la SFFF, c'est principalement à cause de ma culture personnelle, mais c'est valable dans tous les genres, regardez la série Desperate Housewives, elle est super réaliste et terre-à-terre et y'a quand même de l'adversité et des enjeux.
Un personnage va faire ses courses, il ne rencontre aucun obstacle et revient chez lui sans problème, ça fait pas une bonne histoire, ça fait juste une action routinière dans votre vie et la mienne. Des explorateurs interplanétaires visitent une planète lointaine, trouvent des ruines, font des relevés, rapportent des artefacts et tout va bien, c'est chiant. Les récits ont besoin d'adversité pour être palpitants.
Mais il faut évidemment que l'adversité soit bien gérée, si elle ne suit pas le niveau des protagonistes et que ceux-ci survolent allègrement les dangers, il n'y a pas de tension narrative, et donc pas d'intérêt. Alors ça peut être sympa dans Skyrim ou dans Subnautica, mais ce sont des jeux vidéo, c'est normal qu'à l'occasion on ait envie de s'arrêter pour regarder le paysage après avoir passé des heures à en baver. Dans un film ou une série, y'a que deux moments où les personnages ne font plus face à l'adversité : quand ils sortent du récit ou quand le récit se termine. Tant que l'histoire est pas finie il doit y avoir de l'enjeu.
Pas trop non plus, il faut que l'enjeu soit surmontable. On demande pas à Jar Jar Binks de détruire l'armée des clones et de sauver la république galactique parce que : c'est un Gungan. À lui tout seul il peut pas tout faire, alors on ajuste l'adversité aux personnages sur qui elle s'applique. Jar Jar son adversité c'est d'être ambassadeur de Naboo sur Coruscant. Le récit ne doit jamais donner l'impression que les protagonistes échoueront quoiqu'il arrive — même le Docteur Strange a entrevu dans l'avenir une possibilité de victoire sur 14 millions de scénarios — et il ne doit pas non plus PUNIR les personnages avec de l'adversité absurde et gratuite.
Quand t'as passé de longues heures à collecter des matériaux pour améliorer ton équipement et ne pas mourir de faim, de soif et d'asphyxie, vouloir explorer l'océan qui s'offre à toi, c'est normal. C'est normal PARCE QUE tu es passé de longues heures sous tension narrative et ludique. Mais ça c'est une logique de jeu vidéo. Dans un jeu vidéo le joueur ou la joueuse crée sa propre adversité en se confrontant au danger.
Dans un récit dont on n'est que spectateur ou spectatrice, l'adversité doit se manifester spontanément, parce que les personnages ne vont pas consciemment se jeter dans le danger le sourire aux lèvres. Les têtes brûlées irréfléchies ça tient pas longtemps en termes de capital empathie.
C'est pas important juste pour les gens qui écrivent des histoires, c'est aussi essentiel pour les gens qui en lisent, en regardent ou y jouent. Soyez attentif·ve·s à l'adversité dans les récits que vous découvrez : si elle est inadaptée, vous risquez de vous ennuyer ou de rejeter purement et simplement le récit parce que "Rey elle réussit tout ce qu'elle fait c'est pas intéressant on sait à l'avance qu'elle risque rien et qu'elle va tout gagner" ou parce que "ok les persos sont morts, la fin c'est un désastre, je le vois venir à dix kilomètres, pourquoi je perdrais mon temps avec ça ?"
Et effectivement : ne perdez pas votre temps avec ça. Choisissez de meilleures histoires, avec une adversité acceptable, cohérente avec son univers et son récit. Choisissez des enjeux crédibles et des difficultés tolérables. Les persos complètement cheatés et les adversaires invincibles ça intéresse personne.











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