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30.5.15

The Cove : La baie de la honte


Documentaire américain de Louie Psihoyos (2009).
Vu en VOST.

Taiji, Japon, 2008. Ric O'Barry, connu aux États-Unis comme dresseur des dauphins de la série Flipper dans les années 60, depuis devenu activiste écologiste, lutte contre les massacres annuels perpétrés dans cette petite ville nippone à l'insu de tous.
C'est là qu'il rencontre Louie Psihoyos, plongeur en apnée et photographe de documentaires, qui décide de l'aider à révéler la vérité.

Tourné et sorti quelques années avant Blackfish, The Cove, troisième documentaire que je vois dans le cadre de la construction de ma culture écologiste après ce dernier et Sharkwater, est pourtant parfaitement complémentaire du film de Gabriela Cowperthwaite. Si celui-ci évoquait les ravages de la captivité sur le mental des animaux, en l'occurrence des orques, et sur leur espèce, The Cove met en évidence, comme qui dirait, « la source ».
En effet, il faut savoir que, même aux États-Unis, les dauphins sont infiniment plus courants dans les bassins de spectacles que les orques pour des raisons évidentes (ils sont plus nombreux, plus petits et donc plus faciles à capturer et à maintenir en détention). Et il faut bien qu'ils viennent de quelque part.

"N'importe quel cétacé se met en danger rien qu'en approchant du Japon."
Ric O'Barry est devenu activiste après qu'un des dauphins qu'il avait dressés pour la série Flipper dans les années 60 se suicida dans ses bras. En effet, contrairement à l'homme, le dauphin doit fournir un effort conscient pour respirer et peut se donner la mort en refusant cet effort.

Or, il se trouve que Taiji, petite ville discrète du Japon, était jusqu'à récemment le premier exportateur mondial de dauphins destinés aux bassins de spectacles. Jusqu'à récemment et je reviens dessus après. Du coup, bien malgré lui, le documentaire se révèle, outre sa volonté de propagation d'une vérité dissimulée, également comme un violent plaidoyer contre le Japon. Il ne s'agit surtout pas de faire dans le racisme ou la stigmatisation (c'est pas ce que tu t'apprêtais à faire, Dark ? (si mais ça n'engage que moi, l'écologie transcende les frontières et on a besoin des Japonais autant que des autres)), mais on le voit tout au long de l'heure et demie que couvre The Cove, ce pays a un grave problème avec l'environnement et l'océan.

Le problème de la crique cachée où sont tués les dauphins, c'est qu'elle est très difficile d'accès et hautement protégée.

Parce qu'il se veut aussi exhaustif que possible sur la question du traitement des cétacés, The Cove fait appel, c'est devenu normal dans les documentaires, à plein d'intervenants. Le souci, c'est qu'ils ne sont pas nommés lors de leur première apparition comme c'était le cas pour Blackfish, ce qui aide pas à les connaître. En outre, dans le milieu du militantisme écologiste international, on a vite fait le tour des acteurs parce que les grandes figures sont rares. Ce qui m'a au moins permis de revoir Paul Watson, fondateur de Sea Sheperd et engagé sur tous les fronts océaniques. Au passage, apparaît aussi brièvement la comédienne Hayden Panettiere, qui outre sa carrière à l'écran est également une surfeuse et militante écologiste, interdite d'accès au Japon depuis son action non-violente avec d'autres surfeurs à Taiji.
Et pour la même raison d'exhaustivité, The Cove, produit par OPS, l'Ocean Preservation Society fondée par Louie Psihoyos, évoque longuement, tout au long de son argumentation, la Commission Baleinière Internationale, la seule entité reconnue par l'ONU traitant des espèces marines, fondée à la fin de la 2GM pour réglementer puis interdire la chasse à la baleine, mais totalement inefficace contre les petits cétacés (dauphins, orques, marsouins, phoques...) qu'elle n'intègre pas à ses cadres.

Et en voyant ça, sans déconner, on comprend pourquoi Paul Watson est misanthrope et pourquoi il se fie pas aux organisations, ptain, la CBI est truffée de corruptions, d'intrigues de couloirs, d'accords secrets entre pays, elle brasse de l'air dans le vide, palabre sans résultat, elle sert complètement à rien !

Morishita Joji, délégué japonais à la CBI, l'arme principale du Japon dans sa reconquête de la chasse à la baleine et dans la tuerie des dauphins.

Et très sincèrement, vous savez que je suis quelqu'un qui est ouvert à la nouveauté et à la différence, que je donne pas dans la stigmatisation, mais j'espère aussi que vous êtes pas un adorateur du Japon parce que ce pays est révélé dans tout ce qu'il a de plus détestable dans The Cove.
Déjà, fort d'un impérialisme complètement dépassé, il paie des petits pays comme les micro-états des Caraïbes pour adhérer à la CBI et appuyer ses propres interventions (massacrer les dauphins, militer pour le retour de la chasse à la baleine, tout ça), mais en plus il pratique ouvertement la chasse au dauphin à des fins de revente (il est donc la base de l'industrie de la captivité que Ric O'Barry a contribué à créer et ne cesse d'essayer de démonter) et d'alimentation. MAIS ATTENTION, ohlala, on va surtout pas dire aux Japonais qu'ils mangent du dauphin, beurk, ça se fait pas, ce serait comme manger du chien ou du chat, y'a des limites !

Ian Campbell, ministre australien de l'Environnement de 2004 à 2007, donc forcément très informé sur les cétacés et l'environnement marin, opposé à la chasse à la baleine et à l'inertie de la CBI.

Nan, le mieux c'est de présenter le dauphin vendu dans le commerce japonais comme de la viande de baleine made in hémisphère sud, bien plus propre, cher et précieux, ça permet de fixer des prix plus élevés !
Et au passage, il faut savoir que j'ai arrêté totalement de manger du poisson (autrement dit du thon, vu que j'en mangeais pas d'autre) il y a plusieurs mois, que ça me manque pas, et que je vous invite à faire pareil. Non parce que comme le dit The Cove, 70% de l'humanité se repose sur l'océan pour son apport en protéines, certes, mais il faut savoir que le poisson, la baleine et le dauphin sont aussi extrêmement riches en un autre composé chimique très utile au corps humain... LE MERCURE, dont les effets sur l'organisme vont de la cécité à la surdité en passant par les faiblesses musculaires et osseuses et le dérèglement des sens.
APRÈS TOUT, QUI NE VOUDRAIT PAS DEVENIR SOURD, AVEUGLE ET INCAPABLE DE TENIR SA TÊTE DROITE, DE MARCHER SUR SES JAMBES ET D'UTILISER SES MAINS POUR AGIR AU QUOTIDIEN ?!? QUELLE FEMME NE VOUDRAIT PAS DONNER NAISSANCE A DES LARVES AMORPHES ET HANDICAPÉES PARCE QU'ELLE A CONTINUÉ A MANGER DU POISSON PENDANT SA GROSSESSE ?!?

Ryono Hisato et Yamashita Junishiro, deux conseillers municipaux de Taiji, grâce à qui la viande de dauphin n'est plus envoyée dans les écoles japonaises où il était obligatoire d'en manger.

Le Japon a déjà connu une sortie de pandémie liée au mercure. C'était dans les années 50/60, à Minamata (<- ça c'est un lien vers des images de Minamata, à regarder si tu as le cœur bien accroché, ou si tu veux arrêter de manger du poisson), époque à laquelle une grosse industrie locale balançait ses déchets dans l'eau qui empoisonnait les habitants, créant un drame sanitaire. Et malgré ça, CES PUTAINS DE BOUFFEURS DE SUSHIS, CES ASSASSINS ENVIRONNEMENTAUX, CES CRÉTINS DÉCOMPLEXÉS QUI S'IMAGINENT QUE L’OCÉAN EST UN SUPERMARCHÉ GÉANT continuent à manger du poisson et de la baleine, et aussi du dauphin sans le savoir, sans jamais questionner leur mode de vie ou leur alimentation. VOUS AVEZ LES MOYENS D'IMPORTER VOTRE BOUFFE ET DE DEVENIR VÉGÉTARIENS, LES MECS, VOUS ÊTES GENRE LA DEUXIÈME PUISSANCE ÉCONOMIQUE MONDIALE, BORDEL DE MERDE !!
Et vous, les Occidentaux qui kiffez le Japon, voulez copier son modèle et manger des sushis et des sashimis, ça vous fait marrer, l'intoxication au mercure ?!?

Marché de poisson de Tsukiji, Tokyo, Japon.
ET ON OSE DIRE QUE SI LES RÉSULTATS DE LA PÊCHE DIMINUENT C'EST A CAUSE DES ANIMAUX MARINS !!!!

Bref, The Cove est centré avant tout sur la révélation de ce carnage annuel, 23 000 dauphins par an tués pendant que leurs bébés sont expédiés dans des boîtes direction les bassins à spectacles du monde entier, et comme au pays de la pensée globale océanique (c'est de l'ironie !) on adore les occidentaux (c'est du sarcasme !), on leur colle des flics en civil et des voitures pour les suivre dans tous leurs mouvements.
Concrètement, Louie Psihoyos explique clairement, et même sans l'expliquer il suffit de voir qu'ils sont filés en permanence, que le simple fait de côtoyer Ric O'Barry fait de vous une personne menaçante. Et du coup il a été obligé de recruter des talents très particuliers, de faire jouer son entourage, comme il le dit « façon Ocean's eleven » pour monter une équipe de choc.

Dès l'arrivée de Charles Hambleton, le spécialiste du matos de point, au Japon, la police le convoqua avec Louie Psihoyos et Ric O'Barry pour leur indiquer où ils ne devaient pas aller. La carte devint le guide des lieux à visiter pour installer les micros et caméras.

Faut quand même voir que le type commence son film par « on voulait vraiment faire un film légal » et se voit forcé de monter des opérations nocturnes type Spec-Ops (les opérations secrètes de la CIA à travers le monde, tu sais, l'ingérence américaine, tout ça) juste pour protéger des espèces animales massacrées par l'humain !
Du coup, au casting se trouvent un ancien militaire américain, un spécialiste des effets spéciaux d'ILM (la société fondée par George Lucas et dédiée au cinéma), deux plongeurs en apnée de niveau mondial, un logisticien pour trimballer tout le matériel, des caméras sous-marines, des caméras thermiques, des micro sous-marins et un nombre assez incalculable de faux rochers dans lesquels sont cachés les moyens de surveillance et d'écoute, parce que la baie dans laquelle sont massacrés les dauphins une fois que les acheteurs mondiaux sont partis, C'EST GENRE GUANTÁNAMO.

Parce que la narration est chronologique, bien que piquetée de commentaires sur la CBI, sur le statut des dauphins dans l'industrie ou encore sur le rôle marginal et pourtant crucial des pêcheurs japonais de Taiji, ces abrutis qui aboient comme des bouledogues et agressent presque physiquement les pauvres écologistes Occidentaux qui se trouvent là, démontant totalement l'idée d'un Japon uniformément apaisé et pacifique, The Cove s'achève logiquement par le paroxysme, l'enjeu même de tous les efforts de Louie Psihoyos et son équipe.


Et je dois dire que, après avoir vu ces gens évoluer de nuit et dans la crainte grâce à la caméra thermique, voir, à travers l'objectif des caméras sous-marines, la baie de Taiji, un banc de poissons, puis l'eau virer au rouge vif, ça a quelque chose d'assez traumatisant, encore plus quand on voit la tuerie qui s'en suit, le plus aberrant étant que le Japon défend âprement sa position tant sur son sol – la seule réaction du commissaire adjoint à la pêche est de demander où et quand les images ont été obtenues – que dans les assemblées de la CBI, où l'ambassadeur prétend que les dauphins chassés sont tués instantanément et sans souffrance, alors même que la majeure partie des pays adhérents sont favorables à leur protection et que les alliés des Japonais n'ont pas de cétacés dans leurs eaux territoriales.

Fort heureusement, la communauté internationale a réagi à ce film comme elle le fit plus tard avec Blackfish, et après une sévère condamnation de la WAZA (World Aquariums and Zoos Association) qui a chassé la JAZA (Japaon Aquariums and Zoos Association) de ses rangs, cette dernière a interdit il y a quelques semaines, au printemps 2015, l'importation de dauphins à Taiji pour tous les parcs et bassins qui ont rejoint ses rangs, ce qui a sérieusement réduit l'influence et les gains financiers de l'industrie du carnage sur place. Ce qui n'empêche pas les parcs et bassins non-affiliés de toujours se fournir à Taiji, ni les pêcheurs de Taiji de voter pour la poursuite du massacre à l'encontre de toute logique, mais c'est un début.


En bref : percutant et indémontable par son argumentation sans faille, The Cove est certes une attaque violente contre le mode de vie alimentaire du Japon, mais c'est surtout le constat légitime d'une pratique totalement désuète et dangereuse – la chasse à la baleine – remplacée par un carnage en série encore plus dramatique, conforté par la présence de l'industrie de la captivité mondiale. Indissociable de Blackfish, The Cove : la baie de la honte est un documentaire à voir au plus vite, et la meilleure raison pour tout le monde d'arrêter définitivement de consommer du poisson.

Voir aussi :
 - l'article en anglais du site de la Sea Sheperd Conservation Society traitant de l'interdiction par la JAZA de l'importation de dauphins en provenance de Taiji.
 - l'article en anglais évoquant le vote des pêcheurs de Taiji pour poursuivre la chasse au dauphin.
 - la page Wikipédia de l'OPS, l'Ocean Preservation Society fondée par Louie Psihoyos.
 - Save Japan Dolphins, un site en anglais où il est possible de s'informer, de faire des dons ou de s'engager contre la traite des dauphins.
 - Take Part : The Cove, site permettant de se renseigner ou de s'impliquer par rapport à la situation à Taiji depuis le film.

 Carte de la baie de Taiji dressée dans le cadre de l'opération Patience Infinie de Sea Sheperd, incarnée par les Cove Guardians. Oui parce que pour ceux qui croient que Sea Sheperd ne fait rien du tout, sachez qu'ils étaient sur place dès 2003 et tous les ans en septembre, au moment des massacres, depuis la sortie de The Cove.

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