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19.3.25

L'intelligence artificielle n'existe pas. Et n'existera probablement jamais.

Et j'ai la flemme de chercher un titre spirituel ou amusant. D'ailleurs c'est pareil pour l'intro, je sais pas quoi mettre dedans, donc autant attaquer le sujet direct.

Ces derniers temps (je compte à la fois en jours et en semaines), deux personnes que je suis sur deux réseaux différents et auxquelles j'accorde un égal intérêt pour la qualité de leur travail ont, coup sur coup, produit des réflexions sur le même sujet, l'IA.
— D'une part Misterfox, vidéaste spécialisé dans le doublage français (depuis tellement longtemps et avec des vidéos d'une richesse informative telle qu'il est reconnu et régulièrement suivi de près ou de loin par une partie des professionnels du métier), dans une vidéo sur la menace de l'IA générative dans le monde de la voxographie.
— D'autre part l'artiste Ulrich Pelsin (@art_ulrich) sur Instagram, que j'ai rencontré à la toute fin du mois de novembre à l'édition hivernale des Geeks Days de Lille, et à qui j'ai immédiatement acheté un dessin (alors que j'allais rendre visite à Valonia, une autre artiste que je connais depuis quelques années et à qui j'ai également acheté un dessin le même jour ^^). Ulrich qui, donc, a sorti quelques stories sur l'IA générative alors qu'il s'est trouvé lors d'une convention récente placé juste à côté du stand d'un pignouf utilisateur de cette technologie.

Je vous mettrais bien des liens vers les stories d'Ulrich mais... bah ce sont des stories en fait, elles ont disparu ^^ Par contre si vous cliquez sur cette image vous arrivez sur la vidéo de Misterfox !

Je trouve intéressant que les réflexions soient aussi différentes qu'elles l'ont été formulées par Misterfox et Ulrich dans leur domaine respectif, avec leur culture respective, et ça m'a donné envie d'ajouter ma pierre à l'édifice. Sur le sujet de l'IA, tu as le point de vue voxophile de Misterfox, le regard artistique et philosophique d'Ulrich, et perso j'ai une approche très rationnelle et historique de la question.

Ah oui au fait, avant de finir : tel un éclair dans un ciel bleu en plein été, je vais faire un truc que je fais absolument jamais sur Internet et en particulier sur mon blog, parler de mon métier. Ouais ça va être pertinent, alors profite, ça va pas se reproduire souvent.

...bah voilà, je l'ai mon intro en fait.

29.6.24

L'impasse du post-apo

Bonjour tout le monde !
Alors, avant tout j'aimerais préciser que NON, je n'ai pas fait exprès d'écrire et de publier cet article en plein milieu d'une période électorale infernale pour la France parce que ça collait avec le sujet. J'en ai eu l'idée bien avant et j'me suis dit que ce serait d'autant plus intéressant d'en écrire un article que je n'écris plus sur ce blog depuis des années de toute façon. Une sortie d'éclair furtif ou de renaissance, peut-être.

En tout cas, ça va parler fiction post-apocalyptique, tu as lu le titre. L'article va sera peut-être confus à certains moments parce que je partage mes réflexions et mes impressions sur le sujet, en parlant de trucs qui sont déjà un peu connus ou évidents, mais sans perdre plus de temps en intro inutile, allons droit vers le sujet.

13.2.20

L'exploration spatiale ? Sans façon, non.

À l'époque d'un rationalisme tellement poussé qu'on le laisse gouverner nos sociétés et notre état d'esprit général en tant qu'espèce, à l'heure du dérèglement climatique et de la vulgarisation scientifique, il convient autant que possible de faire rêver les gens - à moins de vouloir faire de nos populations des groupes de gens dépressifs, cyniques et misanthropes, et comme je le dis souvent, je souhaite à personne d'être comme moi.

Pour certains ahuris, rêver, ça veut dire fantasmer un avenir dans lequel l'humanité pourra toujours et sans conséquences jouir du confort de vie qui est le sien (c'est faire abstraction du fait que la majorité de la population mondiale ne partage PAS ce confort de vie), pour d'autres demeurés, ça consiste à penser que la science sera toujours à même de régler les problèmes globaux - à titre de rappel, la science est un outil de découverte des savoirs, un principe intellectuel et/ou abstrait. La mise en application concrète de la science, ça s'appelle la technologie et dans l'ensemble, ça a davantage contribué à créer les problèmes qu'à les régler.
Et puis pour d'autres personnes, souvent tout à fait appréciables, faire rêver les gens ça consiste à engager des dépenses intellectuelles, économiques et énergétiques incroyables pour explorer et étudier tout ce qui se passe hors de la planète Terre.

Mais pourquoi exactement ? De plus en plus de spécialistes des sciences de l'univers, comme on appelle l'astronomie, l'astrophysique, l'ingénierie spatiale et d'autres domaines approchants, sont de plus en plus enclin·e·s à admettre que le voyage spatial est de l'ordre de la science-fiction et de la chimère.
De coup.... pourquoi vous insistez ? Pour ma part, je suis opposé au concept, et j'avais envie de détailler mes arguments en la matière.

13.10.17

Les femmes et les jeux vidéo.

Encore une fois inspiré par ce qu'en a dit mon ami Monsieur Geek, me voilà à écrire un texte d'opinion sur un mécanisme du monde vidéoludique. Comme je le dirai dans mon article sur la toxicité de la communauté vidéoludique (qui n'est pas encore publié, la grosse vague avant les vacances, tout ça, mais c'pas grave ^^), le sexisme et la perception des femmes dans le monde des jeux vidéo me semble un thème sur lequel basiquement n'importe quel-le joueureuse peut avoir une opinion personnelle (pour peu qu'ielle en est conscient-e).

C'est pour ça que je vais à mon tour évoquer ce sujet que je crois pas avoir approché jusque là, et je pense pouvoir apporter mon caillou à l'édifice grâce à mon profil personnel. En effet, je ne le cache pas, je suis asexuel.
Je vais peut-être faire un article à ce sujet à l'occasion mais ça fait des plombes que j'y songe et que j'me lance pas, on verra. Toujours est-il que, malgré les apparences, je suis quelqu'un d'assez froid et détaché, de raisonnable et modéré : à l'image de Lord Varys (Game of Thrones), je n'ai pas de désir, sexuel ou physique, je rationalise mes actes, mes choix, et je vois souvent mes semblables dire et faire n'importe quoi sous l'impulsion de leurs émotions et désirs soudains et changeants.

Bref : que pense l'asexuel froid et neutre que je suis de la position des femmes dans les jeux vidéo, leur processus économique et créatif ?

22.6.16

On va parler bateaux. Et navires.

Salut les gens !
Alors, à une époque lointaine (dans ma prime jeunesse), j'ai travaillé en voile-aviron sur un bateau (c'était même mon premier boulot ^^) et comme je trouve ça intéressant, c'est toujours sympa pour la culture générale, j'avais envie de vous en parler.
Pour aborder le sujet il faut que je fasse un peu d'histoire (encore). Sinon ce sera pas clair.
C'est parti ? C'est parti.

Tout commence en 1796. La France est en guerre révolutionnaire, c'est-à-dire qu'elle vient de guillotiner son roi, Louis XVI, et sa reine, Marie-Antoinette d'Autriche, et se trouve en conflit avec l'essentiel des puissances européennes – et notamment l'Autriche dont l'archiduc (l'empereur germanique) apprécie moyennement la mort de sa sœur. Les guerres révolutionnaires, à la base, c'était pour diffuser les idéaux de la Révolution à travers l'Europe.
Histoire d'affaiblir ses ennemis et surtout l'Angleterre – la grande puissance du XVIIIème siècle que la France a affrontée notamment lors des guerres de Sept-Ans (1756-63) et d'indépendance américaine (1776-1783) – les chefs de la Révolution décident d'envoyer une armada en Irlande pour soutenir les indépendantistes. On est toujours en 1796 et ces gros malins se disent que s'ils envoient la flotte en hiver, l'Angleterre pourra pas faire grand-chose pour l'arrêter dans l'Atlantique nord.


Le problème c'est que l'hiver 1796 est absolument dégueulasse, que le temps est tout pourri, que la flotte est sérieusement mise à mal et éparpillée, si bien qu'elle parvient sur les côtes irlandaises pour y échouer lamentablement, dans la baie de Bantry.
Le navire qui nous intéresse c'est la Résolue commandée par le contre-amiral Nielly, qui coordonne l'arrière-garde de la flotte. L'officier y fait embarquer sa chaloupe personnelle avant de faire voile et, sous une tempête qui endommage des navires et provoque des collisions parmi d'autres (dont la Résolue), c'est cette chaloupe qui est choisie pour envoyer quelques hommes à terre demander l'aide des nationalistes irlandais.
Manque de pot le groupe tombe entre les mains d'irlandais loyalistes qui s'emparent de la chaloupe et la font déplacer dans la demeure du chef des milices gardes-côtes anglaises. Elle y sera conservée pendant plus d'un siècle, avant d'être offerte en 1944 au Musée National de Dublin.

La yole de Bantry d'origine, celle de l'amiral Nielly, au Musée National de Dublin. Elle a été en partie restaurée mais ça se voit pas ici, parce que ce qu'on voit là, ce sont les supports sur lesquels elle repose. Pour plus de photos d'elle, allez là et constatez que la chambre, sous les bancs à l'arrière, a aussi été refaite. Ainsi qu'un ou deux bancs j'ai l'impression.

Au début des années 80, deux hommes, un Français et un Américain, Bernard Cadoret et Lance Lee, tous deux passionnés par la mer et la construction navale, découvrent la yole dite "de Bantry" en Irlande et décident d'en faire des reproductions pour créer des épreuves nautiques : l'Atlantic Challenge est né.
Quelques années après, la revue française Chasse-Marée crée à son tour le Défi des Jeunes Marins, mais le bien est déjà fait : de nombreuses yoles sont construites au Canada, aux États-Unis, en France, en Belgique, en Grande-Bretagne et en Irlande, et même jusqu'au Danemark et en Russie...
Actuellement, il existe un peu plus de 30 yoles de Bantry en France et 80 dans le monde, qui appartiennent à de nombreuses associations participant à des régates un peu partout en fonction des événements nautiques.

Pour ma part, j'ai croisé le chemin de la yole de Dunkerque entre le lycée et la fac, pendant une année où j'étais sorti du système académique avec le bac en poche et avais besoin de bosser un peu. Une connaissance m'avait parlé de ce boulot de voile sur un bateau appartenant à un centre de formation technique, mon recrutement s'est passé très vite et hop, j'étais à bord.

Mais alors, c'est quoi donc une yole de Bantry ?

Oui parce que ça peut être intéressant aussi ça. Déjà il faut savoir plusieurs choses. Le mot « yole » existait déjà avant qu'il ne désigne la chaloupe-amirale (donc la première) de la Résolue en 1796. Une yole, basiquement, c'est un bateau plus petit et plus étroit qu'une chaloupe, propulsé à la voile et/ou à l'aviron.
Alors clairement, ça l'oppose au canot, qui est plus petit et mû par des rames, et à la chaloupe, qui est plus grande (souvenez-vous des gros machins du Titanic où on peut caser 50 personnes sauf qu'on en met que 20 parce qu'on mélange pas la première classe et les grouillots, faut pas déconner, les pécores coulent avec le paquebot, non mais ho) et également propulsée à l'aviron.
Il faut savoir également que la taille d'une chaloupe varie en fonction de la taille du navire dont elle sert d'annexe – ça va de soi – ce qui fait que les chaloupes à l'époque de la navigation à voile n'étaient pas aussi grosses que dans l'ère de la vapeur.

Enfin, je précise qu'il y a plusieurs types de yoles, l'appellation recouvre plusieurs bateaux, dont notamment la Yole de Ness, je dis ça parce qu'on en avait deux en plus de la yole de Bantry à l'atelier. La yole de Ness basiquement c'est un gros canot propulsé par voile/aviron à deux gréements (deux voiles), d'après peu près 7 mètres de long et pouvant accueillir 4 à 6 équipiers dont 3 rameurs qui tiennent deux avirons chacun.




Pour en revenir à la yole de Bantry, ou yole 1796, elle fait donc un peu plus de 11 mètres (Wikipédia dit 11,64) pour à peu près deux de large et possède dix bancs de nage – c'est-à-dire qu'il y a 10 rameurs à bord. Le mien par exemple, c'était le 5, plus ou moins au milieu. Les rameurs sont tournés vers l'arrière du bateau, donc de dos à la direction où ils vont, et chaque aviron est tenu par un rameur sur le bord opposé. Autrement dit, les avirons de tribord sont maniés par les rameurs de bâbord, et inversement.

1. et 2. pieds de mât de misaine et de taillevent, 3. cabillot (c'est un taquet pour fixer un cordage), 4 sellette, 5. taquet (crochets de bois pour fixer l'écoute de taillevent en fonction de la position de la voile par rapport au vent, y'en a sur les deux bords), 6. plat-bord, 7. safran, 8. portières (d'aviron)

Basiquement une gaffe c'est une barre
de bois de longueur variable (1 ou 2 mètres)
avec un crochet au bout pour accrocher
un cordage, tirer ou pousser un navire
ou un quai. La yole où je bossais en avait
deux, une petite et une grande.
L'équipage de Profils pour l'Avenir, la yole où j'ai travaillé, compte 12 personnes : les rameurs, le chef de bord qui est à l'arrière et qui commande la yole, autrement dit le rythme de nage et la direction avec le gouvernail, ainsi qu'un brigadier avant qui, derrière le premier nageur, s'occupe de l'amarrage, du mouillage (l'ancre. En vrai on dit pas l'ancre, on dit le mouillage.) et de surveiller les alentours pour éviter les collisions (il utilise notamment pour ça une gaffe. C'est un genre de harpon, mais pas pointu).

Là où ça devient lol, c'est que la mise en place des dix avirons est parfaitement synchronisée, et que leur rentrée l'est également quand on passe à la voile. Ça demande un coup à prendre au début, pour éviter de mélanger et cogner des trucs qui font bien quatre mètres de long... Une fois tous les avirons rentrés et les mâts sortis, chaque rameur assume un poste individuel, habituellement toujours le même pour des raisons d'efficacité, mais le chef de bord peut aussi faire tourner les postes pour voir qui est meilleur à quelle fonction.

Niveau gréement, la yole est propulsée par trois voiles : la misaine à l'avant, le taillevent au centre, et le tape-cul, une petite voile placée au-dessus du safran (le gouvernail), à l'arrière. On hisse le mât, et on l'immobilise en refermant un gros anneau fixé au banc contre lequel il s'appuie. Puis on sort les vergues (les barres auxquelles sont suspendues les voiles) de sous les bancs et on dénoue les bouts (ça se prononce « boute ») qui maintiennent la voile (parce que quand elles ne sont pas utilisées, les voiles sont enroulées et nouées contre leur vergue). Puis on accroche la vergue au rocambeau (un anneau mobile autour du mât), on la hisse en tirant à fond sur la drisse, la corde qui fait levier. L'anneau monte et emporte la vergue, entraînant la voile. On est manœuvrant.

1. misaine, 2. vergue, 3. rocambeau, 4. mât de misaine, 5. taillevent, 6. drisse de taillevent, 7. poulie (c'pas obligé en vrai nouer la drisse autour du banc suffit), 8. tape-cul. Ce dernier est manœuvré par l'un des rameurs aux côté du chef de bord, qui tient la barre.

Les deux voiles doivent être hissées en même temps, ce qui suppose que les deux vergues soient sorties et accrochées au même moment après que les mâts aient été hissés de concert.
Puis les deux rameurs chargés des écoutes (les cordes qui contrôlent la position de la voile par rapport au vent) attrapent ces cordes et s'installent. On peut bouger. Mon poste à moi ? La drisse de taillevent. Quand la vergue est accrochée, j'attrape la drisse, je monte sur le banc et je saute au fond de la yole pour hisser vite et fort, puis quand la voile est au sommet du mât, j'enroule la drisse autour du banc, bien serré avec un nœud (ça fait super mal aux doigts) pour être sûr que vergue et voiles ne retomberont pas. Et au moment des régates, les compétitions, j'étais le mateloteur aussi. Je représentais l'équipage dans les épreuves de nœuds et j'ai jamais failli, à l'époque je savais faire un nœud de chaise les yeux fermés (pour m'être entraîné, zyeux fermés donc, dans le camion de Dunkerque à Troyes ^^).
J'admets, c'est beaucoup plus facile d'être à la voile qu'à l'aviron, plus personne ne bosse à part le brigadier avant, le chef de bord, celui qui gère le tape-cul et les deux gars aux écoutes ^^

Cette photo a été prise dans le golfe du Morbihan, pendant la compétition de la Semaine du Golde 2007, à Vannes.
On me voit pas parce que je suis de dos sous ma casquette beige (on les avait gagnées en remportant la régate de Troyes un mois plus tôt). Le capitaine est le petit avec le gilet orange (une légende vivante des yoles françaises et internationales, qui a fait ses armes EN IRLANDE, qu'on se demande pas d'où vient mon amour de ce pays ^^) et le type en jaune à gauche est le chef de nage (c'est lui qui a le dernier aviron, à l'arrière, et qui donne la cadence à tous les autres rameurs derrière lui).

Olivier, le capitaine, a toujours été un homme calme et rassurant, beaucoup d'humour, jamais énervé. J'ai toujours été impressionné par son expérience de la navigation, son assurance, il doutait jamais de rien, nous avait gagné des compétitions par son excellent rôle de capitaine. Jeff, le premier rameur, était aussi un mec adorable, très drôle, c'est probablement de lui que me vient mon affection pour les anarcho-écologistes ^^

Donc ouais, c'était ça mon boulot pendant pratiquement un an, naviguer au large de Dunkerque.
Enfin non, ça c'est à la belle saison, parce qu'avant ça, on rigole pas.
On était dans l'atelier pour l'hivernage : le navire est poncé jusqu'au bois, on enlève toute la peinture, et pareil pour la lasure (le vernis) sur les avirons, le safran, les vergues, les bancs de la yole, le plat-bord, enfin tout quoi. Ensuite on remet tout en bon état, on vire les échardes, les coups, on renforce éventuellement les avirons brisés ou fendus, on remplace le cuir des portières, les ouvertures carrées où reposent les avirons en manœuvre, en mettant de beaux clous en laiton tous neufs, et finalement on repeint et on re-lasure tout.
Dans l'atelier il faisait super froid. Sol et murs en béton, de grandes portes en bois, isolation en option ^^ Allongé à même le sol en bleu de travail, sous la quille du bateau suspendu au plafond par des chaînes, pour tout poncer avec masque et lunettes, puis repeindre, c'était pas la joie, mais une fois mars revenu et le bateau remis à l'eau, quel plaisir ^_^

Le lac d'Orient, à gauche, près de Troyes. On a du mal à croire qu'un endroit aussi magnifique puisse être planqué quelque part à quelques centaines de kilomètres de Paris.

Bon, sinon, on a aussi participé à des régates. Mars en mer, gelés et trempés jusqu'aux os, dès 8h du matin au port, en une occasion pour une journée de navigation aller-retour entre Malo et Gravelines (ce jour-là il avait tellement plu qu'à la fin on était plus manœuvrants du tout, la yole était pleine de flotte ^^), la côte dunkerquoise par l'eau, c'était de l'entraînement.
Au mois d'avril, direction Troyes et le magnifique Lac d'Orient pour une petite compétition à trois équipages, et surtout au moins de mai, la Semaine du Golfe, Vannes et le Mor Bihan. Vingt yoles, plusieurs équipages bretons, des Marseillais, une yole de Loire, de nombreux navires tous plus beaux les uns que les autres.
Une épreuve de vitesse disputée avec acharnement, une épreuve d'enduro qui a duré l'essentiel de la journée et nous a fait traverser tout le golfe d'est en ouest, depuis Vannes, et finalement la victoire de la yole dunkerquoise, juste devant Fille de Loire puis un équipage breton ^^ Et surtout ces deux souvenirs mémorables. 


J'me souviens parfaitement de ce jour. On était à Port-Blanc, donc du côté de Baden, face à l'île-aux-Moines, c'était avant le début de la régate (compétition) des yoles. On était genre la première yole à sortir naviguer, tous les gens sur la côte nous voyaient. On avait essayé de sortir en mer, j'ignore si c'était l'intention du cap' de nous amener à l'Atlantique, mais c'est l'endroit où l'océan s'engouffre dans le golfe, y'a un courant de taré. On avait ramé et tiré comme des malades sur nos avirons (en plus des voiles), le mien à un moment était courbé genre à 45° (je rappelle, avirons en bois, cassables. Mais souples XD), et au final après une heure d'efforts, on avait... reculé d'une bonne centaine de mètres XD

D'abord, le jour de la fin des régates des yoles, avant l'annonce des résultats, ce navire à peu près dix fois plus gros que notre bateau, qu'on a pris en remorque pour lui faire remonter une partie du canal de Vannes sous les yeux ébahis des gens sur les quais... imaginez une yole tracter un navire trois fois plus haut et plus long, un voilier traditionnel avec gréement et tout, à la force des bras de son équipage XD Bon, faut admettre, c'est facile, une fois que le mouvement est lancé y'a qu'à le maintenir... mais faut le lancer quoi ^^

Ensuite, la Grande Parade, traditionnelle conclusion de la Semaine du Golfe, le dernier jour. Tous les navires qui se rejoignent à l'ouest pour remonter tout le golfe en procession, dans le sillage de la Recouvrance et du Renard, et tous les gens venus observer depuis les nombreuses îles bretonnes les plus proches. Malgré les merdes en plastique et à moteur, la voile traditionnelle était superbe pendant la Semaine du Golfe 2007 ^^

La Recouvrance, réplique d'une goélette de 1817, construite entre 1990 et 92 et mouillant à Brest. Imaginez ce navire, avec un millier d'autres derrière dont trois ou quatre aussi gros ou presque, remontant un golfe et circulant entre les îles sous le regard de milliers de passionnés et de touristes ^^

Cette année-là y'avait aussi le Renard, par exemple. Réplique d'un cotre de 1813 lancé par le corsaire Surcouf, construite pour un lancement en 1991, avec Saint-Malo comme port d'attache.

Alors ouais, à 18-19 ans j'étais un gamin, c'est sûr, mais pendant presque un an j'avais un travail qui consistait à faire du bateau et à prendre soin de la bête avec une dizaine d'inconnus auxquels je me suis bien attaché pour certains.
Si j'adore l'océan, la navigation et les bateaux, c'est pas pour rien, et c'est le genre d'expérience qui file des bons souvenirs et des valeurs solides. La convivialité de milliers de personnes qui se réunissent une semaine par an pour fêter leur amour de la voile traditionnelle, de la fête et de la culture bretonne, c'est contagieux. La volonté de s'inscrire dans la continuité d'un navire dirigé avec passion, via un boulot sympa, faire mieux que les collègues des années précédentes face à des marins expérimentés et passionnés, entretenir la réputation d'invincibilité de la yole dunkerquoise et de son remarquable capitaine, ça marque aussi.

Et puis surtout l'entraide, la confiance, la découverte d'une culture et d'un univers nouveau, dont on ne savait rien du tout. Ouais, j'ai adoré cette expérience et même si j'ai pas prévu de rebosser dans la navigation, je suis ravi d'y avoir participé. Dites-vous que la voile traditionnelle, les navires de bois, pour le loisir ou le travail, sont encore bien vivaces grâce à des passionnés, face au pastique, au métal et au moteur ^^

 La Grande Parade !

 Ouaiiis, je suis pas hyper à mon avantage là, sûrement le vent dans la tronche. Et en plus vu que je suis pas concentré sur la manœuvre à tous les coups 'devait y avoir un autre bateau pas loin et j'le regardais genre anxieux. Cela dit on a toujours réussi nos passages à la voile, quelques secondes après la photo je chope la drisse et hisse et ho !

 Ooooh ça gîte pas mal là, je sais que pour plein de navires ça aide à la propulsion mais pour une yole de Bantry c'est pas recommandé x) Enfin pas autant ^^ (on dit que ça gîte quand un navire penche sur le côté, et effectivement ça peut permettre de mieux aborder un courant ou choper un vent. Pour ceux qui se demandent, les bouts sur les voiles servent à prendre des ris, c'est-à-dire à enrouler le bas de la voile pour réduire la surface, donc la prise au vent, quand celui-ci est trop fort.)

30.5.15

The Cove : La baie de la honte


Documentaire américain de Louie Psihoyos (2009).
Vu en VOST.

Taiji, Japon, 2008. Ric O'Barry, connu aux États-Unis comme dresseur des dauphins de la série Flipper dans les années 60, depuis devenu activiste écologiste, lutte contre les massacres annuels perpétrés dans cette petite ville nippone à l'insu de tous.
C'est là qu'il rencontre Louie Psihoyos, plongeur en apnée et photographe de documentaires, qui décide de l'aider à révéler la vérité.

Tourné et sorti quelques années avant Blackfish, The Cove, troisième documentaire que je vois dans le cadre de la construction de ma culture écologiste après ce dernier et Sharkwater, est pourtant parfaitement complémentaire du film de Gabriela Cowperthwaite. Si celui-ci évoquait les ravages de la captivité sur le mental des animaux, en l'occurrence des orques, et sur leur espèce, The Cove met en évidence, comme qui dirait, « la source ».
En effet, il faut savoir que, même aux États-Unis, les dauphins sont infiniment plus courants dans les bassins de spectacles que les orques pour des raisons évidentes (ils sont plus nombreux, plus petits et donc plus faciles à capturer et à maintenir en détention). Et il faut bien qu'ils viennent de quelque part.

"N'importe quel cétacé se met en danger rien qu'en approchant du Japon."
Ric O'Barry est devenu activiste après qu'un des dauphins qu'il avait dressés pour la série Flipper dans les années 60 se suicida dans ses bras. En effet, contrairement à l'homme, le dauphin doit fournir un effort conscient pour respirer et peut se donner la mort en refusant cet effort.

Or, il se trouve que Taiji, petite ville discrète du Japon, était jusqu'à récemment le premier exportateur mondial de dauphins destinés aux bassins de spectacles. Jusqu'à récemment et je reviens dessus après. Du coup, bien malgré lui, le documentaire se révèle, outre sa volonté de propagation d'une vérité dissimulée, également comme un violent plaidoyer contre le Japon. Il ne s'agit surtout pas de faire dans le racisme ou la stigmatisation (c'est pas ce que tu t'apprêtais à faire, Dark ? (si mais ça n'engage que moi, l'écologie transcende les frontières et on a besoin des Japonais autant que des autres)), mais on le voit tout au long de l'heure et demie que couvre The Cove, ce pays a un grave problème avec l'environnement et l'océan.

Le problème de la crique cachée où sont tués les dauphins, c'est qu'elle est très difficile d'accès et hautement protégée.

Parce qu'il se veut aussi exhaustif que possible sur la question du traitement des cétacés, The Cove fait appel, c'est devenu normal dans les documentaires, à plein d'intervenants. Le souci, c'est qu'ils ne sont pas nommés lors de leur première apparition comme c'était le cas pour Blackfish, ce qui aide pas à les connaître. En outre, dans le milieu du militantisme écologiste international, on a vite fait le tour des acteurs parce que les grandes figures sont rares. Ce qui m'a au moins permis de revoir Paul Watson, fondateur de Sea Sheperd et engagé sur tous les fronts océaniques. Au passage, apparaît aussi brièvement la comédienne Hayden Panettiere, qui outre sa carrière à l'écran est également une surfeuse et militante écologiste, interdite d'accès au Japon depuis son action non-violente avec d'autres surfeurs à Taiji.
Et pour la même raison d'exhaustivité, The Cove, produit par OPS, l'Ocean Preservation Society fondée par Louie Psihoyos, évoque longuement, tout au long de son argumentation, la Commission Baleinière Internationale, la seule entité reconnue par l'ONU traitant des espèces marines, fondée à la fin de la 2GM pour réglementer puis interdire la chasse à la baleine, mais totalement inefficace contre les petits cétacés (dauphins, orques, marsouins, phoques...) qu'elle n'intègre pas à ses cadres.

Et en voyant ça, sans déconner, on comprend pourquoi Paul Watson est misanthrope et pourquoi il se fie pas aux organisations, ptain, la CBI est truffée de corruptions, d'intrigues de couloirs, d'accords secrets entre pays, elle brasse de l'air dans le vide, palabre sans résultat, elle sert complètement à rien !

Morishita Joji, délégué japonais à la CBI, l'arme principale du Japon dans sa reconquête de la chasse à la baleine et dans la tuerie des dauphins.

Et très sincèrement, vous savez que je suis quelqu'un qui est ouvert à la nouveauté et à la différence, que je donne pas dans la stigmatisation, mais j'espère aussi que vous êtes pas un adorateur du Japon parce que ce pays est révélé dans tout ce qu'il a de plus détestable dans The Cove.
Déjà, fort d'un impérialisme complètement dépassé, il paie des petits pays comme les micro-états des Caraïbes pour adhérer à la CBI et appuyer ses propres interventions (massacrer les dauphins, militer pour le retour de la chasse à la baleine, tout ça), mais en plus il pratique ouvertement la chasse au dauphin à des fins de revente (il est donc la base de l'industrie de la captivité que Ric O'Barry a contribué à créer et ne cesse d'essayer de démonter) et d'alimentation. MAIS ATTENTION, ohlala, on va surtout pas dire aux Japonais qu'ils mangent du dauphin, beurk, ça se fait pas, ce serait comme manger du chien ou du chat, y'a des limites !

Ian Campbell, ministre australien de l'Environnement de 2004 à 2007, donc forcément très informé sur les cétacés et l'environnement marin, opposé à la chasse à la baleine et à l'inertie de la CBI.

Nan, le mieux c'est de présenter le dauphin vendu dans le commerce japonais comme de la viande de baleine made in hémisphère sud, bien plus propre, cher et précieux, ça permet de fixer des prix plus élevés !
Et au passage, il faut savoir que j'ai arrêté totalement de manger du poisson (autrement dit du thon, vu que j'en mangeais pas d'autre) il y a plusieurs mois, que ça me manque pas, et que je vous invite à faire pareil. Non parce que comme le dit The Cove, 70% de l'humanité se repose sur l'océan pour son apport en protéines, certes, mais il faut savoir que le poisson, la baleine et le dauphin sont aussi extrêmement riches en un autre composé chimique très utile au corps humain... LE MERCURE, dont les effets sur l'organisme vont de la cécité à la surdité en passant par les faiblesses musculaires et osseuses et le dérèglement des sens.
APRÈS TOUT, QUI NE VOUDRAIT PAS DEVENIR SOURD, AVEUGLE ET INCAPABLE DE TENIR SA TÊTE DROITE, DE MARCHER SUR SES JAMBES ET D'UTILISER SES MAINS POUR AGIR AU QUOTIDIEN ?!? QUELLE FEMME NE VOUDRAIT PAS DONNER NAISSANCE A DES LARVES AMORPHES ET HANDICAPÉES PARCE QU'ELLE A CONTINUÉ A MANGER DU POISSON PENDANT SA GROSSESSE ?!?

Ryono Hisato et Yamashita Junishiro, deux conseillers municipaux de Taiji, grâce à qui la viande de dauphin n'est plus envoyée dans les écoles japonaises où il était obligatoire d'en manger.

Le Japon a déjà connu une sortie de pandémie liée au mercure. C'était dans les années 50/60, à Minamata (<- ça c'est un lien vers des images de Minamata, à regarder si tu as le cœur bien accroché, ou si tu veux arrêter de manger du poisson), époque à laquelle une grosse industrie locale balançait ses déchets dans l'eau qui empoisonnait les habitants, créant un drame sanitaire. Et malgré ça, CES PUTAINS DE BOUFFEURS DE SUSHIS, CES ASSASSINS ENVIRONNEMENTAUX, CES CRÉTINS DÉCOMPLEXÉS QUI S'IMAGINENT QUE L’OCÉAN EST UN SUPERMARCHÉ GÉANT continuent à manger du poisson et de la baleine, et aussi du dauphin sans le savoir, sans jamais questionner leur mode de vie ou leur alimentation. VOUS AVEZ LES MOYENS D'IMPORTER VOTRE BOUFFE ET DE DEVENIR VÉGÉTARIENS, LES MECS, VOUS ÊTES GENRE LA DEUXIÈME PUISSANCE ÉCONOMIQUE MONDIALE, BORDEL DE MERDE !!
Et vous, les Occidentaux qui kiffez le Japon, voulez copier son modèle et manger des sushis et des sashimis, ça vous fait marrer, l'intoxication au mercure ?!?

Marché de poisson de Tsukiji, Tokyo, Japon.
ET ON OSE DIRE QUE SI LES RÉSULTATS DE LA PÊCHE DIMINUENT C'EST A CAUSE DES ANIMAUX MARINS !!!!

Bref, The Cove est centré avant tout sur la révélation de ce carnage annuel, 23 000 dauphins par an tués pendant que leurs bébés sont expédiés dans des boîtes direction les bassins à spectacles du monde entier, et comme au pays de la pensée globale océanique (c'est de l'ironie !) on adore les occidentaux (c'est du sarcasme !), on leur colle des flics en civil et des voitures pour les suivre dans tous leurs mouvements.
Concrètement, Louie Psihoyos explique clairement, et même sans l'expliquer il suffit de voir qu'ils sont filés en permanence, que le simple fait de côtoyer Ric O'Barry fait de vous une personne menaçante. Et du coup il a été obligé de recruter des talents très particuliers, de faire jouer son entourage, comme il le dit « façon Ocean's eleven » pour monter une équipe de choc.

Dès l'arrivée de Charles Hambleton, le spécialiste du matos de point, au Japon, la police le convoqua avec Louie Psihoyos et Ric O'Barry pour leur indiquer où ils ne devaient pas aller. La carte devint le guide des lieux à visiter pour installer les micros et caméras.

Faut quand même voir que le type commence son film par « on voulait vraiment faire un film légal » et se voit forcé de monter des opérations nocturnes type Spec-Ops (les opérations secrètes de la CIA à travers le monde, tu sais, l'ingérence américaine, tout ça) juste pour protéger des espèces animales massacrées par l'humain !
Du coup, au casting se trouvent un ancien militaire américain, un spécialiste des effets spéciaux d'ILM (la société fondée par George Lucas et dédiée au cinéma), deux plongeurs en apnée de niveau mondial, un logisticien pour trimballer tout le matériel, des caméras sous-marines, des caméras thermiques, des micro sous-marins et un nombre assez incalculable de faux rochers dans lesquels sont cachés les moyens de surveillance et d'écoute, parce que la baie dans laquelle sont massacrés les dauphins une fois que les acheteurs mondiaux sont partis, C'EST GENRE GUANTÁNAMO.

Parce que la narration est chronologique, bien que piquetée de commentaires sur la CBI, sur le statut des dauphins dans l'industrie ou encore sur le rôle marginal et pourtant crucial des pêcheurs japonais de Taiji, ces abrutis qui aboient comme des bouledogues et agressent presque physiquement les pauvres écologistes Occidentaux qui se trouvent là, démontant totalement l'idée d'un Japon uniformément apaisé et pacifique, The Cove s'achève logiquement par le paroxysme, l'enjeu même de tous les efforts de Louie Psihoyos et son équipe.


Et je dois dire que, après avoir vu ces gens évoluer de nuit et dans la crainte grâce à la caméra thermique, voir, à travers l'objectif des caméras sous-marines, la baie de Taiji, un banc de poissons, puis l'eau virer au rouge vif, ça a quelque chose d'assez traumatisant, encore plus quand on voit la tuerie qui s'en suit, le plus aberrant étant que le Japon défend âprement sa position tant sur son sol – la seule réaction du commissaire adjoint à la pêche est de demander où et quand les images ont été obtenues – que dans les assemblées de la CBI, où l'ambassadeur prétend que les dauphins chassés sont tués instantanément et sans souffrance, alors même que la majeure partie des pays adhérents sont favorables à leur protection et que les alliés des Japonais n'ont pas de cétacés dans leurs eaux territoriales.

Fort heureusement, la communauté internationale a réagi à ce film comme elle le fit plus tard avec Blackfish, et après une sévère condamnation de la WAZA (World Aquariums and Zoos Association) qui a chassé la JAZA (Japaon Aquariums and Zoos Association) de ses rangs, cette dernière a interdit il y a quelques semaines, au printemps 2015, l'importation de dauphins à Taiji pour tous les parcs et bassins qui ont rejoint ses rangs, ce qui a sérieusement réduit l'influence et les gains financiers de l'industrie du carnage sur place. Ce qui n'empêche pas les parcs et bassins non-affiliés de toujours se fournir à Taiji, ni les pêcheurs de Taiji de voter pour la poursuite du massacre à l'encontre de toute logique, mais c'est un début.


En bref : percutant et indémontable par son argumentation sans faille, The Cove est certes une attaque violente contre le mode de vie alimentaire du Japon, mais c'est surtout le constat légitime d'une pratique totalement désuète et dangereuse – la chasse à la baleine – remplacée par un carnage en série encore plus dramatique, conforté par la présence de l'industrie de la captivité mondiale. Indissociable de Blackfish, The Cove : la baie de la honte est un documentaire à voir au plus vite, et la meilleure raison pour tout le monde d'arrêter définitivement de consommer du poisson.

Voir aussi :
 - l'article en anglais du site de la Sea Sheperd Conservation Society traitant de l'interdiction par la JAZA de l'importation de dauphins en provenance de Taiji.
 - l'article en anglais évoquant le vote des pêcheurs de Taiji pour poursuivre la chasse au dauphin.
 - la page Wikipédia de l'OPS, l'Ocean Preservation Society fondée par Louie Psihoyos.
 - Save Japan Dolphins, un site en anglais où il est possible de s'informer, de faire des dons ou de s'engager contre la traite des dauphins.
 - Take Part : The Cove, site permettant de se renseigner ou de s'impliquer par rapport à la situation à Taiji depuis le film.

17.5.15

Blackfish


Documentaire américain de Gabriela Cowperthwaite (2014).
Vu en VOST.

Orlando, Floride, États-Unis, 2010. Dans le parc aquatique de SeaWorld, l'une des principales dresseuses d'orques, Dawn Brancheau, est tuée par la star des bassins, l'énorme Tilikum. Problème, l'animal n'en est pas à son coup d'essai et, depuis le début de sa captivité dans des bassins de spectacles en 1982, a été impliqué dans au moins trois morts d'êtres humains.

Son histoire dramatique, cependant, n'est que l'un des nombreux exemples représentatifs du comportement absurde et intolérable de l'industrie du spectacle aquatique à l'égard de toute l'espèce.

A l'inverse du dernier documentaire que j'avais vu et qui traitait d'un thème similaire, Sharkwater de Rob Stewart évoquant la chasse illégale aux ailerons de requins et le drame écologique qu'elle engendre, Blackfish ne part pas, selon une narration chronologique, de la jeunesse de Tilikum pour raconter sa vie de bout en bout – et pour cause, il est encore bien vivant et toujours captif chez SeaWorld à Orlando – mais prend au contraire pour base le drame de 2010 pour ensuite le remettre en contexte.

Comme il s'agit d'un documentaire, on peut évidemment s'interroger sur ses intentions et son orientation, et il est impossible, objectivement, de ne pas remarquer que Blackfish n'interroge qu'un seul défenseur du modèle revendiqué de SeaWorld, mais là encore comme dans Sharkwater, on est plongés dans un thème et un débat environnemental tellement évident et universel que prendre parti de manière logique et rationnelle ne laisse qu'un seul choix possible.
Et si vous en doutiez encore, sachez que si le pro-captivité en question, Mark Simmons, partage son ancien métier avec la plupart des autres intervenants du film, tous ont raccroché et sont passés à autre chose – l'un d'eux est médecin, un autre enseignant-chercheur en sciences dans une université, un troisième s'est reconverti dans le militantisme en faveur de la libération des orques, Mark Simmons, lui, a fondé Ocean Embassy, une organisation qui établit des parcs aquatiques partout où elle le peut et capture des dauphins pour les y enfermer.
Lol. Ambiance. Le mec est plongé jusqu'aux yeux dans le business de la séquestration animale, est-ce que j'ai besoin d'aller plus loin ?

John Hargrove, ancien dresseur à SeaWorld, actuellement militant pour la libération des orques, dans un bref extrait d'archives de l'époque où il travaillait dans les parcs.

Bref, vous l'aurez compris, quand il s'agit de traiter d'une entité aussi puissante que SeaWorld, qui a le pouvoir de manipuler la vérité pour son propre intérêt, qu'il s'agisse de la connaissance des orques et des cétacés par le grand public ou des innombrables incidents liés aux animaux (le documentaire évoque l'existence de 79 attaques en 20 dans dans les parcs), il faut forcément avoir un œil à l'intérieur... ou bénéficier du savoir de ceux qui y étaient.
La plupart des personnes interrogées par Gabriela Cowperthwaite sont donc d'anciens dresseurs d'orques à SeaWorld, en Floride, au Texas ou en Californie, qui ont vécu des années durant avec des animaux âgés pour certains de 20 à 30 ans, et qui sont donc particulièrement bien placés pour évoquer les conditions de sécurités (absentes), les incidents (tellement banalisés qu'on ne s'en émeut plus et qu'on n'en parle souvent même pas), le traitement des orques (calamiteux) et les informations délivrées à leur sujet par l'institution (systématiquement fausses ou altérées).

Il est même rappelé à un moment du film que Blackfish est le nom donné à ces animaux magnifiques, sensibles et supérieurement intelligents par les Amérindiens et certains pêcheurs, tandis que la plupart des anglophones, ces crétins, les appellent « killer whale », soit « baleine tueuse ». Les anglophones ont un sérieux problème avec la dénomination taxonomique, les orques ou épaulards ne sont pas des baleines, mais des delphinidés, et le pygargue à tête blanche, que ces débiles appellent bald eagle, n'est ni un aigle ni chauve.

Les principales caractéristiques de Tilikum sont sa taille imposante et les traumatismes psychologiques dont il souffre. Vous aimeriez passer votre vie dans 20m² avec sortie sur balcon de temps en temps ?

Les orques, nous dit-on, vivent à l'état sauvage autour de 20 à 30 ans, ont en ce qui concerne les mâles l'aileron qui s'affaisse en vieillissant, et n'établissent que de manière très superficielle des liens sociaux, si bien que tous les orques de la planète peuvent se comprendre et interagir entre eux, ce qui permet à SeaWorld de mélanger indifféremment ses spécimens en fonction des besoins économiques.

Ouais enfin le problème c'est que le documentaire fait également appel à une neurobiologiste spécialisée dans le comportement des mammifères marins, Lori Marino, chercheuse à Empory dans l'état de Géorgie (sud de la côte Est des États-Unis) et directrice du Projet des Droits des Non-Humains, laquelle explique posément qu'après étude par IRM du cerveau d'un orque, il apparaît que les delphinidés possèdent un hémisphère cérébral absent du cerveau humain et entièrement dédié aux émotions et aux caractères sociaux. Ou pour le dire plus clairement, ils sont taillés pour vivre en communautés et échanger en permanence. Pouvant vivre jusqu'à 60 ans dans l'océan, les orques forment des groupes familiaux sous autorité matriarcale, les enfants ne quittant jamais leurs parents dans des rassemblements à trois ou quatre générations, chacun de ses groupes familiaux possédant sa propre langue et sa propre culture.
Alors imaginez à la fois l'angoisse des orques qui sont parqués avec des étrangers qu'ils ne connaissent pas et le traumatisme quand un petit naît en captivité et que peu après il est arraché à sa mère pour être envoyé dans un autre parc de SeaWorld, sous les yeux impuissants de celle-ci....

"Nous serons considérés comme des barbares lorsque les gens regarderont derrière eux et verront que nous mettions des orques dans des baignoires."
Co-créateur des Simpsons, Sam Simon, mort en 2015 d'un cancer, était également donateur humanitaire et environnemental et a financé la construction du 4ème navire de Sea Sheperd, qui porte son nom.

Ce constat commence en fait dès les années 70, puisque Blackfish fait également appel à un ancien chasseur d'orques, payés à l'époque pour isoler et capturer de jeunes animaux séparés de leurs parents, d'abord dans le Pacifique Nord au large de l'Amérique, puis après interdiction en Islande, où Tilikum a été capturé. Et le film ne vous épargne rien quant à la détresse des animaux à qui on enlève leurs enfants avec au moins 3 anecdotes racontées, dont deux en captivité.
Très vite au fil de la narration il apparaît que les conditions générales d'emprisonnement des orques provoquent depuis 40 ans des psychoses et des traumatismes psychologiques et émotionnels, qui sont à l'origine des drames réguliers liés à ces animaux habitués à nager, à l'état sauvage, plus de 100 kilomètres par jour. Ce sont des nomades, ils ne connaissent pas la sédentarité, leur calvaire est donc compréhensible.

Règle numéro 1 : on n'utilise pas dans le cadre d'un élevage une orque qui a un passé agressif à l'égard des humains.
Mais chez SeaWorld, les règles, c'est pour les faibles.

De sa capture en 1982 à l'enquête menée par l'OSHA, une institution américaine régulant les conditions de travail (en l'occurrence, des dresseurs, dans le cadre des morts dramatiques et non du traitement des orques) en 2010, en passant par le premier décès dû à Tilikum dans un bassin canadien en 1991 et par le site espagnol de Loro Parque où 4 orques ont souffert le martyr pendant trois ans avant qu'un dresseur ne soit sauvagement tué, pour aboutir au drame de 2010, Blackfish aborde en long, en large et en travers le grand orque, vieux et usé par la captivité, mais condamné à l'enfermement par sa nature même : c'est un mâle de grande taille, soit une véritable banque de sperme pour la production en série décérébrée, et ce même si l'opinion publique et politique, depuis le film, est opposée à la captivité.
Pensez donc, des lois ont même été promulguées en Californie pour interdire la détention d'animaux marins à des fins de spectacle, c'est donc directement tourné vers SeaWorld, qui n'a aucun scrupule à annoncer publiquement que si Dawn Brancheau est morte, c'est de sa faute, elle avait qu'à pas porter une queue de cheval par laquelle Tilikum l'a attrapée !

Voilà le seul et unique moyen légitime d'observer des orques : pacifiées, apaisées, dans leur milieu naturel, ici au large de l'État de Washington, dans le Pacifique Nord.

...Quelle bande de connards. Blackfish met également en avant l'opinion d'un spécialiste des orques, travaillant pour l'OSHA et les ayant observées durant des années là où elles sont le plus facilement approchables, au large de l'État de Washington et de l'Oregon, dans le Pacifique Nord, l'endroit même où Paul Watson dit qu'il est allé plusieurs fois à la rencontre des animaux (il est canadien, à la base) et où se termine le documentaire avec John Hargrove, Jeff Ventre, Samantha Berg et Kim Ashdown, quatre ancien•ne•s employé•e•s de SeaWorld démontrant par leur escapade en bateau que les orques libres sont à la fois très pacifiques, magnifiques, et toutes dotées d'un bel aileron bien droit
Magnifique conclusion, je trouve, pour un argumentaire en béton totalement indémontable. La libération est la seule solution, et je suis à peu près persuadé que d'autres morts seront à déplorer avant que SeaWorld ne soit réellement obligé de relâcher tous ses animaux. Ou en tout cas, ça ne me surprendra pas.

En bref : Blackfish est clairement le Lord of War des documentaires océaniques. Brûlot corrosif contre le traitement des animaux marins par l'Homme, il présente un argumentaire à charge avec lequel il est impossible de transiger. La légitimité à capturer, arracher à leur famille et emprisonner des décennies durant des animaux magnifiques et libres est totalement inexistante, de même que les efforts des capitalistes mensongers qui prétendent faire de la prévention et de l'éducation à l'aide de leurs animaux. Une référence incontournable, simple, claire et facile d'accès, pour quiconque souhaite construire une formation intellectuelle à l'écologie et à la pensée globale.

Voir aussi :
 - une interview traduite en français de Kim Ashdown, ancienne dresseuse de dauphins et loutres à SeaWorld et opposée à la captivité des animaux marins, intervenante dans Blackfish.
 - une interview traduite en français de Lori Marino, neurobiologiste spécialisée dans le comportement des cétacés, opposée à leur captivité.
 - un article en anglais présentant Mark Simmons, ancien dresseur à SeaWorld et industriel de la capture de dauphins.
 - un article en français démontant les prétentions sur la faible longévité des orques libres par l'exemple d'un animal centenaire.

"Il n'existe à l'heure actuelle aucun cas évoquant l'attaque d'un humain par une orque à l'état sauvage." 
Howard Garrett, chercheur et observateur d'orques, est le spécialiste intervenant dans Blackfish au nom de l'OSHA dans le cadre de l'enquête sur les conditions de travail des dresseurs à SeaWorld.

14.2.15

Les seigneurs de la mer


Documentaire canadien de Rob Stewart (2006).
Vu en VOST.

Passionné de requins depuis sa plus tendre enfance, Rob Stewart commence son documentaire par un constat simple et évident, sur lequel il clôt également son film : d'aussi loin qu'il se rappelle, il a toujours été fasciné par les requins et c'est sa volonté de définir s'ils étaient vraiment conformes à l'image qu'on donnait d'eux qui l'a poussé à devenir plongeur et écologiste militant.
Le jeune homme — il était âgé de 22 ans au début de Sharkwater, nom original des Seigneurs de la mer et il a mis 5 ans à le réaliser, voyageant autour du monde pour ce faire — débute ainsi son propos de manière très didactique, parfaitement conscient que le premier obstacle à surmonter pour énoncer ses vérités est l'ignorance du public.

Dès le début, dans les Galapagos, des dizaines de requins-marteaux, posey, tranquilles. Mangeurs d'hommes, vous avez dit ?

Du coup, après un générique de début sur lequel sont diffusées plusieurs répliques apparemment anciennes d'un programme traitant visiblement du requin et de la déconstruction de sa légende noire (est-il un ennemi ou non, comment s'en protéger ou au contraire comment vivre avec lui...) et qui met en lumière le talent du réalisateur pour le tournage aquatique — il est biologiste et photographe sous-marin avant d'être producteur de Sharkwater — Rob Stewart présente d'abord son projet, délicat à mettre en place, ainsi que le requin dans ses aspects généraux.
Très timide, l'animal est de nature solitaire, ce qui a rendu difficile la possibilité de les approcher. Il possède deux sens de plus que l'homme, un qui lui permet de détecter les mouvements dans l'eau, et un second qui accroît ses capacités sensorielles de manière unique : le requin est en effet capable de percevoir les signaux électriques — à la fois ceux du champ magnétique terrestre qu'il utilise comme une carte marine pour se déplacer sur de grandes distances et ceux des organismes vivants : un cœur battant la chamade sera donc perçu comme une menace potentielle et provoquera la fuite.


D'emblée, Rob Stewart présente les requins comme des animaux paisibles et craintifs, et on a vraiment du mal à en douter quand on le voit, peu après le générique, nager tranquillement au milieu d'un groupe de requins et faire un gros câlin à l'un d'entre eux.
L'espèce, explique-t-il, est vieille de 400 millions d'années (donc elle est apparue avant les dinosaures), n'a pratiquement pas évolué depuis et a survécu à 5 grandes extinctions de masse (dont celle du Crétacé inférieur qui a notamment emporté les gros zozieaux écailleux).
Spécialiste de son sujet, Stewart fait intervenir tout au long de son film des scientifiques marins, dont un comportementaliste des requins et le conservateur de la réserve protégée des îles Galapagos (Pacifique sud-est), et évoque lui-même, au travers de son tour du monde, les spécificités du requin-marteau, rapide, redouté, mais qui n'a jamais attaqué l'homme.

Parce que c'est un fait constant concernant les requins, malgré leur réputation de dangereux tueurs agressifs, le nombre de morsures réellement constatées est très faible et, comme je l'ai lu il y a plusieurs semaines dans un article sur internet, celles-ci sont le fait de l'ignorance des requins. Ils sont un peu comme des gros chats curieux qui examinent ce qu'ils ne connaissent pas, sauf qu'ils font ça avec les dents. D'ailleurs, celles-ci sont décrites comme vraiment pas tranchantes (de fait, elles sont coniques) et recourbées vers l'arrière de la mâchoire (véridique, ça fait des années que je le sais, ça). Du coup, le requin est taillé jusque dans sa forme et ses dimensions pour avaler des proies plus petites que lui, les empêcher de ressortir, et comme la nature le met souvent en évidence, un prédateur ne va pas dépenser son énergie à essayer d'attraper quelque chose qu'il sera incapable de manger efficacement, comme l'homme. Pour la même raison, d'ailleurs, les requins de taille moyenne à petite n'attaquent même pas les mammifères marins (oui parce que pour rappel, le requin est un poisson, il a des branchies, pas de poumons).


De fait, cette vieille espèce de tueurs-nés, et c'est là le cœur de la rhétorique du documentaire, semble avoir été forgée par la nature pour produire un écosystème cohérent. Quand j'ai recommandé ce film, immédiatement après l'avoir vu, sur Twitter et Fessebouc, on m'a rétorqué (entre deux répliques manquant totalement de pertinence, Nepsie la hippie et mon ami le Troll) que les abeilles étaient déterminantes dans l'environnement terrestre. Ah ouais, j'en doute pas, mais sans vouloir hiérarchiser, on est forcés d'admettre après avoir vu Sharkwater que ces spécialistes qui savent de quoi ils parlent mettent en évident le fait que là, on parle d'une autre échelle.
Après avoir poussé l'évolution des poissons par le déplacement en bancs, la petite taille adaptée à la vitesse, les couleurs dédiées au camouflage, les mammifères devenus vifs et agiles à force d'être chassés (les phoques notamment), le requin remplit son rôle à l'échelle des océans.

C'est un concept plus vieux que le monde, et il est tellement basique en termes d'écologie qu'on se demande pourquoi les gens qui ravagent l'environnement n'y pensent pas. La fonction naturelle des grands carnivores est de réguler les espèces. Je vous la fais courte, le plancton transforme la majeure partie du CO² mondial en oxygène, le requin régule les populations de mangeurs de plancton, ce qui permet de produire l'O² qu'on respire. Si les requins disparaissent, les mangeurs de planctons se multiplient, le plancton est mort, on est morts, la vie sur la terre ferme est morte, enfin bref, on pourrait continuer la partie si on vivait sur une autre planète mais le petit détail qui me chiffonne c'est que la Terre a un écosystème basé sur l'oxygène, c'est con hein >_>
Alors la pollinisation, la diffusion des espèces de plantes, c'est sûr qu'on en chierait si ça s'arrêtait. Mais si l'oxygène était plus produit, on rigolerait pas longtemps je crois.


Maintenant imaginez ça sur des
kilomètres. Ça attrape tout, ça tue sans pitié.

Pire moyen de pêche jamais.
Du coup, on arrive à l'enjeu qui a motivé la réalisation de ce documentaire par Rob Stewart, l'évocation du shark-finning et de ses désastres environnementaux. Le shark-finning (fin en anglais c'est l'aileron) c'est cette technique qui consiste à attraper illégalement des requins, à leur couper les ailerons avant de les rejeter mourants dans l'eau. Doublé de la pêche à la palangre (voir à gauche), ce crime odieux cause évidemment d'énormes dégâts dans la vie aquatique, depuis les tortues jusqu'aux requins en passant par d'innombrables espèces de poissons (mais évidemment si vous faites des recherches sur internet sur les désagréments de la palangre vous entendrez parler que des oiseaux marins parce que ce qu'il voit pas, l'homme n'en a rien à cirer).
Le truc, c'est que Stewart a été initialement confronté à cette horreur flottante dans les Galapagos (100 km de ligne, 16 000, hameçons) où elle est interdite, ce qui l'a poussé se mobiliser pour défendre les requins, et du coup à rencontrer Paul Watson, fondateur de Sea Sheperd.

"Le Capitaine" Paul Watson, fondateur de Sea Sheperd, à bord de l'Ocean Warrior rebaptisé et repeint pour n'être pas reconnu par les pêcheurs illégaux.

Une bonne partie du documentaire les montre donc lorsqu'ils sont mandatés par le gouvernement du Costa Rica pour accompagner les gardes-côtes autour de l'île de Cocos, l'un des deux derniers sanctuaires de requins avec les Galapagos, et du coup confrontés à un navire de pêche illégale costaricain dans les eaux guatémaltèques. C'est à ce moment que j'ai réalisé que plus que jamais, les médias grand public manipulent totalement l'information en particulier concernant Sea Sheperd et Paul Watson, décrit comme un pirate adepte de méthodes violentes, qui met en péril le commerce mondial et n'hésite pas à couler ses ennemis.
L'homme, bien que clairement misanthrope et cynique — il nie aux gouvernements et aux institutions la moindre capacité ou même volonté à agir contre les ravages environnementaux de toutes sortes et préfère se fier aux ONG et individus — est présenté par les intervenants du documentaire comme un héros qui fait ce que les gouvernements ne font pas, appliquer les lois de protection. Parce que non, il n'y a pas d'organisation mondiale compétente dans les eaux internationales pour stopper le massacre. Et effectivement, Rob Stewart étant chargé de filmer toute l'opération, il ne manque pas de montrer que Watson s'efforce d'être aussi non-violent que possible lors de celle-ci — il admet après coup que la seule arme à bord est un fusil de chasse et le navire de pêche est attaqué avec des canons à eau afin de noyer son moteur et de récupérer ses filins.

Toute la violence de Sea Sheperd résumée en une seule image : ils essaient de noyer le moteur ennemi pour les immobiliser et les empêcher de massacrer davantage. Ça alors, quelle bande de gros méchants.

Le plus dramatique et agaçant, c'est que, on le découvre après coup, le gouvernement du Costa Rica est à ce moment corrompu par des mafias taïwanaises qui possèdent des docks privés au Costa Rica depuis lesquels elles pêchent, transforment et exportent les ailerons de requins à destination de l'Asie, ce qui fait qu'au final les écologistes sont arrêtés, assignés à résidence avant un procès, et doivent fuir le pays par la mer. Le pays qui les avait appelés pour endiguer la chasse illégale à la base.
L'un des intervenants du film est en effet le président d'une entreprise d'aliments à base d'ailerons de requins, un espèce de taré asiatique qui explique que des études sérieuses (totalement inexistantes par ailleurs) ont prouvé que les requins, et notamment les requins-baleines, ce gros poissons inoffensifs, ne sont jamais malades et ne meurent pas. D'où la volonté de la médecine traditionnelle chinoise de s'approprier les super-pouvoirs des requins -_-'
Après, ce genre de mécanisme de pensée, c'est très symbolique et très ancien. L'homme domine le monde, il ne craint pas ses ennemis, il décore sa maison avec des peaux de tigre, preuve qu'il a vaincu son « adversaire » terrestre. Il sert des ailerons de requins lors des riches repas, parce que c'est un « mets raffiné » et qu'il a vaincu son « adversaire » marin. Il y a là quelque chose de terriblement viril aussi, au sens de la glorification de l'homme, c'est un autre débat mais ça me surprendrait pas que les écolos soient féministes parce que le genre social féminin n'est pas construit sur la violence, lui.


Bref, si on peut questionner l'objectivité de ce documentaire, on est forcés d'admettre que sa démonstration se tient tout à fait et est étayée par des scientifiques. Le requin comme agent principal de l'écosystème terrien, qui a durant des millions d'années poussé les autres espèces à l'évolution par sa propre prédation, c'est logique et ça explique tout à fait sa place en haut de la chaîne alimentaire, partagée il faut le signaler avec les orques dont le caractère de régulateur des populations est grosso merdo le même.
Le film met aussi en scène les manifestations de protestation nées au Costa Rica après le passage de Sea Sheperd, à la fois face à la pêche illégale et ses ravages à long terme qu'envers la corruption gouvernementale (les ailerons rapportent une fortune, y'a que la drogue qui ait un poids financier pareil, alors du coup...) ainsi que le désarroi de Rob Stewart durant une période où il était hospitalisé avec une infection de la jambe.

Champ de canna, ailerons de requins, même combat. Sauf que les cultures de cannabis ne mettent pas l'écosystème en danger.

A la fin, il retourne à l'eau, au milieu des requins, les Galapagos ayant autorisé puis interdit la pêche à la palangre, et si le film est teinté d'une lueur d'espoir, sa teneur générale est vraiment pessimiste et négative.
Dans la mesure où Rob Stewart est photographe sous-marin, le film est visuellement très beau à voir, sauf durant les séquences qui montrent le shark-finning, qui sont en surface et de moins bonne qualité (sûrement des images qu'il a récupérées, excepté celles qu'il a filmées pendant la chasse aux tueurs et en catimini sur les docks privés des mafias taïwanaises au Costa Rica). Le film vise clairement à créer l'empathie et la compassion chez le spectateur en même temps qu'à dédiaboliser un animal qui ne l'a jamais mérité. Le film montre bien, très régulièrement, qu'en Occident on considère le requin comme un monstre tueurs d'hommes qu'il est parfaitement légitime de tuer pour « protéger des vies humaines », merci Steven Spielberg, merci Les dents de la mer -_-

Après la découverte, dans les Galapagos, des immenses palangres meurtrières, le désarroi. Stewart fait l'inventaire des animaux retrouvés sur les hameçons : des requins, tortues, poissons, pendus à un fil sur des kilomètres.

Pour ce qui est de la bande-son... qu'est-ce que vous voulez que j'vous dise, c't'un film marin, on a l'impression de voir Ecco le film (si vous comprenez pas cette référence, je suis très triste pour vous), y'a bien des chansons mais elles sont chantées dans ce qui est sûrement des dialectes originels d'Amérique du Sud et/ou d'Afrique, surtout là pour créer une ambiance autour des pays visités par Stewart. Le reste du temps, pas mal d'instrumental et une atmosphère changeante, très souvent contemplative ou mélancolique, parfois plus léger et entraînant, par exemple lorsque sont filmés des phoques.

En bref : difficile de terminer ce documentaire en ayant toujours une opinion négative du requin. L'écologie passe forcément par la conservation du requin, probablement davantage que par la protection des autres espèces animales (même si bon, toutes doivent être préservées), ne serait-ce qu'à cause de l'immense famille que cet animal recouvre. Le film met en rapport l'industrie stupide et illégale des Asiatiques, déployée à travers le Pacifique sans aucune instance mondiale de contrôle, et il vaut clairement le détour pour le savoir environnementaliste et politique qu'il délivre.

« Le requin a du mal à capturer phoques et otaries. La pression qu'il a exercée sur eux les a si bien entraînés qu'ils savent l'éviter. (…) Il évolue en profondeur, hors de leur champ de vision, et guette la silhouette du phoque, analogue à celle d'un homme en surface. Un phoque en bonne santé évolue sans bruit ni bulles. Blessé, en revanche, il s'agite et perturbe les flots, à l'image d'un homme qui nage. C'est incroyable que nous soyons si peu attaqués vu notre ressemblance avec leurs proies.
On traite les animaux différemment mais le joli bébé phoque grandit et mange du poisson aussi férocement qu'un requin. On trouve le phoque mignon, câlin, et le requin brutal, mais c'est un mythe. »

Paul Watson : « Dans quelques millénaires, si on survit, les gens mépriseront les sociétés qui les auront privés de ce dont nous jouissons aujourd'hui, qui ont tant réduit leur horizon. Ils mépriseront vraiment ces sociétés, tout comme nous méprisons celle de l'esclavage. »