Salut !
Vous le savez sans doute, l'actualité culturelle est à nouveau favorable à l'Autrice-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom et à sa licence infâme, puisque le tournage de la série télé a commencé officiellement en juillet dernier mais a probablement accéléré en fin d'année 2025 (je dis probablement parce qu'il faudra visiblement un an à ces branques pour tourner une saison de 8 heures à plusieurs endroits du Royaume-Uni, avec plusieurs équipes et plusieurs réalisateurs, dont possibilité de tournages simultanés, alors qu'il a fallu un an et demi à Peter Jackson tout seul pour tourner 12 heures de films dans toute la Nouvelle-Zélande, avec quelques semaines annuelles de reshoots entre 2001 et 2004. Putain la production de cette série HBO est vraiment à la ramasse.) et du coup à l'ère d'Internet et de la communication permanente, en plus des fuites officieuses, y'a la communication officielle, les premières photos et vidéos sont sorties.
Et si vous me demandez, Nick Frost, c'est cancel. Je l'appréciais mais c'est bon, je veux plus voir sa tronche. Simon Pegg, il a intérêt à faire gaffe aussi, qu'il suive pas son pote du côté obscur.
Du coup c'est une nouvelle occasion pour plein de gens d'appeler au boycott — encore — sur la base de la transphobie de Vous-Savez-Qui — encore — et loin de moi l'idée de les critiquer, au contraire, il faut boycotter, cette femme doit devenir une paria totale et absolue, et malheureusement c'est pas demain la veille parce que sa licence est une planche à billets culturelle.
Par contre, mon problème avec cette médiatisation et ce choix de boycott, c'est que plein de gens le nuancent en essayant de pratiquer la Mort de l'Auteur au motif que finalement Harry Potter c'est sympa, le problème c'est la meuf derrière.
Alors déjà, comme l'a clairement dit l'autrice et vidéaste étazunienne Lindsey Ellis y'a des années, le concept de Mort de l'Auteur* (ouais je continue à faire des notes de bas de page, tu vas faire quoi ? ^^) ne peut pas être appliqué à cette femme parce qu'elle est relativement jeune et en bonne santé, donc on ne peut pas profiter de sa création sans qu'elle en bénéficie financièrement, et ensuite elle met un soin très particulier à attacher très étroitement sa personne à cette création culturelle, qui est son revenu le plus important, donc on ne peut absolument et en aucun cas dissocier l'œuvre et l'autrice.
Donc non, c'est pas possible, vous ne pouvez pas continuer à suivre cette licence sans que ça lui rapporte d'une manière ou d'une autre, et en plus NON, Harry Potter c'est pas sympa, ça n'a jamais été sympa, c'était de la merde dès la création, et cet article va justement l'expliquer. Mes très cher·e·s, on va faire un travail de compilation !
Le fait est que cette licence a été analysée et commentée en profondeur depuis un bail, j'ai moi-même fait un article sur la faiblesse sociétale et politique de cet univers, et j'ai aussi vu deux excellentes vidéos (l'une des deux est beaucoup plus connue que l'autre) que je vais utiliser en complément de mes analyses personnelles dans cet article, je les mettrai en lien à la fin.
Je parlerai tout au long de mon article de compilation de ces deux vidéos comme "celle de Shaun", qui est une analyse globale du style de l'autre enflure depuis la licence infâme jusqu'à ses autres romans (et des comparaisons pertinentes, notamment à Star Trek et au Disque-Monde), et "celle de Kate Alexandra" qui se concentre sur le worldbuilding, la construction d'univers.
Oh, dernière note pour l'intro, je vais évoquer à l'occasion "l'univers étendu de Harry Potter" parce que comme le dit la vidéo de Kate Alexandra (vous voyez je commence dès maintenant), Celle-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom traite son œuvre comme si elle était toujours en cours d'écriture et de développement (notamment via son site internet où elle ajoute régulièrement de nouvelles infos), sans même parler des adaptations et extensions, du coup je vais dissocier l'œuvre canonique, c'est-à-dire les romans publiés par la Transphobe-en-Chef, et l'univers étendu, donc tout ce qui n'est pas dans les romans : le site internet, les adaptations, la pièce de théâtre merdique (pas les jeux vidéo parce que j'me respecte, je mets pas de caca sur mes plateformes).
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Si vous ne connaissez pas l'homme parfait, par pitié, je vous en conjure... INVITEZ-MOI SUR VOTRE PLANÈTE ! LA TERRE EST NULLE ! |
Honnêtement je commence par le plus facile parce que c'est de notoriété publique, en plus malgré la diversité ethnique de leur société (fortes minorités d'origine indienne, pakistanaise et africaines) les Britanniques n'ont franchement pas la société la plus progressiste au point que ça se voit même dans leur pop culture (des millénaires de Dr Who avant que le rôle-titre soit incarné par un Noir qui a été jeté sous le bus et remplacé par ce bon vieux David Tennant, Idris Elba n'a vu sa carrière décoller qu'en quittant le pays et ne parlons même pas de James Bond), et Harry Potter ne fait pas exception.
Des personnages racisés dans Harry Potter, il y en a très peu et ils sont symptomatiques (j'en ai déjà parlé à propos des personnages féminins dans mon propre article). Angelina Johnson, que j'ai évoquée, n'est à peu près jamais développée au-delà de son rôle de Poursuiveuse dans l'équipe de Quidditch de Gryffondor et love interest d'un des deux jumeaux Weasley — et je crois que dans l'univers étendu elle finit par épouser l'autre.
Cho Chang, c'est plus compliqué : au-delà du sexisme de son écriture, Cho c'est un nom (celui d'un acteur que j'adore par exemple, John Cho, étazunien d'origine coréenne), Chang c'est un nom donc elle a pas de prénom, un peu comme si, comme dit la vidéo de Shaun "un perso européen s'appelait Lopez Schneider." Sinon y'a aussi les jumelles Patil, Parvati et Padma, pas développées non plus, Blaise Zabini, un méchant sous-développé, Dean Thomas, c'est à peine s'il est présenté comme Noir, en fait les deux points les plus graves c'est Kingsley Shacklebolt et l'univers étendu.
Alors, au cas où vous l'ignorez, "shackle" peut se traduire par "menottes" et "bolt" par "boulon", mais shackles désigne aussi le boulon de manille, un outil métallique qui.... servait à enchaîner les esclaves sur les navires négriers et dans les plantations. Avec des menottes et un boulon, donc (le boulon c'est la vis à tête et pointe plates, l'écrou c'est l'anneau en métal qui se visse dessus). "Kingsley" se prononce comme "kingsly" et se rapproche de "kingly" qui veut dire "royal" ou "relatif à un roi." Dans un contexte plus racisé, on peut faire un rapprochement avec Martin Luther King Jr. Ou pour le dire rapidement, comme le dit Shaun : "quand elle pense à un homme noir, elle visualise Luther King et un esclave." Voilà.
Et ça c'était pas l'univers étendu, c'était dans les romans DE BASE, ce racisme réducteur et préjugé était là depuis le début ! L'univers étendu c'est encore pire.
Tout d'abord, il y a la pièce de théâtre, Harry Potter et l'enfant maudit, pour laquelle les représentations britanniques incluaient une Hermione Granger noire, ce qui a lancé la théorie foireuse d'Hermione Granger noire depuis les origines. Alors déjà non, parce que tous les personnages noirs des romans originaux sont présentés comme tels dès leur apparition, la Transphobe-en-Chef met un point d'honneur à afficher son racisme sur la question. Une Hermione noire aurait immanquablement été présentée comme telle, or à aucun moment son ethnie n'est précisée. D'autre part, dans La coupe de feu, Hermione devient une activiste anti-esclavage des elfes, et la conséquence c'est qu'elle est traitée avec un mépris indolent et paternaliste par les autres personnages, sans exception. À un moment on a même Ron Weasley en mode "Hermione, vraiment, tu casses les couilles."
Vous imaginez l'ampleur du désastre si elle était effectivement noire ? Des Blancs qui expliquent avec mépris que "non non, c'est pas de l'esclavage, les serviteurs sont très heureux, tu en fais trop, tout ça c'est dans ta tête..." À UNE JEUNE FILLE NOIRE ?!?
Toujours dans l'univers étendu, et cette fois à propos de la série HBO en cours de production : l'acteur qui va jouer Severus Rogue, Paapa Essiedu (à droite), est noir. Severus Rogue passe les sept livres à traîner une réputation de merde et à être considéré comme un méchant par à peu près tout le monde, avant que les révélations du livre 7 ne montrent qu'en fait c'est juste un incel revanchard qui est devenu nazi parce que la fille qu'il aimait a rejeté son amour.
Reporter les préjugés et l'essentialisation malveillante d'un incel vers un noir, je sais pas si ça veut dénoncer le racisme latent, mais ça va le renforcer encore plus 💀
Toujours dans l'univers étendu, dans les films Les animaux fantastiques (qui ne sont pas adaptés de romans vu que le livre Les animaux fantastiques est un genre de mini-encyclopédie de bestioles magiques qui fait moins de 100 pages, sans récit) et plus exactement dans Les crimes de Grindelwald, le personnage de Nagini, qui deviendra plus tard le serpent du Seigneur des Ténèbres, est incarné par l'actrice coréenne Kim Soo-Hyun. Sauf que le mot "nagini" fait référence au naga, un serpent mythique de l'hindouisme, en Inde. Parce que quand t'es une Anglaise blanche et raciste, les cultures étrangères sont interchangeables.
C'est d'ailleurs à ce point le cas que sur son site internet, la Transphobe-en-Chef, lorsqu'il s'est agi de présenter les écoles de magie à travers le monde, a créé un véritable désastre au mépris des diversités culturelles :
(proposition de carte mondiale des écoles magiques par Celle-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom)
Bon, je vous laisse contempler la débâcle, et voilà mes quelques commentaires :
- une seule école pour la majeure partie de l'Afrique c'est n'importe quoi (et putain elle s'appelle Uagadou !)
- une autre seule école pour "le monde musulman" c'est une immense connerie vu la diversité du monde en question (entre la Turquie, l'Arabie, l'Iran et le Maghreb, déjà), et puis y'a Israël dedans aussi...
- aucune proximité culturelle ne justifie de réunir l'ensemble indo-pakistanais, la Chine et le Myanmar dans une école commune
- les disparités culturelles en Asie du Sud-Est sont encore plus grandes, et l'Australie/Nouvelle-Zélande, wtf ?
- le Japon et la Corée du Sud peuvent pas se blairer, la Corée du Nord n'aime personne. Pire idée d'école.
- une école qui correspond à l'ancienne URSS, sérieux ?
- l'école latine n'inclut pas l'Italie, mais il y a un ensemble central-européen incluant les pays germaniques, baltes et nordiques...
- Castelobruxo c'est du portugais, ça veut dire Château-Sorcier, et seul le Brésil parle portugais en Amérique du sud. Là encore, qu'est-ce que la baise. Et vous savez quoi ? la Transphobe-en-Chef a dit que cette école pratiquait une sorcellerie ancestrale méso-américaine. SON NOM EST DANS LA LANGUE DES COLONS EUROPÉENS BLANCS.
- réunir dans une seule école deux pays anglophones (le Canada, en partie francophone, et les USA), le Mexique (hispanophone) et la grande diversité des Caraïbes, bon...
Je vous jure, rien qui va, un désastre. Et sur son site officiel, Vous-Savez-Qui a publié une carte plus récente qui n'inclut plus que 7 écoles : Poudlard, Beauxbâtons, l'école africaine, l'école russe, l'école japonaise et les deux américaines.
Petit point vocabulaire pour finir : "Mahoutokoro" ça veut absolument rien dire — enfin si : ça veut dire "endroit magique" ou "institution magique" en Google Translate — et le site officiel indique que ça se prononce "mah-hoot-o-koh-ro", alors que c'est composé des mots maho et tokoro et qu'aucune syllabe en japonais ne se termine par un son-consonne (comme "houtt"). D'ailleurs en japonais le son "ou" se fait avec un u, pas avec ou, comme dans sumimasen (demande de pardon respectueuse, l'équivalent de notre "navré", par opposition à gomenasai, demande de pardon familière type "désolé") ou Sakaguchi Hironobu (créateur de la série de jeux vidéo Final Fantasy (oui en japonais on met le nom de famille avant le prénom)).
(d'ailleurs les infos sont pas à jour vu que ça parle encore de 11 écoles et pas de 7)
Bref : des préjugés racistes, des confusions et des généralisations culturelles, des raccourcis éhontés, une ignorance crasse et bien étalée, c'est spectaculairement désastreux et pour une partie, ça fait 30 ans que ça existe.
Harry Potter c'est sexiste, grossophobe et ça discrimine le physique...
Tir groupé sur un point un peu plus rapide qui sera complété par le suivant : le traitement des personnages féminins et des personnages physiquement atypiques dans Harry Potter est, au mieux, irrespectueux (voire carrément insultant voire viscéralement haineux).
J'ai consacré toute une section de mon article aux personnages féminins dans ces livres : y'en a beaucoup mais la plupart sont secondaires ou archétypaux (ou les deux), beaucoup sont placés en situation de victimes, souvent pour valoriser des personnages masculins — et par valoriser j'entends "mettre en valeur", de manière positive ou négative, on pense par exemple aux victimes de Tom Jedusor qui n'existent que pour le dépeindre comme le meurtrier récidiviste qu'il devient à un âge précoce — et même quand elles auraient l'occasion de briller par leurs compétences propres (Ginny Weasley, Luna Lovegood, Hermione Granger) c'est au service des mecs (Harry Potter le plus souvent).
C'est assez spectaculaire la vitesse et l'intensité avec lesquelles trois malheureux films ont pu multiplier les personnages inutiles qui alourdissent le récit. C'est presque une performance à ce niveau-là.
C'est d'ailleurs pareil dans l'univers étendu, avec Queenie Goldstein qui rejoint les nazis à cause d'une écriture chelou avec son love interest moldu, Tina Goldstein qui est tour à tour amoureuse ou pas de Newt Scamander, et me lancez pas sur le deuxième film et la séquence du caveau, déjà parce que j'ai oublié l'intrigue de ce film lamentable, ensuite parce que mon souvenir le plus fort c'est qu'il est incroyablement compliqué avec plein d'intrigues secondaires chiantes, mal exposées et inutiles.
Mais alors, quand tu commences à aborder le sujet des femmes qui sortent du canon esthétique ou qui son présentées comme antagonistes, là c'est festival.
Pêle-mêle, Petunia Dursley a une morphologie de cheval, Marjorie Dursley est énorme, alcoolique, difforme, masculine, elle a des doigts boudinés et de la moustache, Rita Skeeter a une mâchoire carrée, des serres crochues à la place des doigts et probablement des dents qui raient le parquet, Dolores Ombrage pourrait être littéralement un crapaud qui a essayé de prendre forme humaine et n'a que partiellement réussi vu les portraits d'elle, c'est spectaculaire. Vous voyez ce mème là, à droite, qui montre que les réactionnaires considèrent comme politique tout ce qui n'est pas dans le groupe dominant ?
Pour Vous-Savez-Qui, il n'y a que deux types de femmes, les féminines et les moches, les gentilles et les moches, les victimes et les moches. Son idéal de beauté c'est sûrement Fleur Delacour, la Française qui a toutes les qualités physiques (ce qui est marrant d'ailleurs parce que son interprète à l'écran, Clémence Poésy, a un léger strabisme divergeant), et si vous trouvez comme moi qu'elle ressemble vachement à Thaïs d'Escufon et Maria-Carolina Bourbon des Deux-Siciles (belle, blonde et raffinée), je vous jure que c'est une coïncidence (ou pas, vu l'orientation politique de ces deux-là).
Si vous croyez que les hommes échappent à ce traitement (parce que les femmes fascistes sont souvent bienveillantes envers les hommes blancs, même les connards), détrompez-vous : vu que je viens de parler de Fleur Delacour, bah déjà les Français de l'école Beauxbâtons représentés dans La coupe de feu sont décrits comme craintifs, efféminés et vêtus de soie (c'est presque pas homophobe...). De son côté, Dudley Dursley est décrit comme "plus large que haut" et ayant atteint "le poids d'un baleineau", Vernon Dursley a un double-mention qui disparaît dans son énorme cou et une ridicule petite moustache (pour le coup il est bien casté dans les films), Igor Karkaroff pourrait s'appeler Raspoutine qu'il serait pas dépeint différemment dans les livres et les films (froid, manipulateur, énigmatique, lâche et traître), Severus Rogue a le nez crochu, les cheveux gras, le teint cireux, se déplace comme une chauve-souris géante, le mec sa malveillance se voit sur sa gueule, et Voldemort, bon, je vais pas vous faire un dessin, d'autres l'ont fait avec compétence.
Voldemort par Thiago Paulino sur ArtStation.
Ouaip, Celle-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom n'est pas juste une autrice à chier, elle est également dépourvue de la moindre subtilité, ses antagonistes et ses personnages malveillants portent leur alignement moral sur la tronche, tu sais d'emblée qui est gentil et qui est méchant juste en regardant qui est valorisé physiquement et qui ne l'est pas.
La vidéo de Shaun est même assez claire à ce sujet, puisque dans un roman ultérieur de Vous-Savez-Qui, un personnage est décrit comme gros au point que les autres personnages se demandent "depuis combien de temps il n'a pas vu son pénis et comment il fait pour faire tout ce pour quoi un pénis est prévu." Quelle élégance.
...mais Harry Potter applique une justice à géométrie variable.
Complémentaire du point précédent, parce que rien ne définit mieux une société biaisée dépeinte par une fasciste que l'arbitraire total des forces en présence.
J'vous la fais courte : dans les romans Harry Potter, les conséquences des actions dépendent de qui réalise les actions, et les portraits dépendent de l'alignement moral de leur personnage.
Concernant le physique, l'exemple le plus parlant est évidemment celui de Molly Weasley, décrite comme "joliment potelée" mais comparée à une truie par Drago Malefoy. La grossophobie de Malefoy est inacceptable parce que Molly Weasley est une femme bienveillante qui aide les personnages principaux, mais quand la grossophobie s'applique à Vernon, Dudley et Marjorie Dursley, ça passe, parce que ce sont des méchants.
Des exemples similaires de comportements perçus comme universellement inacceptables (racisme, sexisme...) deviennent soudain parfaitement admis lorsque tournés vers les antagonistes et, au-delà des anecdotes et péripéties, ils sous-tendent et structurent l'intrigue principale même.
Non mais c'est pas grave, on a le droit de se moquer de cette grosse dame, c'est une méchante ! >_>
Voldemort, par exemple, dans cette société magique hiérarchisée, est classé comme sang-mêlé, parce que sa mère était une sorcière de sang-pur et son père un moldu, et ce caractère de sang-mêlé est considéré si infâmant qu'il est, d'une part, dissimulé par le principal intéressé (il n'y a pas plus extrémiste que ceux qui veulent dissimuler leurs faillites, y'a qu'à voir l'exemple réel de l'antisémite français Charles Maurras qui se définissait par son ultra-catholicisme alors qu'il était un converti opportuniste, comme beaucoup de fascistes contemporains), et d'autre part utilisé comme insulte par Harry Potter lui-même, qui est un sorcier de sang pur (ses deux parents étaient des sorciers) et pourtant présenté à l'occasion comme un "bon" sang-mêlé, parce que sa mère Lily Evans était une née-moldue.
Ouais c'est pas bien clair cette histoire de sang-mêlé, est-ce que le parent direct doit être moldue ou est-ce que ça concerne aussi les grands parents... ? c'est d'autant plus incohérent que les Weasley admettent volontiers que le sang sorcier pur est rare et que toutes les grandes familles ont des moldus dans leurs arbres généalogiques.
Beaucoup moins sujet à interprétation : le privilège, la violence et l'oppression.
Je viens de le dire, Harry Potter est un sang-pur, son père James vient d'une vieille famille de sorciers (la légende des reliques de la mort et des Peverell là), et vous savez qui n'est pas un sang-pur ? Severus Rogue. Prof de potions, incel discriminé qui adore les sang-purs, ce gars est un cliché de néonazi (je viens littéralement de parler des fascistes qui se croient meilleurs chrétiens que les chrétiens), mais c'est en tant que sang-mêlé moche et solitaire qu'il a passé sa jeunesse à être harcelé en public par James Potter et ses potes, Sirius Black et Remus Lupin.
Par contre quand c'est Drago Malefoy qui harcèle les nés-moldus comme Hermione Granger et Colin Crivey (par l'intermédiaire de ses gorilles) et se pavane en riche sorcier de sang-pur qu'il est, là c'est inacceptable. C'est littéralement ce que faisait James Potter une génération plus tôt mais eh, là c'est pas pareil, c'est Malefoy.
Non mais c'est pas pareil, ça se voit bien, enfin, que ce jeune incel va devenir un nazi et qu'il faut le harceler à l'école, il mérite, bien fait pour lui, c'est le rôle des privilégiés dans la société de harceler ceux qui le méritent, voilà !
(je vous jure que je grossis à peine le trait)
Dans le même genre, vous avez Ron Weasley, butor sexiste qui vit dans le confort relatif d'un foyer familial où la mère fait absolument tout — on me fera pas croire qu'une société magique si proche de l'humanité, alors qu'elle interdit aux enfants d'utiliser la magie, ignore l'existence DU SAVON pour faire la lessive sans magie, sans parler DES BALAIS ET DES CHIFFONS pour nettoyer la maison — et qui est finalement récompensé par le récit... en épousant celle-là même qu'il a traitée par le mépris pendant des années alors qu'elle est mille fois plus intelligente et compétente que lui.
La saga de romans originels est constellée d'exemples similaires de situations où un même comportement est traité différemment selon qu'il est exercé par des personnages antagonistes ou par les personnages principaux et leur entourage. Encore une fois, la vidéo de Shaun est limpide à ce sujet.
Harry Potter c'est super néo-libéral (et ça se voit).
Les bonnes sagas littéraires, peu importe leur genre, présentent un monde souvent riche et profond dans lequel la société évolue avec ses personnages, par opposition aux one-shots dans lesquels le monde est beaucoup plus brutal avec ses habitants. Vous noterez par exemple que Blade Runner c'est pas une saga, parce qu'il n'y a pas grand-chose à dire après une dystopie qui broie ses personnages.
Dune, L'assassin royal, Percy Jackson, Hunger Games et même, dans un autre style, Twilight, toutes ces sagas littéraires mettent en scène des personnages qui, peu importe le niveau de pouvoir physique ou politique dont ils disposent, font muter la société par leurs actions ou par une chaîne de réactions dont ils sont à l'origine.
Si vous citez Le Seigneur des Anneaux je vous pète les rotules parce qu'encore une fois, c'est UNE histoire en trois parties, ce n'est pas une saga, et exception à la règle, Le trône de fer, dans lequel la société n'évolue presque pas parce que George Martin n'en a visiblement pas grand-chose à faire des mutations sociétales et qu'en plus sa saga n'est pas et ne sera sans doute jamais terminée.
J'admets volontiers que l'absence d'évolution technologique est une convention d'écriture en fantasy, en tout cas dans le cas d'univers secondaires constitués par des villages intemporels et des châteaux dont les pierres ne sont jamais usées, mais l'absence d'évolution technologique n'implique pas l'absence d'évolution socio-politique. En tout cas dans les univers intéressants.
Mais enfin bon c'est juste une question d'engagement narratif mêlé de réalisme politique, on a envie de voir que les actions des personnages ont un effet concret, et on a constaté dans l'Histoire que les sociétés évoluaient (si vous me répondez "non" je vais mal le prendre, je vous jure).
Sauf quand on est néo-libéral.
Parce que dans ce cas, on préconise un modèle de société complètement illusoire, dans lequel le changement n'a jamais eu lieu, n'aura jamais besoin d'arriver, et où tous les grands enjeux politiques sont le fait non pas de dynamiques collectives, mais d'individus extraordinaires (c'est de la connerie absolue et ça va à rebours de toutes les sciences sociales).
La saga Harry Potter décrit une société néo-libérale écrite par une autrice néo-libérale et pour le coup, à la fois les vidéos de Shaun et de Kate Alexandra le mettent en évidence, chacune à leur manière.
À la fin du septième roman Harry Potter, RIEN n'a changé dans la société magique, les inégalités sont toujours en place, les institutions qui ont permis l'ascension au pouvoir de Voldemort existent toujours, y'a toujours un Ministre de la Magie qui gouverne à peu près seul, l'esclavage des Elfes n'est pas aboli, la seule différence c'est que le Seigneur des Ténèbres a été tué et que le monde peut espérer une ère de paix, parce que dans la tête de l'autrice, c'était un question d'individu dangereux, et non de dynamiques sociétales fuckées.
On a remplacé des individus problématiques par des individus PERÇUS comme bienveillants — dans l'univers étendu on apprend qu'Hermione Granger dirige la justice magique, Harry Potter le département des Aurors (le mec devient ministre de l'Intérieur quoi), c'est un Noir qui gouverne (Kingsley Shacklebolt, le Martin Luther King Jr esclave là), les Malefoy n'ont jamais été sanctionnés pour avoir propagé le poison de la discorde dans la société mais ça va, le système est fonctionnel.
En même temps quand tu vis dans une société strictement hiérarchisée avec la conviction que ses inégalités sont naturelles, acceptables et même nécessaires, ça te viendrait pas à l'idée de les contester.
Je parle du Royaume-Uni là.
Alors, peut-être que vous êtes ok avec ça et que ça vous dérange pas de soutenir et même d'aimer, par nostalgie, une saga littéraire qui glorifie un modèle de société néolibéral, mais dans ce cas, soit vous soutenez le même modèle dans la réalité, et vous êtes de droite fascisante, soit vous êtes contre ce modèle, vous voulez plus de justice sociale et fiscale, moins d'inégalités et de discriminations, et là c'est entre vous et votre dissonance cognitive.
Harry Potter, ce n'est même pas de la fantasy.
Là pour le coup je vais surtout utiliser la vidéo de Kate Alexandra et mes connaissances personnelles, parce que c'est un sujet peu abordé par Shaun : c'est quoi la fantasy ? Et pour répondre à cette question il faut en traiter une autre : c'est quoi la magie ?
Non parce que, ce qui définit essentiellement le genre de la fantasy, c'est la magie, et optionnellement l'existence de races magiques (mais bon de la fantasy avec juste des humains on se fait chier, un peu). Le surnaturel non-magique, comme les zombies, les loups-garous, les fantômes, les vampires, c'est du fantastique, et si tu retires carrément le surnaturel, tu tombes dans la galaxie qui va de la science-fiction (ouais la technologie c'est rationnel, on vit avec tous les jours) au polar en passant par la romance et les school stories (on va y revenir).
La fantasy, essentiellement, trouve son origine dans le merveilleux, le folklore, le conte de fées, et si on remonte encore plus loin, les mythologies. Or, les mythologies, c'est un des trucs qu'on vous apprend en fac d'histoire, n'ont pas toujours été des mythologies : à l'origine, ce sont des religions. Pour les Grecs anciens, pour la population d'Égypte ancienne, pour les Nordiques même, les dieux et les manifestations divines ne sont pas moins rationnels que les chevaux, les villes et les fermes. Les Grecs et les Nordiques croyaient sincèrement dans la possibilité très réelle de tomber au hasard sur Aphrodite séduisant un mortel ou Odin errant avec ses corbeaux sur les épaules dans un lieu isolé.
Faut pas oublier que les sociétés polythéistes se sont développées sur des territoires beaucoup moins urbanisés, ou avec une urbanisation beaucoup moins diffuse, que les sociétés médiévales, modernes et contemporaines, et que souvent, la nature sauvage était le domaine des dieux. Et donc, de la magie. On pouvait supposément croiser des divinités dans la première forêt venue.
Temple d'Uppsala dédié à Odin, Thor et Freyr, tel que dépeint dans la série Vikings.
Temple d'Uppsala dédié à Odin, Thor et Freyr, tel que dépeint dans la série Vikings.
Il y a un lien direct entre le divin et la magie, dans la mesure où la seconde trouve son origine dans le premier. C'est le cas en fantasy partout où c'est expliqué ; il n'y a pas toujours des dieux présents dans un univers de fiction, mais la magie provient du divin, ou des dieux quand ils sont là.
C'est le cas dans La Belgariade et La Mallorée, immense saga de David et Leigh Eddings, où la magie vient (notamment) des dieux Aldur et Torak, chez Rick Riordan c'est parce qu'il est fils de Poséidon que Percy Jackson a une grande affinité avec l'eau, chez Sara Schneider (même si ses livres sont nazes), les Enfants d'Aliel tiennent leurs pouvoirs de la déesse éponyme, dans l'univers d'Avatar le dernier maître de l'air la maîtrise des éléments est certes un art martial, mais elle l'est devenue après quelques millénaires de pratique, et à l'origine était un pouvoir latent activé chez les individus par des tortues-lions géantes sacrées et probablement divines. Même chez Tolkien les Elfes font partie des premiers enfants des Valar, les dieux, et il y a un lien très étroit entre guérison et prière (visible chez Aragorn, descendant de Númenor et donc proche des Elfes).
De manière générale en fantasy, la magie n'est jamais triviale, jamais profane, elle a toujours un caractère un peu sacré, elle est liée aux forces fondamentales de son monde, qu'il s'agisse de magie sacrée "blanche", de magie naturelle ou élémentaire, ou même de sorcellerie.
Sauf dans Harry Potter, donc.
Dans Harry Potter l'origine de la magie est inconnue, elle est là sans qu'on sache d'où elle vienne, ce qui crée dans l'intrigue des romans plus de trous qu'il n'y en a dans une pierre ponce, et pire, dans l'univers étendu de son site internet, Vous-Savez-Qui a essayé de relier narrativement toutes les croyances magiques du monde réel au mépris des infinies diversités culturelles, intellectuelles et philosophiques qui les distinguent.
Et donc, cette magie d'origine inconnue est totalement dénuée de caractère sacré, elle ne vient pas des dieux au pluriel ni de Dieu au singulier (et pour cause, son autrice étant néolibérale, la religion c'est pas son truc, on trouve difficilement une idéologie politique aussi bassement matérialiste que le néolibéralisme), et pire encore, elle est enseignée dans une école.
Oubliez les croyances, la foi, le lien sacré entre l'individu et la nature ou le divin, la magie dans Harry Potter ça obéit à des règles, ça s'enseigne à l'école, bref : c'est profane. Quelle différence entre la cuisine et l'art des potions ? Aucune, dans les deux cas faut suivre une recette avec des ingrédients, une potion c'est juste une soupe avec des effets spéciaux, le soin aux créatures magiques c'est de la zoologie, voire de l'éthologie, avec des bestioles chelous, les cours d'astronomie n'ont pas le moindre intérêt vu que RIEN dans cet univers n'est influencé par les astres, bref, non seulement la magie dans Harry Potter c'est une compétence aussi triviale que le sport (vol à balai), les maths (arithmancie), l'histoire (de la magie) ou la botanique (... nan, juste la botanique, elle a pas de nom magique celle-là) mais en plus, comme l'explique très bien la vidéo de Kate Alexandra, Poudlard c'est un internat écrit par une meuf qui n'a jamais foutu les pieds dans un internat et qui a une vision idéalisée des internats — avec de confortables salles communes, des chambres douillettes et des repas abondants.
Les fameux internats avec plein de fauteuils autour d'élégantes cheminées avec des ptits casiers dans ls murs pour les biscuits et les fromages (oui bon, une partie de mon cerveau est dans mon estomac, ça arrive !). J'arrive pas à savoir si c'est pour donner envie aux lecteurs ou pour exorciser son propre passé merdique... dans les deux cas ça craint.
Comme d'autres auteurices de school stories, donc. Ah oui au fait : Harry Potter c'est pas de la fantasy, c'est une school story, inspirée de ce genre qui a pullulé au 19ème siècle, fondé sur des récits moralisateurs, des personnages unidimensionnels et archétypaux — par exemple Drago Malefoy, une fois qu'il a joué son rôle de brute de l'école, il ne sert plus à rien, comme Mangemort il devient passif et victime du récit qui s'applique à lui — et l'illusion que les internats c'est trop bien, alors qu'il s'agissait d'établissements scolaires violemment hiérarchisés et punitifs, avec châtiments corporels et destruction mentale des élèves.
Pour une perspective réaliste, repensez à Notre-Dame de Bétharram et aux écoles résidentielles canadiennes dont j'ai parlé dans mon article sur la série North of North, qui avaient pour objectif d'effacer la culture Native-Américaine chez des générations entières d'enfants traumatisés.
De manière générale, c'est pas compliqué, si en fantasy vous tombez sur un récit dans lequel la magie s'enseigne comme une matière à l'école, détachée de toute dimension religieuse, sacrée, philosophique ou existentielle (le rôle des mages dans leur monde, entre le divin et la société ou ce genre de questionnement), y'a des chances pour ce que vous lisiez ne soit pas de la fantasy.
Je dis pas que toutes les histoires avec des écoles sont exclues de la fantasy, mais la magie ne peut pas y être enseignée de manière profane. J'ai rien contre le principe, par exemple, d'un temple qui formerait des mages en guidant les novices dans la foi et donc vers le pouvoir, mais c'est pas ce que fait Harry Potter et ça se voit.
Bon, j'vais m'arrêter maintenant, j'ai pas abordé tous les problèmes fondamentaux dans l'écriture de Harry Potter, y compris de ceux qui étaient présents dès les sept premiers livres, on pourrait parler par exemple des nombreux trous dans l'intrigue, des incohérences qui ont été soulevées et ont donné lieu à des "réparations" à posteriori par l'autrice — rappel : si c'est pas dans l'œuvre originale ça n'a aucune valeur, un roman n'est pas un jeu vidéo auquel tu peux appliquer une extension qui se fond dans le contenu de base — mais aussi des incohérences qui n'ont PAS été traitées après coup (par exemple le fait qu'à partir du moment où tu mets le voyage dans le temps dans ton univers, tous les drames qui surviennent deviennent durs à justifier), on pourrait parler des biais antisémites, des éléments narratifs qui ont été ajoutés ou modifiés après coup (comme la prétendue homosexualité de Dumbledore), mais la vidéo de Shaun, qui est extrêmement intéressante est assez détaillée sur certains de ces points et mon article est déjà bien assez long.
Je vais conclure rapidement en disant une chose : boycotter Harry Potter à cause de son autrice transphobe et haineuse est une brillante idée. Boycotter Harry Potter parce qu'en plus de son autrice, c'est également un univers aussi médiocre (voire carrément nul) que problématique, c'est une idée encore meilleure. Justifier son amour pour cet univers ou sa nostalgie par le fait que "en vrai les livres sont bien c'est l'autrice qui est nulle" c'est VRAIMENT stupide.
Parce qu'Harry Potter, ça n'a jamais été bien, c'est vérolé et sclérosé dès la création.
Et du coup, continuer à aimer cet univers, c'est soit assumer de se rouler dans le caca le plus puant que la littérature jeunesse ait jamais excrété, soit être dans le déni absolu. Y'a pas de troisième choix.
Voir aussi :
*le concept de Mort de l'Auteur a été pensé par l'auteur et critique littéraire français Roland Barthès qui définit que la compréhension et les messages d'un ouvrage ne doivent pas reposer uniquement sur les croyances, convictions et biais de son auteurice mais au contraire doivent pouvoir faire l'objet de réappropriation par le lectorat, "tuant" symboliquement l'auteurice de l'œuvre afin de donner le contrôle de sa portée intellectuelle au public lui-même. Un bon exemple est celui du roman Nos étoiles contraires de John Green, dans lequel un personnage souffre d'un cancer sans que le dénouement ne tranche sur le destin de ce personnage, et pour lequel l'auteur lui-même a signifié que "tout ce qui se passe après la fin du livre appartient aux lecteurices." Le contre-exemple de Mort de l'auteur est évidemment celui de Harry Potter dont l'autrice met un point d'honneur à imposer que l'ensemble du contenu narratif soit sous son absolu contrôle.

















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